Malka Marcovich...enjeux internationaux

Reflexions, analyses, suivi : politique internationale, Organisation des Nations Unies (ONU), droits fontamentaux, feminisme, laïcité ...

04 juin 2009

Les diamants du sang au Zimbabwe

L’ONU appelée à imposer un embargo sur les diamants du Zimbabwe
Carole Vann et Michael Deibert/InfoSud-IPS-Tribune des droits humains
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Un rapport dénonçant la corruption et les abus dans les mines au Zimbabwe demande l’intervention de l’ONU pour bannir ou restreindre le commerce de diamants issus du pays. Le processus de Kimberley, censé garantir les diamants « propres », est mis en cause      
L’industrie du diamant est dans une mauvaise passe. Le Processus de Kimberley, un système de certification dont la Suisse est membre fondateur et qui vise à éliminer du marché mondial « les diamants de la guerre », est décrié par ceux-là même qui l’ont créé. Tandis qu’un rapport accablant, publié en mars 2009 et intitulé « Le Zimbabwe, les diamants et le mauvais côté de l’histoire », dénonce la corruption et les graves exactions dans les mines au Zimbabwe. L’étude conclut que le pays n’est plus en mesure de gérer son industrie du diamant en conformité avec le respect des droits de l’homme.   
Les auteurs du rapport, deux ONG de renom – Partenariat Afrique Canada (PAC) et Global Witness – appellent « le Conseil de sécurité des Nations Unies à intervenir, comme il l’a fait dans le cas des diamants du sang en Angola, en Sierra Leone, au Libéria et en Côte d’Ivoire, et à imposer un embargo sur les diamants zimbabwéens jusqu`à ce qu’on ait instauré une gouvernance légitime et compétente. » Ils décrivent dans le détail et chiffres à l’appui les horreurs et la misère grandissante qu’engendrent les diamants du Zimbabwe, « devenus un important facteur dans la tentative désespérée de Robert Mugabe de conserver le pouvoir. La contrebande des diamants s’est généralisée et des douzaines de mineurs ont été assassinés par les militaires qui contrôlent désormais les principaux mises du pays. »   
Ils y affirment aussi que le Processus de Kimberley, l’initiative internationale de réglementation du commerce des diamants bruts réunissant 47 gouvernements, ainsi que l’Union européenne, et dont le but est de mettre un terme au commerce des diamants de guerre, n’a « ni la volonté ni l’intérêt de s’attaquer au problème. »   
Fracassante démission    
Ecœuré par cette inertie, Ian Smillie, coordinateur de recherche au PAC et représentant de l’ONG au Processus de Kimberley, vient d’annoncer sa démission. Un coup pour l’image du diamant. L’économiste canadien est l’un des principaux architectes du Processus Kimberley, auquel il tourne le dos aujourd’hui.   
« J’étais convaincu en 2003 que nous avions créé un mécanisme efficace, nous explique-t-il au téléphone. C’est bien le cas, mais nous l’avons laissé déraper. Toutes ces années, les Etats parties au Processus de Kimberley n’ont pas su faire face à des cas graves de contrebande au Brésil, en Côte d’Ivoire, au Ghana, au Venezuela, au Zimbabwe, en Guinée, au Liban. Pour le Venezuela, nous en sommes même arrivés à tolérer ce trafic, alors que notre système est censé l’empêcher. Pendant que les gouvernements discutent sans fin sur l’opportunité ou non d’aborder la question des droits de l’homme, les crimes se poursuivent sur place. Je ne veux plus cautionner cela. »   
Une démission fort regrettée. « C’est une grande perte, déplore Roland Vock, chef de la délégation suisse pour le Processus de Kimberley. Ian Smillie était le porte-drapeau des ONG, nous avons toujours apprécié ses positions claires, même si elles ne plaisaient pas toujours aux gouvernements. Il avait la grande qualité d’être réaliste. »   
Pour le SECO (Secrétariat d’Etat à l’économie), un embargo ordonné par l’ONU n’est guère réaliste. « Je comprends la demande des ONG, explique l’expert suisse. Mais les résistances politiques sont trop fortes au sein du Conseil de sécurité de l’ONU pour que des sanctions soient prises à l’égard du Zimbabwe. Il y a un embargo sur ce pays de l’Union européenne, la Suisse et les USA depuis 2002, mais celui-ci porte sur le matériel militaire et de répression, ainsi que sur le gel des avoirs bancaires de certaines personnes, elles-mêmes sur « liste noire » chez nous. Mais le commerce n’est pas touché. »   
Et de rappeler que le Zimbabwe est un Etat partie au Processus, qu’il est donc très difficile de l’en exclure. « La politique de Kimberley est plutôt de travailler à influencer les pays de l’intérieur », explique-t-il.   
Suite à la publication du rapport, contenant plusieurs témoignages concernant des exactions dans la région de Marangue au Zimbabwe, où des petits mineurs ont été évincés de force, la Fédération mondiale des bourses de diamants (WFDB), a prononcé une interdiction de vendre les joyaux issus de l’Est du pays.   
« C’est quand même un comble que nous – Kimberley – soyons à la traîne par rapport à l’industrie du diamant qui prend les mesures adéquates », proteste Ian Smillie. L’économiste déplore aussi que les ONG soient obligées d’effectuer les enquêtes à la place des équipes de Kimberley.   
Signes avant-coureurs    
Déjà en 2006, la sonnette d’alarme avait été tirée, suite au rapport du Conseil de sécurité de l’ONU qui révélait la présence sur le marché de diamants de sang en provenance de Côte d’Ivoire. « Non seulement le Processus de Kimberley se révélait incapable de cerner le problème, mais cela montrait aussi que les lacunes dans les contrôles de quelques gouvernements pouvaient mettre en péril tout le système », explique l’économiste canadien.   
Franck Notari, fondateur du laboratoire GemTechLab à Genève, regrette aussi ce départ. « Kimberley est une structure qui existe et qui relève d’une prise de conscience très salutaire, même si elle n’est pas optimale, remarque-t-il. Je pense qu’il ne faudrait pas abandonner si vite. »   
Selon Roland Vock, les chiffres parlent d’eux-mêmes. « Au milieu des années 1990, 15% de la production des diamants étaient mêlés à des guerres. A la création du processus en 2003, il y en avait 4% et 0,1% aujourd’hui, signale-t-il. Tout en poursuivant : « en même temps, je comprends Ian Smillie. Il a été à l’origine de ce Processus. Nous cherchions alors des solutions pragmatiques, en bricolant et en innovant. Avec les années et plus de 70 pays participants aujourd’hui, le processus s’est quelque peu bureaucratisé. C’est certainement très frustrant pour les ONG. »   
Ian Smillie reconnaît, en effet, que le système de certification a permis de mettre sur pied un commerce propre dans beaucoup de pays, notamment sur des plaques tournantes comme la Belgique et la Suisse. « Il y a encore dix ans, toutes sortes de diamants de provenances obscures arrivaient sur les ports francs des aéroports de Zurich ou Genève, et en repartaient avec des étiquettes suisses. Cela n’est plus possible à présent », affirme-t-il.   
Un trafic important    
Les statistiques officielles du Zimbabwe montrent que le pays est censé être en possession d’un stock de diamants équivalent à 1,33 millions de carats, soit 150 millions de dollars (plus si l’on tient compte des chiffres de 2008). Mais de nombreux indices laissent à penser que d’importantes fuites ont lieu, tandis que l’économie du pays continue de plonger.   
En septembre 2008, deux Libanais étaient arrêtés dans le Gujarat (fleuron de l’industrie du diamant en Inde). Ils avaient sur eux l’équivalent de 800.000 dollars de diamants bruts, sans aucun document attestant de leur provenance. Ils ont déclaré s’être approvisionner au Zimbabwe. En octobre, une femme du Zimbabwe était arrêtée dans le transit de l’aéroport de Dubaï avec 1,2 millions de dollars de diamants bruts attachés à son corps. La contrebande des diamants a encore de beaux jours devant elle.

