Ce matin, s'ouvrait la réunion préparatoire globale à la Conférence d'examen de la conférence mondiale contre le racisme dite de "Durban 2"

La discussion portait sur l'accréditation de certaines ONG, dont une qui soutient les droits des Dalits : la "International Dalit Solidarity Network (IDSN)".
L
'Inde la refusa catégoriquement tandis que le Pakistan et l'UE la soutinrent. 

Najat_Durban_6_octobreEn absence de Consensus, il aurait donc fallu procéder à un vote , ce qui pose problème à la Présidente Libyenne Najat Al-Hajjaji, toujours soucieuse de parvenir, à force d'épuisement, au Consensus.

L'ambassadeur d'Algérie Idriss Jazeiry trouva donc la solution.
Il suffisait de
renvoyer à plus tard la décision afin de parvenir à un consensus . Il argua que la négociation (dans les coulisses) et le dialogue avaient toujours été le moteur de ce processus et qu'un Consensus devait à tout prix être trouvé.

Les discussions dés lors prirent une tournure diamétralement différente. Les tenants du vote immédiat (France, Allemagne, Suède)  se retrouvèrent en opposition avec ceux qui souhaitaient le report de la décision (Afrique du Sud, Algérie, Bangladesh, Cuba, Maroc, Nigeria, Zimbabwe). En effet, il fallait leur donner le temps de consulter leur capitale, de prendre le temps de la réflexion et d'étudier cette question si difficile à trancher.  L'Inde préféra dés lors se taire et le Danemark chercha à satisfaire tour le monde en demandant un report de seulement  48h qui ne fut pas d'avantage accepté.

Les tenants du consensus et du report de décision déployèrent toute une série d'argument : 
- Les pays du Sud  privilégient le dialogue et la concertation, et ne prennent pas de décisions à l'emporte pièce comme les pays de l'Ouest.
- Les pays du Sud, par essence pauvres et donc ayant moins de moyens de communication !!!!, doivent avoir un temps supplémentaire pour consulter leurs capitales. Cela ne se fait pas en 48h mais nécessite plusieurs jours.
- Il faut suivre la volonté de la Présidente et sa grande sagesse - si formidablement démontrée jusqu'alors - pour parvenir au Consensus.

La France, présidente de l'UE n'eut plus qu'à se taire. En effet, s'opposer au report de décision aurait été considéré comme un acte hautement agressif et hégémonique.

Quelle que soit la décision qui sera prise, elle constituera une défaite dans la défense des droits humains.
A : Si l'ONG "National Campaign on Dalit Human Rights" est accréditée par CONSENSUS. Cela signifie que l'Inde a subi des pressions très fortes du Pakistan, de l'OCI et de l'ensemble des groupes, pressions qui n'ont strictement rien à voir avec le sujet.

B : Si l'ONG n'est pas accréditée. (Ce qui est peu probable) On concède cela à l'Inde. Cela constituera une défaite pour la défense des droits humains des Dalits, les intouchables.

Dans tous les cas, cette première matinée de session a montré encore la manière dont les causes les plus légitimes sont instrumentalisées à toutes autres fins que celles du racisme ou des droits humains.

Que la France n'ait eu d'autre choix que d'accepter de participer à ce simulacre de négociations est en soi une défaite. De plus, cela constituera un précédent lorsqu'elle voudra s'opposer à d'autres ONG qui posent réellement problème.

Voilà un an que l'UE prétend ne pas céder au sacro-saint consensus.
Ici, pour un sujet à priori qui ne la concerne pas en premier chef, la France a montré encore une fois la faiblesse des démocraties et de la manière dont elles sont prêtes à s'incliner au mépris des valeurs qu'elles prétendent défendre.  A moins que la France ne soit prête à sacrifier les Dalits pour des sujets pour lesquelles une voix publique lui semble plus importante.
(Ce qui ne présage en rien de ce qui est  dit et ce que l'on accepte dans le cadre de négociations hors caméras.)