Malka Marcovich...enjeux internationaux

Reflexions, analyses, suivi : politique internationale, Organisation des Nations Unies (ONU), droits fontamentaux, feminisme, laïcité ...

13 mai 2009

Les suites de Durban 2 : mensonges et manipulations

Dans le bulletin n°8 du 12 mai 2009, [1] à l'intention des ONG publié par le Haut commissariat aux droits de l'homme, une nouvelle propagande se structure visant à présenter la conférence Durban 2 comme une victoire consensuelle dans le combat contre le racisme à l'échelle mondial :

- "La conférence d'examen de Durban s'est achevée par un consensus entre les états membres, sur la manière de réaliser de vrais changements pour les millions de victimes du racisme à travers le monde. (...)"
Commentaire
Le mot "consensus" ("mondial" ) est utilisé à six reprises dans le bulletin du 12 mai.  Or il n'y eut consensus qu'avec les Etats membres restants, ce qui ne saurait en aucune manière représenter l'ensemble de la communauté internationale.
En réalité sur les 192 membres de l'ONU, seuls 146 membres se sont enregistrés pour la conférence, la liste définitive  n'étant pas encore publiée.
En tout état de cause, le fait que l'Allemagne, l'Australie, le Canada, Israël, les USA, la Nouvelle Zélande, les Pays Bas, la Pologne, puis la République Tchèque aient désavoué ce texte et/ou se soient retiré du processus contredit pour le moins l'affirmation d'
une victoire consensuelle de l'ensemble de la communauté internationale.

- "Le document de la conférence d'examen de Durban est conçu pour apporter de vrais changements pour les millions de victimes du racisme et de discriminations dans le monde. (...)"
On voit mal comment ce texte pourrait représenter des millions de victimes du racisme et de discriminations. De nombreuses ONG qui ont voulu s'exprimer au nom des victimes se sont vues censurées. Il a même pu être dit au représentant d'une organisation amasigh qu'il ne pouvait parler d'un sujet non mentionné dans les documents de 2001 et de 2009.

- "La conférence d'examen par exemple et son document ne se sont pas focalisés sur un seul sujet ou conflit - par exemple le Moyen Orient n'est pas intégré dans le document (...)"
En effet mais il renvoii à la Plate forme d'action de 2001 ainsi qu'aux conférences régionales ou d'autres mécanismes internationaux qui se focalisaient sur Israël.

- "Concernant "la diffamation des religions", certains craignaient que pareil concept puisse menacer la liberté d'expression. Le document ne l'intègre pas. Il réaffirme de manière univoque le rôle central de la liberté d'expression dans la lutte contre le racisme, tout en déplorant les stéréotypes péjoratifs qui stéréotypent et stigmatisent les personnes à partir de leur religion ou croyances, comme c'est le cas dans l'islamophobie, l'antisémitisme, la christianophobie et l'anti-arabisme (...)"
La diffamation des religions a été remplacée par "haine des religions" ou "haine religieuse" et plusieurs paragraphes renvoient à des mécanismes du CDH ou de l'ONU qui ont entériné la notion de la "diffamation des religion" et la limitation de la liberté d'expression. D'ailleurs la Haute commissaire le confirme plus loin dans le bulletin en notant que "la critique abusive et violente contre une religion en particulier participe à la création d'un contexte menaçant et discriminant pour les fidèles de cette croyance qui, du coup, peuvent être effrayés d'exprimer publiquement leur foi. Cela a été particulièrement problématique dans l'environnement sécuritaire qui a prévalu après le 11 septembre 2001"

- "Le haut commissariat apprécie la participation d'un nombre important de représentants d'ONG à la conférence d'examen de Durban. Les contributions faites par les ONG ont enrichi les phases préparatoires et la conférence elle même."
Certes, 315 organisations représentées par 2073 déléguées, se sont rendues à Genève pour la conférence elle-même. Mais très peu d'entre elles ont participé aux réunions du comité préparatoire. De plus, il n'a jamais été possible véritablement d'influer sur le document lui même. En effet, l'absence d'un Forum d'ONG a empêché que les voix des victimes de racisme et de discriminations soient audibles selon des règles de consultation clairement établies d'ordinaires à l'occasion de conférences mondiales ou de conférences de suivi. Par ailleurs, nombre d'organisations qui ont participé aux réunions préparatoires ou à la conférence elle-même ont été censurées lors de leurs interventions orales.
La censure des ONG (notamment les Amazigh ou les Tibétains) n'est évidemment pas mentionnée dans bulletin à destination des ONG. Il est dit que la majorité des interventions des ONG ont porté sur
"le traitement discriminant des migrants, la situation des peuples indigènes, l'incitation à la haine, en particulier la haine des religions, l'islamophobie et 'l'antisémitisme, l'impact de la lutte contre le terrorisme et le combat contre le racisme, l'occupation étrangère, les réparations pour les tragédies passées, les aspects des discriminations multiples dues aux crises économiques et financière"

