Alors que commence mercredi 15 la dernière session du Comité préparatoire de la conférence dite « Durban II », la porte parole de l’ONU, Marie Heuzé a confirmé la venue du Président de la République islamique d’Iran, Mahmoud Ahmadinedjad à la conférence qui s’ouvre le 20 avril prochain.

Les autres chefs d’Etat à avoir annoncé leur présence sont le Timor-Leste, Le Togo et le Monténégro.
L'Egypte, le Nigéria, la Norvège, l'Afrique du Sud ont confirmé la venue de leur ministre des Affaires étrangères, l'Irak celle de son vice-président, le Lesotho celui de son premier ministre.
La Suisse qui avait décliné la proposition de la Haute Commissaire de présider la Conférence, n’a pas encore décidé du niveau de sa participation.

Le secrétaire général de l'Organisation de la conférence islamique (OCI), le Turc Ekmeleddin Ihsanoglu, a pour sa part confirmé sa venue à Genève.

Les Etats-Unis ont fait savoir qu’il était possible qu’ils reviennent s’ils estiment qu’il y a un progrès quant à l’avancée des négociations à la fin de la semaine.

Et les européens n’ont jusqu’à ce jour pris aucune décision que ce soit sur leur participation ou leur niveau de participation.

Au bord du lac Léman, l’annonce de la venue du Président iranien laisse les diplomaties européennes, dans un embarras certain.
Cette focalisation sur la personnalité unique d’Ahmadinedjad pose cependant un véritable problème de fond. En effet, la France et les autres pays européens ne se sont pas émus outre mesure lorsque ce dernier s’est adressé à l’Assemblée Générale, que le Ministre des affaires étrangères Manouchehr Mottaki a pris la parole à l’occasion des séances inaugurales du Conseil des droits de l’homme, et que la République islamique d’Iran a été élue à la vice-présidence du Comité préparatoire de la conférence de Durban II en août 2007.

Comment peut-on ainsi dissocier le message du président iranien du discours des représentants de son gouvernement, ainsi que des négociations qui ont eu lieu depuis prés de deux ans ?

Les européens, à l'instar de la Haute commissaire aux droits de l'homme, affirment à tout bout de champ qu’en 2001, seul le Forum des ONG constituait un problème. Ils ont considéré comme une victoire diplomatique le fait que les ONG ne puissent se réunir dans le cadre d’un Forum sous l’égide de l’ONU, comme cela se passe d’ordinaire dans les conférences mondiales thématiques. Du côté d’un certain nombre d’ONG genevoises, la rumeur persiste qui prétend que l’absence de Forum est due aux pressions des organisations juives. Alors qu'en réalité, cela fait le jeu des dictatures, (Venezuela, Chine, et pays membres de l’OCI etc...) qui ne souhaitent nullement que des associations dénoncent les discriminations que subissent les minorités dans leur pays.

N’étant pas à une contradiction prés, l’UE a acceptée que soient accréditées l’ensemble des organisations qui étaient présentes à Durban en 2001, les violentes autant que celles qui défendaient véritablement les voix des victimes du racisme et des discriminations.
Les ONG auront du coup un temps de parole limité et seules celles qui auront été agrées (selon des critères inconnus) par le Bureau de la conférence, auront le droit d’intervenir.

Quelle défaite pour le processus démocratique inscrit dans les mécanismes de l’ONU depuis sa création et gravé dans le marbre de sa Charte !

En marge de l’ONU, plusieurs manifestations s’organisent à Genève, sommets, conférences, commémoration de la Shoah (qui tombe le 20 avril cette année) etc…qui transmettront des messages dans une cacophonie effroyable, avec un risque de surenchère victimaire. Tout cela n’évitera vraisemblablement pas la focalisation sur Israël et l’instrumentalisation de la cause palestinienne.

La présence du président Iranien qui appelle à la destruction de l’Etat d’Israël, ne fera que renforcer cette focalisation. Sa présence ainsi que l’émotion qu'elle suscite, dévoile la farce qui se joue comme en 2001 du côté des gouvernements.

Cette farce est Ô combien plus grave que n’importe quel forum d’ONG qui aurait pu se dérouler selon des règles de procédures strictes, ce qui était tout à fait possible au siège de Genève et  n'avait pas été le cas en Afrique du Sud.

Les lignes rouges ont été franchies depuis belle lurette et Ahmadinedjad ne fait que montrer, comme dans le conte d’Andersen, à quel point, le roi ONU est nu.