20 septembre 2009
Pouvons-nous faire libérer des citoyens, otages des dictatures fascistes, en oubliant les peuples dans leurs enfers ?
Par Ann Pak, réfugiée iranienne
Pouvons-nous
faire libérer des citoyens, otages des dictatures fascistes,
terroristes tout en négligeant, en oubliant les peuples dans leurs
enfers ?
Comment ne pas se réjouir d’une libération d’otages où qu’elle
intervienne dans le monde, et ne pas participer à ces moments
d’émotion collective, rares instants de concorde politique planétaire
largement relayée par les médias ?
On peut se demander cependant quel sera le prix à payer pour les
libertés fondamentales, là-bas et ici, lorsque ces dénouements heureux
s’accomplissent grâce à l’entremise des régimes les plus dictatoriaux.
Il en fut ainsi lors de la libération d’Ashraf El-Hojouj et Kristiyna
Valcheva et ses collègues, plus connus sous leur titre de "médecin
palestinien" et "infirmière bulgare" des geôles libyennes, qui permit
au Colonel Khadafi de prendre sa place dans le concert des Nations. Ce
fut le début de l’ascension politique de la Libye au niveau
international. Ainsi, un mois après ces libérations, la Libye
(Grande Jamahiriya arabe) était élue présidente du comité préparatoire à la conférence d’examen de la conférence mondiale contre le racisme
dite "Durban II". Dans la foulée, elle fut élue au Conseil de
Sécurité, à la tête de l’Union Africaine, et présidera à partir du 15
septembre pour un an l’Assemblée Générale des Nations Unies. On
peut aussi se demander quelles concessions auraient été faites à Hugo
Chavez s’il était parvenu à libérer Ingrid Betancourt de l’emprise des
Farc…
Depuis le printemps , nous assistons à une intense activité
diplomatique de l’administration Obama, qui a permis la libération des
journalistes Roxana Sabéri, otage du régime de Téhéran, Laura Ling et
Euna Lee, otages de République démocratique de Corée. Puis est
apparu au premier plan en France le visage de Clotilde Reiss dans le
procès "en sorcellerie" de Téhéran après la révolte du mois de juin,
suivi de celui du Président Syrien Bashar El Assad en potentiel
libérateur.
Et en ce début d’automne, on en vient presque à
oublier l’immense espoir qui a animé le peuple iranien et les
démocrates du monde entier, épris de liberté, durant les semaines de
révolte qui ont suivi les élections truquées et le sort de ceux qui
ont été arrêtés. Le régime islamiste d’Iran est un régime qui
recourt souvent à la prise d’otage et à la terreur aussi bien sur le
plan national qu’international. Par exemple, personne n’a oublié la
prise d’otage du personnel de l’ambassade des USA tout de suite après
la prise de pouvoir de Khomeiny. Sans oublier le recours de ce
régime à la terreur et à l’assassinat de ses opposants sur le sol des
pays libres. Par exemple, parmi tant d’autres, l’assassinat de Shapour
Bakhtyar à Paris (la France a depuis libéré son assassin libanais
embauché par le régime islamique).
La prise d’otage et
l’emprisonnement de Clotilde Reiss ont incité les médias français à
s’intéresser, un court instant, au sort des iraniennes et iraniens
arrêtés par le régime islamiste. Mais, dès lors que la machine de
négociations et de marchandages diplomatiques se mît en marche pour la
libération de Clotilde Reiss, très consciencieusement, ils ont laissé
aux oubliettes les barbaries infligées aux prisonniers politiques et
au peuple iranien. Selon la loi islamique constitutionnalisée en
Iran, toute remise en question du régime, toute requête en justice,
toute quête d’égalité entre homme et femme est considéré comme un
blasphème. Ainsi, le régime théocratique jette l’anathème sur les
citoyens qui réclament la justice, qui luttent pour la démocratie et
la liberté, qui réclament l’abolition de l’apatride sexiste.
Dès
lors, tout un appareil « impeccablement » infernal se met en action
pour éliminer la pensée, effacer l’individu, écraser la personne,
briser toute aspiration au changement, massacrer les opposants, et ce
depuis trente ans. Les premières éliminations commencèrent en 1981
puis en 1988 lorsque Khomeiny ordonna le massacre de milliers de
prisonniers politiques, de jeunes femmes et hommes. Le monde resta
aveugle et sourd aux cris de ces prisonniers, parfois seulement âgés
de quinze ans.
Et là, depuis la révolte du mois de juin, la
machine répressive du régime islamique, une fois de plus, terrorise de
façon impunie tout un peuple qui n’a que sa colère et sa révolte
contre les « agents de dieu » armés jusqu’au cou. La torture se
pratique au nom d’«allah», ce qui produit deux conséquences : les
tortionnaires détruisent sans aucune mauvaise conscience et les
prisonniers et prisonnières, démolis et abattus, sont culpabilisés
encore davantage face à ce dieu. Des tortionnaires accompagnent les
tortures de coups de fouets et des gestes répétitifs de supplice par
la répétition de «الله اکبر /Allaho Akba/ dieu est grand » et « لا
اله الا الله/la élaha ella lélla/ il n’y a pas d’autre dieux sauf
Allah! » Entre autres châtiments cruels et dégradants, le viol des
prisonnières et prisonniers fait partie d’un redoutable moyen pour
casser, briser, détruire, déshumaniser l’individu. Dans les années 80 et 90, après le viol et l’exécution des prisonnières non mariées, ils envoyaient une boite de gâteaux aux parents
de ces prisonnières parfois âgées de 15-16 ans, en guise de «cadeaux
du marié». Car « des fille vierges sont susceptibles d’entrer au
paradis, il faut donc les en empêcher » par le viol.
Depuis le mois de juin, ces pratiques barbares continuent de plus
belle. Au mois d’aoûte, nos écrans ont montré quelques uns de ces
procès dans des «tribunaux commandés», avec des dizaines de
prisonniers avouant les pires des crimes, «l’espionnage, le
renversement du régime islamiste», passibles de la peine de mort.
Comment pensez-vous que le régime islamiste contraint des prisonniers
politiques d’avouer des crimes non commis ? Par la torture, le viol et
les menaces pour leurs familles. Ces barbaries cruelles et
moyenâgeuses, dignes d’être décrites par l’historien Michelet,
anéantissent la personne, tuent la volonté, et font que l’individu
avoue tout ce que lui demandent ses tortionnaires.
