17 octobre 2009
« PARLEZ POUR VOUS, M. MITTERRAND ! »
« PARLEZ POUR VOUS, M. MITTERRAND ! »
Lettre ouverte à Frédéric Mitterrand, ministre de la Culture,
par le réseau "Encore féministes !" Florence Montreynaud
Monsieur,
Quand vous avez été nommé directeur de la Villa Médicis, puis ministre de la Culture, s'est vérifiée une « exception française » : dans les autres pays occidentaux, un homme ayant payé de jeunes prostitués à Bangkok et l'ayant rapporté dans un récit autobiographique se serait de ce fait exclu de tout poste officiel.
Quand vous avez soutenu le chanteur Orelsan, vous avez déclaré « ne rien voir de choquant » dans la chanson « Sale pute ! » Ne percevoir que l'expression légitime d'un « dépit amoureux » dans des paroles comme « T'es juste bonne à te faire péter le rectum [.] On verra comment tu suces quand j'te déboiterai la mâchoire. [.] J'vais te mettre en cloque (sale pute) Et t'avorter à l'Opinel », et rapprocher Orelsan de Rimbaud ont achevé de donner la mesure de votre sensibilité culturelle.
Quand vous avez défendu Roman Polanski, poursuivi pour un viol sur une fille de 13 ans, en parlant d'une « histoire ancienne qui n'a pas vraiment de sens », vous avez banalisé le crime de viol, sur mineure qui plus est. On a alors appris que, dans une lettre à en-tête de la Villa Médicis, vous aviez minimisé, en le qualifiant d'« écart », le viol d'une mineure commis par deux garçons que vous protégez. Vous persistez donc à secourir des agresseurs en vous plaçant au-dessus de la loi.
Quand le scandale éclate et que le 8 octobre vous vous expliquez au Journal de TF1, vous déclarez, au sujet de vos actes de prostitution à Bangkok : « Que vienne me jeter la première pierre celui qui n'a jamais commis ce genre d'erreur au moins une fois dans sa vie ! » Selon vous, exploiter la misère en payant des actes sexuels ne serait qu'une « erreur », et vous la justifiez en osant prétendre qu'elle est générale.
M. MITTERRAND, NE PARLEZ PAS POUR NOUS !
NON, tous les hommes n'ont pas payé pour un acte de prostitution ! Et toutes les femmes encore moins !
Respectez celles et ceux pour qui la sexualité humaine est la rencontre, dans la gratuité, de deux désirs !
Sur le site de "Encore féministes !", des hommes disent NON au viol et NON à la prostitution !
04 août 2009
Assistante sexuelle pour handicapés ou prostitution ?
Publié dans Libération du 4 août 2009
Est publié ici l'intégralité du texte tel qu'envoyé à Libération le 22 juin 2009
On le sait pour les contrats d’assurance, il faut toujours lire les petites lignes. Le Manifeste « Tous solidaires avec les personnes handicapées (1)» publié sur le site Internet de l’Express, et signé par diverses associations et personnalités, le prouve. Jouant sur les mots, il entraîne un certain nombre de signataires dans une embuscade.
Comment ne pas adhérer pleinement, de prime abord, à ce Manifeste qui défend à juste titre le droit à l’emploi, à l’éducation, à la liberté de circuler, à la mise en place de structures suffisantes, etc… ?
Mais qu’en est-il des dernières lignes du texte, vite expédiées, et dont les détails sont reportés plus loin dans l’article (2)? Le « droit à une vie affective et sexuelle » nous est servi l’air de rien en fin de plaidoyer. Oui, mille fois oui à une prise en compte de la sexualité des personnes handicapées et au respect qui doit l’entourer !
Mais faut-il aller jusqu’à créer, comme aux Pays-Bas, des « assistants sexuels », personnes chargées de fournir elles-mêmes du plaisir sexuel, comme l’idée en est avancée plus loin sur le site et comme songent à le faire des associations de personnes handicapées réunies depuis mars 2008 dans le collectif Handicaps et Sexualités (CHA) (3)?
Faut-il garantir un « droit à la vie sexuelle », droit qu’il deviendra difficile de dénier à d’autres catégories de population (prisonniers, malades, etc…) ? Et qu’est-ce qu’un « droit à la sexualité » qui implique un « devoir sexuel » pour celles et ceux qui seront chargés de l’assurer ?
Ainsi, un nouvel « emploi » verrait le jour en France. Un « métier reconnu » doté d’une formation et qui, « pour des raisons culturelles (4)» serait en réalité majoritairement exercé par des femmes, pour les « besoins » d’une majorité d’hommes. Dans l’idéal, cet « emploi » serait exercé par des personnes issues du domaine médical ou paramédical, à qui serait proposée une formation. Les étudiantes kinésithérapeutes ou aide-soignantes apprécieront.
Une nouvelle fois, les femmes vont payer la note. Renvoyées au sacrifice, à la générosité dont elles sont si prodigues, trouvant une solution au chômage dans un nouveau « métier de service ». Une étape supplémentaire sera franchie. Le service domestique et le service soignant ne suffisant plus, le service sexuel viendra parachever le retour de la femme traditionnelle, oublieuse de soi, de sa propre sexualité, de ses propres désirs. On la paiera et elle aura la satisfaction, n’est-ce pas, de faire une bonne action.
Pas de prostitution là-dedans (5), nous dit-on. Mais quoi, alors ? Comment appeler autrement un « service » rémunéré, comportant des actes sexuels ? Changer un nom suffirait-il à changer une réalité ?
Faut-il rappeler que dans les pays où ce « service » existe, il est considéré comme une forme de « prostitution spécialisée » ? Qu’il ne peut être mis en place qu’à la condition de dépénaliser certaines formes de proxénétisme, ce qui est le cas aux Pays-Bas, en Suisse, en Allemagne, tous pays qui organisent la mise à disposition des femmes, avec la bénédiction de l’Etat, au bénéfice de la moitié masculine de la population, handicapée ou non ?
L’incohérence serait totale à l’heure où de plus en plus de textes internationaux, que la France a notamment ratifiés (6), reconnaissent que l'existence d'une "demande" contribue à l'organisation de la prostitution et à la traite des femmes et appellent les Etats à la décourager ! Comment concilier la création de « services d’assistant-e-s sexuel-le-s » et les mesures préconisées – y compris législatives - à même de dissuader les « clients » des personnes en situation de prostitution ?
On note d’ailleurs que certain-e-s signataires du Manifeste – Catherine Trautmann, Axel Kahn, Bertrand Delanoë, Jean-Louis Bianco, etc…- ont à d’autres occasions exprimé leurs craintes sur la marchandisation de la sexualité ou se sont engagés en faveur de textes défendant la pénalisation des clients prostitueurs. Leur a-t-on vraiment donné tous les éléments sur le contenu du « droit à la vie sexuelle » ?
