Malka Marcovich...enjeux internationaux

Reflexions, analyses, suivi : politique internationale, Organisation des Nations Unies (ONU), droits fontamentaux, feminisme, laïcité ...

23 septembre 2009

Le programme politique de la Libye, présidente de l'Assemblée Générale.

On a fait grand bruit (avant et après) autour de l'intervention du président iranien Ahmadinedjad dont on peut trouver l'intégralité du texte sur le site de l'ONU http://www.un.org/ga/64/generaldebate/pdf/IR_en.pdf

La déclaration de Mouammar Kadhafi le 23 septembre 2009, dont il n'existe aucune version retranscrite, s'est déroulée durant 1heure40 et a donné lieu à des commentaires plutôt amusés de la part des commentateurs. Son programme politique pour l'année à venir, en tant que pays PRESIDENT POUR UN AN de l'Assemblée Générale mérite pourtant que l'on s'y attarde. Il peut être écouté dans son intégralité sur  http://www.un.org/ga/64/generaldebate/LY.shtml. La traduction anglaise de son discours en arabe n'a pas été assurée par les traducteurs de l'ONU mais par un membre de la délégation libyenne.

En voici quelques extraits traduits en français. Après on ne pourra pas dire que l'on ne savait pas quel programme politique sera à l'ordre du jour de la 64ème Assemblée Générale :

"Au nom de l'Union africaine, je vous souhaite la bienvenue, dans cette réunion qui sera historique dans l'histoire du monde. Au nom imagede la Libye qui préside l'Assemblée Générale, au nom de l'Union africaine, et au nom des 1000 rois traditionnels d'Afrique, je tiens à  souhaiter la bienvenu à notre fils Obama, et je le fais car c'est la première fois qu'il s'adresse à l'Assemblée générale et qu'elle se déroule dans son pays hôte. (...)

Parmi les défis auxquels nous sommes confrontés, il y a aussi le virus H1N1 qui a été fabriqué dans des laboratoires à des fins militaires comme arme de destruction

Les Nations Unies ont été créés par les pays qui se sont mis ensemble contre l'Allemagne après la deuxième guerre mondiale (...) nous n'étions pas présents à cette époque. Cela a été créé en l'absence de 165 pays, c'est à dire 1 pays sur 8

Depuis la création de l'ONU, il y a 65 guerres, et ces guerres ont été plus destructrices que la deuxième guerre mondiale (...) était-ce dans l'intérêt de toutes les nations? Non, c'était dans l'intérêt de 2 ou 3 pays

Aucun pays n'a à s'ingérer dans les affaires internes des autres pays (...) A l'époque de Rome, le Sénat a décidé de mettre un dictateur en place car c'était bon pour Rome et personne n'a brandit le Véto à César

Et il y a un pays qui dicte sa conduite. Qui a donné à ce pays son statut de membre de l'ONU ? (allusion à Israël en 1948 ?)Ce sont ces 4 pays qui lui ont donné son statut. Le seul pays pour lequel nous avons tous voté pour son entrée en tant que membre à l'Assemblée Générale est la Chine (République populaire)

Concernant le Conseil de Sécurité, la solution n'est pas d'avoir plus de membres permanents (...) cela créera plus de conflits et plus de tensions et de compétition au niveau mondial (...) Une résolution à l'AG sera préparée en ce sens. Il n'y aura plus de représentants par pays (...) afin qu'il y ait la démocratie et l'égalité entre les pays membres. (...) Il faut que le pouvoir du Conseil de sécurité soit désormais renvoyé à l'Assemblée Générale. Le Conseil de sécurité sera uniquement un organe devant mettre en œuvre les décisions de l'Assemblée Générale. Ce sera le Parlement du monde, l'Assemblée du monde et ce sera la vraie démocratie (...) Nous sommes aujourd'hui 192 membres et nous sommes comme un décors pour le Conseil de sécurité (...) Au Conseil de sécurité, il faudrait un siège pour les 27 membres de l'UE, les 53 pays de l'Union Africaine devraient avoir un siège, un siège pour l'Amérique du Sud, l'Asie un siège, le Moyen orient un siège, La fédération de Russie, les Etats Unis ; la ligue arabe, 22 pays, un siège ; l'Organisation de la Conférence islamique, 57 pays, un siège ; le Mouvement des non alignés, 118 pays, un siège ; ainsi que le G100. Et s'il y a des pays hors de ces associations, nous pourrons leur donner un siège par rotation tous les 6 mois, comme le Japon ou l'Australie. Il faudra que l'Assemblé générale fasse un vote là dessus (...) Monsieur Treki et Ban Ki Moon devront rédiger le projet législatif et organiser des comités pour un vote.

On ne peut pas continuer à être avec un conseil de sécurité pareil, c'est du terrorisme. Un Conseil de sécurité composé de super puissances, c'est du terrorisme en soit. C'est la seule condition pour avoir un monde de paix. (...)"

Nous avons été colonisés et maintenant nous sommes ici pour créer le futur du monde de manière démocratique qui permettra de maintenir la paix et la sécurité. (...)Ce qui se passe aujourd'hui avec le Conseil de sécurité c'est du terrorisme, comme Al Qu'aida.(...). Il ne devrait pas s'appeler le Conseil de sécurité mais le Conseil de la terreur. (...) Le tiers monde est sous la terreur et terrorisé. Le Conseil de sécurité ne nous donne aucune sécurité. Au contraire, il fait régner sur nous la terreur et les sanctions. C'est utilisé uniquement contre nous. (...) Le Conseil de Sécurité n'a jamais pris aucune action pour stopper 64 guerres (...)

L'AIEA ne fonctionne que contre nous, alors que tous les pays devraient être sous son contrôle (...) le Conseil de Sécurité est  contre nous, la Cour  pénale internationale  est contre nous.

L'Afrique a été persécutée, esclavagisée, colonisée, traitée comme des animaux, (...) personne ne peut nous refuser un siège permanent. (...) il faut aussi qu'il y ait des réparations pour que l'on ne puisse plus voler la terre des peuples. Pourquoi les africains devraient-ils partir en Europe ? Pourquoi les asiatiques vont en Europe ? Pourquoi les peuples d'Amérique latine vont en Europe ? Parce que l'Europe a volé les richesses, les fruits, le pétrole, les végétaux. (...) Et maintenant la nouvelle génération en Afrique recherche leurs biens qui leur a été volé. (...) et c'est ainsi que l'on pourra stopper l'immigration (...) Il faut récupérer nos biens équivalents à 77.7 millions. Ce sont les réparations que l'Afrique devrait recevoir des pays qui l'ont colonisé. Et si vous ne nous donnez pas cette somme, nous viendrons la chercher chez vous. (...)
Il n'y a pas d'émigration illégale de Libye vers l'Italie, parce que l'Italie a payé ses compensations à la Libye. (...) Et l'Italie devrait être glorifiée pour ce qu'elle a fait. (...) Et il faut que les pays colonisateurs payent des compensations, afin qu'il n'y ait plus jamais de colonisation, et que tout pays qui colonise sache qu'il devra payer des compensations après. La colonisation doit être incriminée.

Nous africains, sommes fier qu'un fils d'Afrique gouverne les Etats Unis. (...) Mais je suis inquiet. Obama sera là pour les 4 prochaines années ou les 8 prochaines années, mais j'ai peur de l'après. Personne ne peut garantir l'après Obama. Je serais heureux si Obama pouvait rester pour toujours Président des Etats Unis.