Quel peut être le but des ces cruautés infligées aux êtres humains ?
Obtenir des aveux pour des crimes non commis ? Semer la terreur
jusqu’au for intérieur de l’individu, jusqu’au plus profond de la
société ? Par la peur et la terreur, faire tout accepter à l’individu
et à la société ? Préserver le pouvoir quelques jours de plus ? Ou
bien peut-être montrer qu’il n’y a plus de limites au mépris que les
ayatollahs vouent, au nom de dieu, aux êtres humains ? Mais les
clergés chrétiens qui jadis ont exercé tout ce que les imams
islamistes expérimentent aujourd’hui ne nous ont-ils pas démontré que
leur règne ne fut pas éternel ? Face à cette vérité, les Etats des
pays libres doivent sortir de leur silence et de leur inertie. Il
faut arrêter de négocier la liberté des femmes et des hommes avec des
dictatures pour des intérêts économico-pétroliers. Car à long terme,
ils ne sont pas gagnants. Il faut refuser toute reconnaissance,
négociation et relation diplomatique avec le régime islamiste de
Téhéran et son candidat imposé Ahamadi néjad.
25 juin 2009
Iran, la fin de l’idéologie du martyre
Par CHAHLA CHAFIQ-BESKI
essayiste et nouvelliste
Le 19 juin, dans un discours menaçant lors de la prière collective du
vendredi, l’ayatollah Khamenei, Guide suprême, ordonne au peuple contestataire
de ne plus descendre dans la rue et de ne plus se joindre aux manifestations
massives qui avaient lieu depuis cinq jours. Le même jour, une jeune bloggeuse
écrit : «Demain, j’irai à la manif. Ce sera peut-être violent. Je serai
peut-être parmi les prochaines personnes tuées.» Puis, elle ajoute ce
qu’elle veut faire avant d’aller à cette manifestation d’où elle ne reviendra
peut-être pas. Je l’imagine à travers ses mots : «en train de danser sur ses
musiques préférées et de lire des poèmes». Comme nous, les jeunes des
années 80, elle lit Forough et Shamlou (1). Je la vois feuilleter les photos de
famille, regarder quelques scènes des films qu’elle aime pour les garder en
elle, appeler ses amis pour leur dire adieu. Je me demande pourquoi elle ne leur
donne pas rendez-vous pour qu’ils y aillent ensemble et mon cœur s’emplit
d’angoisse. La même angoisse qui est en elle quand elle écrit : «Il ne me
reste que deux unités pour obtenir ma maîtrise. Mais quelle importance ! J’ai
une tempête dans la tête.» Pourtant, qu’est-ce qu’elle est calme quand elle
dit : «J’écris ces quelques lignes pour la génération future. Qu’elle sache
que nous n’avons pas fait cela pour des causes sentimentales ou sous la pression
des masses. Pour qu’elle sache que nous avons fait tout notre possible pour lui
léguer un monde meilleur.»
Cette note a pour moi le ton d’un testament déjà lu. Je reconnais ce ton.
Quand je lis les testaments des prisonniers politiques des années 80, ils
s’adressent aussi à la génération à venir. Certains se disent fiers de donner
leur vie pour un idéal, incarné par leur parti politique. D’autres parlent
seulement de leur intégrité, de leur dignité et de leur liberté : la liberté de
dire non aux geôliers islamistes qui veulent leur repentance. Aujourd’hui
encore, à chaque fois que je les lis, je suis saisie de douleur et de joie. Mon
cœur est plein de contradictions. Quelqu’un demande en moi : «N’y avait-il pas
une autre voie, une voie de compromis qui aurait fait reculer la sentence de
mort ?» Tandis qu’une autre voix s’élève et me dit : «Regarde la capacité
merveilleuse de l’être humain ! Regarde comment, privé de toute liberté, on peut
être si libre !»
Les prisonniers de ces premières années post-révolutionnaires étaient pour la
plupart des lycéens et des étudiants, sympathisants des nombreux groupes
politiques qui s’étaient activés librement dans le contexte de la révolution
antidictatoriale. Ils étaient pour la plupart révolutionnaires et idéalistes.
Beaucoup d’entre eux ont perdu leur vie pour avoir seulement exprimé leur
opposition à la République islamiste. Ils n’ont pas eu le temps de mettre leurs
idéaux en réflexion ni à l’examen de l’expérience. Les générations qui les
suivirent, celles que l’échec de la révolution poussa au pragmatisme et au
réformisme, ont aussi été privées d’une telle possibilité. L’expression libre et
la pratique de la pensée critique ne peuvent exister dans la République
islamique qui a mis en place le Velayat-e-Faghih (règne du Guide
suprême). Dans ce système totalitaire fondé sur l’idéologisation de l’islam, le
vote du peuple ne doit servir qu’à consolider l’Etat qui se déclare délégué de
Dieu sur terre.
Ce sont les conséquences de cette logique qui amènent à l’actuelle explosion
populaire. Dans les années 80, le slogan «Guerre jusqu’à la victoire» avait
permis au gouvernement islamique de tuer et d’emprisonner des milliers
d’opposants. Aujourd’hui, les actes liberticides et antisémites, les paysages
guerriers dessinés par la politique d’Ahmadinejad provoquent le rejet d’un grand
nombre d’Iraniens. L’échec du rêve islamiste fait d’Ahmadinejad un vrai
cauchemar pour des millions d’Iraniens qui veulent l’ouverture.