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31 mai 2009

Sri Lanka : la faillite de l'Onu

Par Granada

Instrumentalisée par les dictatures, l'ONU a une fois de plus failli au Sri Lanka, comme naguère en Irak après le gazage des Kurdes à Halabja sous Saddam Hussein en l988, à Srebenica en Bosnie-Herzégovine, lors du génocide au Rwanda en 1994, toujours au Darfour et encore au Tibet.
Alors que les combats faisaient rage dans le nord de l'île et que le ministre du bien-être social du Sri Lanka avait lui-même reconnu que "les sources du conflit résident dans des facteurs et des forces qui concernent particulièrement la Conférence de Durban de 2001 et la présente Conférence d'examen, à savoir le racisme", la réunion
de Durban 2 à Genève qui venait d'assister le 20 avril au show négationniste et antisémite d'Ahmadinejad, n'a pas eu un mot pour évoquer le sort des victimes prises entre deux feux au Sri Lanka.
Le 22 avril au Conseil de sécurité à New-York, la Chine et la Russie, appuyées par le Vietnam, la Turquie et la Libye, s'opposaient à une "pause humanitaire", estimant qu'il s'agissait d'une affaire interne au Sri Lanka.
Ce n'est qu'après trente ans de massacres et près de 100.000 morts , une fois le forfait accompli que le mal nommé Conseil des droits de l'homme vient de tenir fin mai une session spéciale sur le Sri Lanka réclamée à grand peine par l'Union européenne, le Canada, la Suisse, l'île Maurice et quelques pays latino-américains. Et le gouvernement de Colombo a réussi le tour de force de faire adopter par 29 voix contre 12 et 6 abstentions une résolution qu'il avait lui-même présentée et dans laquelle le Conseil des DH "se réjouit de l'engagement continu du Sri Lanka en faveur de la promotion et de la protection de tous les droits de l'homme". La résolution se borne à condamner les seules violations commises par les Tigres tamouls.
C'est en vain que l'Union européenne et quelques autres pays démocratiques minoritaires au Conseil de DH avaient tenté d'apporter des amendements en faveur des victimes, demandant notamment le plein accès des humanitaires aux camps de réfugiés et l'ouverture d'une enquête sur les allégations de violations des droits de l'homme.
Figurant avec la Chine , le Pakistan, l'Arabie Saoudite et d'autres Etats du groupe islamique parmi les soutiens les plus actifs du Sri Lanka, Cuba s'est empressé de stopper net ces velléités en faisant voter par la majorité automatique une "motion d'inaction" revenant à empêcher toute discussion et à clore le débat.
Ainsi vont les droits de l'homme à l'ONU où les pays liberticides parviennent à imposer leur loi et à occuper la place sans se préoccuper de considérations morales, tandis que les démocraties baissent les bras ou regardent ailleurs.
Alors qu'à la requête de l'Organisation de la conférence islamique, qui occupe un tiers de ses 47 sièges, le Conseil des DH a déjà consacré cinq réunions spéciales en trois ans d'existence pour stigmatiser Israël, il pourra revenir durant sa session de juin sur Gaza et entendre la mission d'enquête qu'il a créée pour suivre cette question sans commune mesure avec les 20.000 morts de la dernière offensive de l'armée au Sri Lanka. Comme d'innombrables autres victimes ailleurs à travers le monde, les civils tamouls passent par pertes et profit.
Conscient de ces carences, le précédent secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan, n'avait cessé de tirer l'alarme. Avant de passer la main en 2007 , il avait enjoint le Conseil de DH de "ne pas concentrer toute son attention sur le conflit israélo-palestinien au détriment d'autres situations tout aussi graves". " A en juger par ce qui se passe au Darfour, ajoutait-il, il semble que nous n'avons pas beaucoup progressé depuis le désastre de la Bosnie et du Rwanda. Comment une communauté internationale qui prétend faire respecter les droits de l'homme peut-elle tolérer que ces horreurs continuent?" avait-il conclu. A voir aujourd'hui la démission de l'ONU au Sri Lanka, sans parler du Tibet réduit au silence, c'est un peu comme s'il avait prêché dans le désert.

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14 mai 2009

Pékin en coulisses au Sri Lanka

Par JEAN-CLAUDE BUHRER
Publié dans Libération le 14- 5 - 2009

Il y a un an, c’était la Birmanie, frappée par le cyclone Nargis qui a laissé derrière lui 138 000 morts ou disparus ainsi que 2,4 millions de sinistrés. La junte militaire avait d’abord refusé l’entrée des secours aux victimes et ouvertement nargué l’ONU, n’hésitant pas à maintenir le 10 mai un référendum constitutionnel taillé sur mesure, en pleine catastrophe. Aujourd’hui, c’est le Sri Lanka, où 200 000 civils ont fui les combats ces derniers mois, tandis que 50 000 autres restent piégés entre deux feux et que 6 500 ont péri en trois mois. Pressé d’en finir avec les Tigres de libération de l’Eelam tamoul (LTTE), le gouvernement sri-lankais fait la sourde oreille aux appels bien tardifs au respect du droit humanitaire et poursuit son «offensive finale» à l’abri des regards indiscrets. L’ONU reste coite.

Comme les militaires birmans, le gouvernement nationaliste de Colombo ne pourrait défier impunément tout le monde sans soutiens extérieurs, à commencer par celui de la Chine. L’an dernier, la junte avait ignoré les appels de l’ONU et de la Ligue nationale pour la démocratie d’Aung San Suu Kyi de donner la priorité au sauvetage des victimes du cyclone.
L’impuissance de la communauté internationale est encore plus manifeste au Sri Lanka, qui n’a jamais été réprimandé et avait même réussi à se faire élire au Conseil des droits de l’homme. D’ailleurs, comme la Birmanie, Colombo peut compter au Conseil de sécurité sur le double veto de Pékin et de Moscou. En mai 2008 déjà, ces deux-là n’avaient rien voulu entendre du principe de «la responsabilité de protéger» reconnu lors du sommet de l’ONU en 2005 et qui aurait facilité l’acheminement des secours dans la Birmanie dévastée. La Chine et la Russie, appuyées par le Vietnam, la Turquie, la Libye et le Japon, se sont opposées, le 22 avril, à une «pause humanitaire» réclamée par les Occidentaux au Sri Lanka, estimant qu’il s’agissait d’une affaire interne et non d’une menace pour la sécurité internationale. Les mêmes raisons sont invoquées à propos du Tibet, de la Tchétchénie, du Zimbabwe, voire du Darfour. Il est vrai que les méthodes expéditives des Tigres tamouls, placés sur la liste des organisations terroristes par les Etats-Unis et l’Union européenne, expliquent aussi ces atermoiements, et que le gouvernement de Colombo a longtemps bénéficié de leur complaisance dans cette «sale guerre» qui a fait près de 70 000 morts en un quart de siècle. N’empêche que les civils paient un lourd tribut à l’indifférence de la communauté internationale.