Nous avons tous traversé l'océan atlantique pour venir ici (...) Pourquoi ? Est-ce Jérusalem? le Vatican ? La Mecque ? Vous souffrez tous ici du décalage horaire. Nous sommes fatigués et endormis. Votre horloge biologique est perturbée(...)
Ce sont les Etats Unis qui s'occupent de toutes les choses matérielles,qui assure la sécurité très stricte et ils dépensent beaucoup d'argent. Et l'Amérique est très fatiguée. Et je voudrais soulager l'Amérique de cette charge. Nous remercions l'Amérique pour ce qu'elle fait et pour tous les problèmes que cela lui cause. Nous voulons aider l'Amérique. Nous voulons que l'Amérique soit en sûreté, que l'Europe soit en sûreté. (...) Peut-être qu'un terroriste fera une attaque sur l'avion d'un président. Ce bâtiment est une cible pour les terroristes. Cela aurait pu être en leur pouvoir le 11 septembre. Nous avons nous même 10 membres d'Al Qu'aida détenus en Libye. Et ce que nous savons de leurs déclaration est très effrayant. Et l'Amérique vit sous tension. Nous ne savons pas ce qui peut se passer, et l'Amérique peut encore être visée et des dizaines de chefs d'Etats attaqués en même temps. Nous voulons soulager l'Amérique de cette inquiétude. Nous devons déplacer le siège de l'ONU dans un lieu qui n'est pas visé. Après cinquante ans, le siège devrait déménager dans un autre endroit de l'hémisphère. Pour les 50 prochaines années, le siège devrait être dans l'hémisphère de l'est ou dans l'hémisphère du milieu. Par rotation. (...) C'est un service que nous rendons à l'Amérique. (...) Et cela sera mis au vote à l'Assemblée Générale. (...) Nous ne blâmons pas l'Amérique de prendre toutes les mesures de sécurité. Car elle est la cible d'Al Qu'aida. Mais nous ne tolérons pas ces mesures. Nous n'avons pas à venir à New York et nous ne devons pas subir toutes ces mesures. Un président m'a raconté que son co-pilote ne pouvait venir en Amérique parce qu'il y avait des restrictions. Un autre m'a dit que son garde d'honneur n'a pas pu venir car il y avait un quiproquo avec son nom pour avoir un visa. Un autre m'a dit que son médecin personnel n'avait pu obtenir de visa et n'avait pu entrer en Amérique. (...) C'est comme Guantanamo, nous n'avons pas de liberté de mouvement pour nos délégations. (...) Pourquoi ne pas mettre le siège en Libye ? La Libye n'a d'hostilité envers aucun pays. (...) Cela pourrait aussi être Pékin, la capitale de la Chine ou Dehli, la capitale de l'Inde. (...) Et vous me remercierez d'avoir supprimé la souffrance et le fait de voler durant 24 heures. Et je suis sûre que l'Amérique ne réduira pas sa contribution et continuera d'être engagée par ses obligations internationales. Et l'Amérique vous remerciera de lui avoir enlevé ce poids. Et l'Amérique devrait nous remercier pour cela car ce lieu est la cible des terroristes. (...)

Ce n'est pas une réunion ordinaire, même mon fils Obama a dit que c'était une réunion historique.

Il faut aussi établir des cours de justice, et des investigations sur la manière dont les guerres ont commencé. (...) Ceux qui font les guerres doivent être traduits en justice et payer les conséquences. Concernant la Guerre de Suez de 1956, le dossier devrait être rouvert. Pourquoi 3 pays qui ont un siège permanent au Conseil de Sécurité ont attaqué un Etat membre de l'Assemblée Générale, l'Egypte (...) des milliers d'égyptiens sont morts et des villes d'Egypte détruites. Comment cela a pu se passer sous l'ère des Nations Unies ? Comment pouvons nous être sûrs que cela ne se reproduira pas ? (...) Puis il y a eu la guerre du Viet Nam, 3 millions de victimes, (...) il y a eu plus de bombes que durant la seconde guerre mondiale. (...) Nous ne pouvons rester silencieux. Comment l'humanité peut-elle être en sécurité ? (...) C'est le futur du monde et nous devons nous assurer que pareille chose ne se répétera pas à l'avenir. Puis il y a eu Panama (...) Grenade (...) Il faut enquêter sur les bombardements en Somalie, (...) qui a laissé faire ? Puis il y a eu la Yougoslavie. Un pays paisible, et qui a été détruit comme l'a fait Hitler jadis. Tito avait construit son pays étape par étape, brique après brique. Et nous le démembrons pour des intérêts impérialistes internationaux. (...) Nous devons faire une enquête là dessus. Puis il y a la guerre en Iraq. (...) L'Assemblée générale doit mener une enquête sur l'invasion deimage l'Iraq (...) Nous risquons tous la même destinée. Puis le génocide, le massacre du peuple iraquien. Ceux qui ont pratiqué les assassinats collectifs du peuple iraquien doivent être jugés. (...) C'est facile de demander que Taylor soit jugé, ou El Bachir ou Noriega. Quelle blague ! Et qu'en est-il de ceux qui ont fait des meurtres de masse en Iraq ! (...) Nous ne sommes pas des animaux et nous avons le droit de vivre et de nous défendre. (...) Vous savez ce que l'on dit ? Que c'est le président des Etats Unis qui se cachait derrière le masque du bourreau du président iraquien. Pourquoi n'avons nous pas vu leur visage ? (...) Qui sont ceux qui ont exécuté la sentence de mort ? (...)

Abougraïb, c'est une insulte à l'espèce humaine. Je sais que les américains ont fait une enquête là dessus. Mais les Nations Unies ne doivent pas oublier et l'AG doit enquêter. Les prisonniers de guerre qui ont été persécutés, mal traités, les médecins qui ont fait des expériences sur eux, et la sodomie? C'est un pêché sans précédent.  Ce sont des soldats, des prisonniers de guerre et ils sont violés en prison par un état membre du Conseil de Sécurité ? C'est contre la civilisation.  Nous devons savoir les faits. Et il y a encore 1 demi million de prisonniers à Abou Graib.

Et il faut aussi ouvrir une enquête sur l'Afghanistan. Pourquoi sommes nous contre les Talibans ? Qui sont les Talibans ? Qu'est ce que l'Afghanistan ? Si les Talibans veulent créer un état religieux comme le Vatican ! Le Vatican constitue-t-il un danger contre nous ? Non. C'est un pays religieux très pacifique. Si les Talibans veulent créer un émirat islamiste, qui peut dire que ce sont des ennemis ? Ben Laden est-il afghan ? Les Afghans sont ils Ben Laden ? Y-a-t-il un Ben Laden Taliban ? Non ! Ben Laden n'est pas un Taliban est n'est pas Afghan. Ceux qui ont attaqué NY, sont ils des Taliban ? Sont ils Afghans ? Ils ne sont ni Afghans ni Talibans. (...)

Il y a eu la guerre civile en Amérique. Personne n'a interféré dans la guerre civile en Amérique. Il y a eu la guerre civile en Espagne, en Chine, partout. Si les iraquiens veulent une guerre civile, laissons les se battre entre eux, c'est plus juste. Qui a dit que si les Talibans viennent au pouvoir ils auront l'arme nucléaire, ou des missiles transatlantiques ?( ...) est-ce que leurs avions ont décollés d'Afghanistan ou d'Iraq ? Non. Ces avions étaient dans l'aéroport JF Kennedy. (...)

Monsieur Terki, en tant que Président de l'Assemblée Générale doit aussi ouvrir les dossiers des assassinats.  Nous voulons savoir, comment un leader africain de la libération de l'Angola a été assassiné. Qui l'a tué ? Nous devons le savoir pour nos fils. Pour l'histoire, le héros de la lutte en Angola (...) Nous devons savoir également sur l'assassinat de Kennedy. Lee Harvey. Qui a tué Lee Harvey ? Jack Ruby. Un israélien a tué Lee Harvey qui a tué Kennedy. Pourquoi ? (...) Nous savons que Kennedy voulait enquêter sur le dossier nucléaire du démon israélien. (...) cela a à voir avec la paix du monde. Et Martin Luther King (...) Et Khalil Al Wazir le palestinien à Tunis. Il vivait
paisiblement là bas. L'indépendance de son pays n'a pas été respectée. Nous ne pouvons rester silencieux. (...) (liste de palestiniens tués) Ces violations des droits de l'homme ne peuvent se répéter et les auteurs doivent être jugés. (...) Nous ne sommes pas des animaux. Nous nous défendons, nous défendons nos enfants. Nous n'avons pas peur. Nous avons le droit de vivre. Et l'air que l'on respire n'est pas juste pour les superpuissances mais pour chacun de nous. Nous ne devons pas vivre humiliés sur cette terre.

Et il y a le massacre de Sabra et Chatila. (...) Et le massacre de 2008 de Gaza (...) (longue liste des tués et des organisations détruites à Gaza) Tous devraient être traduits devant la Cour Pénale internationale. (...)

