Malka Marcovich...enjeux internationaux

Reflexions, analyses, suivi : politique internationale, Organisation des Nations Unies (ONU), droits fontamentaux, feminisme, laïcité ...

03 juin 2009

La liberté d'expression du rapporteur spécial sur la liberté d'expression contestée au Conseil des droits de l'homme

Le nouveau rapporteur spécial pour la promotion et la protection du droit à la liberté d'expression, Frank La Rue Lewy a présenté son premier rapport le 2 juin lors de la 11ème session du Conseil des droits l'homme. Son mandat avait été redéfini dans le cadre des réformes de l'ONU et des mandats des rapporteurs spéciaux.   

Malgré son évidente bonne volonté à ménager la chèvre et le choux, et même à valoriser le résultat de Durban 2 qu'il considère comme marquant "l'aube d'une ère nouvelle dans la lutte contre la discrimination raciale", il fut cependant la cible de nombreuses critiques car il n'avait pas abordé dans son rapport "les cas où la liberté d'expression constitue un acte de discrimination raciale ou religieuse". 
Et cela malgré le fait que dans son rapport, il ait mis en exergue la notion de "responsabilisation des médias" (nouvelle formule pour paraphraser la censure) et avoir  lancé une réflexion pour établir un programme de formation sur Internet à destination des journalistes sur les questions de droits de l'homme, de diversité culturelle et de déontologie, afin de responsabiliser les journalistes dans leur travail sur les questions sensibles sur le plan culturel. 

Mais pour certaines délégations, (
Le groupe africain, OCI, Ligue arabe, Inde, Emirats Arabes Unis, l'Arabie Saoudite, le Sri lanka, l'Algérie, l'Afrique du Sud, la Malaisie...), son appel à la "responsabilisation" des journalistes et son soutien à Durban 2 n'a pas semblé suffisant.

Ainsi, Cuba a reproché au rapporteur spécial de ne pas avoir évoqué explicitement les questions relatives aux incitations à la haine par la presse et a accusé le rapporteur d'avoir noué des contacts avec des organisations à la réputation douteuse.    

L'Egypte
au nom du groupe africain (puis en son nom propre) a ajouté que le Rapporteur n'avait pas respecté le code de conduite auquel sont soumis les titulaires de mandats, puisqu'il n'avait pas abordé les abus de la liberté d'expression qui favorisent la haine des religions, à savoir la diffamation des religions.       

Dans le même sens le Pakistan, au nom de l'OCI a déclaré que la liberté d'expression n'était pas une liberté absolue
 et que c'était la raison pour laquelle le CDH avait révisé les termes du mandat du Rapporteur spécial sur la liberté d'expression. La diffamation religieuse est un défi du monde moderne et il faut la combattre pour éviter les chocs de civilisation a lancé le représentant de l'OCI.    

La Fédération de Russie
a  dit que Rapporteur Spécial outrepassait les limites de son mandat en étendant son champ d'application.  Il lui a demandé de diriger son travail autour du droit à une information fiable et objective, ainsi qu'à la diffusion responsable des informations par la presse.    

La Chine
mit en avant le principe selon lequel le respect des droits humains passait avant tout par celui des lois des pays, de leur histoire, de leurs traditions et de leurs valeurs morales.       

La Turquie
a dit prendre bonne note de la proposition faite par le Rapporteur visant à développer des formations en ligne sur la liberté d'expression, les droits de l'homme et le multiculturalisme pour les journalistes. Il a  demandé que le résultat consensuel de la Conférence d'examen de Durban, qui affirme que toute incitation à la haine nationale, raciale ou religieuse devrait être prohibée, guide à l'avenir le travail du Rapporteur spécial.    

Le Venezuela
a dénoncé les activités de certains médias privés qui trahissent la noble finalité de leur tâche en tentant de porter atteinte à la paix et à la tranquillité sociale en incitant à la confrontation. De telles campagnes affectent en fait le droit des personnes à une information véridique et impartiale. Il a reproché que le Rapporteur spécial se soit manifesté négativement sur la liberté d'opinion et d'expression au Venezuela, en se basant sur des nouvelles diffusées par ces médias partiaux..    

Le Soudan
a dit que la tolérance supposait non seulement d'accepter l'autre, mais aussi de le comprendre, ce qui est la condition pour éviter les stéréotypes. La liberté d'expression est trop précieuse pour être compromise par la diffamation, la haine ou l'intolérance.       

Le Maroc
a estimé que la liberté d'opinion et d'expression n'est pas un droit absolu: son exercice devrait être optimisé par le nécessaire respect des droits et libertés des autres et de la diversité culturelle, religieuse et civilisationnelle caractérisant notre monde.    

Le Qatar
  a condamné l'égocentrisme culturel
, notamment dans la prise en compte de questions religieuses.    

L'Afrique du Sud
a estimé que le rapport était superficiel
et a rappelé que les droits d'opinions et d'expressions doivent être exercés afin de promouvoir la tolérance interraciale et inter-religieuse.

Plusieurs pays ont soutenu le nouveau Rapporteur spécial et défendu sans conditions la liberté d'expression (la République Tchèque au nom de l'UE, la Slovénie, la France, les USA, le Mexique, le Canada, le Pérou, les Pays Bas). Certains ont été particulièrement éloquents.

Ainsi, prenant la défense du Rapporteur, le Royaume Uni s'est inquiété de certains commentaires formulés lors de ce dialogue interactif, commentaires semblant être en contradiction avec l'indépendance et l'intégrité des titulaires de mandat. 

Le Chili
a rappelé que son pays avait été privé de liberté d'expression pendant dix-sept ans, en même temps que de la jouissance d'autres droits humains. Il a mis en exergue le fait que le niveau d'exercice de la liberté d'expression est un bon indicateur du degré de protection et de respect de tous les droits humains.

