Malka Marcovich...enjeux internationaux

Reflexions, analyses, suivi : politique internationale, Organisation des Nations Unies (ONU), droits fontamentaux, feminisme, laïcité ...

12 juin 2009

Le dalaï-lama à la sauvette

Par Claude Levenson*, Liberation 12 juin 2009

Ainsi donc, puisque le maire socialiste de Paris «fait ce qu’il veut», à en croire un porte-parole de l’UMP, le dalaï-lama - qui n’a rien demandé ! - a reçu le titre de citoyen d’honneur de la capitale à la sauvette, en fin d’après-midi d’un dimanche d’élections européennes, sans conférence de presse ni petits fours de rigueur, selon un service minimum prestement expédié. Et surtout pas de drapeau tibétain au fronton de la mairie, cela pouvait fâcher tout rouge dans la lointaine Cité interdite de Pékin qui, chacun le sait, ne cherche ni n’a jamais cherché à se mêler des affaires d’autrui. Quelques centaines de Tibétains et de sympathisants relégués à bonne distance derrière des barrières arboraient néanmoins les couleurs interdites, coup de soleil sous la pluie. Affronter crânement une dictature qui a fait ses preuves, c’est ce que semblent craindre par-dessus tout les responsables politiques français, pratiquement toutes tendances confondues, dans le sillage de la bouffée de mauvaise humeur de l’an dernier, à la suite de la très brève rencontre, dans un pays tiers, du président français et du leader tibétain.

Après les honneurs de Rome et les fastes de Venise qui ont remis le même titre en février passé au même citoyen du monde avant que Varsovie ne leur emboîte le pas, Paris, notre bonne ville, fait décidément bien piètre figure. A se faire retourner dans leurs tombes Gavroche, les communards et les résistants. Et à faire monter le rouge de la honte au visage de nombre de Parisiens de réputation persifleuse et de simples citoyens d’ailleurs, non moins outrés par ce manque élémentaire de courtoisie. Brader de la sorte quelques-unes des valeurs essentielles du pays qui se veut le berceau des droits de l’homme et d’une ville qui se plaît à porter haut le flambeau de la liberté des individus comme des peuples, au moment même où le toit du monde est transformé en une vaste prison à ciel ouvert pour ses habitants qui se battent avec l’énergie du désespoir pour survivre et sauvegarder leur altérité, c’est une insulte qui ne sera pas oubliée de si vite. L’infliger à l’une des personnalités les plus respectées du monde n’ajoute rien à l’autorité morale de ceux qui s’y abaissent.

A Bercy cependant, devant près de 10 000 personnes, Robert Badinter avait quant à lui tenu à saluer en le dalaï-lama «le chef d’une nation occupée, porteur d’un message d’humanité et de spiritualité, seules forces qui vaillent face à l’injustice et la violence». Et d’assurer que : «La résistance spirituelle finit toujours par l’emporter.»

Dernier ouvrage paru : Tibet la question qui dérange, Albin Michel, 2008.

Posté par Malka Marcovich à 21:49 - Démocratie - Commentaires [1] - Permalien [#]
Tags : , ,


29 avril 2009

A l'ONU, la "République islamique de Chine"