Cette indifférence étonne d’autant plus que le Sri Lanka et la Birmanie suscitent bien des convoitises, ne serait-ce qu’en raison de leur position géostratégique : la grande île au sud du sous-continent en tant que point névralgique pour le contrôle maritime du commerce international dans l’océan Indien ; la seconde, à la charnière des mondes indien et chinois sur le golfe du Bengale. Ce double intérêt n’a pas échappé à Pékin, devenu le principal allié politique et militaire du régime birman sans cesser d’étendre son emprise économique chez son voisin du sud. En plus de barrages hydrauliques en construction, un projet de pipeline de la baie du Bengale au Yunnan devrait permettre à la Chine d’acheminer le pétrole du Moyen-Orient en évitant le détroit de Malacca.
La Chine a également renforcé sa présence au Sri Lanka, dont elle est devenue le principal donateur, afin de diversifier ses routes d’approvisionnement en provenance du Moyen-Orient et d’Afrique. Entre les détroits d’Ormuz et de Malacca, elle se dote méthodiquement d’un véritable chapelet de ports en eaux profondes, de la base navale de Gwadar au Pakistan à Hambantota au Sri Lanka, et de Chittagong au Bangladesh à Sittwe en Birmanie. A Hambantota, Pékin a investi un milliard de dollars dans la construction d’un grand centre logistique de transbordement maritime. Outre l’aide financière et un appui politique «inconditionnel», la Chine a largement contribué à l’effort de guerre de Colombo et au basculement du rapport de forces sur le terrain… à peine les Etats-Unis avaient-ils suspendu leur coopération militaire en raison de la constante dégradation des droits de l’homme sur l’île. Illustrant ce rapprochement, le président Mahinda Rajapaksa était reçu par son homologue Hu Jintao en février à Pékin, puis en mars, ce fut au tour de son frère et ministre de la Défense Gotabhaya de remercier la Chine de son
«soutien résolu dans le renforcement de la lutte contre le terrorisme».

Traditionnellement proche du Sri Lanka par la géographie et la culture, l’Inde se tient en retrait depuis le désastre de son opération de maintien de la paix (1987-1990) et surtout l’assassinat en 1991 du Premier ministre Rajiv Gandhi lors d’un attentat suicide des Tigres tamouls. Alors que Pékin en a profité pour avancer ses pions, Colombo a également trouvé des accommodements avec le groupe islamique et divers pays liberticides, chacun se renvoyant l’ascenseur. Autre souci pour New Delhi, des pays comme l’Iran, l’Arabie Saoudite ou la Malaisie sont entrés en compétition dans l’île avec la compagnie pétrolière indienne. Sans oublier le Pakistan, qui avec les encouragements de Pékin approvisionne largement le Sri Lanka en armes chinoises de petit calibre et fournit un entraînement militaire à ses forces aériennes. «Le problème des Tamouls, confiait à des journalistes l’ambassadeur du Pakistan auprès de l’ONU à Genève,
c’est de ne pas être musulmans.»

Reste à savoir comment sortir de cette double impasse. En tout cas, ce n’est pas par les armes que le problème tamoul sera résolu au Sri Lanka, pas plus que l’implacable dictature militaire n’a réglé celui des minorités ethniques en Birmanie. A des degrés divers, ces crises récurrentes plongent leurs racines dans l’époque coloniale quand l’empire britannique avait favorisé des minorités comme les Tamouls à Ceylan et les Karens, ou d’autres encore, en Birmanie. Depuis, certaines ont pu se sentir victimes de discriminations à leur tour, jusqu’à prendre les armes - ce qui fut le cas des Tamouls sri-lankais et des Karens toujours en rébellion en Birmanie. Même si le LTTE était militairement défait, il faudra bien trouver une solution politique pour tenir compte des aspirations des Tamouls au Sri Lanka. Encore faudrait-il qu’il y ait volonté politique.

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26 avril 2009

Burundi: le président promulgue une loi criminalisant l'homosexualité

BUJUMBURA (AFP) — Le président burundais a promulgué mercredi une loi criminalisant l'homosexualité, ont annoncé samedi dans un communiqué 63 organisations internationales et nationales de défense des droits de l'Homme qui appellent le président Pierre Nkurunziza à revenir sur sa décision.

"Au regard du nouveau code pénal, promulgué par le président Pierre Nkurunziza le 22 avril, les pratiques sexuelles entre personnes du même sexe deviennent illégales pour la première fois dans l'histoire du Burundi", indique le communiqué.

Le texte, diffusé par Human Rights Watch (HRW), précise qu'au regard de cette nouvelle loi, l'homosexualité est désormais passible de trois mois à deux ans de prison.

Interrogé par l'AFP, une source de la présidence a confirmé la promulgation de la loi, qui n'a fait l'objet d'aucune communication officielle.

"Le Burundi a, de manière décevante, fait un pas en arrière en légalisant la discrimination", a estimé dans le communiqué Scott Long, responsable de la section des Droits des Lesbiennes, Gays, Bisexuels et Transgenres pour HRW.

"Le gouvernement s'est réfugié derrière la +coutume+ et la +culture+ pour justifier cette mesure répressive mais il ne peut y avoir de justification à la privation d'une partie des Burundais de leurs droits fondamentaux", a-t-il ajouté.

La promulgation de ce texte de loi était attendue après le vote décisif de l'assemblée nationale mi-mars qui avait adopté le texte à la quasi-unanimité.

Le 6 mars, entre 10.000 et 20.000 personnes avaient manifesté à Bujumbura en faveur de cette loi et à l'appel du parti présidentiel burundais, soit la plus grosse manifestation au Burundi depuis 2005. En même temps, plusieurs églises protestantes, de plus en plus influentes au Burundi, avaient également plaidé pour cette mesure.

Le nouveau code pénal consacre par ailleurs l'abolition de la peine de mort au Burundi et intègre des dispositions de droit international contre le génocide, les crimes contre l'humanité et de guerre, la torture, qui étaient jusqu'à présent absentes du droit burundais et ont été approuvées en novembre 2008.

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21 mars 2009

« Les Ouïgours vivent comme des animaux »

20 mars 09 - Persécutés comme les Tibétains, les Ouïgours n’avaient pas de dalaï-lama. Mais aujourd’hui, ils ont Rebiya Kadeer.

Frédéric Koller/Le Temps - C’était le 25 février dernier, aux abords de la place Tiananmen, au centre de Pékin. Un couple et leur fils tentaient de s’immoler en mettant le feu à leur véhicule. Des membres du Falungong (mouvement bouddhiste sectaire interdit par Pékin) ? Des Tibétains ? Des ouvriers chinois victimes d’injustice ? Rien de tout cela. Les protestataires venaient de la lointaine province du Xinjiang. Ces Ouïgours, de religion musulmane, entendaient, selon la version officielle, dénoncer la démolition de leur maison à Urumqi pour faire place à une école.

Pour Rebiya Kadeer, ce geste, « mal vu des musulmans », s’explique par des causes plus profondes : « Aujourd’hui les Ouïgours vivent dans la peur du lendemain. Ils ne savent pas s’ils seront arrêtés ni où disparaissent les prisonniers. Les Ouïgours n’ont aucun droit, aucune liberté, aucune paix. Ils ne savent plus comment protéger leur langue, leur culture, leurs filles, leur emploi, leur terre. Les Chinois s’enrichissent, eux s’appauvrissent. Les Ouïgours, dans leur propre patrie, vivent comme des animaux. Voilà ce qui a poussé cette famille à s’immoler. Parce que nous n’avons pas d’autre possibilité pour nous exprimer. »

A 61 ans, Rebiya Kadeer est le visage de la résistance d’un peuple dont le combat est jusqu’ici resté ignoré du monde extérieur. Le sort des 8 millions d’Ouïgours n’est pourtant pas plus enviable que celui des Tibétains. A entendre leurs représentants en exil, il serait même pire. Depuis le 11 septembre 2001, Pékin s’est opportunément rallié à la « lutte contre le terrorisme international » auquel les rebelles ouïgours sont depuis associés. Est-ce parce qu’ils sont musulmans que leur cause est moins populaire en Occident ? Sans doute. Mais il leur manquait aussi l’équivalent d’un dalaï-lama pour faire connaître leur combat.