Hanté par le danger des révolutions de velours et de couleurs, le pouvoir ne
supporte pas les résultats de l’élection qui signent l’échec flagrant des
slogans du retour aux idéaux islamistes. Pour afficher la légitimité du régime
et mener à bien sa politique atomique, le Guide suprême avait appelé le peuple à
se mobiliser massivement dans les urnes. Les deux candidats réputés réformistes
sont connus pour leur fidélité au système : Moussavi, Premier ministre de 1981 à
1989, promet l’application exacte de la loi constitutionnelle islamique ;
Karoubi, membre du clergé et une des hautes figures du régime islamique, prône
le respect des droits des citoyens dans le cadre du régime. Les débats télévisés
entre les candidats mettent en scène l’ampleur du conflit interne au pouvoir et
embrassent le bilan catastrophique du régime : corruption, absence totale de
droits citoyens, blocage économique, social et culturel. On y parle de la
nécessité de négocier avec les Etats-Unis qui, avec Obama, ne se prêtent plus à
la diabolisation. Le changement promis par Moussavi et Karoubi rime avec
ouverture. Ouverture et changement que cherchent aussi les jeunes qui
investissent par millions la scène électorale dont ils font le lieu d’expression
de leur désir de vie, incarné par la couleur et la musique. La couleur verte
lancée par Moussavi pour préserver le caractère islamique du changement annoncé
devient la couleur de la fin de l’idéologie du martyre. Or, l’immense fraude qui
marque la fin du jeu électoral, démontre la volonté des tenants du pouvoir
d’arrêter ce processus. A son apogée, le conflit au sein du pouvoir révèle
l’impasse du système et la répression menace.
Dans les années 80, la vaste répression des opposants a eu lieu dans
l’indifférence de la société internationale. A cause de la révolution
antidictatoriale, le régime semblait légitime, et l’ensemble du peuple iranien
était réduit au peuple Hezbollah. En l’absence d’Internet et des autres modes de
communication actuels, la censure était plus efficace. Aujourd’hui, les choses
sont différentes. Pourvu que cela aide les jeunes iraniens qui luttent pour la
liberté. Que le monde entier entende la voix de cet autre Iran avec un tel
retentissement qu’aucun jeu diplomatique ne puisse servir le pouvoir
islamiste.
(1) Forough Farrokhza, grande poétesse iranienne des années 40 dont l’œuvre continue à marquer les jeunes générations. Ahmad Shamlou, grand poète iranien, connu pour ses idéaux humanistes et séculiers.
Auteure notamment de :le Nouvel Homme islamiste. La prison politique en Iran. Ed. Le Félin, 2002.
24 juin 2009
Les forces démocratiques et progressistes, soutenons le peuple iranien !
Par Ann Pak
Avant le 12
juin personne n’était prêt à parier sur la révolte du peuple iranien
ou même à prévoir sa probabilité. Le 12 juin, un chroniqueur de
France culture qualifie l’ambiance électorale comme étant « démocratique ».Et
lorsque, le soir des élections, les faux résultats sont tombés aucun
journaliste ne put prédire un soulèvement populaire surtout d’une
telle ampleur.
C’est que
les médias occidentaux ne se sont pas réellement penchés sur notre
peuple, sur ses luttes et sur ses revendications, alors que depuis 30
ans, des femmes et des hommes n’ont jamais cessé de lutter contre
la dictature des ayatollahs.
Mois de juin
est devenue une date presque symbolique : c’est le 18 juin 1999 qu’a
eu lieu le célèbre massacre des étudiants qui avaient osé réclamer
plus de liberté, c’est le 12 juin 2006 que des femmes sont descendues
dans la rue pour réclamer leurs droits humain et que, suite à la répression,
elles ont décidé d’agir différemment et de lancer d’autres moyen
de lutte, comme par exemple « la campagne d’un million de signatures ».
Je ne veux
même pas rappeler ici les combats des iraniennes et des iraniens et
les sanctions subies depuis la révolution islamique et surtout pendant
la guerre Iran-Irak. Je ne veux même pas invoquer les assassinats des
journalistes, intellectuel-les, écrivain-es…..pour illustrer le fait
que les iraniennes et iraniens ne se sont jamais montrés soumis au
régime islamiste durant ces 30 années.
Or, les médias
français qui reflètent des informations sur toutes ces luttes sont
rares, voire inexistants. Ils ont été plutôt fascinés par la supercherie
du « dialogue des civilisations » très à la mode chez les bien-pensants,
plutôt occupés par le nucléaire iranien gonflé à dessein par le
régime pour augmenter la répression contre le peuple.
Rien sur la
lutte des femmes, des hommes et des étudiants de ce pays.
Aujourd’hui,
travailler pour un journaliste en Iran est extrêmement difficile. Mais
les iraniennes et iraniens, malgré le censure, envoient des images
et fournissent les infos aux journalistes étrangers pour pouvoir enfin
faire entendre leur voix à la communauté internationale, pour enfin
monter le vrai visage de ce régime et son rejet de la part du peuple.
Et cependant,
certains restent sourds aux cris des manifestants. Ainsi, un journaliste
de la BBC, (chassé à son tour par les autorités) relayé par
des chaînes de télé françaises, déclare : « ces manifestations
sont juste des rassemblements d’unité, les manifestants n’expriment
aucune revendication », alors que lui-même était emporté par
la foule des manifestants qui entonnaient « Marg bar dictature, Marg
bar dicteurs » « mort à la dictature, mort aux dictateurs ». Et même
s’il ne comprend pas la langue persane, même s’il ne sait pas la
traduire, il peut au moins s’abstenir de tout commentaire, car le
sien signifiait plutôt « comment-taire » les cris du peuple iranien.
Depuis le jour
même des élections, les iraniennes et les iraniens en exil ont manifesté,
dans tous les pays du monde, pour exprimer leur solidarité avec leurs
concitoyens. Ils ont réclamé plus de liberté, plus de démocratie
et une constitution laïque, comme ce fut le cas à Bruxelles à Washington
ou dans des villes des Pays-Bas, ou bien à Paris.
Pourtant les
médias français ont préféré couvrir un autre rassemblement, et
braquer leur caméra sur celui des Mojahédine du peuple. Pourquoi ?
Ceux-ci forment
un mouvement islamique et sectaire, longtemps reconnu comme terroriste.
Il est vrai
que nous vivons dans un air de mise en scène. Le goût de l’exotisme,
du spectacle règne avec force. Et il est vrai que les mojahédine sont
parfaitement organisés et dotés d’énormes moyens financiers qui
leur permettent de répondre à ce goût.
Ainsi, une
des chaînes de télévision françaises les présente comme « la
seule force opposante au régime islamiste. » Pendant deux jours,
à l’heure des informations, ces chaînes repassent en boucle les
photos et les interviews de Maryam Rajavie, leur « icône sacrée »-
élue par les mojahédine, comme future présidente iranienne. Citons
au passage qu’elle est bien voilée et couverte de la tête aux pieds
d’un habit vert (couleur du chiisme politique).