La prostitution est un des hauts lieux de la violence contre les femmes. En faire un « métier de service », au nom de la détresse –réelle- de quelques-uns, c’est fournir un cheval de Troie à l’industrie du sexe et à ses marchands de femmes qui n’auraient jamais osé rêver d’une telle promotion.
Nous refusons cette nouvelle dérive. Croit-on vraiment respecter les personnes handicapées en créant une loi spécifique qui aboutisse, non à résoudre leur légitime demande de liens affectifs et sexuels, leur besoin de reconnaissance en tant que citoyen-ne-s, mais à se débarrasser d’un problème douloureux en fabriquant une solution marchande ?
Qu’en pense Valérie Létard, secrétaire d’Etat à la solidarité (7), qui a déclaré cette création « impossible et impensable au regard de la loi française (8)» ? Qu’en pense Roselyne Bachelot, ministre de la santé ?
Nous aimerions le savoir.
Signatures :
Bernice Dubois, déléguée MAPP à l’ONU
Lilian Hals French, Présidente de Initiative Féministe Européenne
Claudine Legardinier, journaliste
Malka Marcovich, historienne
Françoise Morvan, Vice-Présidente, Coordination française pour le Lobby Européen des Femmes
Emmanuelle Piet, Collectif Féministe contre le Viol (CFCV)
Colette Rivemale, Directrice de Centre d’adultes handicapés
Evelyne Rochedereux, Présidente CIBEL
Sabine Salmon, présidente nationale de Femmes Solidaires
Annie Sugier, Présidente de la Ligue du Droit International des Femmes
Wassyla Tamzali, avocate, ex-directrice du programme sur la condition des femmes à l'Unesco
Aline Vergnon-Bondarnaud, Présidente du GRAIF Marseille
Michèle Vianès, Présidente de Regards de Femmes
ET
Isabelle Alonso, écrivaine
Marie-Christine Aubin, militante féministe
Méry Benaroya, Ingénieure
Breen Katie , journaliste/conseil éditorial
Anne Bucas-Français, militante féministe
Dinah Brami, militante féministe
Denise Brial, enseignante, présidente Atalante (vidéos féministes)
Sylvaine Boussuard – Le Cren,
Sophie Chauveau, écrivaine
Conchita GONGORA, mère de Zoé, 23 ans, polyhandicapée
Jacques Dachary,
Claire Darc, militante féministe
Michèle Dayras, Présidente de SOS Sexisme
Carine Delahaie, rédactrice en chef de Clara Magazine
Catherine Deudon, auteure photographe d’Un Mouvement à Soi
Annick Fournier, retraitée de l’Education Nationale
Nadia Guédri, Femmes Libres
Claude Groussin, Présidente du CDGM
Hélène Hernandez, Femmes Libres
Patric Jean,cinéaste
Juliette Minces , écrivaine
Hélène Piano, déléguée BPW international à l’UNESCO
Delphine Raynaud, CFCV
Margaret Reuter, militante féministe
Ernestine Ronai, responsable de l'Observatoire départemental des violences envers les femmes du 93
M.F. Rougerat
Ghislaine Royer, Présidente BPW France
Annie Segura-Daudé, Présidente du Mouvement Jeunes Femmes
Nelly Trumel, émission Femmes Libres Radio Libertaire
[1] http://www.lexpress.fr/actualite/societe/manifeste_handicap.asp
[2] Reportage sur la condition des personnes handicapées, page 4 du site
[3] Le texte fondateur préconise la mise en place de services « d’assistance érotique et/ou sexuelle » avec « l’élaboration de référentiels métiers, de compétence et de formation ».
[4] ibid..
[5] Lire à ce propos le rapport de M. Marcel Nuss, Propositions pour un accompagnement plus humanisé et humanisant et une formation plus adaptée – (juin 2006)
[6] Protocole de Palerme, 2000 – Convention de Varsovie, 2005.[7] Valérie Létard était encore à l'époque de la rédaction de ce texte Secrétaire d'Etat à la solidarité
[7] Prostitution et Société n° 160, revue du Mouvement du Nid, Dossier Handicap et prostitution, 2008 – en ligne sur http://www.prostitutionetsociete.fr/actualites/actualites-france/handicap-accompagnement-sexuel-ou
22 juin 2009
Une vingtaine de femmes violées dans la Prison de Muzenze en RDC
RDC: LA MONUC CONDAMNE FERMEMENT LES VIOLS ET ACTES DE VIOLENCE COMMIS CONTRE
LES FEMMES DANS LA PRISON DE MUZENZ.E
New York, Jun 22 2009 7:00PM
La
Mission des Nations Unies en République démocratique du Congo (MONUC) condamne
fermement les viols et les actes de violence commis contre environ 20 femmes
détenues, à suite d';une tentative d';évasion de la prison de Goma, qui a aussi
fait des victimes innocentes parmi les forces de l';ordre, indique un communiqué
de presse publié aujourd';hui.
Dans la nuit du 21 au 22 juin, indique la
Mission des Nations Unies, « la prison centrale de Muzenze à Goma a été le
théâtre d';une mutinerie suivie d';une tentative d';évasion avec violence ». Le
groupe des prisonniers mutins a réussi à pénétrer dans le quartier des femmes et
il y a violé et violenté une vingtaine de femmes détenues.
La MONUC qui
coordonne actuellement l';assistance aux femmes violentées et violées, appelle
la justice à sévir d'; « une façon exemplaire contre les auteurs de ces actes
».
Face a ce drame, la MONUC, indique le communiqué, lance un appel au
Gouvernement pour l';application urgente de mesures, dans tout le pays, en vue
d';améliorer les conditions carcérales et de renforcer la sécurité dans les
prisons, spécialement celles relatives à la protection des femmes contre les
violences sexuelles. Cela afin d';éviter une répétition de la tragédie que vient
de vivre la prison de la ville de Goma, ajoute les auteurs du communiqué.
Par ailleurs, devant la recrudescence des mutineries et tentatives
d';évasion des prisons due en partie au manque récurrent de prise en charge
alimentaire et d';accès aux soins de santé pour les pensionnaires des prisons du
pays et à l';absence d';une politique pénitentiaire efficiente, la MONUC lance
un appel aux autorités pour engager une réforme du système pénitentiaire afin de
se conformer aux standards minima internationalement reconnus en matière de
traitement des détenus, notamment par une séparation stricte des hommes des
femmes d';une part, et des civils des militaires d';autre part.