[1] Durban_Review_Conference_E_bulletin_No

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25 avril 2009

Les motions d'ordre contre la liberté d'expression des ONG

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Les 23 et 24 avril, les ONG qui avaient suivi toute la procédure d'enregistrement pour une prise de parole de 3 minutes purent intervenir. Les motions d'ordre rythmèrent néanmoins les prises de parole, motions d'ordre émanant principalement de la République Islamique d'Iran, vice-présidente de la Conférence, de la Chine et de la Libye, présidente du comité plénier.

Le 23, la RI. d'Iran demanda, conformément à la règle énoncée par le Président, qu'aucun pays ne soit nommé durant l'intervention du représentant de UNWatch.
Webcast
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English ] 3 minutes

imagePuis la RI d'Iran demanda en outre que l'on ne nomme pas non plus des chefs d'Etat. L'Afrique du Sud  coupa également la représentante de la Hudson Institute car cette dernière avait utilisé la terminologie de Durban 2.
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English ] 8 minutes

Ce fut ensuite au tour de la Chine de couper à trois reprises, l'association Asian Indigenous and Tribal Peoples Network, affirmant que leur déclaration était hors de propos, puis finalement prétendant que l'association faisait perdre du temps aux autres ONG.
image Webcast
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English ] [ Original language ] 3 minutes

La Chine fit à nouveau une motion d'ordre, lorsque l'association International Campaign for Tibet eut la Parole. La Chine rappela combien elle était attachée à la participation des ONG dans la lutte contre le racisme. Mais qu'elles ne devaient pas pour autant utiliser cette tribune pour fabriquer des mensonges. L'association fut à nouveau coupée, et cette fois la Chine demanda que cette dernière se focalise sur le point de l'ordre du jour, elle rajouta que cette dernière contredisait la Charte des Nations Unies.
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English ] [ Original language ]6 minutes

imagePour la Society for Threatened Peoples, la République islamique d'Iran, se portant au secours de la République démocratique de Chine, tança le Président Amos Waso, de ne pas faire respecter les règles de procédure. La langue du président fourcha et il parla de la République islamique de Chine ! Il rappela ensuite que les ONG devaient se conformer strictement au langage onusien, puis il donna la parole à la Chine.
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English ] [ Original language ] 7 minutes

Le Président coupa ensuite le représentant du Bné Brith International lorsque ce dernier critiqua la négation ou la minimisation de l'Holocauste par le Président iranien. La RI d'Iran fit une motion d'ordre et dit que le représentant du Bné Brith utilisait un langage de haine, ce qui était contraire aux règles de procédure. Il demanda également que le représentant du Bné Brith présente des excuses.
Webcast
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English ] 7 minutes

Lorsque le
Congres Mondial Amazigh commença son intervention
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[
French ] 2 minutes,
imagece dernier fut coupé par la Libye qui dit que le sujet ne concernait pas la Conférence d'examen de Durban puisque ce sujet ne figurait pas dans la conférence de Durban. 
[
English ] [ Arabic / French ] 2 minutes

imageFinalement, la Libye aura eu encore le mot de la fin. Une semaine avant, le 17 avril, la Présidente libyenne Najat al Hajajji, avait elle aussi interrompu l'organisation  UNwatch qui avait fait venir Ashrah al Hajouj, le médecin palestinien détenu dans les geôles libyennes durant dix ans, torturé, bouc émissaire victime de racisme et de xénophobie. (Voir document sur TSR :
http://www.tsr.ch/tsr/index.html?siteSect=500000&bcid=663165#vid=10586392

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06 octobre 2008

Première défaite diplomatique de l'UE dans les premières heures de la Conférence préparatoire de Durban 2

Ce matin, s'ouvrait la réunion préparatoire globale à la Conférence d'examen de la conférence mondiale contre le racisme dite de "Durban 2"

La discussion portait sur l'accréditation de certaines ONG, dont une qui soutient les droits des Dalits : la "International Dalit Solidarity Network (IDSN)".
L
'Inde la refusa catégoriquement tandis que le Pakistan et l'UE la soutinrent. 

