pr_sident_8_septembreAujourd’hui commençait à huis clos la 2ème semaine de la 9ème session du Conseil des droits de l’homme (qui a débuté le 8 septembre) pour le 3ème cycle du CDH par un triple baptême du feu.


Le 8 septembre, c’était la première fois
que le nouveau Président Nigérian Martin Ihoeghian Uhomoibhi, élu en juin dernier, présidait une session, la première fois que la nouvelle Haute Commissaire, la juge sud africaine Navanethem Pillay - connue pour son engagement en faveur des droits humains, des droits des femmes, de sa lutte contre l’apartheid dont elle a personnellement été victime,  haute figure du Tribunal pénal international pour le Rwanda et  de la Cour pénale internationale - s’adressait au Conseil.  Et c'est aussi la première fois que la France intervenait en tant que Présidente de l’UE.

La France** a défendu l’indépendance du Haut Commissariat qui est fortement en France_8_septembredanger et a déclaré que « Dans une société démocratique, aucune insatisfaction à l’égard de l’exercice du droit à la liberté d’expression, ne saurait justifier une menace envers les personnes qui l’exercent. Il est tout aussi important que la liberté d’expression aille de pair avec le besoin de respecter les autres dans on exercice » !!! Quelle formule diplomatique pour faire plaisir à  l’OCI qui martèle en toutes occasions qu’il faut limiter la liberté d’expression en cas de blasphème et que l'islamophobie est une incitation au terrorisme.


Le Président Martin Ihoeghian Uhomoibhi a su gérer de façon normande la première motion d’ordre de la Chine lors de l’évocation du Tibet par l’association Society for Threatened Peoples, en autorisant l’orateur à continuer son intervention, puis en donnant raison à la Chine et en coupant l'ONG, lors du débat sur les populations autochtones.* voir déclaration
Society_20for_20threatened_20peoples_indigenous__100908


haute_commissaire_8_marsLa Haute commissaire s’est félicitée des premiers résultats du processus qui aboutira à la conférence de révision sur le racisme en avril 2009 et s’est dite engagée à promouvoir la participation de TOUS. Elle a exhorté les États à ne pas laisser « des points de vue divergents » et s’est indignée que la conférence ait été « l'objet de féroces critiques par certains groupes de pression ». Elle faisait ici allusion certainement aux craintes de nombreuses associations, aux questionnements de l’Union Européenne qui pour le moment a accepté tous les consensus, aux réserves des USA et d’Israël quant à leur participation, et au refus clair du Canada de se rendre à une conférence qui montre d’ores et déjà qu’elle servira de plateforme pour la construction des normes antisémites internationales de demain (notamment lorsque l'on observe les discussions de cet été à Brasilia et à Abuja ainsi que dans le cadre du bureau restreint pour l’élaboration du document rédactionnel ou se trouve notamment l’Iran).


Mais il n’y y pas que cela qui pose de graves problèmes dans cette conférence : la consécration de la limitation de la liberté d’expression et surtout, phénomène nouveau, l’instrumentalisation et la mise en lumière des droits des femmes - alors qu'elles étaient mises à silence en 2001 – visibilité des femmes à toutes les sauces mêmes si c’est pour remettre en question leurs acquis depuis 60 ans.

Parité politique certes, mais tout en promouvant les valeurs familiales ! A l’instar de l’Iran qui, plus que jamais déterminé avec l’OCI à mener la danse, a mis en avant « le rôle de la chasteté (et les vêtements pudiques) pour renforcer la prévention de la criminalité et éliminer les violences faites aux femmes et aux enfants."


Aucune organisation de femme ou de défense globale des droits humains, présente à Genève, ne prend officiellement position contre ces déviances. Ainsi, Human Rights Watch, Amnesty International, la Fédération internationale des femmes universitaires, Zonta international, la Ligue internationale des femmes pour la paix et la liberté etc… (voir Joint_20Statement_Human_20Rights_20Watch) semblent plus préoccupées par les mécanismes du Conseil et la visibilité des femmes, les professions de foi sur l’égalité politique et économique et la fin des violences que du détournement des concepts d’autodétermination des femmes.
Certes, emboîtant le pas sur la déclaration de la Haute commissaire, elles ont souhaité que « les coutumes ne servent plus à dominer et discriminer les femmes ». Mais il faut entendre ici le mot « coutume » dans le sens le plus restrictif que lui donnent les pays les plus réactionnaires de l’ONU, à savoir comme des pratiques barbares telles que les mutilations sexuelles, qui n’ont strictement rien à voir avec les préceptes religieux (charia, mariage) où les valeurs familiales qui doivent redevenir le lieu d’épanouissement des femmes.

L'enterrement des droits humains, en ce soixantième anniversaire de la Déclaration universelle continue sa marche infernale.

* a été soulevé également par l’Algérie le problème posé par la continuité territoriale (faisant allusion au Sahara Occidental) dans le cadre de la discussion sur les populations autochtones. Le Maroc, son frère ennemi a pour sa part demandé au nom du Groupe arabe que la haute commissaire pose  le point 7 de l’ordre du jour en priorité  dans son agenda. "Son non respect mettrait en péril la structure même des mécanismes des droits humains".

** La France n'a rien dit - ni en son nom, ni au nom de l'UE - lorsque l'Egypte notamment, ou la nouvelle rapporteure spéciale sur l'esclavage contemporain a utilisé la terminologie de "prostitution forcée", terminologie entrant en parfaite contradiction avec toutes les normes internationales élaborées depuis 60 ans relatives à la traite et à l'exploitation de la traite des êtres humains.