Tout ceci occulte
les véritables aspirations du peuple iranien. Si aujourd’hui les
iraniennes et les iraniens sont dans la rue, s’ils affrontent la mort,
s’ils se moquent des répressions et des menaces, ce n’est en aucun
cas pour remplacer l’islamisme des ayatollahs, par n’importe quel
autre islamisme fusse-t-il bien déguisé !
Toutes les
nuits, depuis le 12 juin, la population crie sur les toits « marg bar
dictature », « we want democratie », « peace in the middle east » ; tous
les jours, ils sont des milliers à être battus, arrêtés, violentés ;
des centaines sont tués … Les femmes, les hommes et les jeunes d’Iran
ont ras le bol du dictat islamiste. C’est cela la réalité de l’Iran.
Et nous, iraniens démocratiques
et laïques en exil, devons regrouper toutes nos forces et toutes nos
énergies pour être à la hauteur de toutes les attentes de nos concitoyens,
pour montrer à la communauté internationale le vrai visage de notre
pays, pour tenir en échec toutes les tentatives d’intimidation par
la religion.
Le directeur de conscience
d’Ahmadinajad, un « guide suprême », vient de donner une « fatwa »
en faveur des fraudes électorales et pour la liquidation « physique »
de Moussavi et Karoubi ! Il est temps de relier et faire retentir le
cri et le refus du peuple iranien du régime islamiste.
18 juin 2009
Ahamadinéjad ou Moussavi? Les élections iraniennes et la colère du peuple!
Ann Pak,
Le peuple iranien, qui en avait assez de l’oppression et de la dictature du régime islamique, allait boycotter les élections présidentielles de 2009.
Le
régime, dans une manœuvre et un calcul tout à fait machiavéliques pour
faire miroiter un semblant de démocratie, organisa des faces à faces
télévisés, et permit aux jeunes et aux femmes de descendre dans la rue,
chose impossible jusqu’à présent dans la république islamique qui
interdit tout rassemblement, voire toute rencontre, à partir de 22
heures.
Ainsi le régime laissa un espace. Les femmes et les jeunes en ont profité pour occuper les rues et commencer à s’investir dans les élections avec un fil conducteur « tout sauf Ahmadi néjad ».
Les
correspondants et les journalistes étrangers furent même autorisés à
filmer ou à photographier. Les partisans de Moussavi, en plein dans
leur campagne électorale, descendirent massivement dans les rues en
arborant les différents signes de couleur verte, couleur de la République Islamique, qui devint ainsi dominante même si elle ne reflète pas l’adhésion unanime.
Quels que soient les résultats des élections, ceux-ci ne sont qu’une mascarade. Pour deux raisons. D’un côté , ne peut être candidat que celui choisi par le « conseil-gardien constitutionnel » ; de l’autre, Khameny, « guide suprême », « représentant de la volonté divine sur terre », désigné par ce même conseil, peut annuler ou décider ce qu’il veut, faisant abstraction de la volonté du peuple.
Dans ce jeu, les iraniens, voulant
faire barrage à Ahmadi néjad, ont voté massivement. Le jour des
élections, Moussavi, le candidat adversaire d’Ahmadi néjad, a gagné
avec presque 20 millions de votes. Mais la volonté du guide penche vers
Ahamadi néjad.
« Ce trucage, trop gros », fit déborder le vase !!
Ce à quoi le régime ne s’attendait pas, c’était l’immense colère, trop longtemps contenue, du peuple. C’est ainsi que le régime de Téhéran tomba dans son propre piège.
Il avait permis aux jeunes de sortir de l’ombre pour se donner une légitimité internationale. Seulement
les manifestants, malgré les répressions, les menaces téléphoniques,
arrestations, massacres…continuent à exprimer leur révolte contre cette
violence acharnée.
Actuellement, tous les dirigeants du régime, et Moussavi avec, appellent à l’arrêt des manifestations et décrètent des journées de « deuil » et de « prière » !
Il faut sauver le régime islamique.
A
cela s’ajoutent les intimidations, les appels téléphonique : un message
préenregistré qui dit que l’on « vous a vu dans les manifestations. Si
vous y participez encore vous allez être arrêté. »
En ce moment les moyens d’informations sont coupés : pas de SMS, pas d’internet….
Et les manifestations continuent, et elles gagnent, en plus de la capitale, les autres grandes villes. Les femmes, les jeunes, les étudiants clament : « A mort la dictature, Ahamadi néjad, l’ennemi de l’Iran ».
Ils revendiquent un espace de vie, un espace de liberté.
En France, comme partout en Europe, les iraniennes et les iraniens manifestent. Dans ces manifestations, sont mélangés deux courants : ceux qui soutiennent Moussavi et ceux qui revendiquent un changement, une république démocratique et laïque et soutiennent les mêmes slogans que les dissidents de l’intérieur.
Les jeux électoraux, la querelle entre Ahmad inéda et Moussavi ne sont que des prétextes de lutte pour les iraniens. Le peuple iranien ne supporte plus le despotisme religieux.
12 juin 2009
Le dalaï-lama à la sauvette
Par Claude Levenson*, Liberation 12 juin 2009
Ainsi donc, puisque le maire socialiste de Paris «fait ce qu’il
veut», à en croire un porte-parole de l’UMP, le dalaï-lama - qui n’a rien
demandé ! - a reçu le titre de citoyen d’honneur de la capitale à la sauvette,
en fin d’après-midi d’un dimanche d’élections européennes, sans conférence de
presse ni petits fours de rigueur, selon un service minimum prestement expédié.
Et surtout pas de drapeau tibétain au fronton de la mairie, cela pouvait fâcher
tout rouge dans la lointaine Cité interdite de Pékin qui, chacun le sait, ne
cherche ni n’a jamais cherché à se mêler des affaires d’autrui. Quelques
centaines de Tibétains et de sympathisants relégués à bonne distance derrière
des barrières arboraient néanmoins les couleurs interdites, coup de soleil sous
la pluie. Affronter crânement une dictature qui a fait ses preuves, c’est ce que
semblent craindre par-dessus tout les responsables politiques français,
pratiquement toutes tendances confondues, dans le sillage de la bouffée de
mauvaise humeur de l’an dernier, à la suite de la très brève rencontre, dans un
pays tiers, du président français et du leader tibétain.