Posté par Malka Marcovich à 13:31 - Conseil des Droits de l'Homme - Commentaires [2] - Permalien [#]
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13 mai 2009

Les suites de Durban 2 : mensonges et manipulations

Dans le bulletin n°8 du 12 mai 2009, [1] à l'intention des ONG publié par le Haut commissariat aux droits de l'homme, une nouvelle propagande se structure visant à présenter la conférence Durban 2 comme une victoire consensuelle dans le combat contre le racisme à l'échelle mondial :

- "La conférence d'examen de Durban s'est achevée par un consensus entre les états membres, sur la manière de réaliser de vrais changements pour les millions de victimes du racisme à travers le monde. (...)"
Commentaire
Le mot "consensus" ("mondial" ) est utilisé à six reprises dans le bulletin du 12 mai.  Or il n'y eut consensus qu'avec les Etats membres restants, ce qui ne saurait en aucune manière représenter l'ensemble de la communauté internationale.
En réalité sur les 192 membres de l'ONU, seuls 146 membres se sont enregistrés pour la conférence, la liste définitive  n'étant pas encore publiée.
En tout état de cause, le fait que l'Allemagne, l'Australie, le Canada, Israël, les USA, la Nouvelle Zélande, les Pays Bas, la Pologne, puis la République Tchèque aient désavoué ce texte et/ou se soient retiré du processus contredit pour le moins l'affirmation d'
une victoire consensuelle de l'ensemble de la communauté internationale.

- "Le document de la conférence d'examen de Durban est conçu pour apporter de vrais changements pour les millions de victimes du racisme et de discriminations dans le monde. (...)"
On voit mal comment ce texte pourrait représenter des millions de victimes du racisme et de discriminations. De nombreuses ONG qui ont voulu s'exprimer au nom des victimes se sont vues censurées. Il a même pu être dit au représentant d'une organisation amasigh qu'il ne pouvait parler d'un sujet non mentionné dans les documents de 2001 et de 2009.

- "La conférence d'examen par exemple et son document ne se sont pas focalisés sur un seul sujet ou conflit - par exemple le Moyen Orient n'est pas intégré dans le document (...)"
En effet mais il renvoii à la Plate forme d'action de 2001 ainsi qu'aux conférences régionales ou d'autres mécanismes internationaux qui se focalisaient sur Israël.

- "Concernant "la diffamation des religions", certains craignaient que pareil concept puisse menacer la liberté d'expression. Le document ne l'intègre pas. Il réaffirme de manière univoque le rôle central de la liberté d'expression dans la lutte contre le racisme, tout en déplorant les stéréotypes péjoratifs qui stéréotypent et stigmatisent les personnes à partir de leur religion ou croyances, comme c'est le cas dans l'islamophobie, l'antisémitisme, la christianophobie et l'anti-arabisme (...)"
La diffamation des religions a été remplacée par "haine des religions" ou "haine religieuse" et plusieurs paragraphes renvoient à des mécanismes du CDH ou de l'ONU qui ont entériné la notion de la "diffamation des religion" et la limitation de la liberté d'expression. D'ailleurs la Haute commissaire le confirme plus loin dans le bulletin en notant que "la critique abusive et violente contre une religion en particulier participe à la création d'un contexte menaçant et discriminant pour les fidèles de cette croyance qui, du coup, peuvent être effrayés d'exprimer publiquement leur foi. Cela a été particulièrement problématique dans l'environnement sécuritaire qui a prévalu après le 11 septembre 2001"

- "Le haut commissariat apprécie la participation d'un nombre important de représentants d'ONG à la conférence d'examen de Durban. Les contributions faites par les ONG ont enrichi les phases préparatoires et la conférence elle même."
Certes, 315 organisations représentées par 2073 déléguées, se sont rendues à Genève pour la conférence elle-même. Mais très peu d'entre elles ont participé aux réunions du comité préparatoire. De plus, il n'a jamais été possible véritablement d'influer sur le document lui même. En effet, l'absence d'un Forum d'ONG a empêché que les voix des victimes de racisme et de discriminations soient audibles selon des règles de consultation clairement établies d'ordinaires à l'occasion de conférences mondiales ou de conférences de suivi. Par ailleurs, nombre d'organisations qui ont participé aux réunions préparatoires ou à la conférence elle-même ont été censurées lors de leurs interventions orales.
La censure des ONG (notamment les Amazigh ou les Tibétains) n'est évidemment pas mentionnée dans bulletin à destination des ONG. Il est dit que la majorité des interventions des ONG ont porté sur
"le traitement discriminant des migrants, la situation des peuples indigènes, l'incitation à la haine, en particulier la haine des religions, l'islamophobie et 'l'antisémitisme, l'impact de la lutte contre le terrorisme et le combat contre le racisme, l'occupation étrangère, les réparations pour les tragédies passées, les aspects des discriminations multiples dues aux crises économiques et financière"

[1] Durban_Review_Conference_E_bulletin_No

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22 avril 2009

Le coq français gonfle son jabot devant l’épouvantail Ahmadinedjad

tandis que Micheline Calmy Rey se fait discrète

Le 10 décembre 2008, alors que la France célébrait le 60ème anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’homme, le Ministre des affaires étrangères Bernard Kouchner déclarait qu’ “
On ne peut pas diriger la politique extérieure d’un pays uniquement en fonction des droits de l’homme. Diriger un pays éloigne évidemment d’un certain angélisme”.

Dans la pièce qui s’est déroulée en début de semaine à Genève, notre pays a su jouer la carte de la Realpolitik avec brio , puisque c’est au nom des“droits de l’homme et de la lutte contre le racisme”, que fut mise en scène la fameuse “diplomatie de façade” devant les caméras du monde entier.

La République islamique d’Iran a été le premier pays à s’adresser à la Conférence et a même eu l’insigne privilège de parler plus de 30 minutes, alors que la règle était de 7 minutes par pays.
Les européens (enfin ceux qui ne s’étaient pas encore retirés du processus de Durban 2 soit 23 membres sur 27) avaient prévenu qu’ils partiraient aux premiers mots proférés stigmatisant Israël comme un pays raciste.

