tandis que Micheline Calmy Rey se fait discrète

Le 10 décembre 2008, alors que la France célébrait le 60ème anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’homme, le Ministre des affaires étrangères Bernard Kouchner déclarait qu’ “
On ne peut pas diriger la politique extérieure d’un pays uniquement en fonction des droits de l’homme. Diriger un pays éloigne évidemment d’un certain angélisme”.

Dans la pièce qui s’est déroulée en début de semaine à Genève, notre pays a su jouer la carte de la Realpolitik avec brio , puisque c’est au nom des“droits de l’homme et de la lutte contre le racisme”, que fut mise en scène la fameuse “diplomatie de façade” devant les caméras du monde entier.

La République islamique d’Iran a été le premier pays à s’adresser à la Conférence et a même eu l’insigne privilège de parler plus de 30 minutes, alors que la règle était de 7 minutes par pays.
Les européens (enfin ceux qui ne s’étaient pas encore retirés du processus de Durban 2 soit 23 membres sur 27) avaient prévenu qu’ils partiraient aux premiers mots proférés stigmatisant Israël comme un pays raciste.

La pièce de théâtre fut parfaitement jouée. Bien que la France n’assuma plus la Présidence européenne, c’est l’Ambassadeurcock français Mattei qui mena la marche de la résistance, un dossier jaune sous le bras, sans doute pour que les caméras de télévision le repèrent bien dans le défilé de costumes gris.

Aussitôt le discours terminé,  les européens retournèrent dans la salle pour acclamer la Norvège. Mais ils n’étaient plus que 22 désormais puisque la République Tchèque qui préside l’UE décidait de ne plus revenir.

En revanche, personne ne se leva plus tard lorsque l’Egypte se focalisa sur le sort des Palestiniens. L’UE ne broncha pas d’avantage lorsque le Ministre syrien des affaires étrangères Faysal Mekdad dit que “l’autodétermination des juifs” était une forme de “discrimination raciale”, parla de la “judaïsation d’Israël” et de “l’épuration ethnique de 1948,” ou lorsque le délégué Palestinien affirma que durant les “60 dernières années, le peuple palestinien avait souffert d’un des aspect les plus laid du racisme et de la discrimination”…

Et puis il y eut ce nouveau coup de théâtre, l’adoption du texte négocié par le Comité préparatoire, sans aucune discussion en plénière le 21 avril, sous l’égide de l’ambassadeur russe Boychenko, ancien membre du KGB, passé de facilitateur lors des réunions informelles de ces derniers mois,  à Président du comité de rédaction de la Conférence .

Ces formidables rebondissements qui défrayèrent la chronique pouvaient dés lors être transformés et, comme l’on dit désormais en politique, permettre aux uns et aux autre d’en sortir “gagnant gagnant” !
La France qui ne préside plus l’Union européenne a su encore se singulariser auprès de l’opinion (française plus que mondiale), afin de montrer son courage et sa détermination contre le diable venu en personne Ahmadinedjad.
Ainsi, le texte adopté fut proclamé par Bernard Kouchner comme trophée de la victoire du dialogue et de la bataille des droits de l’homme. Cette fanfaronnade servit alors à camoufler les véritables raisons pour lesquelles les autres pays
avaient refusé de participer à la mascarade de Genève.
De nombreux commentateurs prétendirent en effet que l’annonce de la venue d’Ahmadinedjad avait pesé dans le retrait des USA et des autres pays qui
s’étaient retirés le dimanche 19.
En réalité, si l’administration Obama a décidé de ne pas se rendre à Genève, c’est en raison du texte proposé vendredi 17 avril au soir. Celui ci maintenait d’une part le premier paragraphe que les USA avaient déjà refusé le 17 mars, qui entérine dans sa totalité la Déclaration et le programme d’action de 2001 qui comporte des paragraphes se focalisant sur un seul pays, Israël. D'autre part, il comportait des formulations portant atteinte à la liberté d’expression. (voir communiqué de presse sur
lien )

En effet, les lignes rouges de Washington, de Paris ou d’Amsterdam n’ont jamais été les mêmes. On peut d’ailleurs regretter que ces pays n’aient pas mis la barre plus haute. 

Bien qu’étant à l’origine du slogan des lignes rouges, la France attendit relativement longtemps pour les définir précisément..
C’est seulement le 2 mars, lors du dîner annuel du Crif que ces dernières furent présentées . Le  texte de 2009 ne devait pas se focaliser sur les Palestiniens et ne pas intégrer la “diffamation des religions”.
Bien évidemment, cela n’empêcha pas que des paragraphes renvoient à des plateformes autres qui se focalisent sur les palestiniens, voir utilisent le fameux “langage de haine” . De même la diffamation a été paraphrasée en  “haine des religions” et certains paragraphes se réfèrent à d’autres mécanismes, renforcent certaines structures qui ont déjà, de facto, entériné le concept de diffamation des religions.
Une fois le tour de passe passe accomplis, la diplomatie française a répété à l’usure combien elle avait protégé les droits humains, montrant par la même le bien fondé de sa présence. Dans la foulée, elle adressa par la voix de ses diplomates une leçon de multilatéralisme et de dialogue, stigmatisant dans le même temps les irresponsables déserteurs qui n’avaient pas fait œuvre de pareil courage.

Durant ces événements, Micheline Calmy Rey, la Conseillère fédérale en charge des affaires étrangères,
qui s’était rendue voilée à Téhéran pour négocier un contrat gazier en mars 2008, figure emblématique, prophétesse des droits universels et du féminisme, se fit plus que discrète.
C’est le Président de la Conférence helvétique, Hans-Rudolf Merz qui reçut le président iranien.
Quel dommage ! Quel merveilleux coup médiatique cela aurait été si elle avait osé le rencontrer. Elle aurait pu ainsi lui faire l’accolade en cheffe de la diplomatie, lui serrer la main
la tête découverte !
De surcroit, elle aurait pu faire taire les méchantes langues qui lui ont tant reproché jadis de s’être rendue voilée rencontrer le Président de la République islamique d’Iran.

On a aussi entendu, à juste titre, que le Président iranien faisait campagne, à dix semaines des élections en Iran. Dans le jeu des Mollahs, et des diplomaties du monde qui lorgnent sur les réserves minérales perses, le repoussoir Ahmadinedjad rendra d’autant plus fréquentable un futur président, prétendument modéré, faisant preuve de mesure, bien qu'appliquant la Charia et poursuivant son programme nucléaire qui, il faut le rappeler, fut engagé par le “fréquentable”
Khatami.

Depuis l’annonce de l’adoption du fameux texte… les journalistes semblent avoir déserté Genève. La conférence contre le racisme continue cependant. Les diatribes à la tribune n'ont pas cessé.
Et les ONG qui n’ont pas eu de forum, celles qui se sont déplacées parfois de loin pour faire entendre les voix des victimes n’auront aucune caisse de résonnance.
Les gesticulations des Etats leur auront volé leur conférence pour des enjeux géo-politico-économico-stratégiques, ayant peu à voir avec le racisme et les discriminations.