Les somaliens deviennent pirates car ils défendent la nourriture pour leurs enfants, la pêche pour leurs enfants. (...) j'ai rencontré les pirates et je leur ai dit qu'il faut faire une convention internationale pour protéger leurs eaux territoriales et économiques. Cette mer appartient au peuple somalien. Et les autres pays cesseront d'empoisonner leurs eaux et leurs côtes. (...)

Un jour nous aurons aussi la grippe des poissons. Ils fabriquent les virus pour que les industries pharmaceutiques fabriquent les vaccins. (...) Les industries capitalistes fabriquent les virus pour ensuite fabriquer les vaccins et faire des profits. (...)

imageLe traité sur les mines antipersonnel devrait être modifié. Je dois pouvoir avoir le droit de mettre des mines à mes frontières pour empêcher que l'on m'envahisse. Je ne fais de mal à personne. Il faut transformer le traité sur les mines. (...)

Les Palestiniens. La solution est un pays démocratique pour les palestiniens et les juifs. Une solution de deux états n'est pas pratique. (...) La solution est un état démocratique arabe sans fanatisme religieux. Les Sharon et Arafat sont terminés. Nous avons besoin d'une nouvelle génération où tous vivront en paix. La jeunesse palestinienne et israélienne veut la paix sous un seul Etat. Ce sera Isratin. Isratin sera la solution. Les arabes n'ont aucune hostilité ni animosité vis à vis d'Israël. Nous sommes de la même race. Les réfugiés doivent revenir.
Vous (s'adressant aux européens) êtes ceux qui avez fait l'holocauste, vous êtes ceux qui les avez brûlé. Pas nous. Nous leur avons donné un refuge, la sécurité durant l'époque romaine, durant le règne arabe en Andalousie. Vous êtes ceux qui les avez empoisonnés et les avez annihilés. Nous les avons toujours protégé. Vous les avez expulsé. Regardons la vérité. Nous ne sommes pas hostiles ou les ennemis des juifs. Et les juifs auront un jour besoin des arabes et nous seront ceux qui leur offriront la protection. Regardez donc ce que les autres ont fait aux juifs. Hitler est un exemple. Vous êtes ceux qui avez fait du mal aux juifs. Pas nous. (...)

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21 septembre 2009

La victoire de la démocratie, la honte de la France, et la farce onusienne

Vive la Bulgarie ! la diplomate bulgare Irina Bokova a été élue à la tête de l'Unesco, contre l'Egyptien Farouk Hosni, que la France a soutenu jusqu'au bout - RealPolitik oblige !
Déjà les rumeurs circulent et certains y voient la main d'un Lobby juif puissant mené par BHL, Claude Lanzmann et Elie Weizel qui s'étaient élevés dans une tribune du Monde en mai dernier contre les propos antisémites de Farouk Hosni, et s'étaient mobilisés sans relache depuis sur la question.
Comme à l'époque de Durban 2, la focalisation sur l'antisémitisme et Israël, empêche que l'on puisse avoir une vision globale de la situation internationale et de ce qui s'est joué ces dernières semaines.
La victoire d'Irina Bokova, on la doit surtout au fait que sur ce dossier l'UE a été divisée, et que de nombreux pays (sauf l'Espagne, l'Italie, la Grèce) ont refusé de suivre la politique française en la matière. De là, les USA qui s'étaient tenus à l'écard, ont décidé de rentrer dans la bataille (pour d'autres raisons de RealPolitik) et de mener également un lobbying de couloir, incontestablement plus efficace dans la dernière ligne droite que celui de la France toujours pro-egyptienne, et de celui du Sénégal qui préside par ailleurs l'Organisation de la Conférence islamique.

Aujourd'hui commencent les interventions de haut niveau dans le cadre de la 64ème Assemblée générale. Comme à l'époque de Durban 2, tous se focalisent sur le discours tant attendu et sans surprise du Président Ahmadinedjad.
Les occidentaux menacent encore de faire leur coup de théatre d'avril - les caméras de télévisions sont prévenues - et de se lever au moindre dérapage lors du discours du président iranien.

Mais qui s'inquiète du fait que l'Assemblée Générale est présidée depuis le 15 septembre par la Libye, élue par acclamation le 10 juin dernier ?

Qui souligne le fait qu'aucun pays (pas même les USA membres du CDH depuis juin 2009) n'a essayé de convoquer une session spéciale du Conseil des droits de l'Homme durant l'été, autour de la prise de pouvoir illégal d'Ahmadinedjad et des violences et atteintes aux droits humains qui se déroulent quotidiennement en République Islamique d'Iran ?

Il est possible de réécouter l'intervention de Malka Marcovich, dans l'émission du Grain à moudre du 17 septembre. autour de ces sujets

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20 septembre 2009

Pouvons-nous faire libérer des citoyens, otages des dictatures fascistes, en oubliant les peuples dans leurs enfers ?

Par Ann Pak, réfugiée iranienne

Pouvons-nous faire libérer des citoyens, otages  des dictatures fascistes, terroristes tout en négligeant, en oubliant  les peuples dans leurs enfers ?


Comment ne pas se réjouir d’une  libération d’otages où qu’elle intervienne dans le monde, et ne pas  participer à ces moments d’émotion collective, rares instants de  concorde politique planétaire largement relayée par les médias ? 
On peut se demander cependant quel sera  le prix à payer pour les libertés fondamentales, là-bas et ici, lorsque  ces dénouements heureux s’accomplissent grâce à l’entremise des régimes  les plus dictatoriaux.
Il en fut  ainsi lors de la libération d’Ashraf El-Hojouj et Kristiyna Valcheva et  ses collègues, plus connus sous leur titre de "médecin palestinien" et  "infirmière bulgare" des geôles libyennes, qui permit au Colonel Khadafi  de prendre sa place dans le concert des Nations. Ce fut le début de  l’ascension politique de la Libye au niveau international.    Ainsi, un mois  après ces libérations, la Libye (Grande Jamahiriya arabe) était élue  présidente du comité préparatoire à la conférence d’examen de la  conférence mondiale contre le racisme dite "Durban II". Dans la  foulée, elle fut élue au Conseil de Sécurité, à la tête de l’Union  Africaine, et présidera à partir du 15 septembre pour un an   l’Assemblée Générale des Nations Unies.    On peut aussi  se demander quelles concessions auraient été faites à Hugo Chavez s’il  était parvenu à libérer Ingrid Betancourt de l’emprise des Farc…

Depuis  le printemps , nous assistons à une intense activité diplomatique de  l’administration Obama, qui a permis la libération des journalistes  Roxana Sabéri, otage du régime de Téhéran, Laura Ling et Euna Lee,  otages de République démocratique de Corée.    Puis est apparu au premier plan en France le visage de Clotilde Reiss dans le procès "en sorcellerie" de Téhéran après la révolte du mois de juin, suivi de celui du Président Syrien Bashar El Assad en potentiel libérateur.   

Et en ce début  d’automne, on en vient presque à oublier l’immense espoir qui a animé le  peuple iranien et les démocrates du monde entier, épris de liberté,  durant les semaines de révolte qui ont suivi les élections truquées et  le sort de ceux qui ont été arrêtés.    Le régime  islamiste d’Iran est un régime qui recourt souvent à la prise d’otage et  à la terreur aussi bien sur le plan national qu’international. Par  exemple, personne n’a oublié la prise d’otage du personnel de  l’ambassade des USA tout de suite après la prise de pouvoir de  Khomeiny.    Sans oublier le recours de ce régime à la  terreur et à l’assassinat de ses opposants sur le sol des pays libres.  Par exemple, parmi tant d’autres, l’assassinat de Shapour Bakhtyar à  Paris (la France a depuis libéré son assassin libanais embauché par le  régime islamique).   

La prise d’otage et l’emprisonnement de  Clotilde Reiss ont incité les médias français à s’intéresser, un court  instant, au sort des iraniennes et iraniens arrêtés par le régime  islamiste.    Mais, dès lors que la machine de négociations et de marchandages diplomatiques se mît en marche pour la libération de Clotilde Reiss, très consciencieusement, ils ont laissé aux oubliettes les barbaries infligées aux prisonniers politiques et au  peuple iranien.    Selon la loi islamique  constitutionnalisée en Iran, toute remise en question du régime, toute  requête en justice, toute quête d’égalité entre homme et femme est  considéré comme un blasphème.    Ainsi, le régime théocratique jette  l’anathème sur les citoyens qui réclament la justice, qui luttent pour  la démocratie et la liberté, qui réclament l’abolition de l’apatride  sexiste.   