« Avec Rebiya Kadeer, les Ouïgours ont enfin leur figure emblématique et unificatrice, en tout cas dans la diaspora », remarque Thierry Kellner, spécialiste de la région qui enseigne à l’Université libre de Bruxelles. L’an dernier, elle a été élue à la présidence du Congrès ouïgour mondial, dont le siège est à Munich et qui regroupe une vingtaine d’organisations. Dans son entourage, on l’appelle désormais la Mère des Ouïgours, et son nom a circulé ces dernières années pour le Prix Nobel de la paix.

« Tous les leaders ouïgours ont été tués dans un accident d’avion en 1949 alors qu’ils se rendaient à Moscou à l’invitation de Staline pour rencontrer Mao, précise Rebiya Kadeer. Du coup, ils n’ont pu fuir en exil comme le dalaï-lama. Voilà pourquoi nous sommes moins connus. Notre travail d’information en Occident n’a commencé qu’il y a une dizaine d’années. » C’est ainsi qu’elle était récemment de passage en Suisse, où elle a rencontré des parlementaires, afin d’expliquer la situation du « Turkestan oriental » et plaider la cause des 17 Ouïgours enfermés à Guantanamo sans qu’aucune charge ne soit retenue contre eux.

Mère de 11 enfants, Rebiya Kadeer fut une femme d’affaires milliardaire, membre du parlement national et célébrée pour ses actions sociales avant de prendre, en 1999, le chemin des geôles chinoises pour « divulgation de secrets d’Etat ». Son tort fut de critiquer la politique des autorités centrales au Xinjiang. Libérée en 2005 grâce à la pression des Etats-Unis, elle vit depuis en exil à Washington avec son mari et cinq de ses enfants. Deux autres sont toujours en prison en Chine.

Fini les affaires, aujourd’hui tout son temps est consacré à la dénonciation de la « politique d’assimilation » menée par Pékin. A l’entendre, le Xinjiang serait le dernier endroit où l’on exécute encore des prisonniers pour raison politique. « Ces cinq dernières années, sur 15 000 prisonniers politiques, ils en ont tué un millier, c’est-à-dire plus qu’en soixante ans d’occupation. Aucun autre peuple n’est persécuté comme les Ouïgours. »

Il n’existe aucun chiffre officiel, aucune possibilité de vérification. Les Jeux olympiques de Pékin, en 2008, ont marqué une nouvelle escalade dans la répression. Durant les joutes sportives, 200 000 soldats supplémentaires étaient envoyés dans la région et, à titre préventif, 1300 personnes ont été arrêtées. « Elles n’ont toujours pas été relâchées. »

Rebiya Kadeer fournit d’autres chiffres : avant l’occupation de 1949, les Chinois han représentaient moins de 2,5% de la population du « Turkestan oriental ». Aujourd’hui, ils sont 45%. « Si on comptabilise les soldats, ils sont en fait plus de 50%. Nous sommes devenus une minorité dans notre pays. » Entre autres vexations nouvelles (interdiction de la langue ouïgoure dans l’enseignement, confiscation des passeports, contrôle des naissances), la Mère des Ouïgours évoque ce programme, lancé en 2006, de transfert de jeunes filles du Xinjiang vers les usines de la côte est du pays. Officiellement, il s’agit de lutter contre la pauvreté et d’offrir une nouvelle chance aux Ouïgours.

« C’est du travail forcé, tranche Rebiya Kadeer. Elles sont envoyées dans des usines textiles, exploitées, coupées de leur famille, les plus belles filles sont offertes aux réseaux de prostitution. » Quelque 240 000 filles de 12 à 20 ans auraient déjà été déplacées. « Pourquoi les Chinois envoient-ils leurs colons pour prendre notre travail et dans le même temps déportent nos filles en Chine ? Pourquoi veulent-ils marier nos filles à des Han ? C’est une politique d’assimilation. » Rebiya Kadeer donne des noms de villages où ce programme est en cours, cite une étude de la Uyghur Human Rights Project. Mais là encore, ces accusations sont difficiles à vérifier. « Notre seul espoir pour que cela change, pour en savoir plus, est que les pays occidentaux interrogent la Chine. Comme ils le font pour le Tibet. »

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17 octobre 2008

Des femmes violées et torturées au Kenya pour s'être présentées aux élections en 2007

Des centaines de femmes qui ont voulu se présenter aux élections en 2007 au Kenya ont été intimidées, battues, torturées, violées et tuées. Le CDH prétend placer les droits des femmes parmi ses priorités, et définit la démocratie essentiellement par rapport au suffrage, mais ne semble pas considérer les violences que subissent les femmes qui s'engagent en politique comme une violation des droits humains.

Najum Mushtaq/IPS, Nairobi
La publication de ce livre était osée, a souligné Ludeki Chweya, secrétaire permanent du Kenya pour les affaires intérieures, parce que le livre intitulé, ’’Ils n’ont jamais tué mon esprit, mais ils ont tué mon seul enfant’’, représente la fermeté d’une femme qui, le 7 septembre de l’année dernière, a été agressée, clouée au sol, frappée de coups de pied et de poings par trois hommes.

Elle a dû avaler des boulettes de cheveux rasés de sa tête, mélangées avec des matières fécales. Ses poignets ont été brûlés avec des épines et des cigarettes. Avec un disque déplacé par les coups de pied dans le haut de sa colonne vertébrale, Terah a passé des semaines d’agonie à l’hôpital avant qu’elle ne puisse marcher.

Six mois plus tard, le fils unique de Flora, John Mark âgé de 19 ans, a été assassiné à Nairobi. Il était joueur de football das le club de la ligue locale et rêvait de devenir entraîneur. L’assassinat de Mark a été consigné dans le dossier des affaires non résolues.

Le crime de Flora Terah a été d’oser se présenter à la dernière élection législative dans la circonscription électorale du North Imenti, dans le district de Maru, dans l’est du Kenya.

Son supplice ne constitue pas un incident isolé. Le bureau d’aide du Centre d’éducation pour les femmes en démocratie, une organisation non gouvernementale basée à Nairobi, s’est occupée de 153 cas de violences électorales à l’encontre des femmes candidates dans la perspective des élections de décembre 2007, et a reçu, via le courrier électronique et le téléphone, 258 plaintes de harcèlement et de torture de femmes.

Selon un rapport du Centre de rétablissement des victimes de violence fondée sur le genre (GVRC) dans l’Hôpital des femmes de Nairobi, le viol et d’autres formes d’agression sexuelle ont été utilisées comme une ’’arme de la violence ethnique et politique’’, même avant les élections. Au cours des campagnes d’expulsion après la contestation électorale, la menace de viol était souvent le premier avertissement. Si cela ne suffisait pas, le viol réel a humilié des communautés rivales et les a obligées à quitter leur lieu de résidence.

La plupart de ces histoires se limitent à de simples statistiques dans des reportages que la presse fait du conflit. Toutefois, Terah, a voulu raconter son histoire pour mobiliser les Kenyans afin d’arrêter la violence basée sur le genre.