Najat_Durban_6_octobreEn absence de Consensus, il aurait donc fallu procéder à un vote , ce qui pose problème à la Présidente Libyenne Najat Al-Hajjaji, toujours soucieuse de parvenir, à force d'épuisement, au Consensus.

L'ambassadeur d'Algérie Idriss Jazeiry trouva donc la solution.
Il suffisait de
renvoyer à plus tard la décision afin de parvenir à un consensus . Il argua que la négociation (dans les coulisses) et le dialogue avaient toujours été le moteur de ce processus et qu'un Consensus devait à tout prix être trouvé.

Les discussions dés lors prirent une tournure diamétralement différente. Les tenants du vote immédiat (France, Allemagne, Suède)  se retrouvèrent en opposition avec ceux qui souhaitaient le report de la décision (Afrique du Sud, Algérie, Bangladesh, Cuba, Maroc, Nigeria, Zimbabwe). En effet, il fallait leur donner le temps de consulter leur capitale, de prendre le temps de la réflexion et d'étudier cette question si difficile à trancher.  L'Inde préféra dés lors se taire et le Danemark chercha à satisfaire tour le monde en demandant un report de seulement  48h qui ne fut pas d'avantage accepté.

Les tenants du consensus et du report de décision déployèrent toute une série d'argument : 
- Les pays du Sud  privilégient le dialogue et la concertation, et ne prennent pas de décisions à l'emporte pièce comme les pays de l'Ouest.
- Les pays du Sud, par essence pauvres et donc ayant moins de moyens de communication !!!!, doivent avoir un temps supplémentaire pour consulter leurs capitales. Cela ne se fait pas en 48h mais nécessite plusieurs jours.
- Il faut suivre la volonté de la Présidente et sa grande sagesse - si formidablement démontrée jusqu'alors - pour parvenir au Consensus.

La France, présidente de l'UE n'eut plus qu'à se taire. En effet, s'opposer au report de décision aurait été considéré comme un acte hautement agressif et hégémonique.

Quelle que soit la décision qui sera prise, elle constituera une défaite dans la défense des droits humains.
A : Si l'ONG "National Campaign on Dalit Human Rights" est accréditée par CONSENSUS. Cela signifie que l'Inde a subi des pressions très fortes du Pakistan, de l'OCI et de l'ensemble des groupes, pressions qui n'ont strictement rien à voir avec le sujet.

B : Si l'ONG n'est pas accréditée. (Ce qui est peu probable) On concède cela à l'Inde. Cela constituera une défaite pour la défense des droits humains des Dalits, les intouchables.

Dans tous les cas, cette première matinée de session a montré encore la manière dont les causes les plus légitimes sont instrumentalisées à toutes autres fins que celles du racisme ou des droits humains.

Que la France n'ait eu d'autre choix que d'accepter de participer à ce simulacre de négociations est en soi une défaite. De plus, cela constituera un précédent lorsqu'elle voudra s'opposer à d'autres ONG qui posent réellement problème.

Voilà un an que l'UE prétend ne pas céder au sacro-saint consensus.
Ici, pour un sujet à priori qui ne la concerne pas en premier chef, la France a montré encore une fois la faiblesse des démocraties et de la manière dont elles sont prêtes à s'incliner au mépris des valeurs qu'elles prétendent défendre.  A moins que la France ne soit prête à sacrifier les Dalits pour des sujets pour lesquelles une voix publique lui semble plus importante.
(Ce qui ne présage en rien de ce qui est  dit et ce que l'on accepte dans le cadre de négociations hors caméras.)

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26 septembre 2008

Les ONG dans tous leurs états

La rentrée de septembre a été rude dans le milieu des ONG.

- Après les
36 ONG soudanaises, venues soutenir le gouvernement de Khartoum au CDH,
- l'expulsion du président de Human Rights Watch (HRW) par le Président du Vénezuéla Hugo Chavez *,
- Amnesty International, HRW et la FIDH s'inquiètent aujourd'hui de la main mise des diplomates sur les mécanismes des droits humains.

Depuis plusieurs années, si l'on pouvait douter de l'indépendance de certains experts,  les gouvernements désormais ne daignent même plus faire l'effort de cacher leur entrisme dans toutes les structures de surveillance de respect des droits humains. Une véritable tartuferie !

Pendant ce temps au CDH, la valse des motions d'ordre continue pour censurer les ONG dés que certains mots tels qu'Islam ou Tibet sont prononcés. Rien que du très banal finalement maintenant.

