Dans le Canard Enchaîné du 29 avril

A la conférence dite d'examen de l'ONU contre le racisme, qui s'est achevée dans l'indifférence la semaine dernière à Genève, les victimes avaient surtout le droit de la boucler. Alors que le président iranien avait eu tout loisir de déverser son fiel en guise d'ouverture, plusieurs représentants des ONG, réduites à la portion congrue en fin de semaine, l'ont appris à leurs dépens. Ainsi, avec le concours actif du délégué de l'Iran, l'un des vice-présidents de la rencontre, la Chine a empêché vendredi deux ONG pro-tibétaines de terminer leurs interventions déjà limitées à trois minutes.
A peine Tenzin Kayta, qui s'exprimait au nom de la Société des peuples menacés, avait-il évoqué la situation au Tibet comme exemple d'incitation à la haine raciale, que le délégué chinois avait agité sa pancarte et exigé du président kenyan de la conférence, Amos Wako, de l'interrompre. Déjà le représentant de Téhéran avait demandé la parole et s'était indigné quand le président l'avait désigné comme "le distingué délégué de l'Iran", l'enjoignant de citer correctement "la République islamique d'Iran". Encore sous l'émotion de ce rappel aux bonnes manières, le même président kenyan devait s'emmêler les pinceaux après une nouvelle protestation du représentant de Pékin en lui donnant du "distingué délégué de la République islamique de Chine", avant de se raviser et de se confondre en excuses devant les réactions hilares des uns et indignées des autres, pas d'humeur à plaisanter. Toujours est-il que l'orateur tibétain n'a pas pu conclure son discours et la Chine a obtenu qu'on passe à l'orateur suivant.
Un scénario identique s'est répété lorsqu'une Tibétaine, Tsering Jampa, a pris la parole au nom de la Campagne internationale pour le Tibet, et a été empêchée de continuer après les gesticulations chinoises habituelles. Une semaine auparavant, le médecin palestinien embastillé et torturé en Libye avec les infirmières bulgares avait subi un sort analogue sous le marteau de l'ambassadrice libyenne, présidente du comité préparatoire de Durban II. Parlant au nom d'une ONG, il s'était adressé en ces termes à Mme Najat al-Hajjaji: "Je ne sais pas si vous me reconnaissez, je suis le médecin palestinien qui a été retenu en otage par votre pays... ", avant que la représentante du colonel Kadhafi lui coupe la parole, affirmant que ces propos n'avaient rien à voir avec ladite conférence. En revanche, parmi plus de 80 nouvelles ONG accréditées pour la circonstance, la présidente libyenne a admis le Gaddafi International Charity & Development Center, dirigé par le fils du colonel, tandis qu'elle refusait l'agrément au Centre tibétain des droits de l'homme et pour la démocratie. Ainsi vont les droits de l'homme au royaume onusien...