’’Il y avait deux manières de réagir à ce qui m’était arrivé’’, a-t-elle déclaré à IPS au lancement du livre. ’’J’aurais pu céder au traumatisme de l’humiliation physique et de la perte de mon seul enfant et abandonner la vie. Ou bien, je pouvais faire quelque chose pour me guérir et pour ne pas laisser mes persécuteurs tuer l’esprit de la vie en moi’’.

Elle a commencé un groupe de campagne, ’Terah Against Terror’ (Terah contre la terreur), pour mobiliser des femmes et des jeunes hommes contre les violences politiques et conjugales. Dans un entretien avec IPS en mai, deux mois après l’assassinat de son fils, Florah Terah a indiqué qu’elle voulait écrire sur l’expérience tragique d’être une femme dans la politique kenyane.

Des bras cassés, des rêves entiers

Au lancement du livre le 2 octobre 2008 à Nairobi, Terah était entourée d’autres survivantes des violences électorales. Au nombre de celles-ci figurait Yvonne Khamati, 21 ans, la candidate la plus jeune au parlement kenyan lorsqu’elle s’était présentée en 2002....

Intégralité de l'article sur http://www.humanrights-geneva.info/Kenya-des-corps-brises-l-esprit,3617 

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16 octobre 2008

Le système de l'éducation en péril au Zimbabwe

ZIMBABWE : LE SYSTÈME ÉDUCATIF EN PÉRIL, SELON L'UNICEF
New York,
Le Fonds des Nations Unies pour l'enfance  a appelé à une action urgente pour soutenir le système éducatif du Zimbabwe, autrefois un des meilleurs d'Afrique.
« Le système éducatif actuel est en péril du fait du bas niveau des salaires, de l'absentéisme des enseignants et des écoliers et des problèmes liés aux transports et à l'alimentation », a rapporté la porte parole du Secrétaire général, Michèle Montas, lors de son point de presse quotidien, au siège de l'ONU, à New York.
Les visites de routine ces dernières semaines montrent qu';alors que les examens de fin d'année approchent, près de 40% des professeurs étaient à l'école, un tiers des écoliers étaient en classe et que les responsables de l'enseignement étaient mal équipés pour organiser les examens nationaux.
« La crise actuelle de l'éducation a sapé l'enseignement dans tout le pays, du fait que la plupart des écoles opèrent en deçà de leurs capacités », selon l'UNICEF.

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12 octobre 2008

Le cauchemar libyen

Le lundi 13 octobre commence la deuxième semaine de négociations de la réunion préparatoire à la Conférence Durban 2, présidée par la Libye.
Sera-t-il possible d'évoquer
les humiliations et violence racistes, l'exploitation proche de l'esclavage des africains sub-saharienssub-sahariens qui ont cru dans l'eldorado libyen ?
Cet été, lors de la Conférence préparatoire régionale pour la région Afrique, Tripoli prétendait vouloir faire de la lutte contre l'esclavage une priorité. Parlait-elle de la situation dans son propre pays ?
Ci-après un article qui décrit les conditions infâmes des travailleurs immigrés en Libye.

Prisonniers du rêve libyen
Par Philippe Bernard

u'une voiture vienne à freiner sous le pont de Kubrit Sultalat, et c'est la ruée. Ils sont vingt Africains pour un employeur libyen. Sur ce marché aux nouveaux esclaves, le client est roi. Il toise la marchandise. Omar le Nigérien ? Ismail le Soudanais ? Hassane le Sénégalais ? A toute heure du jour, des bras de SubsahariensSubsahariens sont à vendre sur la voie publique de Tripoli. Un marteau, une perceuse électrique ou un rouleau à peinture à la main, ils attendent depuis des heures, parfois des jours, le chantier providentiel. A la demande, ils seront aussi gardiens, soudeurs, déménageurs...

"Hier, quelqu'un m'a pris pour ramasser du bois et m'a donné 10 dinars (6 euros) pour la journée", témoigne Omar Abacar, un Nigérien de 25 ans arrivé à Tripoli en camion voici cinq ans, après avoir failli mourir de soif dans le Sahara. "Certains Libyens t'amènent à la police. D'autres attendent que tu aies fini pour prétendre qu'ils n'ont pas d'argent ou que le travail est mal fait. Tu ne peux rien dire."

Riche de son pétrole, la Libye est considérée sur le continent comme un eldorado. Dans les années 1990, le colonel Mouammar Kadhafi, banni par les Occidentaux et isolé dans le monde arabe, s'est tourné vers l'Afrique noire. Il a multiplié les discours amicaux, s'est posé en champion du panafricanisme, a attiré la main-d'oeuvre. Le boom économique que vit le pays depuis la réhabilitation du régime et l'ouverture aux investisseurs étrangers a accru les besoins. "Jamais un Libyen ne touchera un tournevis ou un pinceau, notent plusieurs observateurs. Pourquoi le feraient-ils, puisque des milliers de migrants sont prêts à réparer leur installation électrique pour 5 dinars (3 euros) ?"

La plupart des SubsahariensSubsahariens débarquant de Niamey, Accra ou Bamako après des semaines d'un voyage incertain ne risqueront pas leur vie sur une barque à destination des côtes italiennes. Tripoli, avec ses chantiers, ses illuminations et ses grosses cylindrées, a des airs d'Amérique. "Je n'avais jamais "gagné" un seul travail au Niger. Ici, un mois après mon arrivée, j'ai été embauché par la Ville pour ramasser les ordures", s'extasie Mamoudou Badji, un gaillard de 28 ans qui a dépensé 190 000 francs CFA (285 euros) pour traverser le désert, s'est fait dévaliser deux fois par des bandits et a perdu en route son meilleur ami, "mort du coeur". Fort d'un salaire de 390 dinars (234 euros) mensuels, il sourit à un avenir inespéré : "Acheter un véhicule" dans un an, s'établir comme taxi au pays et fonder une famille. Car "si tu n'as pas de femme, tu fais des bêtises".

Mais les lumières de Tripoli masquent une réalité dont les nouveaux arrivants prennent très vite conscience. "Parfois, ici, tu regrettes d'être noir", constate prudemment l'éboueur nigérien. Une trentaine d'immigrés africains longuement interrogés ressassent une hallucinante litanie : mépris au quotidien, crachats, pierres lancées par des enfants, travail non payé, arrestations arbitraires... Ils vivent le racisme à l'état brut. "Je marchais dans la rue, des jeunes m'ont crié : "Abid ! (esclave en arabe), tu sens mauvais, qu'est-ce que tu fais ici ?"", rapporte l'un. "Ils nous acceptent tant que nous faisons leur travail. Mais nous ne serons jamais dans leur coeur", dit un autre.

Ericsson Foxy, un Ghanéen de 21 ans au visage encadré de tresses, décrit une situation de quasi-esclavagequasi-esclavage. La sienne. Le patron du pressing qui l'emploie dans les beaux quartiers de Tripoli lui doit cinq mois de salaires et retient son passeport. Il dort dans le magasin, reçoit juste de quoi manger. "Je n'ai pas choisi d'être noir et je n'accepterai jamais d'être esclave, dit-il. Les Européens sont capables de nous traiter en frères, pas les gens d'ici." "Ils exagèrent, rétorque Juma Ben Hasan, 21 ans, un Libyen employé dans l'hôtellerie. Allez voir en Arabie saoudite comment les immigrés sont traités !"