La pièce de théâtre fut parfaitement jouée. Bien que la France n’assuma plus la Présidence européenne, c’est l’Ambassadeurcock français Mattei qui mena la marche de la résistance, un dossier jaune sous le bras, sans doute pour que les caméras de télévision le repèrent bien dans le défilé de costumes gris.

Aussitôt le discours terminé,  les européens retournèrent dans la salle pour acclamer la Norvège. Mais ils n’étaient plus que 22 désormais puisque la République Tchèque qui préside l’UE décidait de ne plus revenir.

En revanche, personne ne se leva plus tard lorsque l’Egypte se focalisa sur le sort des Palestiniens. L’UE ne broncha pas d’avantage lorsque le Ministre syrien des affaires étrangères Faysal Mekdad dit que “l’autodétermination des juifs” était une forme de “discrimination raciale”, parla de la “judaïsation d’Israël” et de “l’épuration ethnique de 1948,” ou lorsque le délégué Palestinien affirma que durant les “60 dernières années, le peuple palestinien avait souffert d’un des aspect les plus laid du racisme et de la discrimination”…

Et puis il y eut ce nouveau coup de théâtre, l’adoption du texte négocié par le Comité préparatoire, sans aucune discussion en plénière le 21 avril, sous l’égide de l’ambassadeur russe Boychenko, ancien membre du KGB, passé de facilitateur lors des réunions informelles de ces derniers mois,  à Président du comité de rédaction de la Conférence .

Ces formidables rebondissements qui défrayèrent la chronique pouvaient dés lors être transformés et, comme l’on dit désormais en politique, permettre aux uns et aux autre d’en sortir “gagnant gagnant” !
La France qui ne préside plus l’Union européenne a su encore se singulariser auprès de l’opinion (française plus que mondiale), afin de montrer son courage et sa détermination contre le diable venu en personne Ahmadinedjad.
Ainsi, le texte adopté fut proclamé par Bernard Kouchner comme trophée de la victoire du dialogue et de la bataille des droits de l’homme. Cette fanfaronnade servit alors à camoufler les véritables raisons pour lesquelles les autres pays
avaient refusé de participer à la mascarade de Genève.
De nombreux commentateurs prétendirent en effet que l’annonce de la venue d’Ahmadinedjad avait pesé dans le retrait des USA et des autres pays qui
s’étaient retirés le dimanche 19.
En réalité, si l’administration Obama a décidé de ne pas se rendre à Genève, c’est en raison du texte proposé vendredi 17 avril au soir. Celui ci maintenait d’une part le premier paragraphe que les USA avaient déjà refusé le 17 mars, qui entérine dans sa totalité la Déclaration et le programme d’action de 2001 qui comporte des paragraphes se focalisant sur un seul pays, Israël. D'autre part, il comportait des formulations portant atteinte à la liberté d’expression. (voir communiqué de presse sur
lien )

En effet, les lignes rouges de Washington, de Paris ou d’Amsterdam n’ont jamais été les mêmes. On peut d’ailleurs regretter que ces pays n’aient pas mis la barre plus haute. 

Bien qu’étant à l’origine du slogan des lignes rouges, la France attendit relativement longtemps pour les définir précisément..
C’est seulement le 2 mars, lors du dîner annuel du Crif que ces dernières furent présentées . Le  texte de 2009 ne devait pas se focaliser sur les Palestiniens et ne pas intégrer la “diffamation des religions”.
Bien évidemment, cela n’empêcha pas que des paragraphes renvoient à des plateformes autres qui se focalisent sur les palestiniens, voir utilisent le fameux “langage de haine” . De même la diffamation a été paraphrasée en  “haine des religions” et certains paragraphes se réfèrent à d’autres mécanismes, renforcent certaines structures qui ont déjà, de facto, entériné le concept de diffamation des religions.
Une fois le tour de passe passe accomplis, la diplomatie française a répété à l’usure combien elle avait protégé les droits humains, montrant par la même le bien fondé de sa présence. Dans la foulée, elle adressa par la voix de ses diplomates une leçon de multilatéralisme et de dialogue, stigmatisant dans le même temps les irresponsables déserteurs qui n’avaient pas fait œuvre de pareil courage.

Durant ces événements, Micheline Calmy Rey, la Conseillère fédérale en charge des affaires étrangères,
qui s’était rendue voilée à Téhéran pour négocier un contrat gazier en mars 2008, figure emblématique, prophétesse des droits universels et du féminisme, se fit plus que discrète.
C’est le Président de la Conférence helvétique, Hans-Rudolf Merz qui reçut le président iranien.
Quel dommage ! Quel merveilleux coup médiatique cela aurait été si elle avait osé le rencontrer. Elle aurait pu ainsi lui faire l’accolade en cheffe de la diplomatie, lui serrer la main
la tête découverte !
De surcroit, elle aurait pu faire taire les méchantes langues qui lui ont tant reproché jadis de s’être rendue voilée rencontrer le Président de la République islamique d’Iran.

On a aussi entendu, à juste titre, que le Président iranien faisait campagne, à dix semaines des élections en Iran. Dans le jeu des Mollahs, et des diplomaties du monde qui lorgnent sur les réserves minérales perses, le repoussoir Ahmadinedjad rendra d’autant plus fréquentable un futur président, prétendument modéré, faisant preuve de mesure, bien qu'appliquant la Charia et poursuivant son programme nucléaire qui, il faut le rappeler, fut engagé par le “fréquentable”
Khatami.

Depuis l’annonce de l’adoption du fameux texte… les journalistes semblent avoir déserté Genève. La conférence contre le racisme continue cependant. Les diatribes à la tribune n'ont pas cessé.
Et les ONG qui n’ont pas eu de forum, celles qui se sont déplacées parfois de loin pour faire entendre les voix des victimes n’auront aucune caisse de résonnance.
Les gesticulations des Etats leur auront volé leur conférence pour des enjeux géo-politico-économico-stratégiques, ayant peu à voir avec le racisme et les discriminations.