Dès lors, tout un appareil  « impeccablement » infernal se met en action pour éliminer la  pensée, effacer l’individu, écraser la personne, briser toute aspiration  au changement, massacrer les opposants, et ce depuis trente ans.    Les premières éliminations commencèrent  en 1981 puis en 1988 lorsque Khomeiny ordonna le massacre de milliers de prisonniers politiques, de jeunes femmes et hommes. Le monde resta aveugle et sourd aux cris de ces prisonniers, parfois seulement âgés de  quinze ans.   

Et là, depuis la révolte du mois de juin,  la machine répressive du régime islamique, une fois de plus, terrorise  de façon impunie tout un peuple qui n’a que sa colère et sa révolte contre les « agents de dieu » armés jusqu’au cou.    La torture se pratique au nom d’«allah»,  ce qui produit deux conséquences : les tortionnaires détruisent  sans aucune mauvaise conscience et les prisonniers et prisonnières,  démolis et abattus, sont culpabilisés encore davantage face à ce dieu.     Des tortionnaires accompagnent les tortures de coups de fouets et des gestes répétitifs de supplice par la  répétition de «الله اکبر  /Allaho Akba/ dieu est  grand » et «  لا اله الا  الله/la élaha ella  lélla/ il n’y a pas d’autre dieux sauf Allah! »  Entre autres châtiments cruels et dégradants, le viol  des prisonnières et prisonniers fait partie d’un redoutable  moyen pour casser, briser, détruire, déshumaniser l’individu. Dans les  années 80 et 90, après le viol et l’exécution des prisonnières non  mariées, ils envoyaient une boite de gâteaux aux parents de ces  prisonnières parfois âgées de 15-16 ans, en guise de «cadeaux du marié».  Car « des fille vierges sont susceptibles d’entrer au paradis, il  faut donc les en empêcher » par le viol.

Depuis le mois de juin, ces pratiques barbares continuent de plus belle. Au mois d’aoûte, nos écrans ont montré quelques uns de ces procès  dans des «tribunaux commandés», avec des dizaines de prisonniers avouant  les pires des crimes, «l’espionnage, le renversement du régime  islamiste», passibles de la peine de mort.

Comment pensez-vous que le régime islamiste contraint des  prisonniers politiques d’avouer des crimes non commis ? Par la  torture, le viol et les menaces pour leurs familles. Ces barbaries  cruelles et moyenâgeuses, dignes d’être décrites par l’historien  Michelet, anéantissent la personne, tuent la volonté, et font que  l’individu avoue tout ce que lui demandent ses tortionnaires.

Quel peut être le but des ces cruautés  infligées aux êtres humains ? Obtenir des aveux pour des crimes non  commis ? Semer la terreur jusqu’au for intérieur de l’individu,  jusqu’au plus profond de la société ? Par la peur et la terreur,  faire tout accepter à l’individu et à la société ? Préserver le  pouvoir quelques jours de plus ? Ou bien peut-être montrer qu’il  n’y a plus de limites au mépris que les ayatollahs vouent, au nom de  dieu, aux êtres humains ?    Mais les clergés chrétiens qui jadis ont  exercé tout ce que les imams islamistes expérimentent aujourd’hui ne  nous ont-ils pas démontré que leur règne ne fut pas éternel ?    Face à cette vérité, les Etats des pays  libres doivent sortir de leur silence et de leur inertie.    Il faut arrêter de négocier la liberté  des femmes et des hommes avec des dictatures pour des intérêts  économico-pétroliers. Car à long terme, ils ne sont pas gagnants.    Il faut refuser toute reconnaissance, négociation et relation diplomatique avec le régime islamiste de Téhéran  et son candidat imposé Ahamadi néjad.
   
 

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02 juillet 2009

L' « Islam hard » et les intellectuels

Réaction au Rebond d'Esther Benbassa dans Libération au sujet de l'affaire Vincent Geisser

Par Rose Prudence

Il faut bien évidemment défendre avec la dernière énergie le droit de V. Geisser à dire tout ce qu'il veut. Et même à insulter qui il veut - il ne serait pas le premier. Et même au titre de son expertise de chercheur ? Pourquoi pas. Mais il n'est pas interdit de connaître ses propos. N'en déplaise à ses ardents défenseurs, ceux-ci n'ont rien de futile, compte tenu des personnes qu'il attaque, et des dangers auxquels il les expose - dangers sans proportion aucune avec le Conseil de discipline devant lequel il est convoqué.

Ses partisans ont-il lu « 'Islam light ': un produit qui se vend bien » (http://oumma.com/Islam-light-un-produit-qui-se-vend ) ? VG s'y livre à une diatribe enfammée contre un certain nombre d'intellectuels d'origine musulmane opposés à l'islamisme, et qui plaident, chacun à sa manière, pour un  « Islam des Lumières ». Selon lui, Abdelwahab Meddeb, Malek Chebel, Fethi Benslama, Abdennour Bidar seraient devenus à peu de frais en quelques années les très suspects « chouchous musulmans des médias et des intellectuels français ».  Or, dit VG, ces intellectuels, prétendument novateurs,  ne sont en réalité que les « les suiveurs et les héritiers d'une critique « interne  à l'islam qui a connu son apogée durant la période coloniale et, plus particulièrement, en Algérie française » - laquelle critique,  « répondait moins à une volonté de réformer l'islam de l'intérieur que de donner des gages de « conformité » au discours ambiant »  Traduisons : Meddeb, Chebel, Ben Slama, Bidar ne font que remettre au gout du jour de vieilles pratiques de collaboration intellectuelle avec le colonisateur. A force de vouloir s'acheter une bonne conduite auprès des « élites politiques, [des]  médias, [des] intellectuels habitués des plateaux TV, » et retrouvent tout bonnement, « les accents fortement assimilationnistes de certaines élites indigènes profrançaises pendant la période coloniale » (je souligne).

Ces avocats d'un « islam des Lumières » ne font donc, selon V.G., que continuer dans les media aujourd'hui le travail de négation et de destruction de l'identité musulmane entrepris depuis la colonisation - et deviennent, ce faisant, les alliés objectifs du post-colonialisme assimilationniste, les alibis et les soutiens des politiques discriminatoires, racistes, éradicatrices même, à l'encontre des musulmans de France : ils sont, tout simplement des « musulmans islamophobes » (dans un style à peine moins châtié - mais plus explicite -, Marc-Edouard Nabe, officiellement aux antipodes des opinions de Geisser, les appelle, lui, des collabeurs). Nous savons, et VG ne peut l'ignorer lorsqu'il s'exprime bardé de  la liste de ses ouvrages scientifiques que les qualifier ainsi, c'est les exposer, d'emblée, à une fatwa ou, pire,  à la vindicte du premier djihadiste venu -

On mesure la mansuétude qu'il aura fallu à certains de ces intellectuels pour, malgré tout, signer une pétition de soutien à celui qui les accuse, rien de moins, que de vouloir « promouvoir un islam sans musulmans, ….  épuré des ses croyants et de ses pratiquants »!

Il y a pire. Le ton de VG change dès lors qu'il est question des femmes d'origine musulmane, laïques et féministes, qu'il désigne, dans un titre stupéfiant, comme « les poupées-Barbie de l'Islam light » (Oumma.com, 11 février 2008). Le mépris des femmes, le machisme virulent de l'ardent pourfendeur de l'islamophobie se donne ici libre cours, dans les clichés les plus grossièrement misogynes et sexistes. Les femmes auxquelles il s'attaque (Latifa Ben Mansour, Malika Mokeddem ou Khalida Messaoudi d'une part, Chahdortt Djavann, Irshad Manji ou Ayaan Hirsi Ali de l'autre) deviennent sous sa plume des « Cosette musulmanes »  incapables, contrairement à leurs alliés masculins, d'une once de réflexion politique. Elles sont les  « actrices passives d'une mise en scène émotionnelle et passionnelle », dont la seule fonction médiatique est celle d'un « exhibitionnisme télévisuel, jouant sur une forme d'érotisme malsain ».

