23 septembre 2009
Le programme politique de la Libye, présidente de l'Assemblée Générale.
On a fait grand bruit (avant et après) autour de l'intervention du président iranien Ahmadinedjad dont on peut trouver l'intégralité du texte sur le site de l'ONU http://www.un.org/ga/64/generaldebate/pdf/IR_en.pdf
La déclaration de Mouammar Kadhafi le 23 septembre 2009, dont il n'existe aucune version retranscrite, s'est déroulée durant 1heure40 et a donné lieu à des commentaires plutôt amusés de la part des commentateurs. Son programme politique pour l'année à venir, en tant que pays PRESIDENT POUR UN AN de l'Assemblée Générale mérite pourtant que l'on s'y attarde. Il peut être écouté dans son intégralité sur http://www.un.org/ga/64/generaldebate/LY.shtml. La traduction anglaise de son discours en arabe n'a pas été assurée par les traducteurs de l'ONU mais par un membre de la délégation libyenne.
En voici quelques extraits traduits en français. Après on ne pourra pas dire que l'on ne savait pas quel programme politique sera à l'ordre du jour de la 64ème Assemblée Générale :
"Au nom de l'Union africaine, je vous souhaite la bienvenue, dans cette réunion qui sera historique dans l'histoire du monde. Au nom
de la Libye qui préside l'Assemblée Générale, au nom de l'Union africaine, et au nom des 1000 rois traditionnels d'Afrique, je tiens à souhaiter la bienvenu à notre fils Obama, et je le fais car c'est la première fois qu'il s'adresse à l'Assemblée générale et qu'elle se déroule dans son pays hôte. (...)
Parmi les défis auxquels nous sommes confrontés, il y a aussi le virus H1N1 qui a été fabriqué dans des laboratoires à des fins militaires comme arme de destruction
Les Nations Unies ont été créés par les pays qui se sont mis ensemble contre l'Allemagne après la deuxième guerre mondiale (...) nous n'étions pas présents à cette époque. Cela a été créé en l'absence de 165 pays, c'est à dire 1 pays sur 8
Depuis la création de l'ONU, il y a 65 guerres, et ces guerres ont été plus destructrices que la deuxième guerre mondiale (...) était-ce dans l'intérêt de toutes les nations? Non, c'était dans l'intérêt de 2 ou 3 pays
Aucun pays n'a à s'ingérer dans les affaires internes des autres pays (...) A l'époque de Rome, le Sénat a décidé de mettre un dictateur en place car c'était bon pour Rome et personne n'a brandit le Véto à César
Et il y a un pays qui dicte sa conduite. Qui a donné à ce pays son statut de membre de l'ONU ? (allusion à Israël en 1948 ?)Ce sont ces 4 pays qui lui ont donné son statut. Le seul pays pour lequel nous avons tous voté pour son entrée en tant que membre à l'Assemblée Générale est la Chine (République populaire)
Concernant le Conseil de Sécurité, la solution n'est pas d'avoir plus de membres permanents (...) cela créera plus de conflits et plus de tensions et de compétition au niveau mondial (...) Une résolution à l'AG sera préparée en ce sens. Il n'y aura plus de représentants par pays (...) afin qu'il y ait la démocratie et l'égalité entre les pays membres. (...) Il faut que le pouvoir du Conseil de sécurité soit désormais renvoyé à l'Assemblée Générale. Le Conseil de sécurité sera uniquement un organe devant mettre en œuvre les décisions de l'Assemblée Générale. Ce sera le Parlement du monde, l'Assemblée du monde et ce sera la vraie démocratie (...) Nous sommes aujourd'hui 192 membres et nous sommes comme un décors pour le Conseil de sécurité (...) Au Conseil de sécurité, il faudrait un siège pour les 27 membres de l'UE, les 53 pays de l'Union Africaine devraient avoir un siège, un siège pour l'Amérique du Sud, l'Asie un siège, le Moyen orient un siège, La fédération de Russie, les Etats Unis ; la ligue arabe, 22 pays, un siège ; l'Organisation de la Conférence islamique, 57 pays, un siège ; le Mouvement des non alignés, 118 pays, un siège ; ainsi que le G100. Et s'il y a des pays hors de ces associations, nous pourrons leur donner un siège par rotation tous les 6 mois, comme le Japon ou l'Australie. Il faudra que l'Assemblé générale fasse un vote là dessus (...) Monsieur Treki et Ban Ki Moon devront rédiger le projet législatif et organiser des comités pour un vote.
