17 octobre 2009
« PARLEZ POUR VOUS, M. MITTERRAND ! »
« PARLEZ POUR VOUS, M. MITTERRAND ! »
Lettre ouverte à Frédéric Mitterrand, ministre de la Culture,
par le réseau "Encore féministes !" Florence Montreynaud
Monsieur,
Quand vous avez été nommé directeur de la Villa Médicis, puis ministre de la Culture, s'est vérifiée une « exception française » : dans les autres pays occidentaux, un homme ayant payé de jeunes prostitués à Bangkok et l'ayant rapporté dans un récit autobiographique se serait de ce fait exclu de tout poste officiel.
Quand vous avez soutenu le chanteur Orelsan, vous avez déclaré « ne rien voir de choquant » dans la chanson « Sale pute ! » Ne percevoir que l'expression légitime d'un « dépit amoureux » dans des paroles comme « T'es juste bonne à te faire péter le rectum [.] On verra comment tu suces quand j'te déboiterai la mâchoire. [.] J'vais te mettre en cloque (sale pute) Et t'avorter à l'Opinel », et rapprocher Orelsan de Rimbaud ont achevé de donner la mesure de votre sensibilité culturelle.
Quand vous avez défendu Roman Polanski, poursuivi pour un viol sur une fille de 13 ans, en parlant d'une « histoire ancienne qui n'a pas vraiment de sens », vous avez banalisé le crime de viol, sur mineure qui plus est. On a alors appris que, dans une lettre à en-tête de la Villa Médicis, vous aviez minimisé, en le qualifiant d'« écart », le viol d'une mineure commis par deux garçons que vous protégez. Vous persistez donc à secourir des agresseurs en vous plaçant au-dessus de la loi.
Quand le scandale éclate et que le 8 octobre vous vous expliquez au Journal de TF1, vous déclarez, au sujet de vos actes de prostitution à Bangkok : « Que vienne me jeter la première pierre celui qui n'a jamais commis ce genre d'erreur au moins une fois dans sa vie ! » Selon vous, exploiter la misère en payant des actes sexuels ne serait qu'une « erreur », et vous la justifiez en osant prétendre qu'elle est générale.
M. MITTERRAND, NE PARLEZ PAS POUR NOUS !
NON, tous les hommes n'ont pas payé pour un acte de prostitution ! Et toutes les femmes encore moins !
Respectez celles et ceux pour qui la sexualité humaine est la rencontre, dans la gratuité, de deux désirs !
Sur le site de "Encore féministes !", des hommes disent NON au viol et NON à la prostitution !
04 août 2009
Assistante sexuelle pour handicapés ou prostitution ?
Publié dans Libération du 4 août 2009
Est publié ici l'intégralité du texte tel qu'envoyé à Libération le 22 juin 2009
On le sait pour les contrats d’assurance, il faut toujours lire les petites lignes. Le Manifeste « Tous solidaires avec les personnes handicapées (1)» publié sur le site Internet de l’Express, et signé par diverses associations et personnalités, le prouve. Jouant sur les mots, il entraîne un certain nombre de signataires dans une embuscade.
Comment ne pas adhérer pleinement, de prime abord, à ce Manifeste qui défend à juste titre le droit à l’emploi, à l’éducation, à la liberté de circuler, à la mise en place de structures suffisantes, etc… ?
Mais qu’en est-il des dernières lignes du texte, vite expédiées, et dont les détails sont reportés plus loin dans l’article (2)? Le « droit à une vie affective et sexuelle » nous est servi l’air de rien en fin de plaidoyer. Oui, mille fois oui à une prise en compte de la sexualité des personnes handicapées et au respect qui doit l’entourer !
Mais faut-il aller jusqu’à créer, comme aux Pays-Bas, des « assistants sexuels », personnes chargées de fournir elles-mêmes du plaisir sexuel, comme l’idée en est avancée plus loin sur le site et comme songent à le faire des associations de personnes handicapées réunies depuis mars 2008 dans le collectif Handicaps et Sexualités (CHA) (3)?
Faut-il garantir un « droit à la vie sexuelle », droit qu’il deviendra difficile de dénier à d’autres catégories de population (prisonniers, malades, etc…) ? Et qu’est-ce qu’un « droit à la sexualité » qui implique un « devoir sexuel » pour celles et ceux qui seront chargés de l’assurer ?