* A noter que lors des négociations pour la réforme des institutions onusiennes en 2006, Caracas avait argué pour la limitation du rôle des ONG qui porteraient atteinte à la souveraineté des Etats.

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20 septembre 2008

Le site du Comité contre le racisme de l'ONU met en avant une ONG connue pour ses diatribes antisémites

cerd_1Le CERD, Comité pour l'élimination de la dicrimination raciale*, organe de l'ONU composé d'experts sensés être indépendants visant à surveiller l'application de la Convention sur l'élimination de toutes les formes de discriminations raciales, met à l'honneur - à travers un lien sur le site web de l'ONU (comme tous les organes chargés de la surveillance des traités) - les ONG avec lesquelles il collabore ou qui fournissent avec le plus d'assuidité des rapports au Comité.
Sur la page de présentation du CERD, on trouve des ONG connues de longue date pour leur modération quel que soit le sujet abordé (ce qui pose par ailleurs d'autres problèmes sur lesquels je reviens dans mon livre "Les Nations désUnies").

cerd_2En revanche, sur la page qui présente le calendrier pour l'examen des pays, la première association mise à l'honneur est EAFORD.
On ne connaît rien du fonctionnement ni du financement de cette association, mais elle est connue dans les milieux onusiens pour ses outrances langagières, sa violence et ses amalgames à l'emporte pièce.
En revanche sa mission depuis sa création en 1976 est on ne peut plus claire. Elle a été fondée suite à un symposium qui, s'appuyant sur la résolution 3379 équivalant sionisme à racisme abrogée en 1991, en a fait son cheval de bataille, ainsi que les droits des populations autochtones qui sont fréquemment instrumentalisés.


cerd_3L'exemple le plus récent d'une des diatribes d'EAFORD a eu lieu le 18 septembre, lors du point 7 de l'ordre du jour où EAFORD n'a pas hésité à utiliser la terminologie d'holocauste à l'encontre des palestiniens, à faire un parrallèle entre la politique d'Israël et l'allemagne nazie et à évoquer un Lobby israélien entre autres choses...
Le contenu des liens, comme le précise la page du Cerd, ne sont pas de la responsabilité du CERD. Cela pose néanmoins un sérieux problème de voir que c'est précisemment cette association qui est visible en priorité pour celles et ceux qui cherchent à connaître le calendrier des sessions de cet organe central de l'ONU.

** pour plus de visibilité, on peut agrandir les pages web capturées en cliquant dessus

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17 septembre 2008

Des ONG au secours de Khartoum contre la Cour pénale internationale

Les manipulations au CDH sont sans mesure désormais ! Cela fait longtemps que la pratique est répandue de créer ou de faire participer des ONG pour le soutien de ceux qui violent en toute impunité les droits humains. Hier, le groupe africain a fait venir 36 ONG à Genève pour soutenir le gouvernement de Khartoum, demander la fin des procédures spéciales sur le Soudan, et decrédibiliser la Cour pénale internationale. Les habitués du microcosme genevois, qui s'accomodent pourtant d'ordinaire de beaucoup de dérives, n'en reviennent pas eux même.
L'Union européenne a déposé une proposition de résolution pour la poursuite du mandat sur le Soudan où elle a supprimé toute mention à la CPI. Récit......

Posté par Malka Marcovich à 17:10 - Conseil des Droits de l'Homme - Commentaires [0] - Permalien [#]
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05 septembre 2008

La gesticulation des ONG pour la rentrée et le 60ème anniversaire de la Déclaration universelle

Aujourd’hui se terminait le premier round des célébrations du 60ème anniversaire de la Déclaration universelle à Paris, avec la clôture de la 61ème conférence des ONG du département de l’information des Nations Unies (DPI) qui a, d’après les sources officielles, réuni plus de 1600 délégués originaires de 90 pays au siège de l’Unesco.

On ne peut être partout, dans tous les ateliers, et il serait bien entendu injuste de condamner en bloc tous les événements qui s’y déroulent. Mais l’on peut se demander tout de même en quoi ces grandes messes incantatoires - dont l’organisation raffole depuis une quinzaine d’années - permettent effectivement de faire progresser les droits humains dans le monde.

Il semblerait une fois encore, que ces réunions servent d’avantage aujourd’hui de plateforme de relation publique pour les happy few de la société civile adoubée ONU. simone_veil_5_setpmbre


Après une quinzaine d’années de ces grandes conférence mondiales qui coûtent un argent considérable à l’institution (et aux ONG en frais de voyage et de brochures de promotion), le résultat quant à la protection des défenseurs des droits humains reste  peu concluante.