Le crime de Chahdortt Djavann, Irshad Manji ou Ayaan Hirsi Ali ? C'est (aux yeux de VG) d'abord d'être jeunes, télégéniques et…  « sexy ». Si elles sont sollicitées par les media c'est d'abord pour leur « capacité à mettre en scène un érotisme victimaire (sic). Et ces , « nouvelles martyres » ne renvoient à «  une image de sensualité et de pureté, presque innocente, sortes de Madones des temps modernes » que, pour  mieux faire passer le « racisme à peine voilé » de leur message islamophobe,

Sois belle, martyre, et tais-toi - mais fais-moi bander ! Il reste que, tout occupé à ériger des contructions érotico-S&M sur les femmes des Lumières, VG en oublie l'essentiel : c'est que, ces « Cosette musulmanes », ces « poupées-Barbie » (on appréciera la délicatesse de l'insulte), au cerveau lisse comme un petit pois mais érotiques à souhait ont néanmoins été jugées, toutes trois, dignes de faire l'objet de fatwas : que les unes et les autres vivent aujourd'hui sous protection constante, en danger permanent d'agression - de meurtre. Toutes trois risquent le sort de Théo van Gogh, ami d'Ayaan Hirsi Ali (on sait que celle-ci fut nommément désignée aux coups de son meurtier). De cela, VG ne dit mot, ni de leur courage, ni de l'obstination dont elles doivent faire preuve pour défendre leurs opinions, et notre liberté - les défendre contre les islamistes et aussi contre les chercheurs qui ne voient en elles que des  «poupées» à usage sexuel.

Environ 5000 chercheurs se sont émus de la menace que le CNRS ferait peser sur la liberté d'expression de VG (on sait qu'il risque, au mieux, un blâme administratif), et sur sa préférence manifeste pour un « Islam hard ». Je me demande combien d'entre eux se sont mobilisés pour  défendre la liberté de mouvement, et … le simple droit de vivre des « poupées-Barbie » Ayaan Hirsi Ali, Chadortt Djavann, Irshad Manji, ou encore de Latifa Ben Mansour, Malika Mokeddem ou Khalida Messaoudi - et de tous les autres musulmans laïcs et progressistes, victimes désignées de ceux qu'il présente, pour sa part, comme les vrais représentants de l'Islam.

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25 juin 2009

Iran, la fin de l’idéologie du martyre

Par CHAHLA CHAFIQ-BESKI essayiste et nouvelliste

Le 19 juin, dans un discours menaçant lors de la prière collective du vendredi, l’ayatollah Khamenei, Guide suprême, ordonne au peuple contestataire de ne plus descendre dans la rue et de ne plus se joindre aux manifestations massives qui avaient lieu depuis cinq jours. Le même jour, une jeune bloggeuse écrit : «Demain, j’irai à la manif. Ce sera peut-être violent. Je serai peut-être parmi les prochaines personnes tuées.» Puis, elle ajoute ce qu’elle veut faire avant d’aller à cette manifestation d’où elle ne reviendra peut-être pas. Je l’imagine à travers ses mots : «en train de danser sur ses musiques préférées et de lire des poèmes». Comme nous, les jeunes des années 80, elle lit Forough et Shamlou (1). Je la vois feuilleter les photos de famille, regarder quelques scènes des films qu’elle aime pour les garder en elle, appeler ses amis pour leur dire adieu. Je me demande pourquoi elle ne leur donne pas rendez-vous pour qu’ils y aillent ensemble et mon cœur s’emplit d’angoisse. La même angoisse qui est en elle quand elle écrit : «Il ne me reste que deux unités pour obtenir ma maîtrise. Mais quelle importance ! J’ai une tempête dans la tête.» Pourtant, qu’est-ce qu’elle est calme quand elle dit : «J’écris ces quelques lignes pour la génération future. Qu’elle sache que nous n’avons pas fait cela pour des causes sentimentales ou sous la pression des masses. Pour qu’elle sache que nous avons fait tout notre possible pour lui léguer un monde meilleur.»
Cette note a pour moi le ton d’un testament déjà lu. Je reconnais ce ton. Quand je lis les testaments des prisonniers politiques des années 80, ils s’adressent aussi à la génération à venir. Certains se disent fiers de donner leur vie pour un idéal, incarné par leur parti politique. D’autres parlent seulement de leur intégrité, de leur dignité et de leur liberté : la liberté de dire non aux geôliers islamistes qui veulent leur repentance. Aujourd’hui encore, à chaque fois que je les lis, je suis saisie de douleur et de joie. Mon cœur est plein de contradictions. Quelqu’un demande en moi : «N’y avait-il pas une autre voie, une voie de compromis qui aurait fait reculer la sentence de mort ?» Tandis qu’une autre voix s’élève et me dit : «Regarde la capacité merveilleuse de l’être humain ! Regarde comment, privé de toute liberté, on peut être si libre !»
Les prisonniers de ces premières années post-révolutionnaires étaient pour la plupart des lycéens et des étudiants, sympathisants des nombreux groupes politiques qui s’étaient activés librement dans le contexte de la révolution antidictatoriale. Ils étaient pour la plupart révolutionnaires et idéalistes. Beaucoup d’entre eux ont perdu leur vie pour avoir seulement exprimé leur opposition à la République islamiste. Ils n’ont pas eu le temps de mettre leurs idéaux en réflexion ni à l’examen de l’expérience. Les générations qui les suivirent, celles que l’échec de la révolution poussa au pragmatisme et au réformisme, ont aussi été privées d’une telle possibilité. L’expression libre et la pratique de la pensée critique ne peuvent exister dans la République islamique qui a mis en place le Velayat-e-Faghih (règne du Guide suprême). Dans ce système totalitaire fondé sur l’idéologisation de l’islam, le vote du peuple ne doit servir qu’à consolider l’Etat qui se déclare délégué de Dieu sur terre.
Ce sont les conséquences de cette logique qui amènent à l’actuelle explosion populaire. Dans les années 80, le slogan «Guerre jusqu’à la victoire» avait permis au gouvernement islamique de tuer et d’emprisonner des milliers d’opposants. Aujourd’hui, les actes liberticides et antisémites, les paysages guerriers dessinés par la politique d’Ahmadinejad provoquent le rejet d’un grand nombre d’Iraniens. L’échec du rêve islamiste fait d’Ahmadinejad un vrai cauchemar pour des millions d’Iraniens qui veulent l’ouverture.
Hanté par le danger des révolutions de velours et de couleurs, le pouvoir ne supporte pas les résultats de l’élection qui signent l’échec flagrant des slogans du retour aux idéaux islamistes. Pour afficher la légitimité du régime et mener à bien sa politique atomique, le Guide suprême avait appelé le peuple à se mobiliser massivement dans les urnes. Les deux candidats réputés réformistes sont connus pour leur fidélité au système : Moussavi, Premier ministre de 1981 à 1989, promet l’application exacte de la loi constitutionnelle islamique ; Karoubi, membre du clergé et une des hautes figures du régime islamique, prône le respect des droits des citoyens dans le cadre du régime. Les débats télévisés entre les candidats mettent en scène l’ampleur du conflit interne au pouvoir et embrassent le bilan catastrophique du régime : corruption, absence totale de droits citoyens, blocage économique, social et culturel. On y parle de la nécessité de négocier avec les Etats-Unis qui, avec Obama, ne se prêtent plus à la diabolisation. Le changement promis par Moussavi et Karoubi rime avec ouverture. Ouverture et changement que cherchent aussi les jeunes qui investissent par millions la scène électorale dont ils font le lieu d’expression de leur désir de vie, incarné par la couleur et la musique. La couleur verte lancée par Moussavi pour préserver le caractère islamique du changement annoncé devient la couleur de la fin de l’idéologie du martyre. Or, l’immense fraude qui marque la fin du jeu électoral, démontre la volonté des tenants du pouvoir d’arrêter ce processus. A son apogée, le conflit au sein du pouvoir révèle l’impasse du système et la répression menace.
Dans les années 80, la vaste répression des opposants a eu lieu dans l’indifférence de la société internationale. A cause de la révolution antidictatoriale, le régime semblait légitime, et l’ensemble du peuple iranien était réduit au peuple Hezbollah. En l’absence d’Internet et des autres modes de communication actuels, la censure était plus efficace. Aujourd’hui, les choses sont différentes. Pourvu que cela aide les jeunes iraniens qui luttent pour la liberté. Que le monde entier entende la voix de cet autre Iran avec un tel retentissement qu’aucun jeu diplomatique ne puisse servir le pouvoir islamiste.