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31 mars 2009

Le projet de l'Organisation de la conférence islamique autour du concept de diffamation des religions

Le 26 mars, j'étais invitée sur Radio France Internationale dans l'émission le débat du jour du journaliste Jean-François Cadet, autour du thème de la diffamation des religions, avec l'Ambassadeur de l'OCI à Genève, Monsieur Babacar Ba. L'intégralité de l'émission est consultable sur http://marcovichnews.canalblog.com/archives/2009/03/27/13156258.html ainsi que son décryptage intégral http://marcovichnews.canalblog.com/archives/2009/03/27/13208012.html dont je ne présenterai ici que quelques extraits significatifs des interventions de l'ambassadeur Ba.

Le concept de diffamation des religion (...) est le fait de stigmatiser, de mettre sous forme de stéréotypes les valeurs et principes de l'Islam et mettre les musulmans en situation de défensive, en critiquant leur comportements, leur nature, leurs valeurs.
(...)
Il nous faut combattre ce genre de phénomène car comme vous le savez le rôle principal des Nations Unies, c'est d'assurer une cohésion, une certaine entente entre les populations, entre les peuples, entre les communautés. Et tout ce qui doit concourir, agir dans le sens de la désunion, d'une passion ou l'incitation à la haine entre les communautés doit être combattu.
(...) L
orsque vous parlez d'un musulman, c'est une identité, c'est la personne qui s'identifie à une religion. Donc vous ne pouvez pas faire la distinction entre la religion et la personne qui s'identifie à cette religion d'autre part. Lorsque vous parlez de l'homme musulman, il faut intégrer ses deux concepts. Vous ne pouvez pas faire d'un côté son expérience et ses valeurs et dire que nous pouvons les piétiner et mettre de l'autre côté l'homme et dire qu'il peut être protéger.
(...)
l'Islam en tant que religion et en tant que croyance doit être protégée (...) notamment le patrimoine [dans le cadre de l'Unesco], c'est comme le patrimoine culturel. Les patrimoines culturels sont protégés ainsi que les valeurs religieuses par des conventions au niveau du système des Nations Unies.
(...)
Les discriminations raciales, ou l'incitation à la haine raciale ou religieuse constituent des phénomènes graves qui sont en train de menacer l'équilibre international et l'entente entre les communautés et notre seul objectif est de préserver la paix et l'entente entre les communautés. Si cela est une vision politique, alors c'est cela notre objectif. Et je crois que c'est quelque chose d'important dans la mesure où les Nations Unies elles mêmes au niveau de Genève comme de New York se sont rendus compte de la nécessité de mettre en œuvre une stratégie pour combattre ces phénomènes là. Le rapporteur spécial des Nations Unies depuis huit ans, reconnaît la nécessité de se mobiliser pour combattre ce phénomène de stigmatisation et de discrimination qui frappe les musulmans.
(...)
Nous
vivons dans un monde globalisé. Il faut penser à l'équilibre mondial, éviter qu'il y ait des tensions entre les communautés, c'est déjà balayer devant sa porte. Il faut préserver le monde d'une certaine tension. Le lien entre diffamation et discrimination. C'est partir d'une certaine pratique de diffamation soutenue qu'il y a discrimination. A force de diffamer une religion, de stigmatiser, de diaboliser un groupe, on entraîne les autres qui n'en savent pas plus de faire des discriminations à l'encontre des personnes qui se réclament de cette religion là. Donc il y a bien un lien entre la diffamation et la discrimination. C'est cela que nous voulons démontrer à travers les Nations Unies, pour montrer que si nous voulons combattre les discriminations, nous devons d'abord combattre ceux qui utilisent un langage extrémiste pour diffamer ou discriminer des personnes en raison de leur appartenance à une religion.

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05 janvier 2009

« LES NATIONS DESUNIES » NON GRATA A L’ONU

Charles Malou, Genève


couvONUAlors que le 12 décembre passé, l’ONU célébrait en grande pompe le 60e anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’homme, qui garantit notamment le droit à la liberté d’opinion et d’expression, dans l’enceinte même du Palais des nations à Genève, on pouvait prendre la mesure du décalage entre les beaux discours de circonstance et leur application dans la réalité toute proche. Ainsi, si d’aventure l’une des personnalités présentes avait souhaité revenir sur terre et trouver un autre son de cloche dans l’une des deux librairies du lieu, elle serait restée sur sa faim.

Personnellement, j’ai pu le vérifier comme d’autres habitués du Palais qui ont vainement essayé de se procurer sur place le dernier ouvrage de Malka Marcovich, « Les Nations désunies, comment l’ONU enterre les droits de l’homme » aux éditions Jacob Duvernet.

A la librairie Naville, attenante à la salle de presse, la responsable m’a d’abord conseillé de me rendre à la librairie officielle de l’ONU, sise à l’opposé du bâtiment dans la nouvelle aile où siège le Conseil des droits de l’homme. Là, le libraire m’a expliqué qu’un point de vente officiel ne pouvait pas se permettre de mettre en vente un livre avec un tel titre et qu’il devait certainement être disponible chez Naville, une librairie privée non soumise à ce genre de contrainte. De retour à la case départ, la responsable m’a fait savoir qu’elle n’avait pas encore reçu ce livre et qu’elle allait le commander. L’année s’est terminée et l’ouvrage en question n’était toujours pas arrivé. Avec un sourire entendu, la libraire conseille à d’éventuels acheteurs de se procurer le titre litigieux dans une librairie de Genève, ou en France voisine où les livres sont nettement moins chers, bien que l’ONU bénéficie en principe de l’extraterritorialité.