10 juin 2009
Le féminisme ennemi des mollahs
<p><p><p><p>La République islamique d’Iran plaide coupable</p></p></p></p>
Rebonds, Libération
Par Annie
Sugier,
Présidente de la Ligue
du Droit International des Femmes
« Nous n’avons
pas répondu comme nous aurions dû le faire à des propagandes adverses telles que
la propagande féministe. Nos efforts dans ce domaine n’ont pas eu d’influence
suffisante, qu’elle soit quantitative ou qualitative ». Cet aveu du Leader de la Révolution Islamique, Ayatollah Sayed Ali
Khamenei, est contenu dans un court message annonçant la deuxième conférence
internationale sur les femmes qui doit se tenir à Téhéran au cours de la
deuxième quinzaine de juin.
Ces quelques lignes
m’ont remplie d’aise. Dans le programme diffusé tous azimuts
par les ambassades d’Iran, les rédacteurs affirment sans vergogne que «
tandis que l’Occident a dépeint une vision indécente et instrumentalisée
des femmes et a formé et soutenu des mouvements supposés défendre les droits des
femmes, les pays Islamiques ont fait des efforts pour restaurer les droits
inhérents et la véritable dignité des femmes ».
Nul doute que
l’attribution en 2009 de la deuxième édition du prix Simone-de-Beauvoir au
mouvement de femmes iraniennes « One Million Signatures » a joué un rôle de
déclencheur dans ces prises de position. Il faut savoir que "One Millions
Signatures" s'est constitué afin de faire pression sur les dirigeants iraniens
pour qu'ils mettent en cohérence les lois internes - discriminatoires à l’égard
des femmes - avec les conventions internationales. Cela explique sans doute que
les organisateurs de la conférence veuillent examiner « la façon dont le
féminisme s’est propagé en Iran ».
Preuve du sérieux avec
lequel Téhéran prend en considération la question, toute une partie de la
conférence portera sur l’analyse du Féminisme, avec notamment « l’évaluation de
son influence sur les enfants et particulièrement les garçons » ; « les
tactiques utilisées par le mouvement féministe pour influencer les médias » ;
« le rôle de Hollywood dans l’expansion du féminisme » « l’influence de la
globalisation sur le féminisme » , et – il fallait s’y attendre « le rôle du
Sionisme dans la création, le développement et la propagation du
féminisme » !
On notera que, lors de
cette conférence, il sera procédé à l’ « analyse des mérites de la Charte
des droits et responsabilités des femmes dans la République Islamique d’Iran
comparée à la Convention sur l’Elimination de toutes les formes de
discrimination contre les femmes ( CEDAW) » !
La stratégie de l’Iran
est transparente. Les Nations-Unies s’apprêtent à fêter en décembre 2009 le
trentième anniversaire du vote du CEDAW, texte dont le contenu constitue l’outil
le mieux adapté à l’action internationale contre les discrimination et violences
faites aux femmes. Grâce aux résolutions de la prochaine conférence de Téhéran,
l’Iran, sur sa lancée de Durban II, proposera aux Nations-Unies un nouveau texte
sur le droit des femmes répondant aux exigences de la loi religieuse. Comme un
seul homme, les pays de droit musulman, mêmes les plus modérés, qui ont tous
déjà émis des réserves sur le CEDAW, vont se ranger sous la bannière de l’Iran.
Pour ceux qui
n’auraient pas entendu parler des plus récente exécutions de femmes en Iran, ou
encore des multiples arrestations ou bastonnades de femmes mal voilées ou de
féministes, tout ceux qui voudraient savoir quelles sont les résolutions que les
mollahs se proposent de souffler aux participants à la conférence de Téhéran, la
réponse est déjà affichée dans le programme. Il s’agit de rédiger un : «
document sur la promotion de la modestie et du hijab à une échelle
mondiale »,dès la plus tendre enfance,(« droit pour les femmes
dans le monde de porter un costume islamique »). Qui a dit que le voile
n’était qu’un morceau de tissu ?
La lettre annonçant la
conférence de Téhéran démontre au moins que nous sommes identifiées comme
l'ennemi principal par le régime des mollahs. Ils ne se trompent pas. Et c’est
pour nous féministes d’ici et d’ailleurs, surtout d’Iran, une source de fierté.
05 juin 2009
Obama au Caire : une gifle aux femmes qui se battent contre le voile islamique.
COMMUNIQUE DE PRESSE.
Annie Sugier, Présidente de la Ligue du Droit International des femmes, créée par Simone de Beauvoir (06 08 48 79 33), membre du jury du prix Simone de Beauvoir
(http://www.ldif.asso.fr)
Dans son discours prononcé à l’Université du Caire dans le but de réconcilier les Etats-Unis avec le monde arabo musulman, à trois reprises le président américain a pris la défense du voile islamique qui selon lui, ne serait pas un signe d’inégalité.
Quelle gifle donnée aux femmes d’Algérie, d’Iran ou d’Afghanistan qui sont mortes dans des conditions atroces pour avoir refusé de porter ce qu’elles croyaient être le signe le plus radical de l’oppression des femmes et de la ségrégation entre les hommes et les femmes.
Les sociétés humaines sont construites sur des symboles. Positifs comme les couleurs d’un drapeau, un chant de libération, la forme d’un monument, d’une pyramide ou de la tour Eiffel ! Négatifs comme le costume du bagnard, le brassard noir du deuil ou le voile sous lequel disparaissent les femmes d’Arabie Saoudite.
Porter soi-disant « librement » un accessoire vestimentaire qui, dans toute une partie du monde, est une obligation légale imposée à toutes les femmes pour signifier leur statut de deuxième rang (polygamie, poids juridique et héritage inégalitaire, absence de liberté de circulation,…) représente une allégeance à l’égard des théocraties qui y font la loi. Le voile n’est pas un signe religieux comme les autres. Affirmer qu’on le porte volontairement n’en efface pas le sens humiliant pour toutes les femmes.
L’évidence du sens de ce signe est-elle si difficile à comprendre pour le président d’un pays qui se veut un modèle de démocratie ? Ou alors le président Obama veut-il se réconcilier avec le monde musulman sur le dos des femmes ?
22 mai 2009
La lutte contre la traite : offensive contre les droits des femmes et l'autodétermination des femmes
Le 13 mai 2009, l'Assemblée Générale organisait un dialogue thématique interactif sous l'intitulé : " Agir ensemble pour mettre fin à la traite des êtres humains".
Cette journée était organisée avec le soutien du Bahreïn, de la Biélorussie, de l'Egypte, des Emirats arabes unis, de l'Equateur, du Nicaragua, des Philippines, de la Thaïlande et du Qatar.