Ainsi, un nouvel « emploi » verrait le jour en France. Un « métier reconnu » doté d’une formation et qui, « pour des raisons culturelles (4)» serait en réalité majoritairement exercé par des femmes, pour les « besoins » d’une majorité d’hommes. Dans l’idéal, cet « emploi » serait exercé par des personnes issues du domaine médical ou paramédical, à qui serait proposée une formation. Les étudiantes kinésithérapeutes ou aide-soignantes apprécieront.
Une nouvelle fois, les femmes vont payer la note. Renvoyées au sacrifice, à la générosité dont elles sont si prodigues, trouvant une solution au chômage dans un nouveau « métier de service ». Une étape supplémentaire sera franchie. Le service domestique et le service soignant ne suffisant plus, le service sexuel viendra parachever le retour de la femme traditionnelle, oublieuse de soi, de sa propre sexualité, de ses propres désirs. On la paiera et elle aura la satisfaction, n’est-ce pas, de faire une bonne action.
Pas de prostitution là-dedans (5), nous dit-on. Mais quoi, alors ? Comment appeler autrement un « service » rémunéré, comportant des actes sexuels ? Changer un nom suffirait-il à changer une réalité ?
Faut-il rappeler que dans les pays où ce « service » existe, il est considéré comme une forme de « prostitution spécialisée » ? Qu’il ne peut être mis en place qu’à la condition de dépénaliser certaines formes de proxénétisme, ce qui est le cas aux Pays-Bas, en Suisse, en Allemagne, tous pays qui organisent la mise à disposition des femmes, avec la bénédiction de l’Etat, au bénéfice de la moitié masculine de la population, handicapée ou non ?
L’incohérence serait totale à l’heure où de plus en plus de textes internationaux, que la France a notamment ratifiés (6), reconnaissent que l'existence d'une "demande" contribue à l'organisation de la prostitution et à la traite des femmes et appellent les Etats à la décourager ! Comment concilier la création de « services d’assistant-e-s sexuel-le-s » et les mesures préconisées – y compris législatives - à même de dissuader les « clients » des personnes en situation de prostitution ?
On note d’ailleurs que certain-e-s signataires du Manifeste – Catherine Trautmann, Axel Kahn, Bertrand Delanoë, Jean-Louis Bianco, etc…- ont à d’autres occasions exprimé leurs craintes sur la marchandisation de la sexualité ou se sont engagés en faveur de textes défendant la pénalisation des clients prostitueurs. Leur a-t-on vraiment donné tous les éléments sur le contenu du « droit à la vie sexuelle » ?
La prostitution est un des hauts lieux de la violence contre les femmes. En faire un « métier de service », au nom de la détresse –réelle- de quelques-uns, c’est fournir un cheval de Troie à l’industrie du sexe et à ses marchands de femmes qui n’auraient jamais osé rêver d’une telle promotion.
Nous refusons cette nouvelle dérive. Croit-on vraiment respecter les personnes handicapées en créant une loi spécifique qui aboutisse, non à résoudre leur légitime demande de liens affectifs et sexuels, leur besoin de reconnaissance en tant que citoyen-ne-s, mais à se débarrasser d’un problème douloureux en fabriquant une solution marchande ?
Qu’en pense Valérie Létard, secrétaire d’Etat à la solidarité (7), qui a déclaré cette création « impossible et impensable au regard de la loi française (8)» ? Qu’en pense Roselyne Bachelot, ministre de la santé ?
Nous aimerions le savoir.