Après les honneurs de Rome et les fastes de Venise qui ont remis le même titre en février passé au même citoyen du monde avant que Varsovie ne leur emboîte le pas, Paris, notre bonne ville, fait décidément bien piètre figure. A se faire retourner dans leurs tombes Gavroche, les communards et les résistants. Et à faire monter le rouge de la honte au visage de nombre de Parisiens de réputation persifleuse et de simples citoyens d’ailleurs, non moins outrés par ce manque élémentaire de courtoisie. Brader de la sorte quelques-unes des valeurs essentielles du pays qui se veut le berceau des droits de l’homme et d’une ville qui se plaît à porter haut le flambeau de la liberté des individus comme des peuples, au moment même où le toit du monde est transformé en une vaste prison à ciel ouvert pour ses habitants qui se battent avec l’énergie du désespoir pour survivre et sauvegarder leur altérité, c’est une insulte qui ne sera pas oubliée de si vite. L’infliger à l’une des personnalités les plus respectées du monde n’ajoute rien à l’autorité morale de ceux qui s’y abaissent.
A Bercy cependant, devant près de 10 000 personnes, Robert Badinter avait quant à lui tenu à saluer en le dalaï-lama «le chef d’une nation occupée, porteur d’un message d’humanité et de spiritualité, seules forces qui vaillent face à l’injustice et la violence». Et d’assurer que : «La résistance spirituelle finit toujours par l’emporter.»
Dernier ouvrage paru : Tibet la question qui dérange, Albin Michel, 2008.
03 mai 2009
Egypte : les éleveurs de porcs affrontent la police
NOUVELOBS.COM | 03.05.2009 | 18:14
Le gouvernement égyptien a ordonné mercredi l'abattage de 250.000 porcs par mesure de précaution, provoquant de violents affrontements qui ont fait 12 morts.
Douze personnes ont été blessées dans les affrontements qui ont opposé au Caire les forces de sécurité à des propriétaires de porcs leur lançant des pierres pour les empêcher de mener à bien les mesures d'abattage des porcs décidées comme mesure de précaution contre la grippe A(H1N1), dimanche 3 mai.
Trois à quatre cents résidents du quartier de Manchiyet Nasr, en haut de la colline du Moqattam, habité majoritairement par des chiffonniers chrétiens coptes, ont accueilli par des jets de pierres et de bouteilles, les forces de police, dépêchées sur les lieux en mi-journée.
Des policiers des forces anti-émeutes, quelques centaines, ont alors répliqué en lançant des gaz lacrymogènes et en tirant des balles en caoutchouc contre les manifestants, pour la plupart des jeunes gens.
"Gagne-pain" des chiffoniers
Un des éleveurs avait déclaré que jamais ils ne se laisseraient voler leur "gagne-pain" en excluant toute entrée dans le quartier où résident 35.000 chiffonniers ou "zabbaline", une communauté qui trie sur place les ordures et élève quelque 60.000 porcs. Mais la police a finalement réussi à pénétrer dans le quartier en début d'après-midi.
Un poste de contrôle de police, à l'orée du quartier, a été détruit par les manifestants. Un officier a répliqué en tirant en l'air un coup de semonce à balles réelles.
Des incidents ont aussi éclaté de nouveau entre éleveurs de porcs et policiers à Khanka, dans le gouvernorat de Qalioubiya, à 25 km au nord du Caire, a-t-on appris d'une source des services de sécurité. Les policiers avaient déjà essayé d'entrer dans cette zone mercredi avant de rebrousser chemin après avoir essuyé des jets de cailloux et de bouteilles.
"Se débarrasser des cochons"
Mercredi, le gouvernement avait ordonné l'abattage de 250.000 cochons élevés dans le pays, notamment en prévention de la grippe porcine. La mesure est très controversée. Aucun cas n'a pour le moment été recensé en Egypte et l'OMS n'a fait état d'aucune contamination du porc à l'homme. Le gouvernement a ensuite affirmer qu'il s'agissait d'éradiquer des élevages insalubres.
Sur les 80 millions d'Egyptiens, musulmans pour la majorité, on compte 6 à 10% de chrétiens coptes, qui élèvent et consomment du porc. Un autre éleveur de porc estime que les autorités veulent "se débarrasser des cochons", animal considéré comme "impur" et interdit par l'islam.
Les autorités, qui voulaient que l'abattage se fasse immédiatement ont admis qu'il faudrait au moins six mois aux abattoirs pour venir à bout de tout le cheptel. L'Egypte devrait importer trois nouvelles machines pour atteindre la capacité d'abattage de 3.000 porcs par jour, a annoncé le ministre de l'Agriculture, Amine Abaza.
Le quotidien Al-Ahram a annoncé le barème de dédommagements des éleveurs. Chacun recevra 100 livres (14 euros) de compensation par porc abattu. Ce montant atteindra 250 livres par femelle (35 euros).
16 avril 2009
Le Tibet, métaphore de notre liberté
Par Claude B. Levenson *- article paru dans Libération du 15 avril 2009
Incongruité des images se télescopant au kaléidoscope de l’actualité : deux Présidents euphoriques, tout sourire et un verre à la main, lors de la visite de Nicolas Sarkozy, en novembre 2007, à Pékin, chez Hu Jintao ; les deux mêmes, crispés, le bras raide lors d’une poignée de main, à Londres, en marge du G20, début avril. Une mine d’enterrement qui sied d’ailleurs aux circonstances, puisque les deux hommes venaient officiellement d’enterrer la brouille opportunément montée en épingle par l’un reprochant à l’autre d’avoir osé rencontrer le dalaï-lama, cet empêcheur de mentir en rond. Il aura fallu bien des salamalecs et nombre de missions de contrition pour apaiser le courroux des dignes héritiers de l’arrogance impériale de la Cité interdite - en somme, un acte d’allégeance à la dictature, guère conforme à l’idéal républicain ni à la réitération inlassable de la défense des droits de l’homme. Passez muscade, l’heure est au compromis et à la nécessité de s’en tenir à la realpolitik. Autonomie ou indépendance, l’intégrité territoriale de l’empire est sacro-sainte, le Tibet n’est pas à l’ordre du jour - ni des relations franco-chinoises, ni des instances onusiennes et gare à vous qui osez vous ingérez dans les affaires intérieures de Pékin.