Ce n’est d’ailleurs pas la première fois que certains ouvrages jugés politiquement incorrects ou en l’occurrence, la concernant directement mais sous un jour critique, sont interdits d’accès à l’ONU, ou parfois arbitrairement retirés de la vente sous la pression de fonctionnaires zélés ou d’interventions personnelles de pays peu respectueux de la liberté d’expression. Ainsi, la Chine prétend imposer à l’ONU la même censure qu’elle pratique chez elle et voit rouge chaque fois qu’il est question du Tibet. La mission de Chine avait naguère même réussi à faire intervenir des huissiers de l’ONU pour retirer des rayons de la librairie Naville un livre avec en couverture une photo du Dalaï-lama. Depuis, les responsables de cette librairie privée sont particulièrement attentifs aux ouvrages qu’ils exposent par crainte de se voir remplacer par un concurrent.

Ainsi va, ou ne va pas, l’ONU au lendemain des célébrations du 60e anniversaire de la Déclaration universelle, insidieusement mais avec persévérance remise en question par les pays (et ils sont nombreux dans cette enceinte) liberticides. On en a encore eu un exemple en décembre, quand l’Organisation de la conférence islamique (OCI)  a fait adopter par l’Assemblée générale (86 voix contre 53 et 42 abstentions) une nouvelle résolution condamnant « la diffamation des religions, en particulier de l’islam » avec pour corollaire de nouvelles restrictions aux libertés individuelles.


D’ailleurs, dans cette offensive concertée contre la liberté d’expression, les services d’information de l’ONU sont également mis à contribution.
A la mi-décembre, n’a-t-on pas vu le porte-parole du Haut commissariat aux droits de l’homme, Rupert Colville, s’en prendre méchamment dans un communiqué à une journaliste qui avait osé, dans un article paru simultanément dans le ‘Wall Street Journal’ et ‘The Australian’, contester la version officielle sur le cauchemar annoncé de Durban II, dont le Comité préparatoire est présidé par la Libye, avec Cuba comme rapporteur et l’Iran parmi les vice-présidents ?  Sous l’influence des violateurs patentés de la liberté de la presse, le ver est désormais dans le fruit au sein même de l’ONU. Avec la complicité de certains fonctionnaires serviles qui montrent les dents envers la presse et cherchent à faire taire les voix discordantes. C’est dans ce contexte aussi que s’inscrit l’ostracisme dont fait l’objet le livre en ne saurait plus pertinent de Malka Marcovich : à l’ONU comme ailleurs, on est décidément réfractaire aux vérités qui dérangent.

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25 novembre 2008

La Bielorussie, le Vénézuela contre le dénigrement des religions

Voir les votes en bas de page.

L'ONU APPELLE À EMPÊCHER LE DÉNIGREMENT DES RELIGIONS
AFP : 25/11/2008
- Une commission de l'ONU a adopté lundi une résolution appelant les Etats à empêcher, y compris par la loi, le dénigrement des religions, et affirmant que l'islam est souvent et faussement associé aux violations des droits de l'Homme et au terrorisme.

Cette résolution non contraignante, co-parrainée par les pays islamiques avec l'appui du Bélarus et du Venezuela, a été adoptée par 85 voix contre 50, avec 42 abstentions, par la commission des droits de l'Homme de l'Assemblée générale de l'ONU.

C'est un léger recul par rapport à une résolution similaire adoptée l'année dernière par 108 voix contre 51, avec 25 abstentions.

Les pays occidentaux, qui voient dans ce texte une tentative de limiter la liberté d'expression, ont tous voté contre. Les pays musulmans, ainsi que la Chine, Cuba et la Russie, ont voté pour.

Il devrait être également adopté, à une date ultérieure, par l'Assemblée générale, où siègent les 192 Etats membres de l'ONU.

La résolution "note avec une vive inquiétude que la campagne globale de dénigrement des religions et l'incitation à la haine religieuse en général, notamment la discrimination ethnique et religieuse à l'égard des minorités musulmanes, se sont intensifiées depuis les événements tragiques du 11 septembre 2001".

L'Assemblée se déclare "profondément préoccupée par le fait que l'islam est souvent et faussement associé aux violations des droits de l'Homme et au terrorisme."

La résolution "exhorte les Etats à appliquer et, au besoin, à renforcer les lois existantes lorsque des actes, manifestations ou expressions de xénophobie ou d'intolérance sont dirigés contre les minorités et les migrants, afin de mettre fin à l'impunité dont jouissent les auteurs de tels actes".

L'ONG UN Watch, basée à Genève, a aussitôt condamné l'adoption de ce texte. "C'est la dernière salve d'une série de résolutions de l'ONU qui cherchent dangereusement à introduire les interdits islamiques contre le blasphème dans le vocabulaire du droit international", a déclaré son directeur, Hillel Neuer, dans un communiqué.

"Les droits de l'Homme ont été conçus pour protéger les individus, pour garantir à chaque personne la liberté d'expression et la liberté de culte, mais certainement pas pour protéger quelque croyance que ce soit, religion comprise", a-t-il ajouté.