Signatures :
Bernice Dubois, déléguée MAPP à l’ONU
Lilian Hals French, Présidente de Initiative Féministe Européenne
Claudine Legardinier, journaliste
Malka Marcovich, historienne
Françoise Morvan, Vice-Présidente, Coordination française pour le Lobby Européen des Femmes
Emmanuelle Piet, Collectif Féministe contre le Viol (CFCV)
Colette Rivemale, Directrice de Centre d’adultes handicapés
Evelyne Rochedereux, Présidente CIBEL
Sabine Salmon, présidente nationale de Femmes Solidaires
Annie Sugier, Présidente de la Ligue du Droit International des Femmes
Wassyla Tamzali, avocate, ex-directrice du programme sur la condition des femmes à l'Unesco
Aline Vergnon-Bondarnaud, Présidente du GRAIF Marseille
Michèle Vianès, Présidente de Regards de Femmes
ET
Isabelle Alonso, écrivaine
Marie-Christine Aubin, militante féministe
Méry Benaroya, Ingénieure
Breen Katie , journaliste/conseil éditorial
Anne Bucas-Français, militante féministe
Dinah Brami, militante féministe
Denise Brial, enseignante, présidente Atalante (vidéos féministes)
Sylvaine Boussuard – Le Cren,
Sophie Chauveau, écrivaine
Conchita GONGORA, mère de Zoé, 23 ans, polyhandicapée
Jacques Dachary,
Claire Darc, militante féministe
Michèle Dayras, Présidente de SOS Sexisme
Carine Delahaie, rédactrice en chef de Clara Magazine
Catherine Deudon, auteure photographe d’Un Mouvement à Soi
Annick Fournier, retraitée de l’Education Nationale
Nadia Guédri, Femmes Libres
Claude Groussin, Présidente du CDGM
Hélène Hernandez, Femmes Libres
Patric Jean,cinéaste
Juliette Minces , écrivaine
Hélène Piano, déléguée BPW international à l’UNESCO
Delphine Raynaud, CFCV
Margaret Reuter, militante féministe
Ernestine Ronai, responsable de l'Observatoire départemental des violences envers les femmes du 93
M.F. Rougerat
Ghislaine Royer, Présidente BPW France
Annie Segura-Daudé, Présidente du Mouvement Jeunes Femmes
Nelly Trumel, émission Femmes Libres Radio Libertaire
[1] http://www.lexpress.fr/actualite/societe/manifeste_handicap.asp
[2] Reportage sur la condition des personnes handicapées, page 4 du site
[3] Le texte fondateur préconise la mise en place de services « d’assistance érotique et/ou sexuelle » avec « l’élaboration de référentiels métiers, de compétence et de formation ».
[4] ibid..
[5] Lire à ce propos le rapport de M. Marcel Nuss, Propositions pour un accompagnement plus humanisé et humanisant et une formation plus adaptée – (juin 2006)
[6] Protocole de Palerme, 2000 – Convention de Varsovie, 2005.[7] Valérie Létard était encore à l'époque de la rédaction de ce texte Secrétaire d'Etat à la solidarité
[7] Prostitution et Société n° 160, revue du Mouvement du Nid, Dossier Handicap et prostitution, 2008 – en ligne sur http://www.prostitutionetsociete.fr/actualites/actualites-france/handicap-accompagnement-sexuel-ou
22 mai 2009
La lutte contre la traite : offensive contre les droits des femmes et l'autodétermination des femmes
Le 13 mai 2009, l'Assemblée Générale organisait un dialogue thématique interactif sous l'intitulé : " Agir ensemble pour mettre fin à la traite des êtres humains".
Cette journée était organisée avec le soutien du Bahreïn, de la Biélorussie, de l'Egypte, des Emirats arabes unis, de l'Equateur, du Nicaragua, des Philippines, de la Thaïlande et du Qatar.
Elle s'inscrivait dans les premières initiatives qui avaient vu le jour en février 2008, sous l'égide des Emirats arabes unis, la "Global initiative against trafficking" (UNGIFT).
et dans le prolongement d'autres actions ou débats thématiques organisés depuis par la Biélorussie à l'Assemblée Générale en 2008, ou encore en
mars 2009 à Manama dans le Royaume du Bahreïn, sous l'égide de sa majesté Sheikha Sabeeka Bint Ibrahim Al-Khalifa, femme du roi du Bahrein (pays qui l'on s'en souvient soutient le maintien de la polygamie) et avec la participation de réseaux de femmes tels que le Conseil des femmes d'affaires arabes, l'association des jeunes dames (young ladies) du Bahrein, UNGift women leaders, le réseau des first ladies, et surtout la Fondation Suzanne Mubarak,
devenue l'organisation incontournable depuis 2008 dans les nouvelles actions contre la traite des femmes. Cette dernière reçut du directeur du Bureau de l'ONU contre la drogue et le crime (UNODC), Antonio Mario Costea une distinction de reconnaissance pour sa "vision" dans la lutte contre la traite. (La Fondation Suzanne Mubarak avait une place centrale également lors du dialogue thématique du 13 mai à l'AG.)
Les recommandations des consultations précédentes, et le dialogue thématique du 13 mai ont pour ambition d'élaborer un nouveau texte normatif contre la traite des personnes, qui s'intitulera "Action globale pour mettre fin à la traite", et qui viendra compléter le protocole dit de "Palerme" adopté en 2000 contre la traite des personnes, en particulier des femmes et des enfants.
Ce projet est soutenu par la Mouvement des Non alignés (118 pays sur les 192 membres de l'ONU) et l'Union Africaine représentée par le Soudan lors du débat thématique.
L'Egypte apporta sa touche emphatique à la voix du Soudan, indiquant que ce plan d'action plongeait ses racines en Afrique en raison de l'esclavage qui avait affecté les africains dans l'histoire. (il faut rappeler ici que seule la traite transatlantique est reconnue à l'ONU).