On ne peut pas continuer à être avec un conseil de sécurité pareil, c'est du terrorisme. Un Conseil de sécurité composé de super puissances, c'est du terrorisme en soit. C'est la seule condition pour avoir un monde de paix. (...)"
Nous avons été colonisés et maintenant nous sommes ici pour créer le futur du monde de manière démocratique qui permettra de maintenir la paix et la sécurité. (...)Ce qui se passe aujourd'hui avec le Conseil de sécurité c'est du terrorisme, comme Al Qu'aida.(...). Il ne devrait pas s'appeler le Conseil de sécurité mais le Conseil de la terreur. (...) Le tiers monde est sous la terreur et terrorisé. Le Conseil de sécurité ne nous donne aucune sécurité. Au contraire, il fait régner sur nous la terreur et les sanctions. C'est utilisé uniquement contre nous. (...) Le Conseil de Sécurité n'a jamais pris aucune action pour stopper 64 guerres (...)
L'AIEA ne fonctionne que contre nous, alors que tous les pays devraient être sous son contrôle (...) le Conseil de Sécurité est contre nous, la Cour pénale internationale est contre nous.
L'Afrique a été persécutée, esclavagisée, colonisée, traitée comme des animaux, (...) personne ne peut nous refuser un siège permanent. (...) il faut aussi qu'il y ait des réparations pour que l'on ne puisse plus voler la terre des peuples. Pourquoi les africains devraient-ils partir en Europe ? Pourquoi les asiatiques vont en Europe ? Pourquoi les peuples d'Amérique latine vont en Europe ? Parce que l'Europe a volé les richesses, les fruits, le pétrole, les végétaux. (...) Et maintenant la nouvelle génération en Afrique recherche leurs biens qui leur a été volé. (...) et c'est ainsi que l'on pourra stopper l'immigration (...) Il faut récupérer nos biens équivalents à 77.7 millions. Ce sont les réparations que l'Afrique devrait recevoir des pays qui l'ont colonisé. Et si vous ne nous donnez pas cette somme, nous viendrons la chercher chez vous. (...)
Il n'y a pas d'émigration illégale de Libye vers l'Italie, parce que l'Italie a payé ses compensations à la Libye. (...) Et l'Italie devrait être glorifiée pour ce qu'elle a fait. (...) Et il faut que les pays colonisateurs payent des compensations, afin qu'il n'y ait plus jamais de colonisation, et que tout pays qui colonise sache qu'il devra payer des compensations après. La colonisation doit être incriminée.
Nous africains, sommes fier qu'un fils d'Afrique gouverne les Etats Unis. (...) Mais je suis inquiet. Obama sera là pour les 4 prochaines années ou les 8 prochaines années, mais j'ai peur de l'après. Personne ne peut garantir l'après Obama. Je serais heureux si Obama pouvait rester pour toujours Président des Etats Unis.
Nous avons tous traversé l'océan atlantique pour venir ici (...) Pourquoi ? Est-ce Jérusalem? le Vatican ? La Mecque ? Vous souffrez tous ici du décalage horaire. Nous sommes fatigués et endormis. Votre horloge biologique est perturbée(...)
