La 63ème Assemblée générale s'est ouverte le 16 septembre à New York dans une atmosphère de ferveur religieuse jamais égalée. Et pour cause ! Son nouveau président élu le 4 juin dernier est  prêtre. Son premier discours qui a duré plus d'une heure a mélé les déclarations politiques et le prêche.
Le père Miguel d'Escoto Brockmam, (Père Miguel comme la plupart l'appellent plutôt que Président) n'est pas un inconnu des milieux diplomatiques. Sandiniste de la première heure, il a servi comme Ministre des affaires étrangères du Président du Nicaragua Daniel Ortega, ami de longue date de Fidel Castro et Hugo Chavez
.
Ceux qui l'ont connu jadis le décrivent comme un exalté. Le 16 septembre, du haut de ses 75 ans, avec sa voix rauque et assurée et son apparence rondouillarde, il ressemblait plus à un bon grand père, dont la bonté n'avait d'égale qu'une bonhommie déterminée.

Dans un registre similaire, le 18 juin à Genève, l'archevêque Desmond Tutu présentait son rapport de mission au CDH sur Beit Hanoun. Là aussi, la ferveur religieuse et l'émotionnel prenaient le pas sur la présentation des événements.
Dans l'un et l'autre cas, les discours jouaient sur le registre de la culpabilisation, de l'humilité et de l'amour de Dieu. L'un et l'autre ont procédé aux amalgames et ont pris
une pose de prétendu mépris du politique, comme relevant des basses besognes terrestres, loin des hautes sphères du spirituel et du bonheur du monde voulu par Dieu incarnés désormais par les Nations Unies en ce 60ème anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l'homme.

Extraits :

AG_16_septembreMiguel d'Escoto Brockmam, Président de l'Assemblée Générale, 16 septembre 2008
La tâche de président devient plus significative quand ce poste est utilisé comme une opportunité pour transformer la logique d'égoïsme qui prévaut et qui a paralysé parfois la capacité de cet organe à remplir son mandat consacré dans la Charte des Nations Unies. Si cette logique n'est pas réprimée, elle débouchera sur la mort et l'extinction de notre espèce. La logique perverse de l'égoïsme doit être remplacée par celle d'amour, d'inclusion, du "nous" et du "notre" de la solidarité.
(…) Nous partageons tous une responsabilité quant à l’état de notre monde. Mais certains, indubitablement sont plus responsables que les autres (….)
La situation dans laquelle nous nous trouvons est bien plus grave qu’il y a 63 ans, lorsque les Nations Unies ont été fondées. Cependant, nous ne sommes pas fatalement condamnés à continuer de sombrer dans ce marécage de folie et d’égoïsme suicidaire. Pour nous sauver, nous devons seulement reconnaître que nous sommes tous soeurs et frères (…)
L’amour nous incite à agir pour la construction d’un monde juste et non violent, dont le trait principal est la solidarité. (…)
J’en appelle à tous pour embrasser la loi suprême d’amour, sans exception ni exclusion, dans l’intérêt des générations futures et présentes (…) Dans ce processus de transformation, toutes les religions et systèmes éthiques et philosophique peuvent et doivent nous aider.
Si pour moi personnellement, le paradigme du don de la vie et d’un comportement rédempteur se trouve dans la croix, je suis convaincu que nous tous, quelles que soient nos religions, nos traditions culturelles éthiques et philosophiques, nous trouverons un terreau solide pour nous assigner d’embrasser la logique de l’amour et de la solidarité.
(…)

Archêque Desmond Tutu, chef de la mission d'enquête sur Beit Hanoun, lors de son rapport présenté en plénière devant le Conseil des Droits de l'Homme le 18 septembre dans le point 7 de l'ordre du jour.
La communauté internationale a failli dans son rôle de respect des souffrances des citoyens de Gaza. C’est le silence de la communauté internationale face à ce qui se passe là bas qui est le plus offensant. (…)Desmond_Tutu
Chaque être humain est un membre de notre famille. Nous parlons de 19 personnes tuées. S’il vous plait, au nom de Dieu, ne les réduisons pas à des statistiques. Ce ne sont pas des statistiques, c’est la mère de quelqu’un, c’est le fils de quelqu’un, c’est une personne chère à une autre personne. Et nous prions pour que vous, dans ce Conseil, soyez capable de communiquer aux pays que vous représentez, qu’en fin de compte, véritablement, nous sommes une seule famille. Même si nous ne le pensons pas toujours, notre ultime salut aura lieu lorsque nous réaliserons notre humanité commune. Chacun de nous est diminué lorsqu’une seule personne est traitée comme moins que rien. Dans ma tradition, chacun de nous transporte dieu, chacun de nous a une valeur précieuse qui ne peut être mesurée. Je prie pour que vous compreniez que ce qui doit vous concerner n'est pas juste la politique. On vous a lancé un très noble appel, le noble appel qui consiste à assurer le respect des droits humains. Et pourquoi avons-nous, au bout du compte des droits humains ? Ceux comme nous qui sommes croyants savons que c’est parce que nous croyons avec ferveur que chacun de nous a été créé à l’image de Dieu. Et lorsque l’on traite un seul d’entre nous comme inférieur, nous ne commettons pas seulement un crime. Nous commettons un blasphème. Nous commettons un sacrilège. C’est comme si nous crachions à la face de Dieu. Nous remercions Dieu pour ce que vous êtes et pour votre engagement. Et nous prions pour que cette instance puisse réaliser combien elle peut avoir de l’influence, et que son influence puisse grandir, que les gens réalisent combien vos préoccupations pour les droits humains sont à l’image de la justice. (…)
Vous avez reçu une vocation divine. Dieu espère que d’une manière ou d’une autre, vous aiderez à réaliser le monde de Dieu. Un endroit plus doux, un endroit plus compassionnel, un endroit plus bienveillant. Et Dieu n’a personne comme vous qui êtes ici. Je prie, pour que vous soyiez capables de remplir cet appel élevé. C’est un appel élevé, c’est une vocation divine.