Dans le Canard Enchaîné du 29 avril

A la conférence dite d'examen de l'ONU contre le racisme, qui s'est achevée dans l'indifférence la semaine dernière à Genève, les victimes avaient surtout le droit de la boucler. Alors que le président iranien avait eu tout loisir de déverser son fiel en guise d'ouverture, plusieurs représentants des ONG, réduites à la portion congrue en fin de semaine, l'ont appris à leurs dépens. Ainsi, avec le concours actif du délégué de l'Iran, l'un des vice-présidents de la rencontre, la Chine a empêché vendredi deux ONG pro-tibétaines de terminer leurs interventions déjà limitées à trois minutes.
A peine Tenzin Kayta, qui s'exprimait au nom de la Société des peuples menacés, avait-il évoqué la situation au Tibet comme exemple d'incitation à la haine raciale, que le délégué chinois avait agité sa pancarte et exigé du président kenyan de la conférence, Amos Wako, de l'interrompre. Déjà le représentant de Téhéran avait demandé la parole et s'était indigné quand le président l'avait désigné comme "le distingué délégué de l'Iran", l'enjoignant de citer correctement "la République islamique d'Iran". Encore sous l'émotion de ce rappel aux bonnes manières, le même président kenyan devait s'emmêler les pinceaux après une nouvelle protestation du représentant de Pékin en lui donnant du "distingué délégué de la République islamique de Chine", avant de se raviser et de se confondre en excuses devant les réactions hilares des uns et indignées des autres, pas d'humeur à plaisanter. Toujours est-il que l'orateur tibétain n'a pas pu conclure son discours et la Chine a obtenu qu'on passe à l'orateur suivant.
Un scénario identique s'est répété lorsqu'une Tibétaine, Tsering Jampa, a pris la parole au nom de la Campagne internationale pour le Tibet, et a été empêchée de continuer après les gesticulations chinoises habituelles. Une semaine auparavant, le médecin palestinien embastillé et torturé en Libye avec les infirmières bulgares avait subi un sort analogue sous le marteau de l'ambassadrice libyenne, présidente du comité préparatoire de Durban II. Parlant au nom d'une ONG, il s'était adressé en ces termes à Mme Najat al-Hajjaji: "Je ne sais pas si vous me reconnaissez, je suis le médecin palestinien qui a été retenu en otage par votre pays... ", avant que la représentante du colonel Kadhafi lui coupe la parole, affirmant que ces propos n'avaient rien à voir avec ladite conférence. En revanche, parmi plus de 80 nouvelles ONG accréditées pour la circonstance, la présidente libyenne a admis le Gaddafi International Charity & Development Center, dirigé par le fils du colonel, tandis qu'elle refusait l'agrément au Centre tibétain des droits de l'homme et pour la démocratie. Ainsi vont les droits de l'homme au royaume onusien...

Posté par Malka Marcovich à 17:11 - Durban 2 - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tags : , , , ,

16 avril 2009

Le Tibet, métaphore de notre liberté

Par Claude B. Levenson *- article paru dans Libération du 15 avril 2009

Incongruité des images se télescopant au kaléidoscope de l’actualité : deux Présidents euphoriques, tout sourire et un verre à la main, lors de la visite de Nicolas Sarkozy, en novembre 2007, à Pékin, chez Hu Jintao ; les deux mêmes, crispés, le bras raide lors d’une poignée de main, à Londres, en marge du G20, début avril. Une mine d’enterrement qui sied d’ailleurs aux circonstances, puisque les deux hommes venaient officiellement d’enterrer la brouille opportunément montée en épingle par l’un reprochant à l’autre d’avoir osé rencontrer le dalaï-lama, cet empêcheur de mentir en rond. Il aura fallu bien des salamalecs et nombre de missions de contrition pour apaiser le courroux des dignes héritiers de l’arrogance impériale de la Cité interdite - en somme, un acte d’allégeance à la dictature, guère conforme à l’idéal républicain ni à la réitération inlassable de la défense des droits de l’homme. Passez muscade, l’heure est au compromis et à la nécessité de s’en tenir à la realpolitik. Autonomie ou indépendance, l’intégrité territoriale de l’empire est sacro-sainte, le Tibet n’est pas à l’ordre du jour - ni des relations franco-chinoises, ni des instances onusiennes et gare à vous qui osez vous ingérez dans les affaires intérieures de Pékin.

Et pendant ce temps, là-bas au loin sur le toit du monde, dans ce pays qui existe pourtant sans existence dûment reconnue, les forces de l’ordre chinois arrêtent, harcèlent, torturent, violent, battent à mort les récalcitrants - moines, nonnes, nomades, fermiers, étudiants, vieux ou jeunes - ces insensés réfractaires au bonheur colonial imposé sous prétexte de modernisation, de libération de l’impérialisme et, tout récemment, d’émancipation des serfs, sans oublier la réforme démocratique. A se demander ce que veulent ces Tibétains qui s’obstinent à prétendre vouloir se gouverner eux-mêmes et bâtir à leur guise leur avenir en sauvegardant leur culture, leurs traditions, leur altérité. Rien de plus ni de moins que ce qui est inscrit dans la charte des Nations unies…

