L'ONU aime les commémorations et les célébrations.... pour le meilleur ou pour le pire...
Elles défilent tout au long de l'année, s'intègrent dans  mille et un programmes ...
Bref, la commémoration doit avoir avant tout une fonction éducative et de transmission, souligne-t-on à chaque occasion.
Aussi, trouve-t-on pèle mêle, la journée internationale
pour la paix, pour la démocratie, des droits des femmes....
Et bientôt le 10 décembre prochain, la Célébration du 60ème anniversaire de la
Déclaration universelle...

Bien entendu, il ne faut pas oublier les moments phares de l'institution : la Commémoration de la traite transatlantique, des victimes de l'holocauste, du génocide rwandais, du 29 novembre en solidarité avec le peuple palestinien, de la tragédie de Bagdad....

holodomorLors de la 9ème session du CDH, l'Ukraine n'a eu pratiquement aucun soutien pour présenter une résolution pour la commémoration de la grande famine organisée par Staline, qui tua d'après les estimations environ 7  millions de personnes - dont plus de 25% de la population ukrainienne - dans les années 1932/1933, connue sous le nom d'Holodomor .

Alors que le
CDH place la prévention des génocides, le droit à l'alimentation parmi ses priorités, le représentant de Kiev s'en est tiré comme il a pu devant la désapprobation générale.  Suite aux pressions exercées sur lui, il a retiré sa proposition le 24 septembre, en prétendant qu'il avait été sensible à l'argument selon lequel pareille résolution serait une duplication d'un sujet déjà  traité dans d'autres lieux !??! (voir déclaration du l'Ukraine Ukraine_20L4

Holodomor_2Au sein de l'institution onusienne, pourtant si friande de commémorations, on ne trouve pourtant pratiquement aucune trace du souvenir de cette partie de l'histoire du XXème siècle, ou de ce qui pourrait toucher de prés ou de loin aux politiques meurtrières staliniennes (En dehors d'une exposition sur Holodomor en décembre 2003 au siège de New York et d'une poignée de textes qui y font allusion) .

Certes, au regard des événements politiques récents en Géorgie, le sujet d'Holodomor peut sembler on ne peut plus politisé. Mais ce débat - ou plutôt le refus de mise en lumière - n'est pas nouveau.
En effet, la Fédération de Russie empêche en toutes occasions que le sujet puisse être abordé. Il va sans dire que l'ONU, l'Unesco et l'UE refusent d'employer le terme de génocide que le parlement Ukrainien a entériné en 2006.

Pourtant, dans le contexte du CDH, l'ancienne république soviétique s'était bien gardée d'employer le terme de Génocide dans sa résolution. Kiev demandait  notamment aux Etats membres d'intégrer cette partie de l'histoire dans leur programme d'enseignement. (voire la résolution
r_solution_Holodomor). Mais il semble que c'était déjà trop réclamer. 

Lors de la présentation du projet de résolution en réunion informelle le 10 septembre, l’Ukraine mit en avant le fait qu’elle prenait en compte les positions des uns et des autres, et qu’il ne s’agissait pas ici d’évoquer un génocide mais de rendre visible cette tragédie afin d’empêcher la répétition de l’histoire.

Cela n'a pas été suffisant pour rassurer la Fédération de Russie qui s’y opposa fermement. Cette dernière s'emporta, ajoutant que cette résolution avait "une visée politique à sens unique" et constituait "une tentative de réécriture l’Histoire".

La Biélorussie, le Pakistan, la Palestine, la Syrie, l’Algérie, l’Afrique du S
ud se portèrent au secours de la Russie avec force et virulence. Ils pressèrent l’Ukraine pour qu’elle retire cette résolution qui « ouvrirait une boite de Pandore »
.

Fait sans précédent
, alors que quatre pays de l'UE (la Pologne, l'Estonie, la Lituanie, la Lettonie) ont endossé la résolution aux côtés de l'Ukraine, les autres pays membres  s'en sont totalement désolidarisés.
De mémoire de CDH, on n'avait jamais vu pareil manquement au principe de solidarité au groupe politique ou régional.

Il faut dire que la veille du retrait de la résolution par l'Ukraine, le 23 septembre à New York, le Président Sarkozy
dans son discours à l’Assemblée Générale déclarait :
"L’Europe dit à la Russie qu’elle veut avoir des liens de solidarité, qu’elle veut bâtir avec elle un avenir partagé, et qu’elle veut être son partenaire. Pourquoi ne pas construire, à l’échelle de tout le continent, un espace économique commun qui unirait la Russie et l’Europe ?"

La Communauté économique européenne s’est construite à partir de la reconnaissance des crimes commis par l’Allemagne nazie et de la volonté tenace et partagée de réconciliation.
Si la promesse d’une paix future et de la construction d’un nouvel espace économique avec la Fédération de Russie se faisait sans la reconnaissance officielle commune de la politique criminelle stalinienne - et notamment par celle de la famine organisée dite « Holodomor », qui a eu de terribles conséquences sur la suite de l'histoire du continent - l’Europe y perdrait définitivement son âme
.