Elle s'inscrivait dans les premières initiatives qui avaient vu le jour en février 2008, sous l'égide des Emirats arabes unis, la "Global initiative against trafficking" (UNGIFT).
et dans le prolongement d'autres actions ou débats thématiques organisés depuis par la Biélorussie à l'Assemblée Générale en 2008, ou encore en
mars 2009 à Manama dans le Royaume du Bahreïn, sous l'égide de sa majesté Sheikha Sabeeka Bint Ibrahim Al-Khalifa, femme du roi du Bahrein (pays qui l'on s'en souvient soutient le maintien de la polygamie) et avec la participation de réseaux de femmes tels que le Conseil des femmes d'affaires arabes, l'association des jeunes dames (young ladies) du Bahrein, UNGift women leaders, le réseau des first ladies, et surtout la Fondation Suzanne Mubarak,
devenue l'organisation incontournable depuis 2008 dans les nouvelles actions contre la traite des femmes. Cette dernière reçut du directeur du Bureau de l'ONU contre la drogue et le crime (UNODC), Antonio Mario Costea une distinction de reconnaissance pour sa "vision" dans la lutte contre la traite. (La Fondation Suzanne Mubarak avait une place centrale également lors du dialogue thématique du 13 mai à l'AG.)
Les recommandations des consultations précédentes, et le dialogue thématique du 13 mai ont pour ambition d'élaborer un nouveau texte normatif contre la traite des personnes, qui s'intitulera "Action globale pour mettre fin à la traite", et qui viendra compléter le protocole dit de "Palerme" adopté en 2000 contre la traite des personnes, en particulier des femmes et des enfants.
Ce projet est soutenu par la Mouvement des Non alignés (118 pays sur les 192 membres de l'ONU) et l'Union Africaine représentée par le Soudan lors du débat thématique.
L'Egypte apporta sa touche emphatique à la voix du Soudan, indiquant que ce plan d'action plongeait ses racines en Afrique en raison de l'esclavage qui avait affecté les africains dans l'histoire. (il faut rappeler ici que seule la traite transatlantique est reconnue à l'ONU).
Les pays qui se sont opposés à ce nouveau projet sont : La République Tchèque au nom de l'UE, les Pays Bas, l'Italie, le Portugal en leur nom propre (la France ne s'étant pas exprimée), le Canada, la Norvège et les USA.
Le plan d'action devra promouvoir un partenariat entres le secteur privé et les Etats, et coordonner les actions d'agences spécialisées telles que l'Organisation Internationale du travail, l'Organisation internationale des migrations, le Haut commissariat aux droits de l'homme, le CDH, l'UNODC etc...
Certains de ces organes ont été à la pointe des attaques contre les droits des femmes durant ces 15 dernières années, rendant leurs revendications opaques, mélangeant les concepts... (voir à ce sujet article la traite des femmes dans le monde).
Plus grave, ce sont sur les cendres du Groupe de travail sur les formes contemporaines d'esclavage, (voir, Les Nations désUnies) et la disparition de toute référence à la Convention du 2 décembre 1949 pour la répression de la traite des êtres humains et de l'exploitation de la prostitution d'autrui, que vont s'élaborer les nouvelles normes contre la traite, ces références étant absentes du document de base transmis aux délégations à l'occasion de cette journée de "dialogue". De plus, les derniers rapports présentés par le Haut Commissariat, l'OIM ou l'OIT comme documents de base pour le Plan d'action de demain s'inscrivent en parfaite opposition avec ces texte normatifs, et fournissent une nouvelle interprétations des termes et des concepts pourtant entérinés jadis et protégeant les femmes.
Le Président de l'Assemblée Générale Miguel d'Escoto Brockman s'est pour sa part notamment appuyé sur l'infâme document de Durban 2, dont les paragraphes concernant la traite constituent une véritable régression.
Il va sans dire que les travaux de la rapporteure spéciale sur la traite, Sigma Huda, (qui a été remplacée par la nigériane Joy Ngozi Ezeilo, au service du nouveau discours officiel) ne sont pas mentionnés parmi les documents de référence.
21 mai 2009
Sexual-Harassment Cases Plague U.N.
By STEVE STECKLOW - Wallstreet journal
The United Nations, which aspires to protect human rights around the world, is struggling to deal with an embarrassing string of sexual-harassment complaints within its own ranks.
Many U.N. workers who have made or faced accusations of sexual harassment say the current system for handling complaints is arbitrary, unfair and mired in bureaucracy. One employee's complaint that she was sexually harassed for years by her supervisor in Gaza, for example, was investigated by one of her boss's colleagues, who cleared him.Cases can take years to adjudicate. Accusers have no access to investigative reports. Several women who complained of harassment say their employment contracts weren't renewed, and the men they accused retired or resigned, putting them out of reach of the U.N. justice system.
U.N. Secretary-General Ban Ki-moon calls sexual harassment a 'scourge.'
"No matter which way the cases go, they mishandle it," says George G. Irving, a former U.N. attorney who now represents clients on both sides of such cases.U.N. Secretary-General Ban Ki-moon has acknowledged that the system is troubled. "I fully share your concerns regarding sexual harassment and sex discrimination," he wrote in February to Equality Now, a women's rights group that had complained to him. "This scourge remains a high priority issue for me."On July 1, the U.N. plans to make changes to its internal justice system for handling all employee disputes, including harassment complaints.
Yasmeen Hassan, an Equality Now attorney and former U.N. employee who met with Mr. Ban in December to discuss the issue, says she has "no faith" that the new system will be better, in part because complainants apparently still won't have access to investigative reports to help them with appeals.
The Wall Street Journal examined the U.N.'s handling of five sexual-harassment cases, reviewing hundreds of pages of confidential U.N. documents and interviewing U.N. employees who brought the complaints, supervisors they accused, the lawyers involved and U.N. officials.
It is impossible to know whether sexual harassment is a bigger problem at the U.N., whose global staff numbers about 60,000, than at other large multinational organizations. Officials in the secretary-general's office say they don't know how many sexual-harassment cases are filed at the world body because each U.N. entity tracks cases separately, and confidentially. The secretariat, the U.N.'s main administrative body, says it handles between five and eight cases a year. But those figures include only cases referred to its human-resources department for possible disciplinary action, not complaints that have been dismissed.
Changes to Internal Justice Coming
The planned overhaul of the United Nation's internal justice system is set to take effect July 1. Its goal is to create a more independent and professional system for resolving disputes, including sexual-harassment claims.
A spokesman for the United Nations Children's Fund, or Unicef, said it has handled 15 complaints since 2004. Five alleged perpetrators in those cases have been dismissed, and two others were issued lifetime employment bans from Unicef because they resigned during investigations. Disciplinary proceedings are being initiated against another accused staffer.
In one important respect, the U.N. handles such problems differently than other large organizations, such as multinational corporations. Many U.N. managers have diplomatic immunity from criminal prosecution or civil litigation. Except when the U.N. lifts immunity, its internal justice system is the only one workers can turn to.