Les pays qui se sont opposés à ce nouveau projet sont : La République Tchèque au nom de l'UE, les Pays Bas, l'Italie, le Portugal en leur nom propre (la France ne s'étant pas exprimée), le Canada, la Norvège et les USA.
Le plan d'action devra promouvoir un partenariat entres le secteur privé et les Etats, et coordonner les actions d'agences spécialisées telles que l'Organisation Internationale du travail, l'Organisation internationale des migrations, le Haut commissariat aux droits de l'homme, le CDH, l'UNODC etc...
Certains de ces organes ont été à la pointe des attaques contre les droits des femmes durant ces 15 dernières années, rendant leurs revendications opaques, mélangeant les concepts... (voir à ce sujet article la traite des femmes dans le monde).
Plus grave, ce sont sur les cendres du Groupe de travail sur les formes contemporaines d'esclavage, (voir, Les Nations désUnies) et la disparition de toute référence à la Convention du 2 décembre 1949 pour la répression de la traite des êtres humains et de l'exploitation de la prostitution d'autrui, que vont s'élaborer les nouvelles normes contre la traite, ces références étant absentes du document de base transmis aux délégations à l'occasion de cette journée de "dialogue". De plus, les derniers rapports présentés par le Haut Commissariat, l'OIM ou l'OIT comme documents de base pour le Plan d'action de demain s'inscrivent en parfaite opposition avec ces texte normatifs, et fournissent une nouvelle interprétations des termes et des concepts pourtant entérinés jadis et protégeant les femmes.
Le Président de l'Assemblée Générale Miguel d'Escoto Brockman s'est pour sa part notamment appuyé sur l'infâme document de Durban 2, dont les paragraphes concernant la traite constituent une véritable régression.
Il va sans dire que les travaux de la rapporteure spéciale sur la traite, Sigma Huda, (qui a été remplacée par la nigériane Joy Ngozi Ezeilo, au service du nouveau discours officiel) ne sont pas mentionnés parmi les documents de référence.
02 mai 2009
SALE PUTE : QUI A PEUR DU PETIT RAPPEUR ?
par Claudine Legardinier
« Sale pute ». Le rappeur [1] a parlé. Une femme qui dit non ? Une pute. Une femme qui dit oui ? Une pute. Une femme qui en choisit un autre ? Une pute. Toutes des putes. Pute : le mot le plus injurieux de la langue française. Celui qui charrie le maximum de haine et de mépris des femmes. Sale pute, crie le rappeur, l’étoile montante de la chanson française, l’espoir de la création contemporaine. Emporté par ce mot-sésame qui surgit du tréfonds et ouvre un droit au viol et au meurtre, il se laisse aller à son penchant, une litanie de tortures qu’il faudrait trouver musicale.
Classique. Le gros dur se dédouane avec un procédé à deux sous. Il disqualifie sa victime en la traitant de pute. Pute, et tout est dit. Ce mot ordurier a une fonction. Il constitue une excuse pour l’agresseur ; un laissez passer ; une invitation au meurtre. On peut lui faire tout ce qu’on veut, on peut l’humilier, on peut la violer, on peut la tabasser puisque c’est une pute !
Traduisez : c’est sa faute à elle. Les femmes ont l’habitude. Toujours coupables. Coupables de se trouver au mauvais endroit au mauvais moment si elles sont violées ; coupables de l’avoir cherché ; coupables d’exister. Coupables d’être des putes. Coupables d’être des femmes, surtout. Dans un monde où suinte encore la haine à leur égard, une haine déclinée sur tous les modes de la violence et relayée par l’ensemble de la culture, orchestrée par les médias, distillée dans les films porno, les pubs, les radios, les plateaux télé, les jeux vidéo, les clips des rappeurs… Fascination, mépris, on frise le délire collectif : les couturiers branchés habillent les femmes en putes, les réalisateurs télé raffolent des héroïnes putes (pardon, escortes), les meurtriers en série tuent en priorité les prostituées, celles que les braves gens tiennent pour des « putes ». Message, pour celles qui auraient la tête dure : toutes des putes sauf ma mère.
Il est temps de hurler plus fort que les rappeurs. De crier que la pute n’existe pas. La pute est une création, de toutes pièces, des agresseurs et de ceux qui se réservent le droit de l’être ; de types haineux, encombrés d’une virilité impuissante et terrifiée ; de machistes qui voient les femmes comme des prêtes-à-subir toujours à disposition ; de petits rappeurs orduriers. La pute n’existe que dans l’imaginaire de certains hommes, de trop d’hommes pour qui les femmes ne sont que des objets de défoulement, des territoires à coloniser et à soumettre.