Littéralement coupé du reste du monde, transformé en prison à ciel ouvert, sous loi martiale inavouée, interdit à tout regard extérieur, le Tibet a vécu bâillonné les semaines marquant le 50e anniversaire de la révolte de Lhassa, le coup de force chinois contre son gouvernement légitime et le début de l’exil. Cinquante ans - combien de jours, combien de nuit pour les uns à compter les longues heures de l’exil, pour les autres à subir une occupation militaire considérée comme étrangère ? A l’intérieur, quelques téméraires se sont risqués à manifester en solitaire ou en mini-groupes, aussitôt embastillés sans autre forme de procès. Aucun étranger, ou si peu, pour témoigner, hurler à la mort face à l’épouvantable indifférence. Des monastères, inutile d’en parler : ils sont si bien gardés que personne n’y entre ni n’en sort. A l’extérieur, la communauté exilée s’efforce de garder la tête haute, sa mobilisation permettant d’allumer des flammèches d’espoir à travers le monde. Quant aux responsables des affaires du monde, ils ont bien trop à faire ailleurs pour demander des comptes aux tortionnaires, aveugles une fois encore aux conséquences prévisibles de leur inconséquence : despotes et tyranneaux liberticides de toute obédience ont vite fait d’en tirer avantage.

Quoi qu’il en soit, une chose est certaine - lors de la réunion dite de suivi de la conférence contre le racisme de Durban qui doit s’ouvrir à la fin du mois au siège européen des Nations unies à Genève, le Tibet n’est pas au programme. Dame, quiconque s’aventure dans cette auguste enceinte à prononcer son nom s’attire aussitôt les foudres des honorables délégués arrivés en force afin qu’il ne soit pas porté atteinte à l’image de la Chine. Autrement dit, Union européenne, Amnesty International ou autre ONG, voire pays, qui s’y frotte se voit sur-le-champ remis vertement en place, au prétexte que «ces allégations sont basées sur l’ignorance et les préjugés» et ceux qui en font mention sont fermement invités à «revenir dans le droit chemin et procéder à davantage d’autocritique». Un langage aux singuliers accents de révolution culturelle à curieuse résonance au palais des Nations de l’ONU…

Faut-il que les actuels dirigeants chinois soient si peu sûrs de leur fait pour en arriver à croire, selon le mot de Mao, qu’un «mensonge répété cent fois devient une vérité» ? Une vérité, peut-être, mais toute relative, et vouée comme toute chose à changer, car inexorablement la roue tourne. Une offensive de propagande sans précédent contre le dalaï-lama et les siens a dernièrement été lancée, qui ne s’embarrasse ni de scrupule ni de diplomatie, ni même de la réalité de faits historiques reconnus. Ajoutant l’insulte à la blessure, les pontes du PCC feignent de croire qu’il suffit de donner du bâton pour bâillonner l’opinion. Encore une fois, peut-être - mais simplement pour un temps : impossible de berner tout le temps tout le monde. Des Chinois ne s’y trompent plus, qui remettent en cause le système instauré avec le fusil, des liens se tissent entre démocrates persécutés et peuples opprimés, à l’intérieur comme à l’extérieur. Une longue, très longue patience exprime à sa manière une forme de résistance : la liberté trouve refuge au cœur de ceux qui résistent tandis que passent les dictatures. Et la liberté du Tibet est aussi une métaphore de la nôtre.

Derniers ouvrages parus : Tibet, la question qui dérange, Albin Michel, 2008 ; le Tibet, Que sais-je ? - PUF, 2008.

Posté par Malka Marcovich à 00:01 - Démocratie - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , ,

28 octobre 2008

Un rapport Tibétain disparaît du site de l'ONU

site_tib_tain_disparuLes sites web de l'ONU sont devenus de formidables plate formes de propagande, y compris ceux consacrés aux Comités en charge du suivi de l'application des traités internationaux. 
Composé d'experts à priori "indépendants", les sites internets de ces comités sont gérés par le bureau du Haut commissariat aux droits de l'homme.

Dernièrement, le Comité contre le racisme avait mis en avant une ONG connue pour ses diatribes antisémites.

Aujourd'hui, après pressions chinoises, un rapport sur la torture à l'encontre des tibétains, mis en ligne sur le site du Comité contre la torture, a disparu,  à la veille de la réunion qui doit précisément examiner la situation en Chine.

Par ailleurs, il semble que la Chine ne cesse de faire pression sur les experts "indépendants" du Comité contre la torture. Récit... 
http://www.phayul.comwww.phayul.com/news/article.aspxarticle.aspx?id=23099&t=1

Posté par Malka Marcovich à 09:00 - liberté d'expression - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , ,

18 septembre 2008

Le train le plus luxueux du monde vaut bien toutes les violations des droits humains

La Chine vient d'annoncer sa décision de maintenir son projet de " train le plus luxueux au monde " qui circulera entre Pékin et le Tibet, en dépit des violences dans la région himalayenne au printemps. " Décoré selon les critères d'un hôtel cinq étoiles " le train aura la capacité d'accueillir 96 passagers et coûtera environ 20 fois plus cher que le tarif ordinaire de 2 000 yuans, près de 200 euros. Ce train circulera sur une ligne de 1 142 km et offrira un périple de cinq jours entre Pékin et Lhassa.