Bewildering System
The current system, which dates back to 1946, has a bewildering array of investigative channels and appeals processes. Many of the 10 U.N. agencies, programs and funds have their own investigative systems. A multilayered appellate process includes "joint appeals" boards that can review departmental decisions. The U.N. Administrative Tribunal is the final authority.
The system gives the secretary-general the authority to rule on appeals. Confidential U.N. records in two cases show that Mr. Ban rejected the recommendations of an appeals board and ruled against the women who brought those cases. A spokesman for Mr. Ban declined to discuss any specific cases. Under the new system, the secretary-general no longer will play a major role in the process.
Last year, Mr. Ban, a former South Korean foreign minister who became secretary-general in 2007, issued a bulletin stating that "any form of discrimination, harassment, including sexual harassment, and abuse of authority is prohibited." A spokeswoman for the secretary-general said in a statement that the U.N. has "zero tolerance for sexual harassment in the workplace. And we take seriously every single case."
In 2002, Joumana Al-Mahayni, a Syrian, was working as a secretary to Yusuf Mansur, then chief of the Kuwait office of the United Nations Development Programme, or UNDP, the U.N.'s global development network.
The following year, U.N. records show, she filed a complaint alleging that Mr. Mansur had made sexual advances, including grabbing and kissing her hands while saying "my darling, my darling" -- then refused to renew her contract when she didn't respond to his advances.
In an interview, Mr. Mansur, who now lives in Jordan, denied the allegations, calling them "baloney."
'Unnecessary Touching'
U.N. documents state that the UNDP's investigative report found evidence that Mr. Mansur had subjected Ms. Al-Mahayni to "physical assault," "verbal abuse," "unnecessary touching," "patting," "constant brushing against a person's body" and "pressure for sexual activities." The coordinator of the UNDP's investigative panel asked its human-resources director, Brian Gleeson, to take "appropriate action" against Mr. Mansur. In April 2004, 10 days after the investigative report was filed, Mr. Mansur resigned, U.N. records show.
Mr. Gleeson later told Ms. Al-Mahayni, in an email reviewed by the Journal, that the internal probe "vindicated your allegations and directly contributed" to Mr. Mansur resigning. Mr. Gleeson wrote that he "possibly" could have refused the resignation and pursued disciplinary action, "but advice from legal sources and past practice strongly suggested that it is better to get the person out of the office and the system asap" and avoid litigation. He also stated that "no further action can be taken after a staff member resigns." Mr. Gleeson declined to comment.
Mr. Mansur says he resigned because he was "disgusted" with the U.N., including its handling of the case. "The way the system deals with it, you become accused right away, the person becomes a monster right away," he says. He says he provided evidence that he wasn't in Kuwait when some of the alleged incidents occurred. "I should have hired a lawyer and sued back," he says.
Ms. Al-Mahayni requested compensation for being harassed and losing her job. UNDP rejected the request, saying, in part, that her contract had simply expired. She appealed. In April 2006, the U.N. Joint Appeals Board found that she had "no legal expectancy" that her employment contract would be renewed. But it unanimously recommended that she be awarded $10,000. Kofi Annan, then U.N. secretary-general, accepted the recommendation.
Ms. Al-Mahayni appealed the decision before the U.N. Administrative Tribunal. She argued the compensation was inadequate and she shouldn't have lost her UNDP job. She also requested reimbursement of $8,000 in legal expenses. On Jan. 30, 2009 -- more than five years after she first filed her complaint -- the tribunal rejected her appeal "in its entirety," arguing that the $10,000 award was "adequate in view of the harm caused to her."
Ms. Al-Mahayni, who in November 2006 got a job with the U.N. Department of Peacekeeping Operations in Sudan, didn't respond to a request for comment.
In a written statement, the UNDP said it regretted that Ms. Al-Mahayni's supervisor "was allowed to resign before disciplinary action could be initiated."
U.N. records detail other cases in which internal probes supported women's claims of sexual harassment, but the employees they accused went unpunished.
A French woman who worked as a legal officer in Gaza for the U.N. Relief and Works Agency for Palestine Refugees in the Near East shared records from a case she initiated.
According to the records, in November 2004 she complained that she was sexually harassed by Lionel Brisson, then director of operations for the Palestine Refugees unit. She alleged Mr. Brisson had used binoculars to spy on her while she was in her Gaza apartment, and repeatedly made sexually explicit comments and groped her buttocks, according to a subsequent report by the U.N.'s main investigative unit, the Office of Internal Oversight Services, or OIOS.
'Completely Ridiculous'
In a telephone interview, Mr. Brisson denied the allegations, calling them "completely ridiculous." He said he had tried to help the French woman advance her career, and "this is the kind of thanks you get."
At first, a probe by the Palestine Refugees agency cleared Mr. Brisson. An agency official says the man in charge of the investigation, the agency's health director, was a "colleague" of Mr. Brisson, and was assigned to investigate because he headed the agency's human-resources committee.
The French woman had also complained directly to the OIOS, which began its own investigation. Mr. Brisson reached his mandatory retirement age and left in December 2005, before that probe was complete. One month later, his accuser's employment contract ran out and wasn't renewed.
In February 2006, the OIOS reported that the evidence "tends to support a finding" that the complainant was sexually harassed. If Mr. Brisson "was still with the Organization," the report said, "we would recommend counseling."
Mr. Brisson, who is French, said the U.N. had rejected his requests for a copy of the OIOS report, and he hadn't seen it until one was provided to him by the Journal. He called its conclusions "very vague" and noted that it didn't recommend any disciplinary action. He said he had pressed the OIOS to investigate because "I wanted to clear my name."
In February 2008, Mr. Ban weighed in on the dispute. The French woman had appealed her case to the U.N. Joint Appeals Board, seeking an equivalent job and compensatory pay. It had urged Mr. Ban to allow her to pursue her case elsewhere in the U.N. system "to ensure both fairness and impartiality." Mr. Ban's office rejected that recommendation, saying that the secretary-general had no "competence" over the Palestine Refugee agency's internal justice system. Her appeal there is pending.
In another case, Fatima Moussa, a U.N. translator in Lebanon, had accused a U.N. security officer of raping her. A probe by the U.N. commission where she worked did not substantiate her allegations. She appealed, and calls the investigation a "travesty." The appellate board unanimously recommended that Mr. Ban extend her employment contract until her appeal was heard. On July 15, 2008, Mr. Ban rejected the board's recommendation and Ms. Moussa's contract expired. U.N. records show that Mr. Ban didn't accept the board's findings that Ms. Moussa would suffer "irreparable injury." The man she accused now works for the U.N. in Darfur.
Impetus for Change
Much of the impetus for the U.N.'s effort to change the way it handles sexual-harassment cases stems from a 2004 case. An OIOS investigation concluded that Ruud Lubbers, then head of the U.N.'s main refugee agency and the former prime minister of the Netherlands, had sexually harassed Cynthia Brzak, a longtime American staffer. The probe found that Mr. Lubbers engaged "in serious acts of misconduct" of a "sexual nature."