Un tel concentré de haine pourrait raisonnablement donner envie de monter des barricades. Des femmes, des féministes, se sont contentées de riposter par l’envoi de lettres, notamment aux patrons de festivals (Printemps de Bourges), pour demander la déprogrammation de cet individu. S’il fallait une preuve que le féminisme ne tue jamais personne, alors que le machisme tue tous les jours, celle-ci y suffirait. Pourtant, de bonnes âmes, souvent masculines, s’émeuvent de tels excès, criant à la censure. On invoque l’art et la liberté d’expression, on juge les réactions « disproportionnées », on excuse le pauvre garçon en proie au « mal-être », on pardonne « une génération perdue et désabusée ». Et pour finir, on injurie une nouvelle fois les femmes, qui, de putes, se voient renvoyées à un statut à peine plus enviable, celui de « dames patronnesses[1] ».
Les femmes, c’est bien connu, ça fait des histoires ! On les préfère passives. Et muettes. L’affaire est entendue. Elles sont là, de toute éternité, pour être traitées de putes, menacées de meurtre et de viol, objets de haine, et doivent s’en trouver bien.
Le quart d’un tel appel à la haine, antisémite, raciste ou homophobe, ferait lever toutes les consciences courroucées de notre beau pays. Mais un appel à la haine des femmes trouve toujours des chantres de la « liberté » pour l’excuser. Pour en débattre. Il y a les « pour » et puis les « contre ».
N’est-il pas troublant que l’on ne crie à la censure que lorsqu’il s’agit de violences à l’égard des femmes ? Faut-il comprendre que l’insulte faite aux femmes, l’appel au meurtre, sont le fondement même de ce que trop d’hommes appellent encore « la liberté d’expression » ? La « liberté » doit-elle donc être éternellement confondue avec le droit d’insulter et de mépriser tout ce qui relève du féminin ?
Combien de temps encore excusera-t-on la violence sexiste et sa promotion ? Combien de temps continuera-t-on à s’aveugler sur des agressions, des meurtres qui font régulièrement la une des médias sans que quiconque s’avise qu’il s’agit d’actes relevant de la violence sexiste ? Quand en finira-t-on avec la complaisance qui accompagne le massacre quotidien, par nombre de chantres de la « culture », de toutes les campagnes contre les violences et autres chartes de l’égalité ?
On préfère fermer les yeux. Se fabriquer une conscience en or à coup de textes exemplaires, de colloques, de conférences, de conventions, de circulaires, de chartes, de labels, de directives. Mais à quoi bon tant de pieuses déclarations nationales et européennes, de campagnes pour l’égalité filles/garçons ? Pourquoi écrire partout ton nom, Egalité, si nous laissons le moindre rappeur, et ses semblables, proférer leur invitation, urbi et orbi, au viol et à la haine ?
Tout comme la conscience des « clients » s’arrête à la porte du bordel (avec une pute, tout est permis… puisque c’est une pute), la conscience de la société s’évanouit aux abords de la scène artistique et médiatique. On le mesure au silence de nombre d’intellectuels et de politiques. Avec les femmes, tout est permis ! 1] Orelsan
[2] Libération, 21 avril, page Portraits
[
24 avril 2009
Le MAPP, la CATW et le LEF défendent les droits des femmes à Durban 2
Les pays, dont la France et la Suisse se sont réjouis de l'inclusion des femmes dans le texte de Durban 2, qui se limite pourtant à l'accès à l'emploi et les femmes migrantes.
Le Mouvement pour l'Abolition de la prostitution et de la pornographie et de toutes formes de violences sexuelles et discriminations sexistes (MAPP), la Coalition internationale contre la traite des femmes (CATW) et le Lobby européen des femmes (LEF) ont dénoncé vendredi 24 l'instrumentalisation des droits des femmes aujourd'hui, la disparition du Groupe de travail sur les formes contemporaines d'esclavages, les régressions auxquelles nous assistons, notamment en ce qui concerne la traite et la prostitution, les discriminations que subissent les femmes en raison des religions, la lesbophobie, la pénalisation d'une sexualité hors mariage, le non accès aux droits reproductifs, la limitation de la liberté d'expression envers celles qui critiqueraient l'oppression des femmes par les religions etc...