Ouverte par Simone Veil* le 3 septembre et clôturée par Ingrid Bétancourt le 5 septembre, les interventions en plénière filmées engagent d’autant plus les personnes qui interviennent.

Aussi, je ne décringrid_5_septembreirai pas les dérives qui ont eu lieu à l’occasion de différents groupes de travail, mais les aberrations que l’on a pu entendre lors de la dernière table ronde, avant la séance de clôture où intervenaient  l’ambassadeur Stéphane Hessel et l’ancienne prisonnière des FARC en vidéo conférence depuis le siège de New York.

Cette discussion à bâtons rompus, animée par l’ambassadeur aux droits de l’homme François Zimmeray, réunissait Robert Arsenault, President de la Ligue Internationale des Droits Humains, Souhayr Belhassen, FIDHprésidente de la FIDHGeneviève Garrigos Présidente d’Amnesty Internationale France et Marek Halter, écrivain et militant des droits de l’homme. (Selon la présentation officielle).

L’écrivain qui se pose d'emblée comme un non croyant n’a fait principalement référence qu’aux textes monothéistes (Coran, Talmud et évangiles) pour appuyer sa réflexion d’espoir.
marek_Halter_5_septembre"C'est ça qui est l'essentiel" a-t-il affirmé. "Tout le reste, laissons cela aux hommes politiques qui se chamaillent, et qui se font la guerre aussi." Puis il s'est
demandé si « la démocratie restait une réponse absolue à tous les problèmes qui se posent à l’humanité et si les hommes ne pouvaient pas vivre dans d’autres systèmes.»

Lorsque j’ai demandé depuis la salle à l’ambassadeur Zimmeray et aux organisations internationales présentes à la tribune la raison de leur silence et de leur non action face à la situation scandaleuse de la rapporteure spéciale sur la traite Sigma Huda, condamnée au Bangladesh (membre du Conseil des droits de l’homme) sans observateur international, la présidente d’Amnesty Internationale qui n’avait visiblement jamais entendu parlé d’elle a répondu :

amnesty5_septembre
« Nous sommes une grande organisation internationale. Je suis une bénévole et je ne peux répondre sur ce cas particulier. Ce que je voudrais dire quand même c’est que les ONG de défense des droits de l’homme ont un rôle majeur, et nous consacrons beaucoup de notre énergie à faire des recherches, à savoir ce qui se passe dans le monde, à dénoncer, à informer, mais nous ne pouvons nous substituer aux Etats. On ne peut pas nous accuser de ne pas nous occuper de tel ou tel cas. Nous faisons tout ce que nous pouvons et nous le faisons le mieux possible. »


Je veux bien croire que la présidente d’Amnesty France ne soit pas au courant de ce qui se passe à l'intérieur de l'ONU où comme je le dis dans mon livre "Les Nations désUnies" dans ce qui ressemble désormais à une énorme "famille incestueuse de pompiers pyromanes". Je considère cependant, n'en déplaise à la Présidente d'Amnesty Internationale France, que c'est justement le rôle des ONG de s’intéresser aux cas dont les Etats ne s’occupent pas, surtout quand la violation se produit au sein même de l’institution garante de la protection des droits.
Et comment comprendre la non réponse de la présidente de la FIDH qui a également pignon sur rue à Genève ?


Le président de la Ligue Internationale des droits humains Robert Arsenault quant à lui, est venu me voir après bobpour obtenir plus d’informations sur ce qui s’est passé concernant la Rapporteure spéciale sur la traite. Il est le seul à la tribune a avoir lancé un cri d'allerte afin « que l’on protège la déclaration dans sa formulation initiale ».

« Il n’existe aucune place pour une reformulation de la Déclaration qui limiterait la liberté d’expression, qui condamnerait la laïcité** ou le sécularisme ou qui remettrait en cause les avancées des droits des femmes et des hommes depuis les 60 dernières années. »

* à côté de Simone Veil, Affiche de René Cassin sur la Tribune de l'Unesco
** En français dans le texte

29 mars 2008

Lettre ouverte à Monsieur Mouloud Aounit, Secrétaire Général du MRAP

Au sujet de la Conférence de Durban 2, questions soulevées par la déclaration orale de votre représentant à Genève, Monsieur Gianfranco Fattorini, le 26 mars au Conseil des Droits de l’Homme (sur le point 9 de l’ordre du jour consacré au suivi de Durban) MRAP_7_session

Monsieur,


Vous étiez présent à la Conférence mondiale contre le racisme en 2001 à Durban. J’aimerai ici raviver vos souvenirs sur des moments très précis que nous avons vécu au mêmes endroits, avant de poser quelques questions sur le contenu de la déclaration orale de votre organisation le 26 mars, qui va à l’encontre de l’héritage des mouvements d’émancipation des peuples, contre le racisme, anticolonialistes, pour les droits humains, pour l’égalité entre les femmes et les hommes et universalistes.