Ce sont les Etats Unis qui s'occupent de toutes les choses matérielles,qui assure la sécurité très stricte et ils dépensent beaucoup d'argent. Et l'Amérique est très fatiguée. Et je voudrais soulager l'Amérique de cette charge. Nous remercions l'Amérique pour ce qu'elle fait et pour tous les problèmes que cela lui cause. Nous voulons aider l'Amérique. Nous voulons que l'Amérique soit en sûreté, que l'Europe soit en sûreté. (...) Peut-être qu'un terroriste fera une attaque sur l'avion d'un président. Ce bâtiment est une cible pour les terroristes. Cela aurait pu être en leur pouvoir le 11 septembre. Nous avons nous même 10 membres d'Al Qu'aida détenus en Libye. Et ce que nous savons de leurs déclaration est très effrayant. Et l'Amérique vit sous tension. Nous ne savons pas ce qui peut se passer, et l'Amérique peut encore être visée et des dizaines de chefs d'Etats attaqués en même temps. Nous voulons soulager l'Amérique de cette inquiétude. Nous devons déplacer le siège de l'ONU dans un lieu qui n'est pas visé. Après cinquante ans, le siège devrait déménager dans un autre endroit de l'hémisphère. Pour les 50 prochaines années, le siège devrait être dans l'hémisphère de l'est ou dans l'hémisphère du milieu. Par rotation. (...) C'est un service que nous rendons à l'Amérique. (...) Et cela sera mis au vote à l'Assemblée Générale. (...) Nous ne blâmons pas l'Amérique de prendre toutes les mesures de sécurité. Car elle est la cible d'Al Qu'aida. Mais nous ne tolérons pas ces mesures. Nous n'avons pas à venir à New York et nous ne devons pas subir toutes ces mesures. Un président m'a raconté que son co-pilote ne pouvait venir en Amérique parce qu'il y avait des restrictions. Un autre m'a dit que son garde d'honneur n'a pas pu venir car il y avait un quiproquo avec son nom pour avoir un visa. Un autre m'a dit que son médecin personnel n'avait pu obtenir de visa et n'avait pu entrer en Amérique. (...) C'est comme Guantanamo, nous n'avons pas de liberté de mouvement pour nos délégations. (...) Pourquoi ne pas mettre le siège en Libye ? La Libye n'a d'hostilité envers aucun pays. (...) Cela pourrait aussi être Pékin, la capitale de la Chine ou Dehli, la capitale de l'Inde. (...) Et vous me remercierez d'avoir supprimé la souffrance et le fait de voler durant 24 heures. Et je suis sûre que l'Amérique ne réduira pas sa contribution et continuera d'être engagée par ses obligations internationales. Et l'Amérique vous remerciera de lui avoir enlevé ce poids. Et l'Amérique devrait nous remercier pour cela car ce lieu est la cible des terroristes. (...)
Ce n'est pas une réunion ordinaire, même mon fils Obama a dit que c'était une réunion historique.
Il faut aussi établir des cours de justice, et des investigations sur la manière dont les guerres ont commencé. (...) Ceux qui font les guerres doivent être traduits en justice et payer les conséquences. Concernant la Guerre de Suez de 1956, le dossier devrait être rouvert. Pourquoi 3 pays qui ont un siège permanent au Conseil de Sécurité ont attaqué un Etat membre de l'Assemblée Générale, l'Egypte (...) des milliers d'égyptiens sont morts et des villes d'Egypte détruites. Comment cela a pu se passer sous l'ère des Nations Unies ? Comment pouvons nous être sûrs que cela ne se reproduira pas ? (...) Puis il y a eu la guerre du Viet Nam, 3 millions de victimes, (...) il y a eu plus de bombes que durant la seconde guerre mondiale. (...) Nous ne pouvons rester silencieux. Comment l'humanité peut-elle être en sécurité ? (...) C'est le futur du monde et nous devons nous assurer que pareille chose ne se répétera pas à l'avenir. Puis il y a eu Panama (...) Grenade (...) Il faut enquêter sur les bombardements en Somalie, (...) qui a laissé faire ? Puis il y a eu la Yougoslavie. Un pays paisible, et qui a été détruit comme l'a fait Hitler jadis. Tito avait construit son pays étape par étape, brique après brique. Et nous le démembrons pour des intérêts impérialistes internationaux. (...) Nous devons faire une enquête là dessus. Puis il y a la guerre en Iraq. (...) L'Assemblée générale doit mener une enquête sur l'invasion de
l'Iraq (...) Nous risquons tous la même destinée. Puis le génocide, le massacre du peuple iraquien. Ceux qui ont pratiqué les assassinats collectifs du peuple iraquien doivent être jugés. (...) C'est facile de demander que Taylor soit jugé, ou El Bachir ou Noriega. Quelle blague ! Et qu'en est-il de ceux qui ont fait des meurtres de masse en Iraq ! (...) Nous ne sommes pas des animaux et nous avons le droit de vivre et de nous défendre. (...) Vous savez ce que l'on dit ? Que c'est le président des Etats Unis qui se cachait derrière le masque du bourreau du président iraquien. Pourquoi n'avons nous pas vu leur visage ? (...) Qui sont ceux qui ont exécuté la sentence de mort ? (...)