Et pendant ce temps, là-bas au loin sur le toit du monde, dans ce pays qui existe pourtant sans existence dûment reconnue, les forces de l’ordre chinois arrêtent, harcèlent, torturent, violent, battent à mort les récalcitrants - moines, nonnes, nomades, fermiers, étudiants, vieux ou jeunes - ces insensés réfractaires au bonheur colonial imposé sous prétexte de modernisation, de libération de l’impérialisme et, tout récemment, d’émancipation des serfs, sans oublier la réforme démocratique. A se demander ce que veulent ces Tibétains qui s’obstinent à prétendre vouloir se gouverner eux-mêmes et bâtir à leur guise leur avenir en sauvegardant leur culture, leurs traditions, leur altérité. Rien de plus ni de moins que ce qui est inscrit dans la charte des Nations unies…
Littéralement coupé du reste du monde, transformé en prison à ciel ouvert, sous loi martiale inavouée, interdit à tout regard extérieur, le Tibet a vécu bâillonné les semaines marquant le 50e anniversaire de la révolte de Lhassa, le coup de force chinois contre son gouvernement légitime et le début de l’exil. Cinquante ans - combien de jours, combien de nuit pour les uns à compter les longues heures de l’exil, pour les autres à subir une occupation militaire considérée comme étrangère ? A l’intérieur, quelques téméraires se sont risqués à manifester en solitaire ou en mini-groupes, aussitôt embastillés sans autre forme de procès. Aucun étranger, ou si peu, pour témoigner, hurler à la mort face à l’épouvantable indifférence. Des monastères, inutile d’en parler : ils sont si bien gardés que personne n’y entre ni n’en sort. A l’extérieur, la communauté exilée s’efforce de garder la tête haute, sa mobilisation permettant d’allumer des flammèches d’espoir à travers le monde. Quant aux responsables des affaires du monde, ils ont bien trop à faire ailleurs pour demander des comptes aux tortionnaires, aveugles une fois encore aux conséquences prévisibles de leur inconséquence : despotes et tyranneaux liberticides de toute obédience ont vite fait d’en tirer avantage.
Quoi qu’il en soit, une chose est certaine - lors de la réunion dite de suivi de la conférence contre le racisme de Durban qui doit s’ouvrir à la fin du mois au siège européen des Nations unies à Genève, le Tibet n’est pas au programme. Dame, quiconque s’aventure dans cette auguste enceinte à prononcer son nom s’attire aussitôt les foudres des honorables délégués arrivés en force afin qu’il ne soit pas porté atteinte à l’image de la Chine. Autrement dit, Union européenne, Amnesty International ou autre ONG, voire pays, qui s’y frotte se voit sur-le-champ remis vertement en place, au prétexte que «ces allégations sont basées sur l’ignorance et les préjugés» et ceux qui en font mention sont fermement invités à «revenir dans le droit chemin et procéder à davantage d’autocritique». Un langage aux singuliers accents de révolution culturelle à curieuse résonance au palais des Nations de l’ONU…
Faut-il que les actuels dirigeants chinois soient si peu sûrs de leur fait pour en arriver à croire, selon le mot de Mao, qu’un «mensonge répété cent fois devient une vérité» ? Une vérité, peut-être, mais toute relative, et vouée comme toute chose à changer, car inexorablement la roue tourne. Une offensive de propagande sans précédent contre le dalaï-lama et les siens a dernièrement été lancée, qui ne s’embarrasse ni de scrupule ni de diplomatie, ni même de la réalité de faits historiques reconnus. Ajoutant l’insulte à la blessure, les pontes du PCC feignent de croire qu’il suffit de donner du bâton pour bâillonner l’opinion. Encore une fois, peut-être - mais simplement pour un temps : impossible de berner tout le temps tout le monde. Des Chinois ne s’y trompent plus, qui remettent en cause le système instauré avec le fusil, des liens se tissent entre démocrates persécutés et peuples opprimés, à l’intérieur comme à l’extérieur. Une longue, très longue patience exprime à sa manière une forme de résistance : la liberté trouve refuge au cœur de ceux qui résistent tandis que passent les dictatures. Et la liberté du Tibet est aussi une métaphore de la nôtre.
Derniers ouvrages parus : Tibet, la question qui dérange, Albin Michel, 2008 ; le Tibet, Que sais-je ? - PUF, 2008.
10 octobre 2008
La Chine fait pression sur le Comité Nobel
Au nom du dialogue, du respect et de la prévention des crises, les démocraties sont prêtes à de plus en plus de compromis. Les prix Nobel de la paix n'ont pas toujours été des artisans ou des symboles de la paix comme on l'aurait souhaité. Aujourd'hui, la prestigieuse fondation, créée il y a plus d'un siècle pour primer les bienfaiteurs de l'humanité, scède aux pressions de la Chine. Qu'en est il du rêve humaniste que le prix prétendait incarner ?
Pierre Haski, dans Rue89 revient sur ces événements.
Pourquoi la Chine a eu peur d'un Nobel de la paix « dissident »
Par Pierre Haski
Le gouvernement chinois avait déclenché un tir de barrage préventif à l'approche de l'annonce du prix Nobel de la paix, vendredi, redoutant que le dissident emprisonné Hu Jia ne soit couronné cette année. Ce faisant, maintenant que le prix est allé au débonnaire diplomate finlandais Martti Ahtisaari, Pékin a montré sa fragilité face à la force symbolique d'un homme baillonné et isolé au sein de la société.
Le porte parole du ministère des Affaires étrangères chinois, Qin Gang, n'avait pas mâché ses mots, en début de semaine, pour discréditer Hu Jia, sans doute pour intimider le jury suédois :
« Tout le monde sait quelle sorte d'homme est Hu Jia : un criminel qui a été condamné à la détention par le système judiciaire pour incitation à la subversion du pouvoir de l'Etat.
