Frédéric Burnand / swissinfo

29 janvier 09 -
Alors que l’armée gouvernementale annonce la chute des rebelles séparatistes des Tigres tamouls, une crise humanitaire se développe au Sri Lanka. De retour de Colombo, un défenseur des droits humains craint que la défaite de la guérilla soit suivie de massacres.

« Le droit le plus menacé aujourd’hui, c’est celui de vivre. Après un conflit de près de 30 ans et des atrocités commises de part et d’autre, la défaite militaire des Tigres ouvre la porte aux règlements de compte et aux massacres. »

C’est le constat inquiet que dresse Adrien-Claude Zoller, de retour du Sri Lanka. Le directeur de l’ONG Genève pour les Droits de l’Homme vient d’y donner une série de cours sur les droits de l’homme auxquels ont participé des associations issues de toutes les composantes de la société civile sri-lankaise.

L’armée sri lankaise, elle, annonce la chute des Tigres de libération de l’Eelam tamoul (LTTE), un mouvement qui cherche à obtenir par les armes la constitution d’un Etat tamoul indépendant. Eradication

« Mahinda Rajapakse (le président du Sri Lanka élu en novembre 2005) et son gouvernement ne croient qu’à la force des armes. Ils espèrent ainsi éradiquer la guérilla tamoule. Mais cette offensive qui remonte à la rupture de la trêve en janvier 2008 n’apporte pas de solution politique qui devrait forcément passer par la négociation. Or plus personne ne parle de négociations », juge Adrien-Claude Zoller.

Avant de préciser : « L’armée gouvernementale peut vaincre les forces armées des Tigres, mais pas ses groupes de guérilla qui peuvent toujours commettre des attentats. De plus, la guérilla continue de contrôler certains territoires d’accès difficile. »

Une crise humanitaire

Ces zones se situent dans la région de Vanni, au Nord du Sri Lanka, où se déroulent actuellement les combats. Une région en proie à une crise humanitaire majeure, selon le Comité international de la Croix Rouge (CICR). L’organisation humanitaire assure que près de 250’000 civils sont pris au piège des combats.

Un constat que partage Adrien-Claude Zoller : « Plusieurs dizaines de milliers de personnes, entre 70’000 et 200’000, ne peuvent sortir de cette zone contrôlée par les Tigres et bombardée par l’armée. Ceux qui ont tenté d’en sortir se sont fait assassiner par la guérilla. »

« Les opérations de l’armée ont empêché à plusieurs reprises l’aide humanitaire d’arriver dans cette région, précise Adrien-Claude Zoller. Or, depuis plusieurs années, d’énormes camps de personnes déplacées s’y sont également constitué, des camps qui aujourd’hui sont privé d’aide humanitaire. »

Ce qui fait dire à Jacques de Maio, directeur des opérations du CICR pour l’Asie du Sud : « La dynamique du conflit dans une zone densément peuplée est incompatible avec le respect du droit international humanitaire. »

Une violence généralisée

Mais la violence frappe aussi d’autres régions. Adrien-Claude Zoller signale ainsi un grand nombre de victimes dans l’est de l’île, une région perdue par la guérilla ou sévit des groupes paramilitaires, avant de dénoncer la dérive autoritaire du président nationaliste Mahinda Rajapakse, épaulé par son frère Gotabhaya, secrétaire à la Défense.

« La société civile est sous pression. Et ce dans la quasi-totalité du pays. Les journalistes sont les premiers à être frappés. Certains ont été assassinés et beaucoup d’entre eux fuient le pays. Les défenseurs des droits de l’homme risquent d’être les suivants », s’inquiète Adrien-Claude Zoller.

Le Genevois rappelle au passage que le Sri Lanka est avec la Colombie et l’Irak l’un des pays qui comptent le plus grand nombre de disparus, estimés à 55’000 depuis le début du conflit. Appel à la Suisse

Face à cette tragédie aux multiples dimensions, Adrien-Claude Zoller appelle la Suisse à davantage d’engagement. « La Suisse est toujours active à Colombo pour appuyer divers programmes liés aux droits de l’homme, à la justice sociale ou au développement. Mais il serait temps que Berne augmente ses programmes », plaide le défenseur des droits humains.

Et de conclure : « Il ne s’agit pas seulement de favoriser des négociations de paix entre les criminels des deux bords. Il est urgent d’assurer le respect des droits humains pour l’ensemble de la population et ses éléments les plus exposé, la minorité tamoule et la société civile sri-lankaise. »