Intervention de Bernice Dubois au nom de ces trois organisations. [ French ] 3 minutes
19 mars 2009
PROSTITUTION : LA GRANDE PROMO
Par Claudine Legardinier, journaliste
Réaction à la diffusion du documentaire :
LES TRAVAILLEU(R)SES DU SEXE, de Jean-Michel Carré
On peut compter sur nos hommes de gauche, nos intellectuels les plus « progressistes », en mal de cause à défendre, pour faire la promo de cette ringardise : la prostitution. Jean-Michel Carré, documentariste connu pour son regard sans concession sur « le système Poutine » ou son analyse de l’oppression des salariés (« J’ai mal au travail »), a enfourché un nouveau cheval de bataille : la LSI sur la sécurité intérieure, dite Loi Sarkozy, qui réprime le racolage et donc les personnes prostituées. On ne peut que l’approuver. La répression qui s’abat sur elles est injuste et ne fait qu’aggraver les violences auxquels elles sont quotidiennement exposées.
Mais fallait-il pour autant se faire le porte-parole zélé des militant-e-s pro prostitution ? Pas un ne manquait à l’appel. Le discours ne nous a pas épargné un seul des grands crédos réactionnaires : la prostitution, c’est branché, c’est subversif, c’est le haut lieu de la liberté humaine. Les prostituées « aiment ça ». Elles sont l’espoir et l’horizon vital des hommes handicapés et esseulés.
On reste sans voix devant pareille ignorance des faits et du dossier. Les clients sont majoritairement des hommes lambda, le plus souvent en couple. Et loin d’être les partenaires édulcorés montrés dans le film, ils sont les premiers agresseurs des personnes prostituées. Insultes, violences, humiliations, agressions, leurs prouesses sont désormais dénoncées dans toutes les enquêtes. Ici, pas un mot. Rien non plus sur les réalités quotidiennes de la prostitution : alcool, drogue ou valium pour tenir face à leurs exigences. Rien sur les dimensions sans précédent de la traite des femmes, les trafiquants travaillant avec acharnement à offrir audit client l’approvisionnement varié, exotique et de préférence très jeune auquel il pense avoir droit. Rien sur les profits faramineux et le pouvoir croissant des patrons de bordels. Rien sur la révolte des personnes prostituées qui tiennent un autre discours, tellement plus nombreuses mais qui n’osent pas se montrer devant une caméra, séquestrées qu’elles sont sous le poids d’un regard social impitoyable. Leur parole restera bâillonnée. Tant pis pour elles.
Aveuglé par le petit vernis émancipé, libertaire, qui lui a été généreusement servi, l’auteur n’a pas vu qu’il ouvrait des avenues aux proxos qui, même dans leurs rêves les plus fous, n’auraient pas osé imaginer pareil coup de main. Dans une Europe déjà largement pourvue en bordels « new look », les marchands de femmes comptent sur la bénédiction des médias. L’affaire est en bonne voie. Leur meilleur sésame, c’est le « consentement » des personnes à être exploitées. Quant aux clients, à qui les sociétés ont toujours garanti ce droit séculaire à disposer du corps des femmes, ils se frisent les moustaches. Totalement légitimés dans leur bon droit (le film a pris soin de nous dire que tout ça, c’était la faute de… leur mère !), ils vont pouvoir continuer à s’acheter tranquillement une femme, ou un garçon, comme une pizza. Sans se poser de question. On nous l’a dit, le client est roi. Ce que l’on a omis de préciser, c’est qu’il est le moteur de la traite des femmes. A tel point que tous les textes internationaux sur la traite engagent désormais les Etats à tout faire pour « décourager la demande » ! Mais qu’importent les textes politiques, qu’importent les ravages de la traite et le tribut payé par les femmes pauvres chargées de « servir » le client. L’essentiel n’est-il pas de préserver ce sacro-saint « droit de l’homme » à aller au bordel ?
De même, le film nous a vanté le modèle suisse. Un pays où les autorités elles-mêmes s’alarment face au nombre croissant de gamines de 16 ans qui grossissent les rangs de la prostitution. En parler jetterait une ombre à si idyllique tableau. On préfère écouter benoîtement la tenancière aux seins siliconés nous faire l’article : le bordel comme haut lieu de la « transparence », de la philanthropie et du respect des droits humains, avec son ultime et imparable argument : le fric.