S'ils décernaient le prix de la paix à une telle personne, ce serait une grossière ingérence dans les affaires intérieures de la Chine comme dans notre système judiciaire indépendant. »
« Désormais ce sont les plus antichinois qui reçoivent les prix Nobel de la paix »
Parallèlement, les blogueurs nationalistes, ceux-là même qui s'étaient mobilisés au moment de la crise du Tibet au printemps dernier, ont embrayé avec une rhétorique guerrière contre un prix qui n'était pourtant annoncé que dans les habituelles spéculations précédant l'annonce du Nobel de la paix. Le site Global Voices Online en a traduit une sélection édifiante, provenant notamment du site « anti-CNN » :
« Désormais, ce sont les plus antichinois qui reçoivent les prix Nobel de la paix. Ce prix international de renom, contrôlé par les Occidentaux, est très ciblé. La Chine veut devenir puissante, et observez comme nous le désirons intensément ! En avant la mère patrie ! Plus ils essayent des trucs comme ça, et plus nous devons rester unis.
Hu Jia a été condamné en avril dernier à trois ans et demi de prison pour subversion, alors qu'il était déjà en résidence surveillée depuis plus d'un an. Ce défenseur des droits de l'homme a été actif sur plusieurs causes comme les victimes du sida, l'absence d'état de droit, l'absence de libertés à l'approche des JO.
Paradoxalement, ces attaques prennent une allure bien désuette maintenant que le verdict est tombé et que le prix a été décerné à Martti Ahtisaari, vieux routier de la résolution des conflits, de la Namibie au Kosovo en passant par Aceh, en Indonésie. Rien à voir avec la Chine, et bien loin de cette vision paranoïaque qui voudrait que le reste du monde soit en train de comploter jour et nuit contre elle… Le dernier prix Nobel de la paix ayant un rapport avec la Chine est celui qui a été accordé au dalaï lama en… 1989.
Ce n'est sans doute pas la peur d'encourir les foudres de Pékin qui a conduit le jury suédois à lui préférer le diplomate finlandais, mais la hiérarchisation de ses propres priorités et celles du monde actuel.
Reste la maladresse de ces attaques chinoises contre un homme emprisonné et dont le pouvoir de nuisance parait bien faible par rapport à la puissance retrouvée de la Chine, au poids des JO de Pékin d'août dernier, ou au prestige acquis par la sortie de son taïkonaute dans l'espace. Cette hyperréaction face à la force symbolique d'un tel prix devrait inciter Pékin à se poser des questions sur sa propre nervosité…
Hu Jia, l'activiste professionnel de toutes les causes, condamné à la suite d'un procès bâclé à trois ans de prison à la veille des JO, inconnu du grand public chinois, et dont la jeune épouse et leur bébé restent harcelés par la surveillance policière, ferait-il tellement peur aux dirigeants du parti communiste chinois ? La rumeur du Nobel de la paix aura en tous cas montré la grande frousse de Pékin.
24 septembre 2008
Pour l’Europe, la démocratie n’est elle plus la chose la plus fondamentale ?
C’est ce qu’a affirmé le Président de la République Française, Monsieur Nicolas Sarkozy, parlant au nom de l’Union Européenne à l’Assemblée Générale de l’ONU le 23 septembre 2008.
"Ce qui nous rassemble dans cette enceinte où chacun est obligé d’écouter l’autre et par là de lui témoigner une forme de respect, ce qui nous rassemble c’est quelque chose de plus fondamental que la démocratie, c’est le respect de la dignité de chacun tel qu’il est, dans la diversité des opinions, des sensibilités, des cultures, des croyances. La dignité de l’Homme est une valeur universelle. Ce qu’il nous faut promouvoir partout, c’est le respect de cette diversité qui est le gage le plus sûr de la paix et de la fraternité humaine, l’antidote le plus sûr à l’intolérance, à la haine et à la violence.
Voilà ce que veut l’Europe : les peuples unis dans le respect, la compréhension et la solidarité, travaillant ensemble à la grande cause commune de la sauvegarde de l’Humanité.
Le temps presse, le monde ne peut attendre."
Pour le Président de la Turquie Abdullah Gül également, "le monde ne peut attendre", et "le temps presse" pour développer le nouveau produit labellisé ONU, l’Alliance des civilisations - initié par l’ancien président de la République islamique d’Iran Khatami sous l’intitulé « dialogue des civilisations » (voir lesNations désUnies) – qu’il co-anime avec l’Espagne.
Le 23 septembre la Turquie allait dans le même sens que le président français. Ce pays qui demande son adhésion à l'Union européenne semblait plus préoccupé par le développement de l'Alliance des civilisations que par la promotion des valeurs de démocratie dans le monde.
"Le combat contre le terrorisme, le racisme, la xénophobie et toutes les formes de discriminations religieuses et extrémismes est particulièrement important. Nous devons être particulièrement vigilant contre le risque d’aliénation future entre les différentes cultures et religions.
La Turquie continuera à être un pays leader pour faire avancer les objectifs (de l’Alliance) qui a reçu un accueil mondial, y compris de la part de l’Union Européenne et de l’Organisation de la Conférence Islamique."
En septembre 2007, l’Iran organisait une conférence sur les droits de l’homme et la diversité culturelle où s'est rendue l’OCI (outre la Haute Commissaire aux droits de l'homme).
En juillet 2008, le Mouvement des non alignés se réunissait à Téhéran pour une conférence interministérielle où les gouvernements ont élaboré leur programme international que le nouveau Président de l'AG, le père d’Escoto a repris dans son allocution du 16 septembre.
L’OCI est une partenaire privilégiée du Mouvement des non alignés, 118 pays qui ont proclamé en juillet 2008 leur soutien à Téhéran.
La déclaration de l’Iran, quelques interventions après la Turquie et la France (voir iran_en_GA_1 iran_en_GA_2, comporte une tonalité qui traverse désormais l’ensemble des discours des gouvernements, comme l'a justement relevé le journaliste Christian Malar.
22 septembre 2008
La junte birmane sous influence de la numérologie
Jean-Claude Bührer, propos recueillis par Carole Vann pour Tribune des droits humains, 21 septembre 08
L’une des dictatures les plus redoutables du monde s’est basée sur les chiffres pour réprimer la révolte des moines en septembre 2007. Spécialiste de ce pays, ancien reporter au quotidien Le Monde, Jean-Claude Buhrer décode
Il y a exactement une année, des milliers de moines birmans descendaient dans les rues pour exprimer le mécontentement populaire, suite à une hausse faramineuse des prix. Grâce aux téléphones portables, ces images ont fait le tour du monde. Mais rapidement, les manifestations populaires ont été violemment réprimées dans le huis-clos et le Myanmar retombait sous le contrôle d’une junte inflexible. Et ce malgré les ravages du cyclone Nargis en avril dernier.