Votes des pays, en anglais
Vote on Combating Defamation of Religions
The draft resolution on combating defamation of religions (document A/C.3/63/L.22/Rev.1) was approved by a recorded vote of 85 in favour to 50 against, with 42 abstentions, as follows:
In favour: Afghanistan, Algeria, Antigua and Barbuda, Azerbaijan, Bahamas, Bahrain, Bangladesh, Barbados, Belarus, Bhutan, Bolivia, Bosnia and Herzegovina, Brunei Darussalam, Cambodia, Chad, China, Comoros, Congo, Côte d’Ivoire, Cuba, Democratic People’s Republic of Korea, Djibouti, Dominica, Egypt, El Salvador, Eritrea, Ethiopia, Fiji, Guinea, Guinea-Bissau, Guyana, Honduras, Indonesia, Iran, Iraq, Jamaica, Jordan, Kazakhstan, Kuwait, Kyrgyzstan, Lao People’s Democratic Republic, Lebanon, Lesotho, Liberia, Libya, Malaysia, Maldives, Mali, Mauritania, Mauritius, Morocco, Mozambique, Myanmar, Nicaragua, Niger, Nigeria, Oman, Pakistan, Philippines, Qatar, Russian Federation, Saint Vincent and the Grenadines, Saudi Arabia, Senegal, Sierra Leone, Singapore, South Africa, Sri Lanka, Sudan, Suriname, Swaziland, Syria, Tajikistan, Thailand, Togo, Tunisia, Turkey, Turkmenistan, Uganda, United Arab Emirates, Uzbekistan, Venezuela, Viet Nam, Yemen, Zimbabwe.
AgainstAndorra, Australia, Austria, Belgium, Bulgaria, Canada, Croatia, Cyprus, Czech Republic, Denmark, Estonia, Finland, France, Georgia, Germany, Greece, Hungary, Iceland, Ireland, Israel, Italy, Latvia, Liechtenstein, Lithuania, Luxembourg, Malta, Micronesia (Federated States of), Monaco, Montenegro, Netherlands, New Zealand, Norway, Palau, Poland, Portugal, Republic of Korea, Republic of Moldova, Romania, Samoa, San Marino, Serbia, Slovakia, Slovenia, Spain, Sweden, Switzerland, the former Yugoslav Republic of Macedonia, Ukraine, United Kingdom, United States.
Abstain:  Angola, Argentina, Armenia, Belize, Benin, Botswana, Brazil, Burkina Faso, Burundi, Cameroon, Cape Verde, Chile, Colombia, Costa Rica, Dominican Republic, Ecuador, Equatorial Guinea, Ghana, Grenada, Guatemala, Haiti, India, Japan, Kenya, Madagascar, Malawi, Mexico, Mongolia, Namibia, Nauru, Nepal, Panama, Papua New Guinea, Paraguay, Peru, Rwanda, Timor-Leste, Trinidad and Tobago, United Republic of Tanzania, Uruguay, Vanuatu, Zambia
.

Absent:  Albania, Central African Republic, Democratic Republic of the Congo, Gabon, Gambia, Kiribati, Marshall Islands, Saint Kitts and Nevis, Saint Lucia, Sao Tome and Principe, Seychelles, Solomon Islands, Somalia, Tonga, Tuvalu.

20 novembre 2008

L'Alliance des civilisations : un cheval de Troie à l'ONU *

mickeyLe 18 novembre 1928 voyait la naissance de Mickey Mouse sur les écrans de cinéma, la drôle de petite souris à l'idéologie un peu niaise. Elle s'affrontait aux méchants et aux bêtes plus grandes qu'elle, mais elle était si maligne qu'elle gagnait toujours, échappait aux plus graves cataclysmes et savait honorer et défendre les petits et les faibles contre les grands vaniteux obséquieux.
A cette époque, les discours de la SDN étaient emplis de cette idéologie grandiloquente et la naissance de Mickey aurait pu sembler bien dérisoire à un an de la crise économique de 1929....

80 ans plus tard, le 18 novembre 2008, à l'ONU à Genève - alors que le Conseil des droits de l'homme n'a toujours pas convoqué de Session spéciale concernant les violations extrêmes des droits humains en République Démocratique du Congo, qui ont fait leurs cortèges de massacres et plus d'un million de déplacés - était inauguré avec faste petits fours, champagne et discours la salle 20 de l'édifice Genevois, restaurée et appelée désormais "Salle des droits de l'homme et de l'Alliance des civilisations".

barcelo_2Offerte par l'Espagne, la voûte de la salle 20 conçue par l'artiste espagnol Miguel Barcelo est déjà présentée comme la Chapelle Sixtine du 21ème siècle.
Depuis plusieurs semaines déjà, la polémique faisait rage concernant le financement de cette oeuvre : 20 millions d'Euros dont 500.000€ prélevés sur le Fond pour le développement du Ministère des affaires étrangères espagnol.

A ceux qui - en Espagne et ailleurs - ont été choqués par l’utilisation de ces fonds, le gouvernement espagnol a répondu que le Fond pour le développement n'avait pas pour seule destination les pays les plus pauvres, mais devait servir à promouvoir la solidarité internationale de manière générale.


La polémique enfla à tel point que la conférence de Presse de Miguel Barcelo fut annulée à la dernière minute pour "conflit d'agenda".
Le communiqué de presse de l'ONU ne mentionne pas qui furent les 700 invités ni l'ensemble des discours qui ont été prononcés.
En tout cas, il fallait en être... aux côtés du Roi et de la Reine d'Espagne, le Secrétaire Général Ban Ki Moon, le premier Ministre espagnol José Luis Zapatero et son partenaire d'Alliance, l'islamiste "modéré" Erdogan qui
dernièrement déclara que la diffamation des religions était un crime contre l'humanité .

*"L'alliance des civilisations, un cheval de troie à l'ONU" , titre repris du chapitre de les "Nations désUnies", éditions Jacob Duvernet, consacré à ce mécanisme de l'ONU intitulé Alliance des civilisations, et initiée par le Président iranien Khatami en 1998, dont les acteurs principaux sont l'Espagne et la Turquie.

* Voir excellent numéro de Controverse n° 9 consacré à l'Alliance des civilisations.

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07 novembre 2008

Du dialogue à l'Alliance des civilisations, le totalitarisme de demain

Par Malka Marcovich

In Controverse n° 9 : http://www.controverses.fr/pdf/n9/markovich.pdf

Controverses_num_ro_9

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30 octobre 2008

Durban 2 : Etat des lieux d’un désastre annoncé

Alors que la France, Présidente de l’Union européenne, continue d’affirmer qu’elle ne laissera pas franchir les lignes rouges dans le processus de Durban 2, la situation aujourd’hui laisse présager du pire et montre sans ambiguïté que les lignes rouges ont nettement été franchies. Le Danemark vient d’ailleurs d’annoncer qu’il envisagerait de ne pas participer à Durban 2

