Lettre ouverte à Madame Muriel Krief, qui a eu le courage de porter plainte pour violences conjugales contre son mari le Grand Rabbin de Bordeaux, le Rabbin Marc Krief,

Chère Madame,

Je ne vous connais pas, et n'aurais sans doute jamais eu vent de cette affaire. Je n'habite pas Bordeaux, et ne suis strictement rien aux affaires consistoriales françaises qui ne me passionnent pas. Cette vieille institution napoléonienne archaïque n'a jamais été ma tasse de thé. J'avais tord.
J'avais eu vent des élections prochaines au Consistoire mais en ignorais même la date, jusqu'à ce que j'apprenne incidemment les propos qu'a tenus le Grand Rabbin Sitruk  lors d'une réunion publique du CRIF, où il osa critiquer le fait que vous
ayez cassé le "repos" du Shabbat pour porter plainte pour violences conjugales, contre votre bourreau de mari, le Grand Rabbin de Bordeaux.

Madame, j'admire votre courage et la grandeur de votre acte. Vous avez choisi la vie contre la mort alors que le médecin a conclu à cinq jours d'incapacité totale de travail (ITT), pour lesquels Monsieur Krief peut encourir jusqu'à cinq ans de prison. Mais grâce à la procédure "plaider coupable", il n'y aura pas de procès et il restera en liberté avec une peine que le juge doit prononcer le 18 juin.

J'imagine - à l'instar de toutes les femmes victimes de violences conjugales que nous connaissons, enfermées dans l'humiliation quotidienne, emprisonnées par la prison familiale - combien il a dû être difficile de partir dans la nuit, meurtrie et douloureuse. Dans votre cas, s'ajoutait la transgression du Shabbat et la réputation de votre mari Grand Rabbin dans la bonne ville bourgeoise de Bordeaux . Vous avez choisi de demander de l'aide et d'être protégée par les lois de la République laïque. En cela votre geste de vie est un acte exemplaire.
Mais loin de vous honorer,  le Grand Rabbin Sitruk vous a condamné en public. Et ceux qui étaient présents n'ont rien dit, n'ont rédigé aucune déclaration écrite de condamnation, aucun communiqué de Presse. Personne n'a critiqué le fait qu'un candidat en campagne électorale profère pareils propos d'un autre âge.

Les mots infâmes du Rabbin Sitruk qui incarne pour certains une haute autorité morale, ajoutent encore à l'humiliation que vous avez subie. En vous humiliant chère Madame, il humilie et méprise toutes les femmes victimes de violences conjugales, épouses de notables dans les villes de province ou enfermées dans les milieux orthodoxes, ainsi que toutes les femmes de manière générale. Par ses propos, le Grand Rabbin Sitruk ne protège pas seulement votre mari potentiel électeur, il se fait complice des violences que vous avez endurées et des souffrances que des milliers de femmes subissent en silence.

Comment ceux qui ont entendu le Grand Rabbin proférer ces  abjections ont-ils pu continuer ainsi à rester silencieux ? Pourquoi n'ont ils pas mené campagne contre son élection ?
Je ne me suis jamais intéressée aux choses consistoriales.  Mais aujourd'hui j'appelle ceux qui voteront dimanche à barrer la route à ce Rabbin obscurantiste qui est indigne d'avoir un quelconque rôle politique et de représentation.
Madame, par votre acte héroïque, vous avez symboliquement ravivé les Lumières si fragiles actuellement dans notre pays.
Je suis en toute solidarité dans l'épreuve que vous traversez.