1) Durban – août 2001 whatif

L’antisémitisme
Vous avez été témoin de la violence antisémite sans précédent qui s’est manifestée lors de cette conférence, les appels au meurtre des juifs, les documents qui étaient distribués dans le forum des ONG. (Cela vous ne l’avez pas condamné spécifiquement). Vous vous êtes cependant distancé de plusieurs formulations entendues là-bas et du texte issu du forum des ONG dans votre communiqué de Presse du 3 septembre 2001.

Le putch du caucus des ONG européennesDscf0211
Vous étiez présent lors du Putch des ONG européennes, seul regroupement d’ONG à avoir été détruit puis réduit à silence pour avoir voulu se distancier du texte issu du forum des ONG, adopté en dehors de toutes règles démocratiques dans une atmosphère de lynchage. Une fois réduit à néant, le communiqué de presse que le Caucus avait préparé a été signé par plusieurs organisations dont la votre, puis a été diffusé le 5 septembre.

La mise à silence des femmesDscf0205
Vous n’avez pas participé aux discussions du Caucus sur l’intolérance religieuse, animé par Charles Graves, qui représente Interfaith international à Genève et qui co-dirige avec le MRAP la sous-commission des ONG sur le racisme, la discrimination raciale et la décolonisation.

Vous avez cependant été mis au courant du fait qu’avait disparu, lors de l’adoption du texte des ONG, la phrase acceptée par consensus qui indiquait que « les religions ne [devaient] plus jamais être instrumentalisées pour nier, ni pour diminuer les droits humains des femmes. »

2) Aprés Durban

Siège du MRAP, automne 2001
A l’initiative de plusieurs militants du MRAP, une réunion a été organisée au siège de l’organisation avec différents témoins de la conférence mondiale. Nous avons rendu compte des événements qui s’y étaient déroulés et nous interrogions sur le futur du mouvement antiraciste. Vous-même, Monsieur Aounit, participiez à cette table ronde et n’avez à aucun moment nié les faits que les intervenantes relataient sur les thèmes suivants:

Fiammetta Venner : le déchaînement antisémite à Durban

Bernice Dubois : la mise à silence des femmes

Malka Marcovich : le putch du caucus des ONG européennes.

Conférence « Durban et après » – assemblée nationale – 7 décembre 2001
Le MAPP et la CLEF ont organisé une conférence à l’Assemblée Nationale intitulée « Durban et après » pour à la fois témoigner des événements de Durban et réfléchir à l’après Durban. Dans cette conférences intervenaient différents témoins et représentants d’organisations telle que le réseau européen ENAR dont votre organisation est membre. Fodé Sylla député européen à l’époque et ancien président d’SOS racisme n’a pas pu venir mais a apporté son témoignage, Il y avait aussi Miroslav Prokjes, membre du Comité d’organisation préparatoire à la conférence de Durban, Armelle Labadie pour le Collectif article premier, Erika Harriford, animatrice du caucus des ONG européennes avant le putch.  Se trouvaient également à cette réunion des représentants d’organisations droits humain, droits des femmes ou impliquées dans les mouvements antiracistes européen comme Ronald Eissens des Pays Bas de l’organisation ICARE dont le  texte "le matin d'aprés" est un des texte les plus fort qui ait été écrit à chaud sur l'événement. Les actes du colloque sont disponibles et regroupent l’ensemble des interventions ainsi que les prises de position, dont le communiqué de Presse du MRAP.

Attaque contre les organisations juives après Durban
Vous ne pouvez ignorer que des attaques ont commencé à être diffusées sur divers sites et listes de discussion, accusant les associations juives de vouloir décrédibiliser la conférence de Durban. Un des putchiste du caucus des ONG européennes, Monsieur Mutombo Kanyana, rédacteur en chef de la revue Regards Africain, écrivit un article publié sur le web le 18 décembre 2001, accusant les ONG juives de vouloir diviser le mouvement anti-raciste mondial et de « tirer la communauté des ONG vers un judéo-centrisme totalitaire et à courte vue ».