Abougraïb, c'est une insulte à l'espèce humaine. Je sais que les américains ont fait une enquête là dessus. Mais les Nations Unies ne doivent pas oublier et l'AG doit enquêter. Les prisonniers de guerre qui ont été persécutés, mal traités, les médecins qui ont fait des expériences sur eux, et la sodomie? C'est un pêché sans précédent. Ce sont des soldats, des prisonniers de guerre et ils sont violés en prison par un état membre du Conseil de Sécurité ? C'est contre la civilisation. Nous devons savoir les faits. Et il y a encore 1 demi million de prisonniers à Abou Graib.
Et il faut aussi ouvrir une enquête sur l'Afghanistan. Pourquoi sommes nous contre les Talibans ? Qui sont les Talibans ? Qu'est ce que l'Afghanistan ? Si les Talibans veulent créer un état religieux comme le Vatican ! Le Vatican constitue-t-il un danger contre nous ? Non. C'est un pays religieux très pacifique. Si les Talibans veulent créer un émirat islamiste, qui peut dire que ce sont des ennemis ? Ben Laden est-il afghan ? Les Afghans sont ils Ben Laden ? Y-a-t-il un Ben Laden Taliban ? Non ! Ben Laden n'est pas un Taliban est n'est pas Afghan. Ceux qui ont attaqué NY, sont ils des Taliban ? Sont ils Afghans ? Ils ne sont ni Afghans ni Talibans. (...)
Il y a eu la guerre civile en Amérique. Personne n'a interféré dans la guerre civile en Amérique. Il y a eu la guerre civile en Espagne, en Chine, partout. Si les iraquiens veulent une guerre civile, laissons les se battre entre eux, c'est plus juste. Qui a dit que si les Talibans viennent au pouvoir ils auront l'arme nucléaire, ou des missiles transatlantiques ?( ...) est-ce que leurs avions ont décollés d'Afghanistan ou d'Iraq ? Non. Ces avions étaient dans l'aéroport JF Kennedy. (...)
Monsieur Terki, en tant que Président de l'Assemblée Générale doit aussi ouvrir les dossiers des assassinats. Nous voulons savoir, comment un leader africain de la libération de l'Angola a été assassiné. Qui l'a tué ? Nous devons le savoir pour nos fils. Pour l'histoire, le héros de la lutte en Angola (...) Nous devons savoir également sur l'assassinat de Kennedy. Lee Harvey. Qui a tué Lee Harvey ? Jack Ruby. Un israélien a tué Lee Harvey qui a tué Kennedy. Pourquoi ? (...) Nous savons que Kennedy voulait enquêter sur le dossier nucléaire du démon israélien. (...) cela a à voir avec la paix du monde. Et Martin Luther King (...) Et Khalil Al Wazir le palestinien à Tunis. Il vivait
paisiblement là bas. L'indépendance de son pays n'a pas été respectée. Nous ne pouvons rester silencieux. (...) (liste de palestiniens tués) Ces violations des droits de l'homme ne peuvent se répéter et les auteurs doivent être jugés. (...) Nous ne sommes pas des animaux. Nous nous défendons, nous défendons nos enfants. Nous n'avons pas peur. Nous avons le droit de vivre. Et l'air que l'on respire n'est pas juste pour les superpuissances mais pour chacun de nous. Nous ne devons pas vivre humiliés sur cette terre.
Et il y a le massacre de Sabra et Chatila. (...) Et le massacre de 2008 de Gaza (...) (longue liste des tués et des organisations détruites à Gaza) Tous devraient être traduits devant la Cour Pénale internationale. (...)