La présence dans la "Grande Jamahiriya (Etat des masses) arabe libyenne populaire et socialiste" de 1,7 million d'étrangers - chiffre officiel invérifiable -, soit 30 % de la population totale, est une source de tensions considérables. C'est aussi une arme politique et diplomatique de première importance. En 2000, des émeutes xénophobes ont causé la mort d'une centaine d'étrangers. Des expulsions massives ont suivi, au grand dam des pays africains "amis", qui n'ont jamais avalisé depuis la prétention du colonel Kadhafi à créer et diriger des "Etats-Unis d'Afrique". "Les Libyens prétendent que nous sommes frères, mais ils maltraitent et expulsent nos ressortissants", s'indigne un ambassadeur africain à Tripoli, ulcéré de ne pas être informé lorsqu'un charter rempli d'expulsés s'envole vers son pays.

Aujourd'hui, en période de hausse des prix et de persistance d'un chômage massif (30 %), les étrangers servent plus que jamais de boucs émissaires. Les Africains noirs, s'ils sont nettement moins nombreux que les Egyptiens et les Maghrébins, sont les plus visibles, et donc les premiers visés. Chaque chauffeur de taxi a en réserve une histoire d'agression commise par un Noir, dont la figure évoque presque systématiquement la délinquance, la drogue et surtout le sida.

Dans un pays où la parole publique est monopolisée par le "Guide" et où le journalisme est une pratique surveillée, recueillir l'analyse du régime sur la question sensible de l'immigration tient de la gageure. "L'immigration, ce n'est pas seulement des travailleurs, mais parfois des criminels, voire des terroristes, confie toutefois le directeur des affaires françaises au ministère libyen des affaires étrangères, Mohammed Zidan. Nous sommes une société accueillante. Mais, comme en France, trop c'est trop."

Plutôt que de faire appel aux immigrés, "il faut d'abord former des Libyens, car beaucoup d'étrangers sont illégaux et porteurs de maladies", renchérit Khaled Bazelya, responsable du National Economic Development Board, une structure d'Etat dévolue à la promotion de l'esprit d'entreprise. "Les immigrés doivent être refoulés, pour nous protéger, nous les Libyens, et vous les Européens. Mais la Libye ne peut pas faire seule la police sans financement de l'Union européenne."

Outre la grogne populaire qui l'incite à refouler les migrants vers le sud, le colonel Kadhafi a un puissant motif pour endiguer le flux des nouveaux arrivants, ou du moins proclamer sa volonté de le faire : sa volonté d'amadouer l'Union européenne et, singulièrement, l'ancien colonisateur italien. "La rhétorique du "Guide" a changé, remarque un diplomate. Il ne parle plus de la "porte ouverte" mais du "danger de l'immigration clandestine"." L'immigration est désormais le principal sujet de marchandage entre la Libye et l'UE, alors que des négociations en vue d'un "accord de coopération et de partenariat" sont ouvertes.

Expert en donnant-donnant, Mouammar Kadhafi programme rafles et expulsions d'immigrés en fonction de la bonne volonté européenne en matière d'ouverture commerciale, d'aide technologique et d'investissements. Et les Européens font de l'efficacité antimigratoireantimigratoire l'une de leurs exigences majeures, fermant les yeux sur les mauvais traitements dans les centres de rétention, les reconduites à la frontière en plein désert et le refus de signer la convention de l'ONU sur le droit d'asile. "Plus de pétrole et de gaz ; moins de clandestins", a résumé au début du mois de septembre Silvio BerlusconiBerlusconi, le chef du gouvernement italien, après avoir paraphé un accord bilatéral à Tripoli.

Des vagues d'expulsions massives sont annoncées régulièrement. Plusieurs milliers d'étrangers se trouvent dans des centres de rétention, entassés dans une chaleur étouffante. Une représentante de l'Eglise catholique à Tripoli témoigne de "coups, mauvais traitements et viols", d'"absence de soins médicaux".

Pourtant, à s'en tenir aux chiffres, les résultats de la politique d'endiguement de l'immigration voulue par l'UE tardent. Après avoir plafonné à 64 000 en 2006, les reconduites à la frontière sont tombées à 31 000 en 2007. Chaque annonce d'expulsions provoque une vague de fuite désespérée vers l'Italie : ces derniers mois, le rythme des débarquements sur l'île italienne de Lampedusa a doublé. Quant aux patrouilles maritimes de surveillance conjointe italo-libyennesitalo-libyennes, promises depuis la fin 2007, elles n'ont jamais commencé.

Entassés dans une cave à Zenata, quartier périphérique de Tripoli, une trentaine d'ouvriers nigériens et soudanais acceptent de faire visiter leur logement de fortune. Des matelas alignés dans la fournaise de deux pièces insalubres ; une unique douche-WC derrière une porte en carton. Les policiers, disent-ils, monnaient aussi bien l'entrée sur le territoire que la liberté quotidienne des migrants. "Au mois d'août, les policiers sont entrés ici. Ils ont volé nos bagages, notre argent, nos portables. Ils ont emmené ceux qui ne pouvaient pas leur donner d'argent."

Certains migrants craquent et nourrissent le rêve d'un retour digne au pays, autrement que menottés dans un charter. "Mon travail ici ne me permet pas d'amorcer mon rêve d'ouvrir un salon de coiffure. Je suis fatiguée. Ce pays est trop dur", reconnaît Ebade. Cette jeune Nigériane a décidé de profiter du programme de retour aidé proposé par l'Organisation internationale des migrations (OIM). L'OIM paie un billet sur vol régulier, complété par un pécule de 100 dollars. A l'arrivée, elle verse une aide destinée à créer une activité en liaison avec des ONG locales, explique Laurence Hart, chef de mission de l'organisation à Tripoli.

En deux ans, 2 200 migrants sont rentrés dans leur pays grâce à cette opération financée par l'Italie et l'UE. Une petite brèche dans la nasse où sont retenus des centaines de milliers d'Africains de Libye, coincés entre les rêves continentaux du "Guide" Kadhafi et les colères xénophobes de "son" peuple, écartelés entre l'Afrique naufragée et l'Europe- forteresse.

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09 octobre 2008

Les chantres de la lutte contre l'esclavage cherchent des esclaves pour leurs futures mégapoles de luxe

Les Emirats arabes unis ont fait de la lutte contre la traite leur priorité. Ils financent largement le nouveau gadget onusien UNGIFT dont les actions permettent d'avantage de mettre en avant les financeurs (voir les Nations désUnies) et les nouvelles dames charitables des Emirats, sac Gucci et chaussures Dior dans des conférences fastueuses et compassionnelles.
La lutte contre la traite a pris également la tendance bling bling... Et il n'y a pas de contradiction à ce que les financeurs principaux de UNGift demandent toujours plus d'esclaves pour construire leur citées mégalomaniaques dans le désert, détruisant l'environnement marin et les côtes.

Ghaith Abdul-Ahad raconte dans le Guardian la poursuite de ces constructions pharaoniques qui nécessitent toujours plus d'esclaves.

'We need slaves to build monuments'

It is already home to the world's glitziest buildings, man-made islands and mega-malls - now Dubai plans to build the tallest tower. But behind the dizzying construction boom is an army of migrant labourers lured into a life of squalor and exploitation. Ghaith Abdul-Ahad reports

The sun is setting and its dying rays cast triangles of light on to the bodies of the Indian workers. Two are washing themselves, scooping water from tubs in a small yard next to the labour camp's toilets. Others queue for their turn. One man stands stamping his feet in a bucket, turned into a human washing machine. The heat is suffocating and the sandy wind whips our faces. The sprinkles of water from men drying their clothes fall like welcome summer rain.