3) La route vers Durban 2

Le Comité préparatoire
A ma connaissance le MRAP ne semble pas s’être outre mesure ému de l’élection de l’Iran dans le Comité préparatoire pour la conférence de suivi de Durban et de la Libye à la présidence  de cette instance. La FIDH, ONG généraliste s’en est inquiétée par la voix de son représentant Antoine Madelin qui déclarait cet été à l’AFP que : « La Libye n’est pas connue pour le respect des droits de l’homme, y compris le respect des normes contre le racisme. Il y a des pogroms contre des minorités noires venues travailler en Libye , de véritables chasses à l’homme. »

La table ronde organisée le 30 août sous l’égide du sous comité des ONG dirigé par le MRAP en marge de la réunion préparatoire
Lors de ce panel co-animé par votre représentant Jean-Jacques Kirkyacharian, on a pu entendre dans la bouche de différents intervenants que Mouammar Kadhafi avait été trop longtemps discrédité, que c'était un grand homme, un bienfaiteur de l’humanité. Ceux qui « osaient » émettre des inquiétudes, ceux qui critiquaient les diverses dérives de 2001 étaient accusés d’être à la solde des américains ou d’Israël. A aucun moment, votre représentant n’a reconnu ce que votre mouvement avait lui-même dénoncé dés le 3 septembre 2001. A aucun moment il n’a pris en compte les inquiétudes légitimes de nombre d’entre nous. Il a laissé faire le déni d’antisémitisme, les attaques contre certaines personnes. (Voir mon rapport sur ces événements)

Les normes complémentaires et glissement sémantiques
Vous ne pouvez ignorer que depuis 2001 et tout particulièrement depuis la création du Conseil des droits de l’homme en 2006, on a pu entendre à de multiples reprises, par des délégations diverses une nouvelle interprétation du terme antisémitisme (qui se trouve d’ailleurs dans le texte de la plateforme des ONG de Durban) qui considère que l’antisémitisme s’attaque aux arabes qui sont des sémites et par extension à tous les musulmans. Vous ne pouvez ignorer que l’un des fer de lance de cette distorsion  sémantique (audible également lors de la première réunion préparatoire par la Syrie) est l’ambassadeur algérien Idriss Jazeiry qui préside  le Comité ad Hoc pour des normes complémentaires. Ni le MRAP, ni le sous comité des ONG contre le racisme n’ont jamais pris position contre cet abus de langage. Le MRAP n’a pas non plus critiqué les nouvelles normes visant à limiter la liberté d’expression en cas de diffamation des religions dont la première résolution date du 30 mars 2007. Il ne s’est pas prononcé lors des discussions concernant la définition du mandat du rapporteur spécial sur la liberté d’expression dont la scandaleuse résolution adoptée le 27 mars 2008 au CDH réduit encore le champ d’application de cette notion. Le MRAP n’a pas non plus émis de critique sur la volonté de certains gouvernements de revenir sur les avancées depuis un siècle en faveur  de l’émancipation des femmes. Ce sont ces même gouvernements qui prônent leur retour dans l’espace familial, condamnent l’avortement et l’orientation sexuelle…

Après ce long mais nécessaire retour sur des événements précis, et avant de reprendre les termes de l’intervention orale de votre organisation le 26 mars dernier lors du point 9 de l’ordre du jour,  je souhaiterai savoir précisément la manière dont fonctionne votre sous-comité des ONG que vous présidez.  En effet, c’est le seul comité du CONGO (conférence des ONG avec statut consultatif) à ne diffuser aucun document public ni compte rendu de ses réunions. En se rendant sur le site web, on trouve uniquement le nom contact Monsieur Charles Graves de Interfaith International que j’ai déjà mentionné au point 1 de ma lettre ouverte.

4) La déclaration orale du 26 mars 2008 dont je ne relèverai que quelques points (pièce jointe en haut du message)

Votre organisation affirme que :

- « des voix s’élèvent pour stigmatiser » la conférence à venir car elles «[craindraient] une énième condamnation de la part de la communauté internationale de l’occupation des territoires palestiniens »

Pourquoi une telle distorsion de la réalité ? Vous savez fort bien qu’Israël est condamnée de manière quasi lancinante  par la communauté internationale et notamment au Conseil des Droits l’homme qui consacre un point permanent de son agenda (le point 7) aux territoires palestiniens occupés. Une condamnation de plus ou de moins ne fera pas la différence. Vous savez parfaitement que l'inquiétude porte sur une réédition du climat antisémite que vous aviez vous-même condamné en son temps.