Etat des lieux

Etat d’avancement des négociations sur le document
La dernière réunion du comité préparatoire tenue du 5 au 17 octobre 2008, a consisté notamment à organiser le document et l’ordre des paragraphes (environ 500). Le langage de ces paragraphes devra être négocié lors de futures réunions intergouvernementales et de la dernière réunion préparatoire qui aura lieu à la veille de la conférence d’examen en avril 2009.
Le document actuel est fait à partir d’une compilation de contributions issues de la Conférence régionale d'examen pour l’Amérique du Sud à Brasilia au Brésil, la Conférence régionale pour la région Afrique à Abuja au Nigeria, celles du groupe Asie, de l’Union Européenne, de l’Organisation de la conférence islamique, et du groupe de travail gouvernemental intersessionel. A noter qu’en dehors de la contribution de l’UE, toutes les autres sont influencées par la terminologie et l’idéologie politique du Mouvement des Non Alignés et de l’Organisation de la Conférence Islamique, qui forment la majorité des pays membres des différents groupes onusiens, en dehors du groupe Europe de l'Ouest et autre. (voir notamment dans « Les Nations désUnies)

Points qui posent problèmes

L’instrumentalisation de l’histoire, concurrence mémorielle, création de normes historiques et réparations
L’ONU devient le lieu de revendication de la réparation des « injustices historiques » qui sont la cause de la pauvreté, de la marginalisation, de l’exclusion sociale, des disparités économiques, de l’instabilité et de l’insécurité de nombreux peuples ». Ainsi, le racisme trouve en « premier lieu » ses sources « dans le colonialisme et l’esclavage » et la traite transatlantique, qui est toujours, (sauf dans un paragraphe proposé par l’UE qui parle de la traite intra africaine ou trans océan indien) le fait des occidentaux. D’un côté, on « apprécie » les « quelques expressions de regrets, ou les remords, les excuses, le paiement de réparations ou la restitution d’objets d’arts ou culturels depuis huit ans », et de l’autre on « demande urgemment »  à ceux qui ne l’on pas encore fait « de présenter des excuses aux victimes du colonialisme et des injustices historiques et de prendre toute les mesures appropriées afin de panser les blessures et parvenir à la réconciliation ». 

Les formes contemporaines d’esclavage
Les formes contemporaines d’esclavage sont décrites uniquement dans cette filiation précise de l’esclavage historique, ou encore le travail forcé, la servitude ou la traite des personnes. En aucun cas elles ne s’inscrivent dans les travaux du Groupe de travail sur les formes contemporaines d’esclavage, créé dans les années 1970, qui était sensé observer l’application des conventions relatives à l’esclavage ou pratiques analogues dont la Convention du 2 décembre 1949 pour la répression de la traite des être humains et de l’exploitation de la prostitution d’autrui. Cette convention citée dans le Programme d’Action de 2001 à Durban, ne fait plus partie des textes de références dans le projet de texte de la conférence d’examen de 2009.

La traite des personnes
En revanche on évoque largement la traite des personnes, en mélangeant tous les concepts, y compris la question des migrants. Alors même que les normes internationales les plus récentes en la matière font une claire distinction entre la traite et le trafic de migrants. Ce savant fourre tout linguistique, qui s’avèrera - à n’en pas douter- consensuel, n’a plus rien à voir avec la définition officielle de la traite. Ainsi des points essentiels tels que la non pertinence du consentement des victimes, ou la demande comme facteur favorisant la traite en sont tout bonnement absents. Les rapports de Sigma Huda, ancienne rapporteure spéciale sur la traite, qui portaient sur la demande masculine dans l’industrie du sexe, ou sur la traite aux fins de mariages forcés - sujets révolutionnaires s’il en est - ne sont bien évidemment nullement cités en référence, alors que les attendus des travaux d’autres rapporteurs spéciaux sont largement cités en exemple.

Les migrants
Outre l’amalgame entre traite de personnes et trafic de migrants, on identifie la plupart du temps les migrants à ceux en Europe,  issus essentiellement de la culture ou religion musulmane qui seraient victimes « d’Islamophobie »

Le terrorisme
On souligne les dérives de certaines actions dans la lutte anti-terroriste qui peut renforcer des préjugés racistes ou xénophobes. Parmi elles sont dénoncées les mesures de profilage « religieux » dans les sociétés multiculturelles (à comprendre occidentales). Que signifie le profilage religieux ? A moins qu’il ne s’agisse du profilage de ceux qui portent des signes distinctifs religieux ?

L’antisémitisme
L’antisémitisme est intégré comme une atteinte contre une religion, aux côtés de « l’islamophobie et de la christianophobie ». Or l’antisémitisme n’a jamais constitué une atteinte contre la religion juive (même si à certaines époques, cela s’appuyait sur des préjugés religieux) mais une attaque contre le peuple juif.

L’islamophobie
La Conférence de Durban en 2001 a entériné pour la première fois dans un document international le concept d’islamophobie. Certains pourraient arguer que l’on ne peut plus revenir sur un terme entériné. Dans le contexte actuel cela semble en effet  difficile. Cependant il y eut des précédents dans des conférences d’examen d’autres conférences mondiales comme lors de Pékin + 5 en 2000.

La légitimation intellectuelle et démocratique du racisme, contre le multiculturalisme
Cette formule inventée par le rapporteur spécial contre le racisme Doudou Diène, est intégrée à de nombreux passages du document. En réalité, cette dénonciation de la résistance au multiculturalisme est développée pour s’inquiéter aussitôt de « l’islamophobie » où de l’atteinte à la pratique de l’Islam. Des exemples sont cités tels que « des restrictions pour la construction de Mosquées et de minarets », le « contrôle de l’enseignement et de la culture de l’Islam ». Il n’est jamais question de la résistance au multiculturalisme dans des sociétés où les populations musulmanes sont majoritaires, lorsque des minorités sont discriminées, qu’elles soient ethniques ou/et religieuses.