Les somaliens deviennent pirates car ils défendent la nourriture pour leurs enfants, la pêche pour leurs enfants. (...) j'ai rencontré les pirates et je leur ai dit qu'il faut faire une convention internationale pour protéger leurs eaux territoriales et économiques. Cette mer appartient au peuple somalien. Et les autres pays cesseront d'empoisonner leurs eaux et leurs côtes. (...)
Un jour nous aurons aussi la grippe des poissons. Ils fabriquent les virus pour que les industries pharmaceutiques fabriquent les vaccins. (...) Les industries capitalistes fabriquent les virus pour ensuite fabriquer les vaccins et faire des profits. (...)
Le traité sur les mines antipersonnel devrait être modifié. Je dois pouvoir avoir le droit de mettre des mines à mes frontières pour empêcher que l'on m'envahisse. Je ne fais de mal à personne. Il faut transformer le traité sur les mines. (...)
Les Palestiniens. La solution est un pays démocratique pour les palestiniens et les juifs. Une solution de deux états n'est pas pratique. (...) La solution est un état démocratique arabe sans fanatisme religieux. Les Sharon et Arafat sont terminés. Nous avons besoin d'une nouvelle génération où tous vivront en paix. La jeunesse palestinienne et israélienne veut la paix sous un seul Etat. Ce sera Isratin. Isratin sera la solution. Les arabes n'ont aucune hostilité ni animosité vis à vis d'Israël. Nous sommes de la même race. Les réfugiés doivent revenir.
Vous (s'adressant aux européens) êtes ceux qui avez fait l'holocauste, vous êtes ceux qui les avez brûlé. Pas nous. Nous leur avons donné un refuge, la sécurité durant l'époque romaine, durant le règne arabe en Andalousie. Vous êtes ceux qui les avez empoisonnés et les avez annihilés. Nous les avons toujours protégé. Vous les avez expulsé. Regardons la vérité. Nous ne sommes pas hostiles ou les ennemis des juifs. Et les juifs auront un jour besoin des arabes et nous seront ceux qui leur offriront la protection. Regardez donc ce que les autres ont fait aux juifs. Hitler est un exemple. Vous êtes ceux qui avez fait du mal aux juifs. Pas nous. (...)
21 septembre 2009
La victoire de la démocratie, la honte de la France, et la farce onusienne
Vive la Bulgarie ! la diplomate bulgare Irina Bokova a été élue à la tête de l'Unesco, contre l'Egyptien Farouk Hosni, que la France a soutenu jusqu'au bout - RealPolitik oblige !
Déjà les rumeurs circulent et certains y voient la main d'un Lobby juif puissant mené par BHL, Claude Lanzmann et Elie Weizel qui s'étaient élevés dans une tribune du Monde en mai dernier contre les propos antisémites de Farouk Hosni, et s'étaient mobilisés sans relache depuis sur la question.
Comme à l'époque de Durban 2, la focalisation sur l'antisémitisme et Israël, empêche que l'on puisse avoir une vision globale de la situation internationale et de ce qui s'est joué ces dernières semaines.
La victoire d'Irina Bokova, on la doit surtout au fait que sur ce dossier l'UE a été divisée, et que de nombreux pays (sauf l'Espagne, l'Italie, la Grèce) ont refusé de suivre la politique française en la matière. De là, les USA qui s'étaient tenus à l'écard, ont décidé de rentrer dans la bataille (pour d'autres raisons de RealPolitik) et de mener également un lobbying de couloir, incontestablement plus efficace dans la dernière ligne droite que celui de la France toujours pro-egyptienne, et de celui du Sénégal qui préside par ailleurs l'Organisation de la Conférence islamique.
Aujourd'hui commencent les interventions de haut niveau dans le cadre de la 64ème Assemblée générale. Comme à l'époque de Durban 2, tous se focalisent sur le discours tant attendu et sans surprise du Président Ahmadinedjad.
Les occidentaux menacent encore de faire leur coup de théatre d'avril - les caméras de télévisions sont prévenues - et de se lever au moindre dérapage lors du discours du président iranien.
