claudeL'aprés midi du 25 mars fut le plus beau spectacle qu'il fut donné de voir au Conseil des Droits de l'Homme depuis sa création.
Deux gouvernements (les USA et l'Australie) une dizaine d'ONG furent interrompues par la Chine demandant un point d'ordre au Président, parceque les orateurs avaient eu l'affront de prononcer un mot sacrilège composé de cinq lettres : T I B E T.
L'intervention de l'Association pour une éducation mondiale prononcée
par Claude Levenson, remporta la palme de la brièveté, soit 11 secondes de prise de parole avant d'être remerciée par le Président Costea.   En rouge les seules phrases de la déclaration prononcées avant le couperet de la censure du Conseil. Le reste de la déclaration est publié à la suite in extenso.

Claude Levenson :
Monsieur le Président,

"Dans le cadre du point 8 de l’ordre du jour (consacré aux violations des droits de l’homme en particulier en Asie (§ 128 & § 67), permettez-moi, au nom de l’Association pour une éducation mondiale (AWE) et de l'Union internationale humaniste et laïque, d'attirer votre attention sur ce qui se passe sur le "toit du monde". On peut dire que si jusqu'ici, le silence du Conseil a été assourdissant, les discussions de l'aprés midi montrent que lorsque le Tibet explose, la Chine tangue."

Président Doru Romulus Costea :
"Je vous remercie, je passe la parole à l'orateur suivant".

Suite de la déclaration de l'Association pour une éducation mondiale qui n'a pas pu être prononcée.

"En contradiction avec le chiffre avancé de 19 morts depuis le début, le 10 mars, des manifestations pacifiques à Lhassa, admis par Pékin, l’administration tibétaine en exil en Inde donnait hier soir le chiffre de 140 morts confirmés et identifiés, et de plus de 500 blessés dans l’ensemble des zones touchées par les troubles. De même source, on rapporte plus de 700 arrestations au cours des 3 derniers jours dans la capitale de la région dite autonome. Malgré le silence officiel, les protestations continuent dans de nombreuses localités tibétaines situées dans les provinces chinoises du Qinghai, du Gansu et du Sichuan où des troupes militaires lourdement armées ont été déployées en renfort des forces de police.

Compte tenu du manque chronique de transparence de la machine judiciaire chinoise, des tortures et des mauvais traitements courants dans les prisons chinoises, on ne peut que s’inquiéter du sort de tous les nouveaux détenus. Sans oublier non plus que depuis environ une semaine, tous les touristes et plus encore les journalistes ont été expulsés de la région dite autonome, tandis que les journalistes en poste à Pékin sont empêchés par tous les moyens de se rendre même dans les zones tibétaines des provinces chinoises limitrophes du Tibet. Autant pour la liberté d’information et d’expression, sans parler des autres droits délibérément piétinés, que les autorités chinoises avaient pourtant pris l’engagement d’élargir et de respecter dans la perspective des JO. Il importe donc que le Conseil des droits de l’homme, organe principal de promotion et de défense des droits de l’homme des Nations unies, assume ses responsabilités prescrites dans son cahier des charges. Nous suggérons vivement l’envoi sur place dans les meilleurs délais d’une mission d’enquête internationale indépendante afin d’évaluer la situation, de vérifier que les prisonniers soient bien traités et que les circonstances exactes qui ont poussé les forces de l’ordre à tirer sur des manifestants désarmés soient clairement établies. Sous peine de voir s’effriter encore davantage sa crédibilité, le Conseil des droits de l’homme ne peut pas se permettre d’ignorer le drame humain qui se joue à huis clos sur le toit du monde. Il ne suffit pas d’en appeler à la retenue un gouvernement qui semble ne connaître que la force brute pour juguler les aspirations de son peuple et des Tibétains, il importe de faire cesser l’arbitraire et la répression en exigeant des comptes des responsables directs et indirects de ces violations répétées des droits de l’homme au Tibet, ainsi que des atteintes à ces droits universels des citoyens chinois."

(Photo de Claude Levenson, lors de son intervention le 25 mars 2008 au CDH avant qu'elle ne soit censurée)