Posté par Malka Marcovich à 21:49 - l'air du temps - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , ,

08 septembre 2008

La peur à Lhassa

Newsletter de septembre de Claude B. Levenson
C’est une « lettre » un peu différente qui suit, en fait juste une traduction rapide d’un poème de Tenzin Woeser qui dit tellement de choses que j’ai eu envie de le partager. Celle qui l’a écrit est devenue au fil des temps récents une voix écoutée, parfois entendue et répercutée, de la résilience tibétaine en Chine. Ses démêlés avec la bureaucratie officielle lui ont valu d’être licenciée et ostracisée : bien que d’éducation chinoise et écrivant en chinois, elle est restée profondément tibétaine, attachée aux valeurs de ses traditions et le défendant avec autant de cran que de sérénité. Interdite d’écriture, elle a vu ses blogs censurés, puis bloqués, tandis que son passeport lui est systématiquement refusé malgré plusieurs invitations à l’étranger.Lors d’une tentative de retour à Lhassa avec son compagnon en août passé, le couple s’est vu contraint de repartir bien plus tôt que prévu : la jeune femme a été arrêtée, longuement interrogée, avertie de se tenir tranquille et avisée de quitter rapidement la ville. Ses impressions se passent de commentaire. suite ... LA_PEUR_A_LHASSA_1_

Posté par Malka Marcovich à 23:13 - Démocratie - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , ,

26 avril 2008

Paris, Pékin, Lhassa, Jérusalem... l'olympisme du malaise

Pourquoi la nomination du dalaï-lama comme citoyen d'honneur de la ville de Paris provoque-t-elle un tel malaise ?
Pourquoi le "prétendu" boycott (alors que l'on voyait des caddies pleins aux caisses) des enseignes Carrefour en Chine (qui appartiennent à LVMH) ont-ils fait la une de nos journaux télévisés ?
Pourquoi soudain tant de fureur à défendre le droit des Chinois à opprimer d'autres chinois et à détruire le territoire, les ressources naturelles et la langue et la culture des Tibétains?

Jean-Luc Mélenchon  nous a servi des arguments sur la laïcité. Le dalaï-lama, chef spirituel bouddhiste est par essence mauvais et sa cause forcément injuste. 
Le trublion du PS va jusqu'à légitimer l'occupation chinoise au nom du féodalisme archaïque tibétain. Un comble pour un homme politique anti-colonialiste qui récuserait à juste titre les arguments  que l'on utilisait de la même manière pour piller les terres d'Afrique durant l'époque coloniale.

Et voilà que je découvre un article publié le 25 avril dans "Libération" sous la plume de Laurent Dispot (par ailleurs rédacteur dans la revue "la Règle du jeu" de BHL, ce qui lui confère sérieux et respectabilité) intitulé "Le dalaï-lama et l'honneur nazi" qui se termine par ces mots : " En acceptant ce discours, des Occidentaux et des modernes se font citoyens du déshonneur".

Cela me met d'autant plus mal à l'aise que je ne sais trop, n'étant pas spécialiste du Tibet (on ne peut être spécialiste de tout comme certains), comment réfuter les arguments. Mais je sens dans tout cela quelque chose de terriblement malsain et nauséabond.

La proie est trop bonne !

Je vois bien comment procède la Chine sur tous les dossiers à l'ONU. Interdiction de parole, censure systématique... En 1993, la Chine avait réussi à faire pression sur les autorités onusiennes pour que le dalaï-lama qui venait d'avoir le prix Nobel de la paix, se voit interdire l'entrée à la Conférence sur les Droits de l'Homme. 

Et puis soudain, tous ces spécialistes improvisés de la Chine, du Tibet et du dalaï-lama que l'on n'entendait jamais naguère!!!
Et s'ils instrumentalisaient un sujet qui fut si longtemps tabou, qui grâce aux jeux Olympiques ébranle l'édifice totalitaire chinois, pour se mettre eux même dans la lumière ?