Non, quelques paroles de justification personnelles agrémentées de sourires commerciaux ne sauraient tenir lieu d’argumentaire. On aurait attendu d’un documentariste reconnu un vrai dossier politique. Pas ce parti pris simpliste, pathétique dans sa certitude de « pourfendre l’ordre moral » quand il ne fait que le conforter. Une nouvelle fois, a été confondue la revendication de dignité, bien compréhensible, des personnes prostituées et la promotion du système indigne qui leur a interdit l’avenir auquel elles avaient droit. Au nom d’une prétendue subversion, on entérine l’expression la plus cynique du capitalisme libéral, prêt à tout pour transformer les femmes, produit hautement rentable, en marchandises prêtes à consommer. On redore le blason de la pire idéologie machiste, celle qui assigne les femmes à la fonction éternelle de « putain » et dote les seuls hommes d’une sexualité, du moins d’une pulsion qui fonctionne à l’urgence et nécessite un exutoire. On condamne les plus vulnérables à cet avenir irrespirable, en réalité tissé de dégoût et de violences de tous ordres, et que toutes espèrent transitoire. Les plus précaires continueront de payer la note. Tant pis pour elles, puisqu’on vous dit qu’elles aiment ça ! Parions même que les rangs de la prostitution vont se trouver gonflés de nouvelles « volontaires » après la diffusion d’un tel outil de promotion.
Il est temps, nous sommes d’accord, d’en finir avec une vision moralisante de la prostitution. La prostitution ‘est pas contraire à la morale. Elle est contraire aux plus élémentaires droits humains. Elle est la survivance d’un ordre ancien où l’homme dispose et la femme s’exécute, d’un lieu où il est en droit d’exercer des violences et de la traiter de pute. Sans compte à rendre. On comprend que certains y soient si attachés….
19 février 2009
PROSTITUTION CHINOISE : UN CHAINON MANQUANT…. LE « CLIENT »
Par Claudine Legardinier
Des femmes chinoises, de plus en plus nombreuses, sur les trottoirs de Paris. C’est le constat fait par Médecins du Monde[1] dont le Lotus Bus parcourt chaque soir les rues de plusieurs arrondissements, du 12e au 19e et de Belleville à Strasbourg Saint-Denis.
Leur situation ? En Chine, le chômage, l’absence d’avenir, le dépouillement par des réseaux d’exploiteurs (7000 à 15 000 euros versés pour venir en France), les familles, les enfants et le déchirement de la séparation. A l’arrivée, dans l’Eldorado français, la prostitution, les viols, les maladies, les risques, tous les risques pour espérer gagner plus. Quelques maigres billets (parfois 5 euros pour une passe) arrachés dans un pays totalement étranger, à la langue parfaitement inconnue. Vivre sans papiers, emmurée dans le silence, ne connaître que la peur et la nuit, les lieux isolés, engraisser les marchands de sommeil, acheter le droit de survivre à une suite d’ombres masculines qui défilent avec un billet tendu. Sans parole. Sans désir, sans échange. Une mécanique sexuelle froide. Violence des « clients », harcèlement des policiers. Bienvenue en France.
Que Médecins du Monde – c’est sa vocation et il faut saluer son travail – dénonce la situation sanitaire alarmante de ces femmes, est le minimum de justice qui puisse leur être rendue. Qu’il œuvre pour l’usage du préservatif est une façon de dresser le rempart le plus élémentaire face au danger de mort auquel leur activité les expose.
Le préservatif, un laisser-passer suffisant ?
Mais n’est-il pas temps d’aller plus loin ? Au-delà de la santé de ces femmes, c’est leur vie même qui est détruite. Détruite par ces fantômes dont nul ne semble remettre en cause le comportement, les « clients », l’usage du préservatif constituant apparemment un laisser-passer suffisant.
Il est pour le moins curieux qu’en 2009 la pratique de ces prostitueurs continue d’être acceptée comme une nécessité, comme une fatalité, que rien ne soit entrepris pour en finir avec ce « droit » d’un autre âge, exercé en rasant les murs.
Posons les questions qui fâchent. Comment ces hommes peuvent-ils justifier, au fond d’eux-mêmes, leurs actes ? Leurs violences ? Comment osent-ils exploiter sexuellement ces femmes en perdition, qui n’ont pas même le recours des mots pour le dire ? Comment vont-ils à l’occasion jusqu’à profiter de leur pouvoir pour refuser le préservatif, seul rempart qu’elles peuvent encore placer entre elles et la mort ?
