Alors que le bras de fer est engagé avec le Président de la République qui a déclaré hier qu’il persisterait envers et contre tout, je tiens à apporter ma voix au cœur des opposants, sans pour autant chercher à imaginer le monstre polymorphe qu’engendrera son obscène proposition.

Dans le courant de l’indignation grandissante, saine et souhaitable, je souhaite simplement apporter mon petit grain de sel et tourner le projecteur sur des événements, qui me paraissent de la plus haute importance, et que cette annonce empêche malheureusement de rendre audibles.

Je ne parlerais pas ici de toutes les crises internes qui secouent notre pays et/ou notre Président : pouvoir d’achat, baisse dans les sondages, échec de la politique internationale sur de nombreux dossiers.


J’évoquerai quelques points qui touchent directement les Juifs en France, en Israël et dans le monde, quelle que soit la manière dont ils affirment leur appartenance ou filiation juive.

Þ    Les médias ont largement repris les explications du Président de la République dont le discours sur la laïcité lors de son voyage à Riad aurait été mal compris. Peu en revanche ont mis en exergue le soutien clair et sans ambiguïté dans le discours du Président du CRIF, Richard Prasquier, aux fondements de la loi de 1905 et à la laïcité (1).

Cette position du CRIF a une valeur symbolique et politique fondamentale. Elle affirme que les identités ne se définissent par forcément par rapport à une filiation religieuse dans laquelle certains relativistes cherchent à nous enfermer. Elle distingue ce qui appartient au CRIF, à savoir la représentation des Juifs de France dans leur diversité, de ce qui relève du Consistoire, à savoir la gestion de la religion juive.


Enfermer les juifs dans une appartenance uniquement religieuse
permet de promouvoir comme unique option pour le règlement des conflits le dialogue interreligieux qui, on le sait,  ouvre la porte à toutes les régressions obscurantistes et totalitaires. D’ailleurs le président iranien ne s’y est pas trompé lorsqu’il prétend accepter la religion juive, mais nie la légitimité de l’Etat d’Israël et le mouvement d’émancipation et d’autodétermination du peuple juif incarné par le sionisme.
Sa volonté de destruction de l’Etat Juif dépasse d’ailleurs la seule question de la légitimité de son existence, mais bien ce qu’il représente (à tord puisque la société israélienne est composée d’une population d’origines très diverses) imaginairement comme l’incarnation d’un occident laïc (et dominateur) en terre d’Islam.


Lorsque le Président du CRIF défend la laïcité, il inscrit la communauté juive dans le mouvement d’émancipation des peuples, dans la filiation des lumières, contre toutes les formes d’obscurantisme. C’est donc bien une vision éclairée qu’il défend en opposition avec un communautarisme relativiste
.

Þ    La proposition du Président Sarkozy, loin de s’opposer au négationnisme, renvoie la Shoah à une gadgétisation mémorielle qui vide la recherche et les témoignages de tout sens pédagogique. Plus grave, l’annonce de Nicolas Sarkozy, qui a déclenché tant de débats, a enfermé le destin juif dans son histoire tragique et a empêché que l’on puisse entendre dans le discours du Président Prasquier une dynamique fondamentalement humaniste tournée vers des aspirations démocratiques et plurielles.

Þ    Pour finir, quelle est la valeur du discours du Président de la République qui prétend que la France refusera que ne se renouvelle l’expérience de Durban en 2009, lorsque depuis son élection en mai, la diplomatie Française ne dit mot devant le climat délétère et l’esprit de Durban qui prédomine dans les instances internationales et qu’elle soutient des résolutions à l’Assemblée Générale ou au Conseil des Droits de l’Homme de l’ONU qui placent Israël au banc des nations.

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(1) Saluer le discours du Président du CRIF ne signifie nullement que j'hadère à l'ensemble de ses propos. Ainsi par exemple, je ne comprends pas le sens de la formule "religion laïque" qui me parraît dangereuse et  ne soutiens nullement la "lettre de Guy Moquet" qui porte déjà en germe une gadgétisation de l'histoire.