- Vous parlez « de confusion des esprits » et vous préconisez « une seule solution », « le retrait des troupes israéliennes avant la fin de l’année ».

Cette formulation apparaît presque comme un chantage, sous entendant que si Israël ne se retire pas des territoires occupés, elle pourrait être tenue responsable de certaines dérives. Vous condamnez les amalgames. Mais n'est  ce pas vous qui faites des raccourcis en insinuant que ceux qui s’inquiètent d’une réédition des événements de 2001 seraient par voie de conséquence les portes paroles de la politique israélienne ?

Pour ma part, en tant que représentante d’une organisation de femmes en 2001, victime du putch des ONG européennes, de la mise à silence des femmes, témoin atterrée des violences antisémites, militante de longue date, je suis extrêmement inquiète des dérives actuelles.  Vous n'ignorez pas que l’esprit de Durban règne en maître aux abords du lac Léman, plus aseptisé, plus propre...symptôme d'une partition qui se construit à Vienne, à New York et ailleurs.

- « Trois jours après la fin de la conférence de Durban, les tours jumelles de Manhattan se sont écroulées, rares sont ceux qui connaissent exactement les tenants de cet événement… »
Cette formulation n'exige aucun commentaire. Le MRAP irait-il jusqu'à endosser les théories du complot de Thierry Messyan ?

- Dans votre conclusion, vous précisez que vous seriez favorable à ce que les « documents de Durban [soient] complétés si nécessaire»

Vous qui prétendez vous situer dans la filiation des fondateurs de votre mouvement lorsqu’il s’appelait « Mouvement contre le racisme, l’antisémitisme et pour la paix », (avant qu’il ne devienne « Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples »), accepteriez vous que les nouvelles normes proposées puissent comporter une redéfinition du terme « antisémitisme » ? Que vous inspirent les nouvelles normes proposées relatives à la liberté d’expression ? Je ne vous demanderai pas ce que vous pensez de la remise en cause des mouvements d’émancipation des femmes, des femmes bâillonnées,  menacées et tuées dans de nombreux pays ? Jusqu'à ce jour vous ne vous êtes intéressé aux femmes que lorsque vous considériez comme discriminatoire l'interdiction de port de signes religieux ostentatoires. Je ne vous ai guère entendu sur le sort des femmes algériennes, victimes du terrorisme durant la décénnie noire et sur la libération accordée à leurs bourreaux d'hier.

Il est vrai que vous ne pouvez incarner à vous seul la voix de la communauté antiraciste.

Et si votre point de vue prédomine aujourd’hui c’est aussi en raison de l’absence ou du silence de nombreuses organisations.
Human Rights Watch, Amnesty ou la FIDH ne s’investissent pas particulièrement sur ces sujets et malgré ce qui a été dit, ont laissé faire les événements de Durban en 2001, voir pour certaines, ont laissé certains de leurs membres participer aux violences sans les condamner.

L’organisation japonaise IMADR, très active à Genève est plus investie sur les questions relevant des discriminations en Asie et des mécanismes institutionnels de l’ONU.

La LICRA, qui bénéficie d'un statut consultatif, n’a pas de représentant à Genève et n’a participé que rarement aux débats qui se déroulent de manière quasi permanente dans l’institution.

Les autres associations antiracistes européennes s’investissent plus au Conseil de l’Europe ou à l’OSCE.

SOS racisme trés engagé à Durban n’est pas non plus présent sur ces sujets aujourd'hui.

La Ligue Internationale des Femmes pour la paix et la liberté est très investi à Genève et partage vos positions. Elles nient la mise à silence des femmes à Durban et stigmatisent les organisations juives.

La plupart des organisations de femmes de par le monde travaillent au niveau local ou national, ou concentrent leurs efforts sur la Commission sur le statut de la femme qui a lieu tous les ans à New York. Peu ont les moyens de venir à Genève.

En souvenir de Durban et de l’héritage des fondateurs de votre organisation, j’attends de vous un sursaut à quelques semaines de la deuxième réunion préparatoire.

J’ose espérer, malgré les dérives de votre organisation depuis plusieurs années,  que vous refuserez de suivre le courant totalitaire actuel et que vous reviendrez sur votre dernière déclaration.


Cordialement,

Malka Marcovich

(images présentées au Forum des ONG en 2001)

Posté par Malka Marcovich à 00:24 - Durban 2 - Commentaires [0] - Permalien [#]
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