Les emails, sms sont tombés durant la nuit du 20 au 21 novembre.
Dans Rekjavik, Oslo, Stokholm, Helsinki... les féministes ouvraient les bouteilles de champagne.
Les norvégiennes avaient elles aussi gagné le combat de 30 ans de lutte.
Tous les partis politiques norvégiens s'accordaient et votaient une loi  pour la pénalisation de l'achat de services sexuels, à l'instar du parlement suédois qui vota en 1998 une loi intitulée "Paix des femmes", et dont un article porte sur la pénalisation de l'achat de services sexuels.

La Norvège est le troisième pays après la Suède, la Corée du Sud et les Philippines à avoir posé cette norme, grâce au combat porté par les féministes qui refusent cette vision archaïque de la sexualité humaine (ou masculine), qui considère comme allant de soi qu'une catégorie de femmes (ou d'hommes ou d'enfants) soit mise à disposition des prétendus besoins irrépressibles des hommes. 
Grâce à ce type de loi, la norme de transgression est posée et les projecteurs ne se posent plus sur les personnes en situation de prostitution, mais sur les clients (la demande) qui participent en toute impunité  au développement de l'industrie du sexe et de la traite des personnes.
(voir la traite des femmes dans le monde  )

Il y a quelques années j'aurais également crié victoire. Mais aujourd'hui, la victoire est amère.

La plus ancienne convention du corpus des traités des droits humains, la Convention du 2 décembre 1949 pour la répression de la traite des être humains - dont la Fondation Scelles en France veut célebrer dans un an le 60ème anniversaire  avec autant de grandiloquence que la Déclaration universelle - a été balayée d'un revers de résolution en septembre 2007 au CDH. (Voir les Nations désUnies)

En France, le Collectif National Droit des femmes pousse pour une loi cadre contre les violences faites aux femmes, en prenant  l'exemple de la loi espagnole qui ne s'intéresse qu'aux violences conjugales, et considère José Luis Zapatero comme un héros de l'égalité, alors même qu'il promeut le différencialisme culturel et que son gouvernement soutient la légalisation de la prostitution. (Sans compter les dernières dépenses invraisemblables prises sur les fonds de développement pour l'Alliance des civilisations) Plus que la loi cadre espagnole, c'est la loi Suédoise "Paix des femmes" qui devait servir de modèle puisqu'elle faisait un lien politique entre toutes les discriminations et violences.

La rapporteure spéciale sur la traite (originaire du Bangladesh)  Sigma Huda, dont le premier rapport révolutionnaire portait spécifiquement sur la demande - a été arrêtée, jugée sans observateur international, mise en prison dans des conditions infernales, destituée sans aucune protestation des gouvernements qui l'avaient soutenus naguère pour ce poste (dont la France).

Oui, la victoire norvégienne est amère... Que vaut cette victoire au pays du soleil de minuit qui semble vivre de plus en plus en autarcie ? (mais dont les fonds pour le développement sont formidablement investis pour promouvoir les droits des femmes dans les pays les plus pauvres en Afrique, Asie, Amérique du Sud, Europe Centrale.... )

La victoire est amère. Le 14 septembre 2001, à l'Assemblée Générale du Lobby européen des femmes (LEF) qui représente plus de 4000 associations ou réseaux d'association de femmes dans l'UE , refusait la motion d'urgence que je présentais au nom de la branche française condamnant les événements qui venaient de se produire à la Conférence de Durban, (
qui portait sur le putsch du caucus des ONG européenne, la mise à silence des femmes et le "langage de haine") mais votait la motion portée par mes amies suédoises pour une position politique du LEF pour la pénalisation de l'achat de services sexuels.

Je me suis battue durant quinze ans aux côtés de ces femmes, beaucoup d'amies parmis elles,  qui chantaient la victoire dans la nuit presque polaire du 20 au 21 septembre. J'aurais aimé être avec elles et m'ennivrer de ces rêves de jadis enfin aboutis.

Mais aujourd'hui, la victoire est amère et je ne peux me résoudre à faire sauter le bouchon de champagne ici à Paris.