Le Crif qui doit avoir un moteur de recherche avec des mots clefs particulièrement sensibles, relaye du coup l'info, sans doute à cause du mot "nazi". Mais ce mot doit faire tilt un peu partout car l'on trouve l'article maintenant largement diffusé sur la toile...ça marche bien mieux que Mélenchon et la laïcité ! Vive la Chine et le mot Nazi!

Parmi tous les messages postés sous l'article de Libération, un message attire mon attention car loin des divagations, il donne des références précises facilement vérifiables, ce que ne donne évidemment pas l'article de Laurent Dispot.
Il est signé d'un certain
Sun Zi et s'intitule Pékin désinformation.

"Ces élucubrations ne font que relayer la propagande menée plus que jamais par le régime chinois pour diffamer le dalai-lama. Elles s'inspirent visiblement d'un article signé Ren Yanshi, sous le titre "Nazi Authors Seven Years in Tibet", publié en mars 1998 par la "Beijing Review" et diffusé par "Xinhua News Agency", c'est-à-dire "Chine Nouvelle". Les services diplomatiques chinois viennent de le ressortir fort opportunément pour informer "les amis français". Cela aussi fait partie de l'"Art de la guerre" où tous les coups sont permis pour discréditer l'adversaire et aveugler les bonnes âmes crédules."

Je décide du coup de retrouver certains passages du livre de
Claude Levenson ("Tibet, la question qui dérange" Albin Michel 2008) qui évoquent la période de formation du dalaï-lama auprès du Nazi Harrer. Qu'y apprend on ?
Quand Harrer s'est réfugié en 1945 au Tibet, le dalai-lama n'avait que dix ans et il ne connaissait rien du monde extérieur.
"J'ignorais tout des nazis à l'époque, de leurs atrocités et de l'Holocauste", raconte-il.  Ses contacts avec Harrer se sont limités à quelques leçons d'anglais pendant un an et demi à partir de 1948. 

Pour le centième anniversaire de Ben Gourion, le dalaï-lama s'est rendu en Israël sur la tombe d'un des fondateurs de l'Etat d'Israël, au Kibboutz Tze Boker dans le désert du Neguev.
Le moine tibétain aurait-il donc su déjouer les services secrets israéliens ?

En revanche il s'est vu refuser, par l'autorité palestinienne qui avait subi les pressions de Pékin, l'accès à Bethlehem pour voir l'église de la nativité, une mosquée et un camp de réfugiés palestiniens tout proche.
Là, attention ! Pour Pékin et Ramalah, pas question de badiner avec un passé nazi !

Alors on n'y comprend vraiment plus rien. Ceux qui exigent tant de probité de celui qui a reçu enfant les leçons d'un ancien nazi ont ils jamais reproché à Yasser Arafat son lien familial et les enseignements qu'il n'a jamais renié du Grand Mufti de Jérusalem El Husseini, ami d'Hitler?

Dans notre beau pays de France en tout cas, il y a les journalistes d'honneur et de déshonneur, ça c'est sûr !

Posté par Malka Marcovich à 17:55 - Liaisons dangereuses - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tags : ,

26 mars 2008

Quand le Tibet explose, la Chine tangue... et le Conseil chavire

claudeL'aprés midi du 25 mars fut le plus beau spectacle qu'il fut donné de voir au Conseil des Droits de l'Homme depuis sa création.
Deux gouvernements (les USA et l'Australie) une dizaine d'ONG furent interrompues par la Chine demandant un point d'ordre au Président, parceque les orateurs avaient eu l'affront de prononcer un mot sacrilège composé de cinq lettres : T I B E T.
L'intervention de l'Association pour une éducation mondiale prononcée
par Claude Levenson, remporta la palme de la brièveté, soit 11 secondes de prise de parole avant d'être remerciée par le Président Costea.   En rouge les seules phrases de la déclaration prononcées avant le couperet de la censure du Conseil. Le reste de la déclaration est publié à la suite in extenso.

Claude Levenson :
Monsieur le Président,

"Dans le cadre du point 8 de l’ordre du jour (consacré aux violations des droits de l’homme en particulier en Asie (§ 128 & § 67), permettez-moi, au nom de l’Association pour une éducation mondiale (AWE) et de l'Union internationale humaniste et laïque, d'attirer votre attention sur ce qui se passe sur le "toit du monde". On peut dire que si jusqu'ici, le silence du Conseil a été assourdissant, les discussions de l'aprés midi montrent que lorsque le Tibet explose, la Chine tangue."