(1) Forough Farrokhza, grande poétesse iranienne des années 40 dont l’œuvre continue à marquer les jeunes générations. Ahmad Shamlou, grand poète iranien, connu pour ses idéaux humanistes et séculiers.

Auteure notamment de :le Nouvel Homme islamiste. La prison politique en Iran. Ed. Le Félin, 2002.

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24 juin 2009

Les forces démocratiques et progressistes, soutenons le peuple iranien !

Par Ann Pak

Avant le 12 juin personne n’était prêt à parier sur la révolte du peuple iranien ou même à prévoir sa probabilité. Le 12 juin, un chroniqueur de France culture qualifie l’ambiance électorale comme étant « démocratique ».Et lorsque, le soir des élections, les faux résultats sont tombés aucun journaliste ne put prédire un soulèvement populaire surtout d’une telle ampleur.
C’est que les médias occidentaux ne se sont pas réellement penchés sur notre peuple, sur ses luttes et sur ses revendications, alors que depuis 30 ans, des femmes et des hommes n’ont jamais cessé de lutter contre la dictature des ayatollahs.
Mois de juin est devenue une date presque symbolique : c’est le 18 juin 1999 qu’a eu lieu le célèbre massacre des étudiants qui avaient osé réclamer plus de liberté, c’est le 12 juin 2006 que des femmes sont descendues dans la rue pour réclamer leurs droits humain et que, suite à la répression, elles ont décidé d’agir différemment et de lancer d’autres moyen de lutte, comme par exemple « la campagne d’un million de signatures ».

Je ne veux même pas rappeler ici les combats des iraniennes et des iraniens et les sanctions subies depuis la révolution islamique et surtout pendant la guerre Iran-Irak. Je ne veux même pas invoquer les assassinats des journalistes, intellectuel-les, écrivain-es…..pour illustrer le fait que les iraniennes et iraniens ne se sont jamais montrés soumis au régime islamiste durant ces 30 années.
Or, les médias français qui reflètent des informations sur toutes ces luttes sont rares, voire inexistants. Ils ont été plutôt fascinés par la supercherie du « dialogue des civilisations » très à la mode chez les bien-pensants, plutôt occupés par le nucléaire iranien gonflé à dessein par le régime pour augmenter la répression contre le peuple.
Rien sur la lutte des femmes, des hommes et des étudiants de ce pays.

Aujourd’hui, travailler pour un journaliste en Iran est extrêmement difficile. Mais les iraniennes et iraniens, malgré le censure, envoient des images et fournissent les infos aux journalistes étrangers pour pouvoir enfin faire entendre leur voix à la communauté internationale, pour enfin monter le vrai visage de ce régime et son rejet de la part du peuple.

Et cependant, certains restent sourds aux cris des manifestants. Ainsi, un journaliste de la  BBC, (chassé à son tour par les autorités) relayé par des chaînes de télé françaises, déclare : « ces manifestations sont juste des rassemblements d’unité, les manifestants n’expriment aucune revendication », alors que lui-même était emporté par la foule des manifestants qui entonnaient « Marg bar dictature, Marg bar dicteurs » « mort à la dictature, mort aux dictateurs ». Et même s’il ne comprend pas la langue persane, même s’il ne sait pas la traduire, il peut au moins s’abstenir de tout commentaire, car le sien signifiait plutôt « comment-taire » les cris du peuple iranien.

Depuis le jour même des élections, les iraniennes et les iraniens en exil ont manifesté, dans tous les pays du monde, pour exprimer leur solidarité avec leurs concitoyens. Ils ont réclamé plus de liberté, plus de démocratie et une constitution laïque, comme ce fut le cas à Bruxelles  à Washington ou dans des villes des Pays-Bas, ou bien à Paris.

Pourtant les médias français ont préféré couvrir un autre rassemblement, et braquer leur caméra sur celui des Mojahédine du peuple. Pourquoi ?
Ceux-ci forment un mouvement islamique et sectaire, longtemps reconnu comme terroriste.
Il est vrai que nous vivons dans un air de mise en scène. Le goût de l’exotisme, du spectacle règne avec force. Et il est vrai que les mojahédine sont parfaitement organisés et dotés d’énormes moyens financiers qui leur permettent de répondre à ce goût.

Ainsi, une des chaînes de télévision françaises les présente comme « la seule force opposante au régime islamiste. » Pendant deux jours, à l’heure des  informations,  ces chaînes repassent en boucle les photos et les interviews de Maryam Rajavie, leur « icône sacrée »- élue par les mojahédine, comme future présidente iranienne. Citons au passage qu’elle est bien voilée et couverte de la tête aux pieds d’un habit vert (couleur du chiisme politique).

Tout ceci occulte les véritables aspirations du peuple iranien. Si aujourd’hui les iraniennes et les iraniens sont dans la rue, s’ils affrontent la mort, s’ils se moquent des répressions et des menaces, ce n’est en aucun cas pour remplacer l’islamisme des ayatollahs, par n’importe quel autre islamisme fusse-t-il bien déguisé !

Toutes les nuits, depuis le 12 juin,  la population crie sur les toits « marg bar dictature », « we want democratie », « peace in the middle east » ; tous les jours, ils sont des milliers à être battus, arrêtés, violentés ; des centaines
 sont tués … Les femmes, les hommes et les jeunes d’Iran ont ras le bol du dictat islamiste. C’est cela la réalité de l’Iran.
Et nous, iraniens démocratiques et laïques en exil, devons regrouper toutes nos forces et toutes nos énergies pour être à la hauteur de toutes les attentes de nos concitoyens, pour montrer à la communauté internationale le vrai visage de notre pays, pour tenir en échec toutes les tentatives d’intimidation par la religion.
Le directeur de conscience d’Ahmadinajad, un « guide suprême », vient de donner une « fatwa » en faveur des fraudes électorales et pour la liquidation « physique » de Moussavi et Karoubi ! Il est temps de relier et faire retentir le cri et le refus du peuple iranien du régime islamiste.

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19 juin 2009

Le 3eme cycle du Conseil des droits de l'homme s'achève sur de nouvelles régressions

Voilà tout juste trois ans que le Conseil des droits de l'Homme naissait avec tambours et trompettes. On nous promettait une ère nouvelle vers un futur glorieux. Malheureusement le nouveau Conseil a accéléré encore le processus délétère (voir Les Nations désunies) à l'œuvre depuis un certain nombre d'années que Claude Levenson et Jean-Claude Buher avaient été les premiers à dénoncer en 2003.(voir "l'ONU contre les droits de l'homme" Mille et une nuits, 2003). 

Aujourd'hui 31 ONG dont Human Right Watch et Amnesty International, qui refusaient d'y croire ou qui s'étaient tues jadis face à certaines dérives, semblent s'inquiéter et ont interpellé le Présidente du Conseil.    
   
En effet, la 11ème session du CDH  qui a commencé le 2 juin pour se terminer le 18 juin a encore d'avantage ouverte la béance dans laquelle les droits humains continuent leur chute vertigineuse. La rhétorique totalitaire se peaufine ;  les libertés individuelles, la liberté d'expression sont mises à l'indexe, quand elles ne sont pas redéfinies ou recyclées pour les vider de toutes substance...

Durant la session, plusieurs rapporteurs spéciaux ont été accusés de ne pas respecter le fameux code de conduite, qui les place depuis un an sous la tutelle du CDH et leur enlève toute indépendance. Philip Alston, Rapporteur spécial sur les exécutions extrajudiciaires, sommaires ou arbitraires fut particulièrement attaqué lors de la présentation de son rapport sur le Kenya. Franck La Rue Lewy, rapporteur spécial sur la liberté d'expression n'a pas non plus été épargné; il lui a été reproché de ne pas avoir respecté les termes de son nouveau mandat, à savoir rapporter les cas où la liberté d'expression constitue une atteinte contre les religions.    
Aussi une résolution présentée par Cuba a été adoptée qui réaffirme le fameux code de conduite et demande auxrapporteurs spéciaux de s'y conformer.    
   