Blasphème, diffamation et incitation à la haine religieuse
« La tendance la plus inquiétante du racisme depuis 2001 » serait la « diffamation des Musulmans, de leur croyance et l’incitation à la haine religieuse » qui « affecte la paix et la stabilité internationale et nationale ». Les musulmans seraient empêchés de « s’intégrer » dans les pays où ils sont minoritaires, par le fait qu’on leur interdise « la pratique de leur religion. » « La publication de caricatures offensantes » au nom de la « liberté d’expression » constitue un frein « à la volonté commune de combattre le terrorisme et l’occupation étrangère » 

L'occupation étrangère
« L’occupation étrangère trouve ses fondements dans des lois discriminatoires racistes ». « C’est une nouvelle forme d’apartheid, de crime contre l’humanité, de génocide et un sérieux danger pour la paix internationale et la sécurité. » « Il faut engager une campagne mondiale de prise de conscience sur les répercussions, les manifestations et conséquences de toutes les pratiques racistes des pouvoirs occupants qui prend racine dans une idéologie raciste. »
Sous la rubrique occupation étrangère, on ne fait mention que « des Palestiniens et des autres habitants des territoires arabes occupés » qui subissent une discrimination raciale par Israël.

Le peuple Palestinien

C’est le seul peuple mis en exergue et à faire l’objet de plusieurs paragraphes spécifiques. Le droit au retour du peuple palestinien est affirmé. La communauté internationale est interpelée pour fournir protection contre les actes racistes et d’agression. Jérusalem, « lieux saint des trois religions » est mise en danger "du fait de son occupation "et « des pratiques racistes ».

Prévention, dialogue interreligieux et inter civilisationnel
Pour prévenir le racisme, voir appaiser le conflit au moyen orient, il faut axer les actions autour  du « dialogue entre les cultures, les religions et les civilisations » afin de « promouvoir une culture de tolérance et de respect pour la diversité. Ainsi, il sera possible de « mettre fin aux incitations à la haine religieuse, en particulier à l’Islamophobie ». Il est demandé au « Conseil des droits de l’homme d’inviter des représentants de communautés religieuses et culturelles » afin « d’approfondir le dialogue » et « qu’ils mènent des actions communes s’inscrivant au cœur de leur foi par rapport à la paix, aux droits humains et au développement ».
L’action en la matière de l’UNESCO, du Conseil de l’Europe, de l’OSCE et de l’Alliance des civilisations est mise en exergue, cette dernière étant évoquée à plusieurs reprises.

Liberté d’expression
Dans plusieurs endroits les  "obstacles" identifiés "dans le combat collectif contre le racisme »  sont « le manque de stratégies morales et éducatives », « l’impunité sous divers prétexte comme la liberté d’expression, la lutte contre le terrorisme »

Normes complémentaires et nouvelles structures
« Il faut identifier les manques dans les instruments internationaux des droits humains » afin « d’élaborer des normes complémentaires ». « Le Comité Ad Hoc doit continuer urgemment à identifier ces manques afin d’élaborer des recommandations pour l’élaboration de normes complémentaires »

24 septembre 2008

Pour l’Europe, la démocratie n’est elle plus la chose la plus fondamentale ?

C’est ce qu’a affirmé le Président de la République Française, Monsieur Nicolas Sarkozy, parlant au nom de l’Union Européenne à l’Assemblée Générale de l’ONU le 23 septembre 2008.

"Ce qui nous rassemble dans cette enceinte où chacun est obligé d’écouter l’autre et par là de lui témoigner une forme de respect, ce qui nous rassemble c’est quelque chose de plus fondamental que la démocratie, c’est le respect de la dignité de chacun tel qu’il est, dans la diversité des opinions, des sensibilités, des cultures, des croyances. La dignité de l’Homme est une valeur universelle. Ce qu’il nous faut promouvoir partout, c’est le respect de cette diversi qui est le gage le plus sûr de la paix et de la fraternité humaine, l’antidote le plus sûr à l’intolérance, à la haine et à la violence.

Voilà ce que veut l’Europe : les peuples unis dans le respect, la compréhension et la solidarité, travaillant ensemble à la grande cause commune de la sauvegarde de l’Humanité.

Le temps presse, le monde ne peut attendre."

Pour le Président  de la Turquie Abdullah Gül également, "le monde ne peut attendre",  et "le temps presse" pour développer le nouveau produit labellisé ONU, l’Alliance des civilisations - initié par l’ancien président de la République islamique d’Iran Khatami sous l’intitulé « dialogue des civilisations » (voir lesNations désUnies) – qu’il co-anime avec l’Espagne. 
Le 23 septembre la Turquie allait dans le même sens que le président français. Ce pays qui demande son adhésion à l'Union européenne semblait 
plus préoccupé par le développement de l'Alliance des civilisations que par la promotion des valeurs de démocratie dans le monde.

"Le combat contre le terrorisme, le racisme, la xénophobie et toutes les formes de discriminations religieuses et extrémismes est particulièrement important. Nous devons être particulièrement vigilant contre le risque d’aliénation future entre les différentes cultures et religions.
La Turquie continuera à être un pays leader pour faire avancer les objectifs (de l’Alliance) qui a reçu un accueil mondial, y compris de la part de l’Union Européenne et de l’Organisation de la Conférence Islamique."

En septembre 2007, l’Iran organisait une conférence sur les droits de l’homme et la diversité culturelle où s'est rendue l’OCI (outre la Haute Commissaire aux droits de l'homme).
En juillet 2008, le Mouvement des non alignés se réunissait à Téhéran pour une conférence interministérielle où les gouvernements ont élaboré leur programme international que le nouveau Président de l'AG, le père d’Escoto a repris dans son allocution du 16 septembre.

L’OCI est une partenaire privilégiée du Mouvement des non alignés, 118 pays qui ont proclamé en juillet 2008 leur soutien à Téhéran.

La déclaration de l’Iran, quelques interventions après la Turquie et la France (voir iran_en_GA_1 iran_en_GA_2, comporte une tonalité qui traverse désormais l’ensemble des discours des gouvernements, comme l'a justement relevé le journaliste Christian Malar.

Posté par Malka Marcovich à 15:34 - Démocratie - Commentaires [0] - Permalien [#]
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