Président Doru Romulus Costea :
"Je vous remercie, je passe la parole à l'orateur suivant".

Suite de la déclaration de l'Association pour une éducation mondiale qui n'a pas pu être prononcée.

"En contradiction avec le chiffre avancé de 19 morts depuis le début, le 10 mars, des manifestations pacifiques à Lhassa, admis par Pékin, l’administration tibétaine en exil en Inde donnait hier soir le chiffre de 140 morts confirmés et identifiés, et de plus de 500 blessés dans l’ensemble des zones touchées par les troubles. De même source, on rapporte plus de 700 arrestations au cours des 3 derniers jours dans la capitale de la région dite autonome. Malgré le silence officiel, les protestations continuent dans de nombreuses localités tibétaines situées dans les provinces chinoises du Qinghai, du Gansu et du Sichuan où des troupes militaires lourdement armées ont été déployées en renfort des forces de police.

Compte tenu du manque chronique de transparence de la machine judiciaire chinoise, des tortures et des mauvais traitements courants dans les prisons chinoises, on ne peut que s’inquiéter du sort de tous les nouveaux détenus. Sans oublier non plus que depuis environ une semaine, tous les touristes et plus encore les journalistes ont été expulsés de la région dite autonome, tandis que les journalistes en poste à Pékin sont empêchés par tous les moyens de se rendre même dans les zones tibétaines des provinces chinoises limitrophes du Tibet. Autant pour la liberté d’information et d’expression, sans parler des autres droits délibérément piétinés, que les autorités chinoises avaient pourtant pris l’engagement d’élargir et de respecter dans la perspective des JO. Il importe donc que le Conseil des droits de l’homme, organe principal de promotion et de défense des droits de l’homme des Nations unies, assume ses responsabilités prescrites dans son cahier des charges. Nous suggérons vivement l’envoi sur place dans les meilleurs délais d’une mission d’enquête internationale indépendante afin d’évaluer la situation, de vérifier que les prisonniers soient bien traités et que les circonstances exactes qui ont poussé les forces de l’ordre à tirer sur des manifestants désarmés soient clairement établies. Sous peine de voir s’effriter encore davantage sa crédibilité, le Conseil des droits de l’homme ne peut pas se permettre d’ignorer le drame humain qui se joue à huis clos sur le toit du monde. Il ne suffit pas d’en appeler à la retenue un gouvernement qui semble ne connaître que la force brute pour juguler les aspirations de son peuple et des Tibétains, il importe de faire cesser l’arbitraire et la répression en exigeant des comptes des responsables directs et indirects de ces violations répétées des droits de l’homme au Tibet, ainsi que des atteintes à ces droits universels des citoyens chinois."

(Photo de Claude Levenson, lors de son intervention le 25 mars 2008 au CDH avant qu'elle ne soit censurée)

Posté par Malka Marcovich à 10:26 - Conseil des Droits de l'Homme - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , ,

21 mars 2008

Depuis 40 ans, l'ONU est captive de la Chine à propos du Tibet

Le Temps, 18 mars 2008

Jean-Claude Buhrer*, ancien correspondant du « Monde » à l’ONU, voit dans le drame qui se joue dorénavant à huis clos sur le toit du monde un test de crédibilité pour le Conseil des droits de l’homme.

L’ONU et son nouveau Conseil des droits de l’homme sauront-ils répondre à l’appel au secours lancé par le peuple tibétain et relayé par le gouvernement en exil du Dalaï-Lama ? La question se pose plus que jamais, alors que le sang coule au Tibet et que la chape de plomb se rabat sur le « toit du monde » pour étouffer dans l’œuf les aspirations trop longtemps bafouées de sa population à la reconnaissance de son altérité en cette année du 60e anniversaire de la Déclaration des droits de l’homme. Pour l’heure, le Conseil de sécurité, chargé du maintien de la paix dans le monde, joue la politique de l’autruche, et le Conseil des droits de l’homme regarde ailleurs sans même songer à convoquer une session spéciale, comme le prescrit son mandat, pour examiner ce dossier soudain brûlant.