Justice in Limbo
Unicef employee Archana Pandey accused the organization's top officer in India, Cecilio Adorna, of sexual harassment. Mr. Adorna denied the allegations; Unicef investigated. On Jan. 16, 2007, Unicef's top personnel officer sent disapproving letters to each of them.
Mr. Annan, then secretary-general, didn't accept an OIOS recommendation that Mr. Lubbers be disciplined. He said at the time that the findings could not be sustained. Mr. Lubbers, who has consistently denied any wrongdoing, resigned in 2005. He couldn't be reached for comment.
Ms. Brzak said she faced retaliation, including threats to abolish her position. She filed a lawsuit in federal district court in Manhattan seeking damages from the U.N., Mr. Lubbers and others. Last year, a federal judge ruled that U.N. officials had diplomatic immunity, and dismissed the case. Ms. Brzak has appealed.
Diplomatic immunity also factored in a more recent case at Unicef in India. In October 2006, Archana Pandey, an assistant communications officer in New Delhi, accused Cecilio Adorna, then Unicef's top officer in India, of sexual harassment. She alleged he threatened not to renew her contract, which was due to expire at year end, if she didn't grant him sexual favors, according to U.N. records and Ms. Pandey, in an interview. She said she suffered an emotional breakdown and had to take sick leave. Mr. Adorna denied all the allegations. That December, Ms. Pandey's Unicef contract wasn't renewed.
Unicef investigated. On Jan. 16, 2007, the agency's top personnel officer sent her a letter stating that its probe failed to find "clear and convincing evidence" to support her claims. The letter, which was reviewed by the Journal, accused her of misrepresentation, and said "if you were still a staff member, Unicef could consider taking disciplinary actions against you."
U.N. records also show that the same Unicef personnel officer sent Mr. Adorna a written reprimand that same day. That letter, which was also reviewed by the Journal, stated that while nearly all the allegations couldn't be supported, the inquiry found that he "at times touched female staff in a manner they considered inappropriate" and had a tendency to tell jokes or make comments with sexual connotations.
"The Investigation Committee itself witnessed one of such comments during your interview when you stated that you would not have invited anybody for romantic drinks in your hotel room, because you 'can't do sex without food first,' " the letter said. "Such a comment is highly inappropriate, particularly in light of the fact that you were being interviewed on sexual harassment allegations." The letter threatened Mr. Adorna with disciplinary action for "any further misconduct."
In a written statement to the Journal, Mr. Adorna said Unicef later wrote to him stating that it couldn't find "clear and convincing evidence" to support Ms. Pandey's allegations. He said the Unicef letter also said: "Insufficient evidence does not necessarily mean that the allegations were found to be false." He accused Unicef of "negligence" for failing to defend him.
In 2007, Ms. Pandey, who is Indian, filed a criminal complaint with the New Delhi police that accused Mr. Adorna, a Filipino, of attempted rape, among other allegations, according to Indian court filings. The police declined to take action because U.N. employees have diplomatic immunity. She has continued to press her case in Indian courts. She also filed an appeal within the U.N. system.
In December 2008, the U.N. appeals board, while not addressing the sexual-harassment allegations, found that Unicef had "let go" Ms. Pandey "wrongfully" and "illegally" while she was on sick leave. It recommended that the secretary-general award her two years' pay, plus interest, or $76,800. In March, Secretary-General Ban accepted the recommendation.
Mr. Adorna retired from Unicef last month. He has filed an appeal with the U.N. seeking, among other things, a public statement of exoneration and monetary damages. He accuses Unicef of making him "its sacrificial lamb" and urging him to resign.
Unicef declined to comment on Mr. Adorna's appeal or his allegations.
11 mai 2009
En Mauritanie, les victimes de viol qui demandent justice finissent en prison
IRIN, Nouakchott
Les femmes de Mauritanie qui portent plainte pour agression sexuelle s’exposent au risque d’être incarcérées en raison de lois mal définies et d’un phénomène de stigmatisation
- Le viol reste un sujet tabou en Mauritanie, à tel point qu’il n’est pas abordé dans la loi et que le mot ne figure dans aucun document gouvernemental, selon l’Association mauritanienne pour la santé de la mère et de l’enfant, une organisation non-gouvernementale (ONG) sise à Nouakchott, la capitale. « Le problème, pour décriminaliser la victime, c’est [que] la loi ne définit pas le viol. Comment punir les agresseurs si le crime lui-même n’a pas été clarifié ? », s’interroge Bilal Ould Dick, conseiller juridique de l’association.
Pour faire référence aux violences sexuelles dans leurs documents officiels, le ministère de la Santé emploie le terme de « blessures », et le ministère des Affaires sociales, de l’Enfance et de la Famille, celui de « violences domestiques », selon Zeinebou Mint Taleb, présidente de l’association.
Honneur
Aminetou (un nom d’emprunt), 22 ans, a expliqué à IRIN que la police l’avait accusée de n’avoir aucun honneur lorsqu’elle leur avait rapporté qu’elle avait été violée, une nuit, chez elle, par un inconnu. « Les policiers m’ont dit que si je [n’avais pas été disposée] à donner [ma virginité], il n’aurait pas pu la prendre ». A 22 ans, elle a perdu son honneur, a cessé de suivre son programme de formation à l’informatique, et ne peut plus se marier parce qu’elle a tenté de porter plainte, a-t-elle confié.
« Personne ne veut plus de moi. Dans ma communauté, ils pensent tout simplement que j’aimais le sexe et que pour avoir “péché” ainsi, je mérite de tout perdre », a-t-elle déclaré.
Délit sexuel
Selon Maître Dick, seuls deux articles de loi interdisent un acte sexuel : les rapports sexuels hors mariage. C’est pourquoi, a-t-il expliqué, bon nombre de victimes présumées de viol sont accusées d’avoir enfreint la loi. « La [femme] sera inculpée et sanctionnée au lieu d’être protégée par la loi ».
La situation est encore plus grave pour les femmes enceintes, a-t-il poursuivi, la grossesse étant considérée comme la « preuve » de leur culpabilité. Sept femmes ont été incarcérées en 2009 pour avoir enfreint la loi contre les rapports sexuels hors mariage, après avoir tenté de dénoncer leurs agresseurs présumés, selon l’Association mauritanienne pour la santé de la mère et de l’enfant.
D’après Mme Taleb, présidente de l’ONG, lorsque des hommes sont interrogés ou détenus, ils sont rapidement relâchés « faute de preuves ».
