Des centaines de femmes qui ont voulu se présenter aux élections en 2007 au Kenya ont été intimidées, battues, torturées, violées et tuées. Le CDH prétend placer les droits des femmes parmi ses priorités, et définit la démocratie essentiellement par rapport au suffrage, mais ne semble pas considérer les violences que subissent les femmes qui s'engagent en politique comme une violation des droits humains.

Najum Mushtaq/IPS, Nairobi
La publication de ce livre était osée, a souligné Ludeki Chweya, secrétaire permanent du Kenya pour les affaires intérieures, parce que le livre intitulé, ’’Ils n’ont jamais tué mon esprit, mais ils ont tué mon seul enfant’’, représente la fermeté d’une femme qui, le 7 septembre de l’année dernière, a été agressée, clouée au sol, frappée de coups de pied et de poings par trois hommes.

Elle a dû avaler des boulettes de cheveux rasés de sa tête, mélangées avec des matières fécales. Ses poignets ont été brûlés avec des épines et des cigarettes. Avec un disque déplacé par les coups de pied dans le haut de sa colonne vertébrale, Terah a passé des semaines d’agonie à l’hôpital avant qu’elle ne puisse marcher.

Six mois plus tard, le fils unique de Flora, John Mark âgé de 19 ans, a été assassiné à Nairobi. Il était joueur de football das le club de la ligue locale et rêvait de devenir entraîneur. L’assassinat de Mark a été consigné dans le dossier des affaires non résolues.

Le crime de Flora Terah a été d’oser se présenter à la dernière élection législative dans la circonscription électorale du North Imenti, dans le district de Maru, dans l’est du Kenya.

Son supplice ne constitue pas un incident isolé. Le bureau d’aide du Centre d’éducation pour les femmes en démocratie, une organisation non gouvernementale basée à Nairobi, s’est occupée de 153 cas de violences électorales à l’encontre des femmes candidates dans la perspective des élections de décembre 2007, et a reçu, via le courrier électronique et le téléphone, 258 plaintes de harcèlement et de torture de femmes.

Selon un rapport du Centre de rétablissement des victimes de violence fondée sur le genre (GVRC) dans l’Hôpital des femmes de Nairobi, le viol et d’autres formes d’agression sexuelle ont été utilisées comme une ’’arme de la violence ethnique et politique’’, même avant les élections. Au cours des campagnes d’expulsion après la contestation électorale, la menace de viol était souvent le premier avertissement. Si cela ne suffisait pas, le viol réel a humilié des communautés rivales et les a obligées à quitter leur lieu de résidence.

La plupart de ces histoires se limitent à de simples statistiques dans des reportages que la presse fait du conflit. Toutefois, Terah, a voulu raconter son histoire pour mobiliser les Kenyans afin d’arrêter la violence basée sur le genre.

’’Il y avait deux manières de réagir à ce qui m’était arrivé’’, a-t-elle déclaré à IPS au lancement du livre. ’’J’aurais pu céder au traumatisme de l’humiliation physique et de la perte de mon seul enfant et abandonner la vie. Ou bien, je pouvais faire quelque chose pour me guérir et pour ne pas laisser mes persécuteurs tuer l’esprit de la vie en moi’’.

Elle a commencé un groupe de campagne, ’Terah Against Terror’ (Terah contre la terreur), pour mobiliser des femmes et des jeunes hommes contre les violences politiques et conjugales. Dans un entretien avec IPS en mai, deux mois après l’assassinat de son fils, Florah Terah a indiqué qu’elle voulait écrire sur l’expérience tragique d’être une femme dans la politique kenyane.

Des bras cassés, des rêves entiers

Au lancement du livre le 2 octobre 2008 à Nairobi, Terah était entourée d’autres survivantes des violences électorales. Au nombre de celles-ci figurait Yvonne Khamati, 21 ans, la candidate la plus jeune au parlement kenyan lorsqu’elle s’était présentée en 2002....

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