Spécialiste de la Birmanie, l’ancien correspondant du Monde Jean-Claude Buhrer vient de publier, avec Claude Levenson, "Birmanie, des moines contre la dictature"(*). Il nous livre son regard sur ces militaires aussi redoutables que superstitieux.
Interview.
Une année après la révolte des moines, c’est silence radio sur la Birmanie. Que s’est-il passé ?
Il y a eu une sérieuse reprise en mains par les généraux birmans comme à chaque manifestation du mécontentement populaire. Depuis qu’ils ont confisqué le pouvoir, les militaires ont toujours utilisé la manière forte. En 1988, lorsque les étudiants sont descendus dans les rues, la répression a causé la mort d’au moins 3’000 personnes. Et l’année dernière, les forces d’ordre ont fait des dizaines de morts en tirant dans le tas, avant de multiplier les arrestations et de vider les monastères.
Il y a en Birmanie près de 500’000 moines. Alors que les civils sont bâillonnés, ils constituent, par les temps qui courent, le seul contrepoids à une armée omnipotente d’environ un demi-million d’hommes. D’ailleurs, devant l’incurie des autorités, ce sont les moines qui ont porté secours à la population après le passage dévastateur du cyclone en mai dernier.
Lors des manifestations de l’année dernière, les autorités ont attendu plus de dix jours avant d’intervenir. Pourquoi ?
Le gouvernement a été dépassé par l’ampleur du mouvement. Et, dans la mesure où ses chefs se réclament du bouddhisme, ils n’ont pas osé, dans un premier temps, employer les grands moyens alors qu’au premier rang des protestataires, se trouvaient les moines. Mais comme le mouvement s’est amplifié au lieu de s’essouffler, ils se sont décidés à réprimer.
La date de l’intervention dépendait aussi de critères surnaturels. Les Birmans attachent beaucoup d’importance à l’astrologie et à la numérologie. Toutes les décisions des militaires se basent sur les chiffres. Pour eux, le 9 est de bonne augure. Ainsi, ils ont lancé l’armée contre les moines le 27 septembre 2007 parce que cette date contenait 3 neuf : 27, soit 2+7=9 ; septembre, 9ème mois année ; 2007, soit 2+7= 9. Ils se sont dit que c’était le moment d’intervenir.
Autre exemple : juste avant les manifestations populaires de 1988, comme l’économie allait mal, les militaires avaient décidé de remplacer les billets de banque de 50 et 100 kyats par des billets de 45 et de 90 kyats. Ils se sont dit que cela leur porterait chance. Evidemment, ce changement compliquait passablement les comptes des commerçants et des ménagères.
Cette logique superstitieuse veut que quand tout va mal, il suffit de modifier les noms pour transformer la réalité. Donc, suite aux grandes manifestations de 1988, ils ont changé les noms du pays - Birmanie est devenue Myanmar - et de nombreuses villes. Ils ont ensuite imposé ces changements à l’ONU, comme les Khmers rouges naguère pour le Kampuchea démocratique.
Dans le même esprit, comme ils avaient hérité des Britanniques la circulation à gauche, ils ont décidé du jour au lendemain de faire passer la circulation à droite. Mais comme les volants sont restés à droite et les descentes de bus à gauche, cette mesure provoqua le chaos : les gens ne descendaient plus du bus du côté trottoir mais du côté rue. Une autre de leurs lubies a été en 2005 de transférer subitement la capitale de Rangoun à Naypyidaw, "la cité des rois", où les membres de la junte vivent retranchés dans une sorte de bunker.
L’action de l’ONU sur place a-t-elle été un fiasco ?
En 1992, deux ans après l’éclatante victoire du parti d’Aung San Suu Kyi à des élections dont les militaires ont ignoré les résultats, l’ONU avait nommé un premier rapporteur spécial, un Japonais qui n’a pas pu faire grand chose, puis un Mauricien qui n’a même pas pu se rendre sur place. Ensuite, un Brésilien, Paulo Sergio Pinheiro, lui a succédé en 2000, mais en 2003, il est devenu persona non grata pour avoir protesté en découvrant des micros cachés lors d’un entretien avec des prisonniers.
Ce n’est qu’en novembre 2007, suite à la révolte populaire et à la session spéciale que le Conseil des droits de l’homme a consacré à la Birmanie, que les militaires ont lâché du lest en laissant entrer Pinheiro, ainsi que l’envoyé spécial du Secrétaire général de l’ONU, le diplomate nigérian Ibrahim Gambari. Mais ni l’un ni l’autre, éconduits par la junte, n’ont pu faire grand-chose. Lassé, Paulo Pinheiro a jeté l’éponge en mars, tandis que la dernière mission d’Ibrahim Gambari s’est soldée par un échec.
Existe-t-il des moyens de pression ?
Le Conseil de sécurité de l’ONU ne peut rien faire car il se heurte au double veto de la Chine et de la Russie. Pékin est le principal partenaire et pourvoyeur d’armes de la junte. La Chine construit des barrages hydroélectriques sur la frontière et dispose de bases d’observation en Birmanie. Quant à la Russie, elle fournit aussi des armes aux militaires et elle a signé un accord de coopération dans le domaine de l’énergie nucléaire. De son côté, l’Inde coopère désormais avec la junte pour neutraliser les rébellions de minorités qui se trouvent aux frontières birmanes.
Malgré les sanctions de l’Union européenne, Total reste l’un des premiers investisseurs en Birmanie. Et la junte birmane peut compter sur la complaisance de ses partenaires de l’ASEAN (NDRL : Association des nations de l’Asie du Sud-Est), plus intéressés par son gaz, ses forêts, ses pierres précieuses et autres richesses de son sous-sol. Les militaires ont dit lors d’une réunion de l’ASEAN qu’ils étaient insensibles aux pressions extérieures, qu’ils avaient l’habitude de vivre en autarcie. Et, s’il le fallait, ils se refermeraient sur eux-mêmes comme une huître sur sa perle.
* Birmanie, des moines contre la dictature. Jean-Claude Buhrer et Claude B. Levenson, éd. Mille et Une Nuit, 2008


