Le 6 février dernier, le Prince de Galles, président du International Buisines Leader Forum, recevait le prix du World Economic Forum's Community of West and Islam Dialogue pour sa promotion du dialogue et de sa coopération entre l'islam et l'ouest.

Lors de la remise du prix il a dit :

"Il est important que le monde islamique et celui de l'ouest qui sont de plus en plus interdépendants, vivent et travaillent ensemble. Les trois grandes religions abrahamiques,  le judaïsme, le christianisme et l'islam partagent les principes fondamentaux qui constituent les fondations de la paix et de la mutuelle harmonie"

Le IBLF est partenaire de UN Gift (United Nations Global Initiative Forum to Fight Human Trafficking) qui dépend de l'UNODC (le Bureau pour la prévention de la drogue et du crime de l'ONU siégeant à Vienne à quelques mètres de l'AIEA !). Le UN Gift a été créé à l'initiative des Emirats Arabes Unis qui y ont investis déjà 15 millions de dollars.

Ce n'est donc pas un hasard si lors de la première grande réunion le 14 février, l'ambassadeur du Royaume Uni a fortement salué l'initiative des Émirats.

Ce n'est pas un hasard non plus si le RU est à l'origine de la résolution supprimant le Groupe de Travail sur les Formes Contemporaines d'Esclavage, instance où règnait une grande démocratie qui fut créé il y a trente ans pour veiller aux respect des conventions relatives à l'esclavage et pratiques analogues.

La grande messe obscène à laquelle j'ai assisté durant trois jours à Vienne a coûté 4 millions de dollars. Outre le soutien des Emirats, des partenaires privés ont été intégrés à UN Gift comme Microsoft, Marie Claire, Gap ....

Dans les couloirs, en dehors des visages connus de représentants d'associations défendant les intérêts de l'industrie du sexe que je connais depuis plus de dix ans, déambulaient des femmes du Qatar et des Émirats voilées, sac Gucci et chaussures Dior. 

Des expositions de photos de victimes de l'esclavage étaient acrochées dans les parties ouvertes, notamment dans l'espace de restauration. On trouvait des carnets microsoft à profusion...Le texte du protocole sur la traite des personnes en arabe était inscrit sur l'un des 5 modèles de sac pour les participants du forum triés sur le volet. Un luxe inouï, y compris dans l'entrée où tronaît un lustre d'or du plus mauvais goût, entouré de grands écrans tv, la bannière "La traite, un crime qui nous fait tous honte", et comme dans toute foire Hi Tech qui se respecte des stands : les Emirats, le Qatar, ainsi que des structures dépendantes des Nations Unies comme l'UNICEF...

Durant la plénière, la France  n'a pas été non plus avare d'éloges. Elle a déclaré qu'elle avait décidé de participer financièrement à UN GIFT. Quelques armes vendues aux Emirats valent bien que l'on brade certains de nos principes ! On s'en souvient, lors de la sixième session du CDH , la France avait accepté le consensus pour la disparition du Groupe de Travail sur le Formes Contemporaines d'Esclavage.

Le coeur des pays totalitaires vibrait en coeur à Vienne ces derniers jours - Iran, Pakistan, Qatar, Chine, Russie, Biélorussie, Cuba...- pour condamner d'une seule voix la responsabilité des pays "occidentaux" dans le développement de la traite des personnes.

Le totalitarisme, l'obscurantisme alliés aux pires formes du capitalisme ont de beaux jours devant eux.

Et je pensais à toutes ces formidables femmes que j'ai rencontrées depuis une quinzaine d'années, toutes ces vraies militantes féministes à travers le monde. Je pensais à Veronica Lupu, avocate moldave qui a été chercher il y a trois ans 80 femmes moldaves trafiquées dans l'industrie du sexe des pays du Golfe, dont certaines mêmes se trouvaient dans les geôles d'Abou Dhabi. Veronica dont l'association en Moldavie "Women for contemporary society"  qui effectue un travail magnifique avec si peu de moyens, n'a pas reçu de réponse pour venir au Forum de Vienne. Je pensais à Briseida Memma également refusée, magnifique journaliste albanaise qui a créé il y a une dizaine d'année un fantastique réseau de femmes journalistes dans les  Balkans et a publié le premier code de conduite pour journalistes pour lutter contre l'obscénité des médias autour de ces sujets si douloureux.

Et je pensais à Sigma Huda, la rapporteure spéciale sur la traite, croupissant toujours en prison au Bangladesh dans l'indifférence de tous. 

Et tandis que je visitais la macabre mise en scène "artistique" "Journey" d'Emma Thomson - devant le Palais Hofburg où devait avoir lieu ensuite une grande réception en l'honneur des invités du Forum - containers placés les un derrrière les autres sensés raconter la vie d'une jeune femme victime de la traite, je fus saisie de l’envie de vomir.

Pourtant mon haut le coeur n'était pas provoqué par les odeurs de sperme et d'urine et le rideau de préservatifs dans un des containers, mais le dégoût que m'inspirait cette instrumentalisation et la surobjétisation des victimes dans cet indécent forum.

Et je pensais aux prochains rendez vous au Conseil des Droits de l'Homme, au soixantième anniversaire de la déclaration universelle, à Durban 2 ....