Mais qui s'inquiète du fait que l'Assemblée Générale est présidée depuis le 15 septembre par la Libye, élue par acclamation le 10 juin dernier ?
Qui souligne le fait qu'aucun pays (pas même les USA membres du CDH depuis juin 2009) n'a essayé de convoquer une session spéciale du Conseil des droits de l'Homme durant l'été, autour de la prise de pouvoir illégal d'Ahmadinedjad et des violences et atteintes aux droits humains qui se déroulent quotidiennement en République Islamique d'Iran ?
Il est possible de réécouter l'intervention de Malka Marcovich, dans l'émission du Grain à moudre du 17 septembre. autour de ces sujets
20 septembre 2009
Pouvons-nous faire libérer des citoyens, otages des dictatures fascistes, en oubliant les peuples dans leurs enfers ?
Par Ann Pak, réfugiée iranienne
Pouvons-nous
faire libérer des citoyens, otages des dictatures fascistes,
terroristes tout en négligeant, en oubliant les peuples dans leurs
enfers ?
Comment ne pas se réjouir d’une libération d’otages où qu’elle
intervienne dans le monde, et ne pas participer à ces moments
d’émotion collective, rares instants de concorde politique planétaire
largement relayée par les médias ?
On peut se demander cependant quel sera le prix à payer pour les
libertés fondamentales, là-bas et ici, lorsque ces dénouements heureux
s’accomplissent grâce à l’entremise des régimes les plus dictatoriaux.
Il en fut ainsi lors de la libération d’Ashraf El-Hojouj et Kristiyna
Valcheva et ses collègues, plus connus sous leur titre de "médecin
palestinien" et "infirmière bulgare" des geôles libyennes, qui permit
au Colonel Khadafi de prendre sa place dans le concert des Nations. Ce
fut le début de l’ascension politique de la Libye au niveau
international. Ainsi, un mois après ces libérations, la Libye
(Grande Jamahiriya arabe) était élue présidente du comité préparatoire à la conférence d’examen de la conférence mondiale contre le racisme
dite "Durban II". Dans la foulée, elle fut élue au Conseil de
Sécurité, à la tête de l’Union Africaine, et présidera à partir du 15
septembre pour un an l’Assemblée Générale des Nations Unies. On
peut aussi se demander quelles concessions auraient été faites à Hugo
Chavez s’il était parvenu à libérer Ingrid Betancourt de l’emprise des
Farc…
Depuis le printemps , nous assistons à une intense activité
diplomatique de l’administration Obama, qui a permis la libération des
journalistes Roxana Sabéri, otage du régime de Téhéran, Laura Ling et
Euna Lee, otages de République démocratique de Corée. Puis est
apparu au premier plan en France le visage de Clotilde Reiss dans le
procès "en sorcellerie" de Téhéran après la révolte du mois de juin,
suivi de celui du Président Syrien Bashar El Assad en potentiel
libérateur.
Et en ce début d’automne, on en vient presque à
oublier l’immense espoir qui a animé le peuple iranien et les
démocrates du monde entier, épris de liberté, durant les semaines de
révolte qui ont suivi les élections truquées et le sort de ceux qui
ont été arrêtés. Le régime islamiste d’Iran est un régime qui
recourt souvent à la prise d’otage et à la terreur aussi bien sur le
plan national qu’international. Par exemple, personne n’a oublié la
prise d’otage du personnel de l’ambassade des USA tout de suite après
la prise de pouvoir de Khomeiny. Sans oublier le recours de ce
régime à la terreur et à l’assassinat de ses opposants sur le sol des
pays libres. Par exemple, parmi tant d’autres, l’assassinat de Shapour
Bakhtyar à Paris (la France a depuis libéré son assassin libanais
embauché par le régime islamique).