Tout au plus Louise Arbour, haut commissaire aujourd’hui démissionnaire aux droits de l’homme, s’est-elle contentée d’exprimer « sa préoccupation » devant la tournure prise par la répression brutale des manifestations pacifiques des moines et des civils tibétains à Lhassa, qui exprimaient leur frustration d’être laissés en marge de ce que les autorités chinoises prétendent être le développement du Tibet. Les remarques désobligeantes, souvent ouvertement racistes, étalées dans les médias chinois concernant les Tibétains n’ont jusqu’ici guère intéressé le rapporteur spécial de l’ONU chargé de dénoncer et de combattre ce fléau.

Alors que la censure de Pékin bloque sur la toile toute référence à la démocratie, la liberté, Tien An-men, Tibet, Dalaï-lama, Taiwan et même droits de l’homme, des internautes chinois en appellent impunément à « l’extermination des Tibétains ». Pas en reste, les médias chinois reprennent les vieux clichés en usage depuis la construction de la Grande muraille, bâtie précisément pour ‘protéger l’Empire des barbares’. Comme l’ont fait naguère tous les colonialismes dans l’espoir de justifier leurs agissements, la télévision officielle reprend la litanie classique des Tibétains « arriérés, sauvages et cruels » qui ne sont même pas reconnaissants du « progrès civilisateur généreusement » apporté par la Chine.

Alors que la Toile est censurée, des internautes chinois en appellent à l'extermination des Tibétains

Devant ces outrances et les violations caractérisées des droits de l’homme, force est de se demander si le Tibet n’est pas tabou à l’ONU. Déjà au moment de l’invasion chinoise de 1950 et après l’impitoyable répression du soulèvement populaire anti-chinois de Lhassa en 1959, qui a conduit à l’exil du Dalaï-Lama et d’une centaine de milliers de Tibétains, les appels lancés par les autorités tibétaines étaient demeurés sans lendemain. Pourtant, à la suite de deux rapports circonstanciés de la Commission internationale de juristes, basée à Genève, et d’informations recoupées attestant que l’invasion chinoise avait fait plus d’un million de morts, l’Assemblée générale de l’ON U avait adopté au début des années 60 trois résolutions demandant la reconnaissance du droit à l’autodétermination des Tibétains et le respect de leurs droits fondamentaux. Mais le remplacement de Taipei par Pékin en 1971 au siège de la Chine bloque depuis lors toute discussion aux Nations unies sur le sujet.

Interrogé au cours d’une conférence de presse le 2 octobre 2000 à Genève, le secrétaire général de l’époque, Kofi Annan, avait noyé le poisson sans même prononcer le nom de Tibet,  en un modèle de langue de bois : « Il va de soi que le fait de ne pas être présent partout ne veut pas dire que nous n’avons pas à nous occuper de crises dont nous devrions nous préoccuper et que nous ne devrions pas nous trouver là où nous pourrions être présents. La question soulevée n’est pas à l’ordre du jour des Nations unies. » Son successeur, Ban Ki-moon, a été encore moins disert lorsque je lui ai posé la question de savoir si dans le sillage de l’action de l’ONU en faveur de l’indépendance du Kosovo, il allait réactiver les résolutions de l’ONU sur le droit des Tibétains à l’autodétermination : son attachée de presse l’a tiré par la manche et l’a soustrait à toute réponse. Ce qui a fait dire à l’agence de presse mexicaine Notimex : « Silence diplomatique de l’ONU sur le Tibet ». Aujourd’hui, ce silence continue et l’on attend maintenant la réponse à la même question qui lui a été transmise par écrit.

Un peu moins hermétique, Mme Louise Arbour avait reconnu dans sa conférence de presse du 12 décembre dernier : « La question du Tibet est un dossier qui continue d’être présent à l’attention du monde entier. Il y a des violations aiguës et d’autres chroniques des droits de l’homme, et elles existent depuis si longtemps qu’elles donnent l’impression de faire partie d’une attitude de négligence envers des dossiers qui datent de longtemps. Mais je pense que dans le contexte des JO surtout, il va continuer à attirer encore beaucoup d’attention. » Elle ne croyait pas si bien dire. A croire que l’ONU finit par privilégier une prime à la violence aux dépens des protestations pacifiques et de la volonté de dialogue. En tout cas, elle sera aussi jugée à sa manière d’assumer ses responsabilités concernant le Tibet.

*
Co-auteur, avec Claude B. Levenson, de « L’ONU contre les droits de l’homme ? », Mille et une nuits, 2003

Posté par Malka Marcovich à 09:36 - Démocratie - Commentaires [1] - Permalien [#]
Tags : , , ,
« Accueil  1