Matty Mint Doide du ministère des Affaires sociales, de l’Enfance et de la Famille, a expliqué à IRIN que le gouvernement révisait actuellement le code pénal pour définir et interdire le viol, et « appliquer les conventions internationales afférentes [contre la violence sexuelle] ». Parmi les conventions contre les violences sexuelles et sexistes : la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes, et la Convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants.
Mohamed Lemine Ould Dadde, commissaire aux droits de l’Homme, a déclaré à IRIN que le gouvernement s’était engagé à défendre les droits de la femme. Il a nié qu’en tentant d’alerter les autorités, les femmes de Mauritanie étaient injustement rendues coupables des violences sexuelles qu’elles avaient subies, et a expliqué que, comme tous les pays, la Mauritanie s’efforçait d’encourager les victimes à se manifester.
Depuis 2003, 430 cas de violence sexuelle ont été déclarés en Mauritanie, contre 28 000 cas de violences domestiques, selon le gouvernement. Les victimes ont porté plainte dans seulement 20 pour cent des cas, selon le ministère des Affaires sociales.
Eyer Chaim, de l’Association mauritanienne pour la santé de la mère et de l’enfant, travaille au commissariat de police de Nouakchott, au sein de la cellule de lutte contre les crimes contre les enfants ; selon lui, le nombre de victimes réel est bien plus important que ne le montrent les registres publics. « J’ai connu tellement de victimes qui ont refusé d’alerter la police ou d’aller se faire soigner. Elles préfèrent souffrir en silence pour cacher leur honte au sein d’une communauté où les commérages vont bon train ».
Nourra Mint Semane, journaliste de la région, a expliqué à IRIN qu’il était difficile de parler de viol, à tous les plans, en Mauritanie. « Mes programmes radio sont censurés quand je parle d’histoires de viol. Pour la société mauritanienne, le viol est une honte qui doit être enterrée et celle que l’on considère comme la première “criminelle”, c’est la victime elle-même ».
02 mai 2009
SALE PUTE : QUI A PEUR DU PETIT RAPPEUR ?
par Claudine Legardinier
« Sale pute ». Le rappeur [1] a parlé. Une femme qui dit non ? Une pute. Une femme qui dit oui ? Une pute. Une femme qui en choisit un autre ? Une pute. Toutes des putes. Pute : le mot le plus injurieux de la langue française. Celui qui charrie le maximum de haine et de mépris des femmes. Sale pute, crie le rappeur, l’étoile montante de la chanson française, l’espoir de la création contemporaine. Emporté par ce mot-sésame qui surgit du tréfonds et ouvre un droit au viol et au meurtre, il se laisse aller à son penchant, une litanie de tortures qu’il faudrait trouver musicale.
Classique. Le gros dur se dédouane avec un procédé à deux sous. Il disqualifie sa victime en la traitant de pute. Pute, et tout est dit. Ce mot ordurier a une fonction. Il constitue une excuse pour l’agresseur ; un laissez passer ; une invitation au meurtre. On peut lui faire tout ce qu’on veut, on peut l’humilier, on peut la violer, on peut la tabasser puisque c’est une pute !
Traduisez : c’est sa faute à elle. Les femmes ont l’habitude. Toujours coupables. Coupables de se trouver au mauvais endroit au mauvais moment si elles sont violées ; coupables de l’avoir cherché ; coupables d’exister. Coupables d’être des putes. Coupables d’être des femmes, surtout. Dans un monde où suinte encore la haine à leur égard, une haine déclinée sur tous les modes de la violence et relayée par l’ensemble de la culture, orchestrée par les médias, distillée dans les films porno, les pubs, les radios, les plateaux télé, les jeux vidéo, les clips des rappeurs… Fascination, mépris, on frise le délire collectif : les couturiers branchés habillent les femmes en putes, les réalisateurs télé raffolent des héroïnes putes (pardon, escortes), les meurtriers en série tuent en priorité les prostituées, celles que les braves gens tiennent pour des « putes ». Message, pour celles qui auraient la tête dure : toutes des putes sauf ma mère.
Il est temps de hurler plus fort que les rappeurs. De crier que la pute n’existe pas. La pute est une création, de toutes pièces, des agresseurs et de ceux qui se réservent le droit de l’être ; de types haineux, encombrés d’une virilité impuissante et terrifiée ; de machistes qui voient les femmes comme des prêtes-à-subir toujours à disposition ; de petits rappeurs orduriers. La pute n’existe que dans l’imaginaire de certains hommes, de trop d’hommes pour qui les femmes ne sont que des objets de défoulement, des territoires à coloniser et à soumettre.
Un tel concentré de haine pourrait raisonnablement donner envie de monter des barricades. Des femmes, des féministes, se sont contentées de riposter par l’envoi de lettres, notamment aux patrons de festivals (Printemps de Bourges), pour demander la déprogrammation de cet individu. S’il fallait une preuve que le féminisme ne tue jamais personne, alors que le machisme tue tous les jours, celle-ci y suffirait. Pourtant, de bonnes âmes, souvent masculines, s’émeuvent de tels excès, criant à la censure. On invoque l’art et la liberté d’expression, on juge les réactions « disproportionnées », on excuse le pauvre garçon en proie au « mal-être », on pardonne « une génération perdue et désabusée ». Et pour finir, on injurie une nouvelle fois les femmes, qui, de putes, se voient renvoyées à un statut à peine plus enviable, celui de « dames patronnesses[1] ».
Les femmes, c’est bien connu, ça fait des histoires ! On les préfère passives. Et muettes. L’affaire est entendue. Elles sont là, de toute éternité, pour être traitées de putes, menacées de meurtre et de viol, objets de haine, et doivent s’en trouver bien.
Le quart d’un tel appel à la haine, antisémite, raciste ou homophobe, ferait lever toutes les consciences courroucées de notre beau pays. Mais un appel à la haine des femmes trouve toujours des chantres de la « liberté » pour l’excuser. Pour en débattre. Il y a les « pour » et puis les « contre ».
N’est-il pas troublant que l’on ne crie à la censure que lorsqu’il s’agit de violences à l’égard des femmes ? Faut-il comprendre que l’insulte faite aux femmes, l’appel au meurtre, sont le fondement même de ce que trop d’hommes appellent encore « la liberté d’expression » ? La « liberté » doit-elle donc être éternellement confondue avec le droit d’insulter et de mépriser tout ce qui relève du féminin ?
Combien de temps encore excusera-t-on la violence sexiste et sa promotion ? Combien de temps continuera-t-on à s’aveugler sur des agressions, des meurtres qui font régulièrement la une des médias sans que quiconque s’avise qu’il s’agit d’actes relevant de la violence sexiste ? Quand en finira-t-on avec la complaisance qui accompagne le massacre quotidien, par nombre de chantres de la « culture », de toutes les campagnes contre les violences et autres chartes de l’égalité ?
