Le 11 décembre, Tuvalu se présentait devant l'Examen Périodique Universel du CDH. La liberté de ton de son Secrétaire permanent aux affaires étrangères, Monsieur Sopoaga, contrastait formidablement avec la langue de bois habituelle... et notamment avec l'autocensure de certains pays vis à vis de la Chine. Engagement sans conteste en faveur des droits humains qui contrastait avec le refus des Emirats Arabes Unis de respecter les droits des travailleurs migrants, l'égalité entre les femmes et les hommes etc... (A noter que les Emirats arabes unis sont les principaux financiers du nouvel organe de l'ONU, UNGift, qui a vocation à lutter contre la traite et l'esclavage dans le monde).

Par Jean-Claude Buhrer

On a souvent besoin de plus petit que soi. Alors que l’ONU et la plupart des Etats font généralement profil bas devant Pékin, il aura fallu le petit Tuvalu – pays le moins peuplé du monde avec à peine 12.000 habitants répartis sur neuf atolls d’une superficie totale de 26 km2 au fond du Pacifique – pour oser tenir tête à la grande Chine. Et cela, quelques jours à peine après les remous suscités par la rencontre à Gdansk en Pologne du Dalaï-lama et du président Sarkozy, ce qui n’a pas fini de valoir à la France l’ire des maîtres de la Cité interdite.


TuvaluSans faire la ‘une’ de l’actualité et pourtant révélateur, l’incident diplomatique s’est produit à la mi-décembre à Genève lors du passage réussi du mini-Etat devant un groupe de travail du Conseil des droits de l’homme chargé d’évaluer ses prestations en matière de respect des normes dans le cadre de la nouvelle procédure dite d’examen périodique universel. Le sang du représentant chinois n’a fait qu’un tour quand le ministre des affaires étrangères de ce minuscule royaume insulaire, voisin de la France par le territoire de Wallis et Futuna, a remercié de leur aide les pays de la zone, et en particulier la « République de Chine, Taiwan ».


Se référant à une résolution du Conseil de sécurité qui lui réserve l’exclusivité de la dénomination « Chine », Pékin a vivement protesté contre cette « usurpation ». Vaillant, le ministre de Tuvalu a refusé de rectifier ses propos et a tenu bon, au nom du « droit à l’autodétermination et à la liberté d’expression ». Autant de principes dont se moque impunément Pékin, que ce soit au Tibet occupé, au Turkestan oriental ou en Mongolie intérieure, sans parler des libertés fondamentales déniées à sa propre population. Par ailleurs, il ne faut pas oublier que, comme d’autres petits Etats du Pacifique, Tuvalu se trouve dans le tourbillon de la compétition entre Pékin et Taipeh dans la région. En échange d’une aide économique, Tuvalu apporte à Taiwan son soutien diplomatique et Taipeh dispose de la seule ambassade dans l’archipel.

Ancienne colonie britannique devenue indépendante en 1978, Tuvalu pourrait servir d’exemple à bien des « grands » de l’ONU. Son entrée en souveraineté avait été sanctionnée par l’adhésion aux Nations unies et l’abolition de la peine de mort. Depuis, cette monarchie parlementaire polynésienne n’a cessé de renforcer ses institutions démocratiques et surtout d’attirer l’attention de la communauté internationale sur les conséquences désastreuses du changement climatique qui menace l’existence même de l’archipel. Si rien n’est entrepris pour réduire les émissions à effets de serre, Tuvalu, dont le plus haut ‘sommet’ se situe à quatre mètres au-dessus du niveau de la mer, pourrait être submergé d’ici à 2040 ou 2050. Aussi la défense des droits de l’homme s’inscrit-elle également dans la lutte pour sa survie. Déjà, son gouvernement a ratifié la Convention sur l’élimination de toute discrimination envers les femmes ; maintenant, il s’est engagé à adhérer aux deux principaux pactes de l’ONU, l’un sur les droits civils et politiques, et l’autre sur les droits économiques et sociaux, ainsi qu’à ratifier les Conventions sur la torture et contre la discrimination raciale. De plus, il s’active en vue d’éradiquer la violence familiale et celle faite aux femmes, de même qu’il respecte l’orientation sexuelle de chacun.

En tout cas, l’engagement de Tuvalu en faveur des droits de l’homme contraste singulièrement avec les réticences émises en la matière par les Emirats arabes unis, autre pays soumis au cours de la session de décembre à l’examen périodique universel. Ainsi, se retranchant derrière la charia islamique, les Emirats ont refusé plusieurs recommandations de l’ONU, notamment au sujet de l’abolition des châtiments corporels et du moratoire sur l’application de la peine de mort. Ils ont aussi rejeté celles concernant l’égalité pour les femmes, le droit à l’orientation sexuelle et à la liberté religieuse. Ils n’ont rien voulu entendre non plus du droit d’association des travailleurs, en particulier des employés domestiques, ni des réformes de la loi sur la presse, pas plus que de la ratification de la Convention sur les travailleurs migrants et leurs familles. Il en va de même de l’Arabie saoudite et d’autres pays du Golfe, ce qui les qualifie parfaitement pour siéger au Conseil des droits de l’homme et s’ériger en donneurs de leçons tout en ignorant superbement pour eux-mêmes les principes de la Déclaration universelle que l’ONU est censée promouvoir et défendre.