All around, a city of labour camps stretches out in the middle of the Arabian desert, a jumble of low, concrete barracks, corrugated iron, chicken-mesh walls, barbed wire, scrap metal, empty paint cans, rusted machinery and thousands of men with tired and gloomy faces.

I have left Dubai's spiralling towers, man-made islands and mega-malls behind and driven through the desert to the outskirts of the neighbouring city of Abu Dhabi. Turn right before the Zaha Hadid bridge, and a few hundred metres takes you to the heart of Mousafah, a ghetto-like neighbourhood of camps hidden away from the eyes of tourists. It is just one of many areas around the Gulf set aside for an army of labourers building the icons of architecture that are mushrooming all over the region.

Behind the showers, in a yard paved with metal sheets, a line of men stands silently in front of grease-blackened pans, preparing their dinner. Sweat rolls down their heads and necks, their soaked shirts stuck to their backs. A heavy smell of spices and body odour fills the air.

Next to a heap of rubbish, a man holds a plate containing his meal: a few chillies, an onion and three tomatoes, to be fried with spices and eaten with a piece of bread.

In a neighbouring camp, a group of Pakistani workers from north and south Waziristan sit exhaustedly sipping tea while one of them cooks outside. In the middle of the cramped room in which 10 men sleep, one worker in a filthy robe sits on the floor grinding garlic and onions with a mortar and pestle while staring into the void.

Hamidullah, a thin Afghan from Maydan, a village on the outskirts of Kabul, tells me: "I spent five years in Iran and one year here, and one year here feels like 10 years. When I left Afghanistan I thought I would be back in a few months, but now I don't know when I will be back." Another worker on a bunk bed next to him adds: "He called his home yesterday and they told him that three people from his village were killed in fighting. This is why we are here."

Hamidullah earns around 450 dirhams (£70) a month as a construction worker.

How is life, I ask.

"What life? We have no life here. We are prisoners. We wake up at five, arrive to work at seven and are back at the camp at nine in the evening, day in and day out."

Outside in the yard, another man sits on a chair made of salvaged wood, in front of a broken mirror, a plastic sheet wrapped around his neck, while the camp barber trims his thick beard. Despite the air of misery, tonight is a night of celebration. One of the men is back from a two-week break in his home village in Pakistan, bringing with him a big sack of rice, and is cooking pilau rice with meat. Rice is affordable at weekends only: already wretched incomes have been eroded by the weak dollar and rising food prices. "Life is worse now," one worker told me. "Before, we could get by on 140 dirhams [£22] a month; now we need 320 to 350."

The dozen or so men sit on newspapers advertising luxury watches, mobile phones and high-rise towers. When three plastic trays arrive, filled with yellowish rice and tiny cubes of meat, each offers the rare shreds of meat to his neighbours.

All of these men are part of a huge scam that is helping the construction boom in the Gulf. Like hundreds of thousands of migrant workers, they each paid more than £1,000 to employment agents in India and Pakistan. They were promised double the wages they are actually getting, plus plane tickets to visit their families once a year, but none of the men in the room had actually read their contract. Only two of them knew how to read.

"They lied to us," a worker with a long beard says. "They told us lies to bring us here. Some of us sold their land; others took big loans to come and work here."

Once they arrive in the United Arab Emirates, migrant workers are treated little better than cattle, with no access to healthcare and many other basic rights. The company that sponsors them holds on to their passports - and often a month or two of their wages to make sure that they keep working. And for this some will earn just 400 dirhams (£62) a month.

A group of construction engineers told me, with no apparent shame, that if a worker becomes too ill to work he will be sent home after a few days. "They are the cheapest commodity here. Steel, concrete, everything is up, but workers are the same."

As they eat, the men talk more about their lives. "My shift is eight hours and two overtime, but in reality we work 18 hours," one says. "The supervisors treat us like animals. I don't know if the owners [of the company] know."

"There is no war, and the police treat us well," another chips in, "but the salary is not good."

"That man hasn't been home for four years," says Ahmad, the chef for the night, pointing at a well-built young man. "He has no money to pay for the flight."

A steel worker says he doesn't know who is supposed to pay for his ticket back home. At the recruiting agency they told him it would be the construction company - but he didn't get anything in writing.

One experienced worker with spectacles and a prayer cap on his head tells me that things are much better than they used to be. Five years ago, when he first came, the company gave him nothing. There was no air conditioning in the room and sometimes no electricity. "Now, they give AC to each room and a mattress for each worker."

Immigrant workers have no right to form unions, but that didn't stop strikes and riots spreading across the region recently - something unheard of few years ago. Elsewhere in Mousafah, I encounter one of the very few illegal unions, where workers have established a form of underground insurance scheme, based on the tribal structure back home. "When we come here," one member of the scheme tells me, "we register with our tribal elders, and when one of us is injured and is sent home, or dies, the elders collect 30 dirhams from each of us and send the money home to his family."

In a way, the men at Mousafah are the lucky ones. Down in the Diera quarter of old Dubai, where many of the city's illegal workers live, 20 men are often crammed into one small room.

UN agencies estimate that there are up to 300,000 illegal workers in the emirates.

On another hot evening, hundreds of men congregate in filthy alleyways at the end of a day's work, sipping tea and sitting on broken chairs. One man rests his back on the handles of his pushcart, silently eating his dinner next to a huge pile of garbage.

In one of the houses, a man is hanging his laundry over the kitchen sink, a reeking smell coming from a nearby toilet. Next door, men lie on the floor. They tell me they are all illegal and they are scared and that I have to leave.

Outside, a fistfight breaks out between Pakistani workers and Sri Lankans.

The alleyways are dotted with sweatshops, where Indian men stay until late at night, bending over small tables sewing on beads.

A couple of miles away, the slave market becomes more ugly. Outside a glitzy hotel, with a marble and glass facade, dozens of prostitutes congregate according to their ethnic groups: Asians to the right, next to them Africans, and, on the left, blondes from the former Soviet Union. There are some Arab women. Iranians, I am told, are in great demand. They charge much higher prices and are found only in luxury hotels.

Like the rest of the Gulf region, Dubai and Abu Dhabi are being built by expat workers. They are strictly segregated, and a hierarchy worthy of previous centuries prevails.

At the top, floating around in their black or white robes, are the locals with their oil money. Immaculate and pampered, they own everything. Outside the "free zones", where the rules are looser, no one can start a business in the UAE without a partner from the emirates, who often does nothing apart from lending his name. No one can get a work permit without a local sponsor.

Under the locals come the western foreigners, the experts and advisers, making double the salaries they make back home, all tax free. Beneath them are the Arabs - Lebanese and Palestinians, Egyptians and Syrians. What unites these groups is a mixture of pretension and racism.

"Unrealistic things happen to your mind when you come here," a Lebanese woman who frequently visits Dubai tells me as she drives her new black SUV. "Suddenly, you can make $5,000 [£2,800] a month. You can get credit so easy, you buy the car of your dreams, you shop and you think it's a great bargain; when you go to dinner, you go to a hotel ... nowhere else can you live like this."

Down at the base of the pyramid are the labourers, waiters, hotel employees and unskilled workers from India, Pakistan, Sri Lanka, Ethiopia, the Philippines and beyond. They move deferentially around the huge malls, cafes, bars and restaurants, bowing down and calling people sir and madam. In the middle of the day, during the hottest hours, you can see them sleeping in public gardens under trees, or on the marble floors of the Dubai Mosque, on benches or pieces of cardboard on side streets. These are the victims of the racism that is not only flourishing in the UAE but is increasingly being exported to the rest of the Middle East. Sometimes it reminds you of the American south in the 1930s.