Le groupe de travail intergouvernemental sur le suivi de Durban a été reconduit. Deux membres du Conseil appartenant au groupe Europe de l'Ouest, le Canada et l'Italie (qui parlait aussi au nom des Pays Bas) se sont dissociés du consensus, conformément à la position qu'ils avaient adoptée pour Durban 2. L'Allemagne qui avait refusé de participer à la conférence de Durban 2 a en revanche endossé cette résolution, affirmant que désormais elle soutenait le texte de Durban 2. 

L’Egypte qui dirige le groupe africain, a voulu présenter une résolution pour la suppression du rapporteur sur le Soudan. L'Ouganda,  a eu le courage de se confronter à l'Egypte s'insurgeant contre la manière dont le représentant du Caire prétendait parler au non d'un consensus africain et dénonçant le manque de transparence dans la prise de décision. Du coup, l'Egypte a du se rétracter et présenter la résolution seulement en son nom. Le représentant egyptien a vertement tancé l'ambassadeur d'Ouganda, insinuant avec mépris que ce dernier ne participait jamais aux réunions du groupe africain. A sa suite, le Soudan a exprimé tout le dégout que lui inspirait la posture ougandaise.   
C'est ainsi que l'’Union européenne a pu proposer une série d’amendements sur cette résolution, dont le renouvellement du mandat sur le Soudan pour une année. Ces amendements ont été approuvés à une très courte majorité (21 voix contre 20). La Zambie et l’île Maurice se sont prononcées pour ; le Ghana, le Sénégal (qui préside par ailleurs l'Organistation de la Conférence Islamique), le Burkina Faso et le Nigeria se sont abstenus. Cependant, pour obtenir cette faible victoire, l'Union européenne a été obligée de proposer le titre "d'expert indépendant", qui a beaucoup moins de prestige et de poids que celui de "rapporteur spécial" qui implique l'existence d'une situation d'urgence.    
   
L'examen périodique universel a  donné lieu à un autre grand moment de la mascarade onusienne. Plusieurs pays dont l'Arabie Saoudite ou Cuba avait fait venir en nombre des fausses ONG pour faire l'éloge de leur gouvernement. Seules 10 ONG sont autorisées à intervenir lors du rapport de l'examen périodique universel des pays. Aussi la Havane a su prendre les devants et la liste des orateurs a été complétée avant même l'ouverture de la salle du Conseil, les ONG pro-castristes ayant pu pénétrer dans les bâtiments de l'ONU avec l'aide de diplomates dés 6h30 du matin le 9 juin afin de remplir la fiche d'inscription. 
   
Durant les trois semaines de la 11ème session, les thèmes qui se développent depuis trois ans contre les droits universels et qui finissent à la longue par devenir lancinants ont continué à creuser leur sillon :  la diffamation des religions, la focalisation sur Israël, la censure sur tout autre thème, la légitimation du terrorisme ou nom de l'autodétermination des peuples, la négation de la sexualité hors mariage pour les femmes, la condamnation de l'avortement, le refus de se pencher sur les systèmes discriminatoires à leur égard,  la mise au banc de l'homosexualité, la valorisation des pratiques traditionnelles et culturelles etc... tout cela, au nom du droit des peuples à la paix et à une vision lénifiante du monde où les libertés individuelles sont sacrifiées.   
   
Le 4ème cycle du Conseil a débuté le 19 juin avec l'élection de l'ambassadeur de Belgique Alex Van Meeuwen à la Présidence (c'était au tour du groupe d'Europe de l'Ouest d'assumer la Présidence du CDH) avec comme rapporteur l'ambassadeur d'Egypte Hisham Badr
L'ambassadeur de Belgique avait été vice-président du comité préparatoire de Durban 2, présidé par la Libye, aux côtés de la République islamique d'Iran, du Pakistan etc... Autant dire que les pays autoritaires qui composent la majorité du CDH ont appris à le connaître durant ces 14 mois de capitulation des démocraties

18 juin 2009

Ahamadinéjad ou Moussavi? Les élections iraniennes et la colère du peuple!

Ann Pak,

Le peuple iranien, qui en avait assez de l’oppression et de la dictature du régime islamique, allait boycotter les élections présidentielles de 2009.

Le régime, dans une manœuvre et un calcul tout à fait machiavéliques pour faire miroiter un semblant de démocratie, organisa des faces à faces télévisés, et permit aux jeunes et aux femmes de descendre dans la rue, chose impossible jusqu’à présent dans la république islamique qui interdit tout rassemblement, voire toute rencontre, à partir de 22 heures.
Ainsi le régime laissa un espace. Les femmes et les jeunes en ont profité pour  occuper les rues et commencer à s’investir dans les élections avec un fil conducteur « tout sauf Ahmadi néjad ».
Les correspondants et les journalistes étrangers furent même autorisés à filmer ou à photographier. Les partisans de Moussavi, en plein dans leur campagne électorale, descendirent massivement dans les rues en arborant les différents signes de couleur verte, couleur de
la République Islamique, qui devint ainsi dominante même si elle ne reflète pas l’adhésion unanime.

Quels que soient les résultats des élections, ceux-ci ne sont qu’une mascarade. Pour deux raisons. D’un côté , ne peut être candidat que celui choisi par le « conseil-gardien constitutionnel » ; de l’autre, Khameny, « guide suprême », «  représentant de la volonté divine sur terre », désigné par ce même conseil, peut annuler ou décider ce qu’il veut, faisant abstraction de la volonté du peuple. 

Dans ce jeu, les iraniens,  voulant faire barrage à Ahmadi néjad, ont voté massivement. Le jour des élections, Moussavi, le candidat adversaire d’Ahmadi néjad, a gagné avec presque 20 millions de votes. Mais la volonté du guide penche vers Ahamadi néjad. 
« Ce trucage, trop gros », fit déborder le vase !!
 

Ce à quoi le régime ne s’attendait pas, c’était l’immense colère, trop longtemps contenue, du peuple. C’est ainsi que le régime de Téhéran tomba dans son propre piège.
Il avait permis aux jeunes de sortir de l’ombre pour se donner une légitimité internationale. Seulement les manifestants, malgré les répressions, les menaces téléphoniques, arrestations, massacres…continuent à exprimer leur révolte contre cette violence acharnée.
 

Actuellement, tous les dirigeants du régime, et Moussavi avec, appellent à l’arrêt des manifestations et décrètent des journées de « deuil » et de « prière » !

Il faut sauver le régime islamique.
A cela s’ajoutent les intimidations, les appels téléphonique : un message préenregistré qui dit que l’on « vous a vu dans les  manifestations. Si vous y participez encore vous allez être arrêté. »
En ce moment les moyens d’informations sont coupés : pas de SMS, pas d’internet….

Et les manifestations continuent, et elles gagnent, en plus de la capitale, les autres grandes villes. Les femmes, les jeunes, les étudiants clament :  « A mort la dictature, Ahamadi néjad, l’ennemi de l’Iran ».

Ils revendiquent un espace de vie, un espace de liberté.

En France, comme partout en Europe, les iraniennes et les iraniens manifestent. Dans ces manifestations, sont mélangés deux courants : ceux qui soutiennent Moussavi et ceux qui revendiquent un changement, une république démocratique et laïque et soutiennent les mêmes slogans que les dissidents de l’intérieur.

Les jeux électoraux, la querelle entre Ahmad inéda et Moussavi ne sont que des prétextes de lutte pour les iraniens. Le peuple iranien ne supporte plus le despotisme religieux.

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25 mai 2009

Le Sri Lanka : la défaite diplomatique annoncée des démocraties

Le mardi 26 mai se tiendra la 11ème session extraordinaire du Conseil des droits de l'homme autour de la situation au Sri Lanka.
La tenue d'une session spéciale peut se faire à la demande d'un tiers des membres du Conseil, soit 16 sur 47.
La manière dont une session extraordinaire se met en place illustre on ne peut mieux les lignes de forces politiques au sein du CDH, que ce soit sur la composition des pays qui convoquent ce type de session que sur les résolutions qui en découlent.
Ainsi sur 8 sessions extraordinaires impliquant des violations des droits humains par des pays, 5 sessions concernaient les violations commises par Israël, 1 le Soudan/Darfour, 1 la Birmanie et 1 la République démocratique du Congo. Tandis que les 5 sessions visant Israël purent être convoquées rapidement en raison de l'implication systématique des pays de l'Organisation de la Conférence Islamique qui composent au moins un tiers des membres du CDH, il en fut tout autrement pour les 3 dernières où aucun membre de l'OCI ne se s'est mobilisé.