La prise d’otage et
l’emprisonnement de Clotilde Reiss ont incité les médias français à
s’intéresser, un court instant, au sort des iraniennes et iraniens
arrêtés par le régime islamiste. Mais, dès lors que la machine de
négociations et de marchandages diplomatiques se mît en marche pour la
libération de Clotilde Reiss, très consciencieusement, ils ont laissé
aux oubliettes les barbaries infligées aux prisonniers politiques et
au peuple iranien. Selon la loi islamique constitutionnalisée en
Iran, toute remise en question du régime, toute requête en justice,
toute quête d’égalité entre homme et femme est considéré comme un
blasphème. Ainsi, le régime théocratique jette l’anathème sur les
citoyens qui réclament la justice, qui luttent pour la démocratie et
la liberté, qui réclament l’abolition de l’apatride sexiste.
Dès
lors, tout un appareil « impeccablement » infernal se met en action
pour éliminer la pensée, effacer l’individu, écraser la personne,
briser toute aspiration au changement, massacrer les opposants, et ce
depuis trente ans. Les premières éliminations commencèrent en 1981
puis en 1988 lorsque Khomeiny ordonna le massacre de milliers de
prisonniers politiques, de jeunes femmes et hommes. Le monde resta
aveugle et sourd aux cris de ces prisonniers, parfois seulement âgés
de quinze ans.
Et là, depuis la révolte du mois de juin, la
machine répressive du régime islamique, une fois de plus, terrorise de
façon impunie tout un peuple qui n’a que sa colère et sa révolte
contre les « agents de dieu » armés jusqu’au cou. La torture se
pratique au nom d’«allah», ce qui produit deux conséquences : les
tortionnaires détruisent sans aucune mauvaise conscience et les
prisonniers et prisonnières, démolis et abattus, sont culpabilisés
encore davantage face à ce dieu. Des tortionnaires accompagnent les
tortures de coups de fouets et des gestes répétitifs de supplice par
la répétition de «الله اکبر /Allaho Akba/ dieu est grand » et « لا
اله الا الله/la élaha ella lélla/ il n’y a pas d’autre dieux sauf
Allah! » Entre autres châtiments cruels et dégradants, le viol des
prisonnières et prisonniers fait partie d’un redoutable moyen pour
casser, briser, détruire, déshumaniser l’individu. Dans les années 80 et 90, après le viol et l’exécution des prisonnières non mariées, ils envoyaient une boite de gâteaux aux parents
de ces prisonnières parfois âgées de 15-16 ans, en guise de «cadeaux
du marié». Car « des fille vierges sont susceptibles d’entrer au
paradis, il faut donc les en empêcher » par le viol.
Depuis le mois de juin, ces pratiques barbares continuent de plus
belle. Au mois d’aoûte, nos écrans ont montré quelques uns de ces
procès dans des «tribunaux commandés», avec des dizaines de
prisonniers avouant les pires des crimes, «l’espionnage, le
renversement du régime islamiste», passibles de la peine de mort.
Comment pensez-vous que le régime islamiste contraint des prisonniers
politiques d’avouer des crimes non commis ? Par la torture, le viol et
les menaces pour leurs familles. Ces barbaries cruelles et
moyenâgeuses, dignes d’être décrites par l’historien Michelet,
anéantissent la personne, tuent la volonté, et font que l’individu
avoue tout ce que lui demandent ses tortionnaires.
Quel peut être le but des ces cruautés infligées aux êtres humains ?
Obtenir des aveux pour des crimes non commis ? Semer la terreur
jusqu’au for intérieur de l’individu, jusqu’au plus profond de la
société ? Par la peur et la terreur, faire tout accepter à l’individu
et à la société ? Préserver le pouvoir quelques jours de plus ? Ou
bien peut-être montrer qu’il n’y a plus de limites au mépris que les
ayatollahs vouent, au nom de dieu, aux êtres humains ? Mais les
clergés chrétiens qui jadis ont exercé tout ce que les imams
islamistes expérimentent aujourd’hui ne nous ont-ils pas démontré que
leur règne ne fut pas éternel ? Face à cette vérité, les Etats des
pays libres doivent sortir de leur silence et de leur inertie. Il
faut arrêter de négocier la liberté des femmes et des hommes avec des
dictatures pour des intérêts économico-pétroliers. Car à long terme,
ils ne sont pas gagnants. Il faut refuser toute reconnaissance,
négociation et relation diplomatique avec le régime islamiste de
Téhéran et son candidat imposé Ahamadi néjad.