One evening in Abu Dhabi, I have dinner with my friend Ali, a charming Iraqi engineer whom I have known for two decades. After the meal, as his wife serves saffron-flavoured tea, he pushes back his chair and lights a cigar. We talk about stock markets, investment and the Middle East, and then the issue of race comes up.

"We will never use the new metro if it's not segregated," he tells me, referring to the state-of-the-art underground system being built in neighbouring Dubai. "We will never sit next to Indians and Pakistanis with their smell," his wife explains.

Not for the first time, I am told that while the immigrant workers are living in appalling conditions, they would be even worse off back home - as if poverty in one place can justify exploitation in the other.

"We need slaves," my friend says. "We need slaves to build monuments. Look who built the pyramids - they were slaves."

Sharla Musabih, a human rights campaigner who runs the City of Hope shelter for abused women, is familiar with such sentiments. "Once you get rich on the back of the poor," she says, "it's not easy to let go of that lifestyle. They are devaluing human beings," she says. "The workers might eat once a day back home, but they have their family around them, they have respect. They are not asking for a room in a hotel - all they are asking for is respect for their humanity."

Towards the end of another day, on a fabulous sandy beach near the Dubai marina, the waves wash calmly over the beautiful sand. A couple are paragliding over the blue sea; on the new islands, gigantic concrete structures stand like spaceships. As tourists laze on the beach, Filipino, Indian and Pakistani workers, stand silently watching from a dune, cut off from the holidaymakers by an invisible wall.

Behind them rise more brand-new towers.

"It's a Green Zone mentality," a young Arab working in IT tells me. "People come to make money. They live in bubbles. They all want to make as much money as possible and leave."

Back at the Mousafah camps, a Pakistani worker walks me through his neighbourhood. On both sides of the dusty lane stand concrete barracks and the familiar detritus: raw sewage, garbage, scrap metal. A man washes his car, and in a cage chickens flutter up and down.

We enter one of the rooms, flip-flops piled by the door.

Inside, a steelworker gets a pile of papers from a plastic envelope and shoves them into my lap. He is suing the company that employed him for unpaid wages. "I've been going to court for three months, and every time I go they tell me to come in two weeks." His friends nod their heads. "Last time the [company] lawyer told me, 'I am in the law here - you will not get anything."

Economically, Dubai has progressed a lot in the past 10 years, but socially it has stayed behind," says Musabih. "Labour conditions are like America in the 19th century - but that's not acceptable in the 21st century."

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05 octobre 2008

Never again Holodomor ?

L'ONU aime les commémorations et les célébrations.... pour le meilleur ou pour le pire...
Elles défilent tout au long de l'année, s'intègrent dans  mille et un programmes ...
Bref, la commémoration doit avoir avant tout une fonction éducative et de transmission, souligne-t-on à chaque occasion.
Aussi, trouve-t-on pèle mêle, la journée internationale
pour la paix, pour la démocratie, des droits des femmes....
Et bientôt le 10 décembre prochain, la Célébration du 60ème anniversaire de la
Déclaration universelle...

Bien entendu, il ne faut pas oublier les moments phares de l'institution : la Commémoration de la traite transatlantique, des victimes de l'holocauste, du génocide rwandais, du 29 novembre en solidarité avec le peuple palestinien, de la tragédie de Bagdad....

holodomorLors de la 9ème session du CDH, l'Ukraine n'a eu pratiquement aucun soutien pour présenter une résolution pour la commémoration de la grande famine organisée par Staline, qui tua d'après les estimations environ 7  millions de personnes - dont plus de 25% de la population ukrainienne - dans les années 1932/1933, connue sous le nom d'Holodomor .

Alors que le
CDH place la prévention des génocides, le droit à l'alimentation parmi ses priorités, le représentant de Kiev s'en est tiré comme il a pu devant la désapprobation générale.  Suite aux pressions exercées sur lui, il a retiré sa proposition le 24 septembre, en prétendant qu'il avait été sensible à l'argument selon lequel pareille résolution serait une duplication d'un sujet déjà  traité dans d'autres lieux !??! (voir déclaration du l'Ukraine Ukraine_20L4

Holodomor_2Au sein de l'institution onusienne, pourtant si friande de commémorations, on ne trouve pourtant pratiquement aucune trace du souvenir de cette partie de l'histoire du XXème siècle, ou de ce qui pourrait toucher de prés ou de loin aux politiques meurtrières staliniennes (En dehors d'une exposition sur Holodomor en décembre 2003 au siège de New York et d'une poignée de textes qui y font allusion) .

Certes, au regard des événements politiques récents en Géorgie, le sujet d'Holodomor peut sembler on ne peut plus politisé. Mais ce débat - ou plutôt le refus de mise en lumière - n'est pas nouveau.
En effet, la Fédération de Russie empêche en toutes occasions que le sujet puisse être abordé. Il va sans dire que l'ONU, l'Unesco et l'UE refusent d'employer le terme de génocide que le parlement Ukrainien a entériné en 2006.

Pourtant, dans le contexte du CDH, l'ancienne république soviétique s'était bien gardée d'employer le terme de Génocide dans sa résolution. Kiev demandait  notamment aux Etats membres d'intégrer cette partie de l'histoire dans leur programme d'enseignement. (voire la résolution
r_solution_Holodomor). Mais il semble que c'était déjà trop réclamer. 

Lors de la présentation du projet de résolution en réunion informelle le 10 septembre, l’Ukraine mit en avant le fait qu’elle prenait en compte les positions des uns et des autres, et qu’il ne s’agissait pas ici d’évoquer un génocide mais de rendre visible cette tragédie afin d’empêcher la répétition de l’histoire.

Cela n'a pas été suffisant pour rassurer la Fédération de Russie qui s’y opposa fermement. Cette dernière s'emporta, ajoutant que cette résolution avait "une visée politique à sens unique" et constituait "une tentative de réécriture l’Histoire".

La Biélorussie, le Pakistan, la Palestine, la Syrie, l’Algérie, l’Afrique du S
ud se portèrent au secours de la Russie avec force et virulence. Ils pressèrent l’Ukraine pour qu’elle retire cette résolution qui « ouvrirait une boite de Pandore »
.

Fait sans précédent
, alors que quatre pays de l'UE (la Pologne, l'Estonie, la Lituanie, la Lettonie) ont endossé la résolution aux côtés de l'Ukraine, les autres pays membres  s'en sont totalement désolidarisés.
De mémoire de CDH, on n'avait jamais vu pareil manquement au principe de solidarité au groupe politique ou régional.

Il faut dire que la veille du retrait de la résolution par l'Ukraine, le 23 septembre à New York, le Président Sarkozy
dans son discours à l’Assemblée Générale déclarait :
"L’Europe dit à la Russie qu’elle veut avoir des liens de solidarité, qu’elle veut bâtir avec elle un avenir partagé, et qu’elle veut être son partenaire. Pourquoi ne pas construire, à l’échelle de tout le continent, un espace économique commun qui unirait la Russie et l’Europe ?"

La Communauté économique européenne s’est construite à partir de la reconnaissance des crimes commis par l’Allemagne nazie et de la volonté tenace et partagée de réconciliation.
Si la promesse d’une paix future et de la construction d’un nouvel espace économique avec la Fédération de Russie se faisait sans la reconnaissance officielle commune de la politique criminelle stalinienne - et notamment par celle de la famine organisée dite « Holodomor », qui a eu de terribles conséquences sur la suite de l'histoire du continent - l’Europe y perdrait définitivement son âme
.

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