L'article publié ci-aprés vient du site du journal Le Temps dans l'édition du 26 septembre, sous l'intitulé : L'impuissance de la communauté internationale en Birmanie.

Jean-Claude Buhrer,
co-auteur avec Claude Levenson de : "Birmanie, des moines contre la dictature", analyse la situation actuelle en Birmanie, un an aprés le soulèvement des moines, à travers le prisme des plateformes  onusiennes récentes(
Assemblée Générale et Conseil des droits de l'homme.
Si la ferveur religieuse était sans mesure ces dernières semaines à New York et Genève, la "compassion" - comme l'a demandé le Sécrétaire Général Ban Ki Moon - n'allait guère en direction des moines boudhistes birmans emprisonnés, ni vers l'ensemble de la population birmane opprimée par un des pires régimes de la planète. 

Est-ce encore de la poudre aux yeux pour faire diversion et parer ainsi à de nouvelles critiques? Au lendemain de l'ouverture à New York de l'assemblée générale de l'ONU et au moment du premier anniversaire de la répression brutale du mouvement de protestation mené par des moines bouddhistes, la junte militaire birmane vient d'annoncer la libération de quelque 9000 prisonniers, afin, a-t-elle fait savoir, qu'ils puissent participer à des élections prévues en 2010. Des élections sur mesures destinées à pérenniser le contrôle de l'armée, en vertu d'une Constitution imposée à une population sous le choc du cyclone qui a dévasté le pays en mai.

La bonne nouvelle, en l'occurrence, est évidemment l'élargissement du journaliste et poète Win Tin, le plus ancien détenu politique de Birmanie, et de six autres de ses compagnons, l'immense majorité des personnes relâchées étant des prisonniers de droit commun. Agé aujourd'hui de 79 ans, Win Tin était, lors de son arrestation en 1989, l'un des dirigeants de la Ligue nationale pour la démocratie et proche conseiller de sa figure emblématique, Aung San Suu Kyi. Condamné à 20ans de prison, il s'était notamment vu reprocher d'avoir communiqué aux Nations unies des informations sur les conditions de détention, ce qui en dit long sur l'ordre implacable qui règne en Birmanie.

Au-delà de cet effet de circonstance, reste que la Prix Nobel de la paix Aung San Suu Kyi est toujours assignée à résidence, que 2000 prisonniers politiques, soit deux fois plus qu'il y a une année et, parmi eux, plus d'une centaine de moines, continuent de croupir dans les geôles, et qu'aujourd'hui pas plus qu'hier le régime ne tolère la moindre critique et s'acharne à étouffer dans l'œuf toute velléité de contestation.

Instruits par l'expérience depuis que l'armée a confisqué le pouvoir en 1962, les Birmans ne se font guère d'illusions sur une éventuelle ouverture, qu'ils attendent désespérément. Chaque fois que le mécontentement populaire cherche à s'exprimer, les militaires recourent sans état d'âme à leur méthode éprouvée de prédilection: la manière forte.

Ainsi, il y a juste un an, d'abord pris de court par l'ampleur des manifestations de protestation consécutives à la hausse brutale des prix, ils n'ont pas hésité longtemps afin de reprendre la situation en mains, tuant des dizaines de personnes, procédant à une vague d'arrestations et à des rafles jusque dans les monastères.

Soucieuse de désamorcer l'indignation de la communauté internationale alors que le Conseil des droits de l'homme se réunissait en session spéciale début octobre, la junte avait feint de lâcher un peu de lest et de se montrer sous un jour moins brutal: adoption par une constituante aux ordres d'un nouveau projet de loi fondamentale; annonce de la libération de 4000 prisonniers, presque tous petits délinquants; acceptation de visites longtemps différées du rapporteur de l'ONU sur les droits de l'homme et de l'envoyé spécial du secrétaire général, ou encore nomination d'un officier de l'armée chargé de rétablir un semblant de contact avec la plus célèbre recluse de Birmanie. Autant de gestes sans lendemain avant de resserrer la vis comme si de rien n'était.

En fait, la crise prolongée que vit la Birmanie, et dont sa population est la principale victime ,reflète à sa manière l'impuissance concrète des Nations unies à agir sur le terrain face à une dictature sûre d'elle et des appuis sur lesquels elle peut compter, notamment le veto de Moscou et Pékin au Conseil de sécurité. Ses voisins se retranchent derrière un prétendu «engagement constructif» qui leur permet de s'occuper de leurs propres intérêts sans guère se préoccuper du sort de ceux qui en paient la facture.

Les alliances entre pays dits «amis», qui s'épaulent à l'heure des comptes durant les sessions onusiennes, alignent côte à côte les régimes liberticides et les dictatures ou tyrannies locales, les pays démocratiques ne faisant guère le poids face à ces regroupements ponctuels.

Dans ce contexte, faut-il s'étonner d'entendre des critiques s'élever devant l'inertie de la communauté internationale et demander des attitudes plus déterminées de la part des organisations censées faire respecter les droits de l'homme et le devoir de protection des plus démunis
?