NOUVELOBS.COM | 03.05.2009 | 18:14

Le gouvernement égyptien a ordonné mercredi l'abattage de 250.000 porcs par mesure de précaution, provoquant de violents affrontements qui ont fait 12 morts.
Douze personnes ont été blessées dans les affrontements qui ont opposé au Caire les forces de sécurité à des propriétaires de porcs leur lançant des pierres pour les empêcher de mener à bien les mesures d'abattage des porcs décidées comme mesure de précaution contre la grippe A(H1N1), dimanche 3 mai.
Trois à quatre cents résidents du quartier de Manchiyet Nasr, en haut de la colline du Moqattam, habité majoritairement par des chiffonniers chrétiens coptes, ont accueilli par des jets de pierres et de bouteilles, les forces de police, dépêchées sur les lieux en mi-journée.
Des policiers des forces anti-émeutes, quelques centaines, ont alors répliqué en lançant des gaz lacrymogènes et en tirant des balles en caoutchouc contre les manifestants, pour la plupart des jeunes gens.
"Gagne-pain" des chiffoniers
Un des éleveurs avait déclaré que jamais ils ne se laisseraient voler leur "gagne-pain" en excluant toute entrée dans le quartier où résident 35.000 chiffonniers ou "zabbaline", une communauté qui trie sur place les ordures et élève quelque 60.000 porcs. Mais la police a finalement réussi à pénétrer dans le quartier en début d'après-midi.
Un poste de contrôle de police, à l'orée du quartier, a été détruit par les manifestants. Un officier a répliqué en tirant en l'air un coup de semonce à balles réelles.
Des incidents ont aussi éclaté de nouveau entre éleveurs de porcs et policiers à Khanka, dans le gouvernorat de Qalioubiya, à 25 km au nord du Caire, a-t-on appris d'une source des services de sécurité. Les policiers avaient déjà essayé d'entrer dans cette zone mercredi avant de rebrousser chemin après avoir essuyé des jets de cailloux et de bouteilles.
"Se débarrasser des cochons"
Mercredi, le gouvernement avait ordonné l'abattage de 250.000 cochons élevés dans le pays, notamment en prévention de la grippe porcine. La mesure  est très controversée. Aucun cas n'a pour le moment été recensé en Egypte et l'OMS n'a fait état d'aucune contamination du porc à l'homme. Le gouvernement a ensuite affirmer qu'il s'agissait d'éradiquer des élevages insalubres.
Sur les 80 millions d'Egyptiens, musulmans pour la majorité, on compte 6 à 10% de chrétiens coptes, qui élèvent et consomment du porc. Un autre éleveur de porc estime que les autorités veulent "se débarrasser des cochons", animal considéré comme "impur" et interdit par l'islam.
Les autorités, qui voulaient que l'abattage se fasse immédiatement ont admis qu'il faudrait au moins six mois aux abattoirs pour venir à bout de tout le cheptel. L'Egypte devrait importer trois nouvelles machines pour atteindre la capacité d'abattage de 3.000 porcs par jour, a annoncé le ministre de l'Agriculture, Amine Abaza.
Le quotidien Al-Ahram a annoncé le barème de dédommagements des éleveurs. Chacun recevra 100 livres (14 euros) de compensation par porc abattu. Ce montant atteindra 250 livres par femelle (35 euros).