Il fut impossible d'évoquer la question du Sri Lanka lors de la conférence d'examen de Durban.
Devant la très forte mobilisation d'organisations en Asie
, ainsi que l'inquiétude soulevée par le drame humanitaire et les exactions commises par le gouvernement du Sri Lanka, l'Allemagne, au nom de 17 membres du CDH (Allemagne, Argentine, Bosnie-Herzégovine, Canada, Chili, France, Italie, Maroc, Maurice, Mexique, Pays-Bas, République de Corée, Royaume-Uni, Slovaquie, Slovénie, Suisse, Ukraine et Uruguay), est parvenue le 19 mai à demander la convocation d'une session extraordinaire . 
En effet, rien n'était joué, car le 15 mai, Cuba envoyait un courrier au Président du CDH Martin Ihoeghian Uhomoibhi, lui indiquant que le Mouvement des non alignés s'était réuni afin "d'explorer les possibilités d'idées alternatives à la tentative de certains pays de convoquer une session extraordinaire sur le Sri Lanka." En conséquence, ils avaient créé un quartet composé de l'Egypte, de l'Inde, du Pakistan et de Cuba, sensé servir d'interlocuteur au Sri Lanka. 
Le 22 mai, la Suisse présentait une proposition de résolution lors d'une réunion informelle en préparation de la session spéciale, mais elle fut rejetée par une résolution émanant du Sri Lanka lui même, soutenue par l'Arabie Saoudite, le Bahreïn, la Bolivie, la Chine, Cuba, l'Egypte, l'Inde, l'Indonésie, la Malaisie, le Nicaragua, les Philippines, le Pakistan. (A 24 heures de la session spéciale, seule la résolution du Sri Lanka est disponible sur le site extranet de l'ONU)

Cette résolution intitulée assistance au Sri Lanka dans la protection et la promotion des droits humains, (sri_lanka_draft_res)  est tout simplement une ovation à Colombo. Par ailleurs, elle réaffirme le principe de non ingérence dans des sujets qui concernent essentiellement les juridictions internes des Etats.
Le gouvernement  Sri lankais est salué comme un libérateur qui amènera la paix permanente dans le pays, qui a fait le nécessaire pour apporter une aide aux personnes déplacées, et complimenté pour la manière constructive avec laquelle il coopère avec les instances humanitaires.

Durant la session informelle du 22 mai présidée par la Suisse,  le Sri Lanka dénonça la tenue d'une session extraordinaire.
L'Egypte continua dans le même sens, considérant que pareille session était partisane et qu'il aurait été plus pertinent de convoquer une session extraordinaire sur la situation en Palestine, en Afghanistan ou en Iraq.
La Syrie renchérit en indiquant que le pays concerné savait mieux que tout autre ce dont il avait besoin.
Le Chili fut particulièrement éloquent dans la défense de la session extraordinaire, rappelant que les pays à l'origine de cette convocation, avaient tenté de se rapprocher du Sri Lanka pour entamer un dialogue et que le Président du CDH avait même proposé un panel, toutes propositions systématiquement rejetées par Colombo.

Il est à noter que Le Sri Lanka a été membre du CDH de 2006 à 2008.

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10 mai 2009

Jacob Zuma, machiste ethnique, mystique et triomphant, ami des dictateurs et ami de la France

Le 9 mai 2009, Jacob Zuma, chef de l'ANC (Congrès national africain) accédait à la Présidence de la République d'Afrique du Sud,devenant ainsi le quatrième président de la "nation arc-en-ciel" inaugurée par Nelson Mandela.
15 ans après la fin de l'Apartheid, la plus grande démocratie d'Afrique qui représentait l'espoir, et dont les messages sont des symboles pour l'ensemble du continent et au delà, est dirigé désormais par un homme qui incarne la quintessence du machisme et de l'obscurantisme ethnique, ainsi que de l'impunité face à la corruption.

Alors qu'il devait être présenté devant la justice en juillet 2009 (la 38e fois sur une période de 7 ans et demi) dans une sombre affaire de pots de vins, le parquet sud africain leva toutes les poursuites contre lui le 6 avril 2009 (afin qu'il puisse être éligible), ainsi que celles contre la manufacture d'armes française Thalès également en cause.   

Zuma se déclare polygame, fidèle à sa culture Zoulou et "africaine" qu'il promeut comme une valeur intrinsèque. On lui attribue entre 3 et 6 épouses ainsi que 14 à 17 enfants, issus de 11 compagnes différentes.
Homophobe, il considère les relations entre personnes du même sexe, comme " un déshonneur pour la nation et pour Dieu." Il alla jusqu'à dire que dans sa jeunesse, il aurait mis KO tout homosexuel se trouvant sur son chemin.

On le connaît aussi pour ses ferveurs mystiques à l'endroit de l'ANC : "Dieu attend que nous dirigions ce pays car nous sommes la seule organisation qui a été bénie par des pasteurs lors de sa création. Elle est même bénie dans les cieux. C'est pourquoi nous dirigerons jusqu'au retour de Jésus." 
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A l'occasion de son procès pour viol en 2005, alors qu'il n'avait pas utilisé de préservatif avec sa victime Fezeka Kuzwayo qu'il savait séropositive, il dit qu'une bonne douche  après l'acte sexuel suffisait pour se protéger du Sida. Depuis les caricaturistes sud-africains le présentent systématiquement arborant un pommeau de douche sur la tête.

L'arrogance et la violence se manifestèrent à chaque étape du procès pour viol, qui se termina par un non lieux, obligeant la victime, menacée de mort par les proches de Zuma, à fuir l'Afrique du Sud pour se réfugier aux Pays Bas. (Le Royaume Uni et le Canada avaient également accepté de lui donner asile).

Durant le procès et à l'annonce du verdict, Zuma et la foule de supporters chantèrent en cœur le chant Zoulou Lethu Mshini Wami (rendez-moi ma mitraillette). Les courageuses organisations de femmes qui luttent contre le viol essuyèrent critiques et insultes, et l'une d'entre elle, que les amis de Zuma avaient pris pour la victime, se vit accueillie à coup de jets de pierres devant le tribunal.

La défense revint sur le passé sexuel de la plaignante âgée de 31 ans, fille d'un camarade de combat de Zuma, affirmant qu'elle était
_41325724_women_203 consentante, et décrivant leur relation comme celle d'un père envers sa fille !!!.  Prétendant que c'était elle qui lui avait fait des avances, il alla jusqu'à ajouter :
«Dans ma culture, on ne peut pas laisser une femme excitée sans rien faire».

Dans ce pays qui compte un des plus grand taux de viols dans le monde (55 000 cas rapportés à la police durant l'année 2003-2004, soit un cas rapporté sur neuf selon les estimations), l'élection d'un violeur polygame avéré aura des conséquences sur la libération sexuelle des femmes.

Que faisait donc à Prétoria la Secrétaire d'Etat aux droits de l'homme Rama Yade, lors de l'intronisation de Jacob Zuma le 9 mai dernier, elle qui prétend placer en priorité la lutte pour les droits des femmes et contre l'homophobie dans sa politique internationale?
Que faisait elle dans les tribunes officielles, avec les amis dictateurs du nouveau Président sud-africain, parmi lesquels on pouvait notamment reconnaître Mouammar Kadhafi, avec qui il veut édifier les Etats-Unis d'Afrique, le roi Mswati III du Swaziland, dernier monarque absolu d'Afrique, le président du Zimbabwe Robert Mugabe, Kim Yong Nam, n°2 du régime régime de Corée du Nord, la délégation gouvernemental du Soudan alors que le Président Omar El Beshir est sous mandat d'arrêt international ?
A moins que sa présence ne soit la caution de la France en échange de la levée des poursuites contre la filiale française d'armement implantée en Afrique du Sud.
La Realpolitik a ses raisons que la défense des droits humains ignore... reconnaissait en d'autres termes Bernard
Kouchner le 10 décembre 2008 lors du 60ème anniversaire de la Déclaration universelle....

Posté par Malka Marcovich à 14:50 - Liaisons dangereuses - Commentaires [0] - Permalien [#]
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