On préfère fermer les yeux. Se fabriquer une conscience en or à coup de textes exemplaires, de colloques, de conférences, de conventions, de circulaires, de chartes, de labels, de directives. Mais à quoi bon tant de pieuses déclarations nationales et européennes, de campagnes pour l’égalité filles/garçons ? Pourquoi écrire partout ton nom, Egalité, si nous laissons le moindre rappeur, et ses semblables, proférer leur invitation, urbi et orbi, au viol et à la haine ?
Tout comme la conscience des « clients » s’arrête à la porte du bordel (avec une pute, tout est permis… puisque c’est une pute), la conscience de la société s’évanouit aux abords de la scène artistique et médiatique. On le mesure au silence de nombre d’intellectuels et de politiques. Avec les femmes, tout est permis ! 1] Orelsan
[2] Libération, 21 avril, page Portraits
[
19 mars 2009
PROSTITUTION : LA GRANDE PROMO
Par Claudine Legardinier, journaliste
Réaction à la diffusion du documentaire :
LES TRAVAILLEU(R)SES DU SEXE, de Jean-Michel Carré
On peut compter sur nos hommes de gauche, nos intellectuels les plus « progressistes », en mal de cause à défendre, pour faire la promo de cette ringardise : la prostitution. Jean-Michel Carré, documentariste connu pour son regard sans concession sur « le système Poutine » ou son analyse de l’oppression des salariés (« J’ai mal au travail »), a enfourché un nouveau cheval de bataille : la LSI sur la sécurité intérieure, dite Loi Sarkozy, qui réprime le racolage et donc les personnes prostituées. On ne peut que l’approuver. La répression qui s’abat sur elles est injuste et ne fait qu’aggraver les violences auxquels elles sont quotidiennement exposées.
Mais fallait-il pour autant se faire le porte-parole zélé des militant-e-s pro prostitution ? Pas un ne manquait à l’appel. Le discours ne nous a pas épargné un seul des grands crédos réactionnaires : la prostitution, c’est branché, c’est subversif, c’est le haut lieu de la liberté humaine. Les prostituées « aiment ça ». Elles sont l’espoir et l’horizon vital des hommes handicapés et esseulés.
On reste sans voix devant pareille ignorance des faits et du dossier. Les clients sont majoritairement des hommes lambda, le plus souvent en couple. Et loin d’être les partenaires édulcorés montrés dans le film, ils sont les premiers agresseurs des personnes prostituées. Insultes, violences, humiliations, agressions, leurs prouesses sont désormais dénoncées dans toutes les enquêtes. Ici, pas un mot. Rien non plus sur les réalités quotidiennes de la prostitution : alcool, drogue ou valium pour tenir face à leurs exigences. Rien sur les dimensions sans précédent de la traite des femmes, les trafiquants travaillant avec acharnement à offrir audit client l’approvisionnement varié, exotique et de préférence très jeune auquel il pense avoir droit. Rien sur les profits faramineux et le pouvoir croissant des patrons de bordels. Rien sur la révolte des personnes prostituées qui tiennent un autre discours, tellement plus nombreuses mais qui n’osent pas se montrer devant une caméra, séquestrées qu’elles sont sous le poids d’un regard social impitoyable. Leur parole restera bâillonnée. Tant pis pour elles.
Aveuglé par le petit vernis émancipé, libertaire, qui lui a été généreusement servi, l’auteur n’a pas vu qu’il ouvrait des avenues aux proxos qui, même dans leurs rêves les plus fous, n’auraient pas osé imaginer pareil coup de main. Dans une Europe déjà largement pourvue en bordels « new look », les marchands de femmes comptent sur la bénédiction des médias. L’affaire est en bonne voie. Leur meilleur sésame, c’est le « consentement » des personnes à être exploitées. Quant aux clients, à qui les sociétés ont toujours garanti ce droit séculaire à disposer du corps des femmes, ils se frisent les moustaches. Totalement légitimés dans leur bon droit (le film a pris soin de nous dire que tout ça, c’était la faute de… leur mère !), ils vont pouvoir continuer à s’acheter tranquillement une femme, ou un garçon, comme une pizza. Sans se poser de question. On nous l’a dit, le client est roi. Ce que l’on a omis de préciser, c’est qu’il est le moteur de la traite des femmes. A tel point que tous les textes internationaux sur la traite engagent désormais les Etats à tout faire pour « décourager la demande » ! Mais qu’importent les textes politiques, qu’importent les ravages de la traite et le tribut payé par les femmes pauvres chargées de « servir » le client. L’essentiel n’est-il pas de préserver ce sacro-saint « droit de l’homme » à aller au bordel ?
De même, le film nous a vanté le modèle suisse. Un pays où les autorités elles-mêmes s’alarment face au nombre croissant de gamines de 16 ans qui grossissent les rangs de la prostitution. En parler jetterait une ombre à si idyllique tableau. On préfère écouter benoîtement la tenancière aux seins siliconés nous faire l’article : le bordel comme haut lieu de la « transparence », de la philanthropie et du respect des droits humains, avec son ultime et imparable argument : le fric.
Non, quelques paroles de justification personnelles agrémentées de sourires commerciaux ne sauraient tenir lieu d’argumentaire. On aurait attendu d’un documentariste reconnu un vrai dossier politique. Pas ce parti pris simpliste, pathétique dans sa certitude de « pourfendre l’ordre moral » quand il ne fait que le conforter. Une nouvelle fois, a été confondue la revendication de dignité, bien compréhensible, des personnes prostituées et la promotion du système indigne qui leur a interdit l’avenir auquel elles avaient droit. Au nom d’une prétendue subversion, on entérine l’expression la plus cynique du capitalisme libéral, prêt à tout pour transformer les femmes, produit hautement rentable, en marchandises prêtes à consommer. On redore le blason de la pire idéologie machiste, celle qui assigne les femmes à la fonction éternelle de « putain » et dote les seuls hommes d’une sexualité, du moins d’une pulsion qui fonctionne à l’urgence et nécessite un exutoire. On condamne les plus vulnérables à cet avenir irrespirable, en réalité tissé de dégoût et de violences de tous ordres, et que toutes espèrent transitoire. Les plus précaires continueront de payer la note. Tant pis pour elles, puisqu’on vous dit qu’elles aiment ça ! Parions même que les rangs de la prostitution vont se trouver gonflés de nouvelles « volontaires » après la diffusion d’un tel outil de promotion.
Il est temps, nous sommes d’accord, d’en finir avec une vision moralisante de la prostitution. La prostitution ‘est pas contraire à la morale. Elle est contraire aux plus élémentaires droits humains. Elle est la survivance d’un ordre ancien où l’homme dispose et la femme s’exécute, d’un lieu où il est en droit d’exercer des violences et de la traiter de pute. Sans compte à rendre. On comprend que certains y soient si attachés….