Pour en finir avec la complicité
Que les « clients » prostitueurs soient mus par l’indifférence est inscrit dans la nature même de leur comportement. Mais pourquoi le corps social tout entier continue-t-il de les protéger de tout son silence, de toute sa complicité ? Ainsi, les médias, reflet de la pensée commune, évitent-ils soigneusement de poser la question de la violence de ces hommes, de leur impardonnable irresponsabilité. Comment des journaux peuvent-ils faire état de « fellation forcée » (Le Monde[2]) au lieu d’appeler les choses par leur nom ? Une « fellation forcée » est un viol. Faut-il comprendre (inconscient collectif ?) qu’un « client », dont la légitimité n’a décidément pas à être remise en cause, ne peut être un violeur, seulement un homme qui « force » mais reste dans son bon droit ?
A l’heure où la Norvège, après la Suède, vient de voter courageusement une loi interdisant tout achat d’acte sexuel (2008), il serait du devoir de notre pays d’oser en finir avec les représentations fantasmées de la prostitution, de refuser clairement cette exploitation indigne de la détresse des personnes les plus pauvres, les plus vulnérables, les plus oubliées, les plus méprisées.
User du corps d’autrui en profitant de sa situation désespérée est une forme de non assistance à personne en danger. Cela ne saurait rester un droit dans une société qui se prétend à grands cris démocratique et civilisée.
[1] Enquête menée de septembre 2007 à janvier 2008 auprès de 93 femmes chinoises prostituées.
[2] Les réfugiées du Lotus Bus, 6 février 2009.
22 novembre 2008
Une victoire amère pour les femmes
Les emails, sms sont tombés durant la nuit du 20 au 21 novembre.
Dans Rekjavik, Oslo, Stokholm, Helsinki... les féministes ouvraient les bouteilles de champagne.
Les norvégiennes avaient elles aussi gagné le combat de 30 ans de lutte.
Tous les partis politiques norvégiens s'accordaient et votaient une loi pour la pénalisation de l'achat de services sexuels, à l'instar du parlement suédois qui vota en 1998 une loi intitulée "Paix des femmes", et dont un article porte sur la pénalisation de l'achat de services sexuels.
La Norvège est le troisième pays après la Suède, la Corée du Sud et les Philippines à avoir posé cette norme, grâce au combat porté par les féministes qui refusent cette vision archaïque de la sexualité humaine (ou masculine), qui considère comme allant de soi qu'une catégorie de femmes (ou d'hommes ou d'enfants) soit mise à disposition des prétendus besoins irrépressibles des hommes.
Grâce à ce type de loi, la norme de transgression est posée et les projecteurs ne se posent plus sur les personnes en situation de prostitution, mais sur les clients (la demande) qui participent en toute impunité au développement de l'industrie du sexe et de la traite des personnes.
(voir la traite des femmes dans le monde )
Il y a quelques années j'aurais également crié victoire. Mais aujourd'hui, la victoire est amère.
La plus ancienne convention du corpus des traités des droits humains, la Convention du 2 décembre 1949 pour la répression de la traite des être humains - dont la Fondation Scelles en France veut célebrer dans un an le 60ème anniversaire avec autant de grandiloquence que la Déclaration universelle - a été balayée d'un revers de résolution en septembre 2007 au CDH. (Voir les Nations désUnies)
En France, le Collectif National Droit des femmes pousse pour une loi cadre contre les violences faites aux femmes, en prenant l'exemple de la loi espagnole qui ne s'intéresse qu'aux violences conjugales, et considère José Luis Zapatero comme un héros de l'égalité, alors même qu'il promeut le différencialisme culturel et que son gouvernement soutient la légalisation de la prostitution. (Sans compter les dernières dépenses invraisemblables prises sur les fonds de développement pour l'Alliance des civilisations) Plus que la loi cadre espagnole, c'est la loi Suédoise "Paix des femmes" qui devait servir de modèle puisqu'elle faisait un lien politique entre toutes les discriminations et violences.
La rapporteure spéciale sur la traite (originaire du Bangladesh) Sigma Huda, dont le premier rapport révolutionnaire portait spécifiquement sur la demande - a été arrêtée, jugée sans observateur international, mise en prison dans des conditions infernales, destituée sans aucune protestation des gouvernements qui l'avaient soutenus naguère pour ce poste (dont la France).
Oui, la victoire norvégienne est amère... Que vaut cette victoire au pays du soleil de minuit qui semble vivre de plus en plus en autarcie ? (mais dont les fonds pour le développement sont formidablement investis pour promouvoir les droits des femmes dans les pays les plus pauvres en Afrique, Asie, Amérique du Sud, Europe Centrale.... )
La victoire est amère. Le 14 septembre 2001, à l'Assemblée Générale du Lobby européen des femmes (LEF) qui représente plus de 4000 associations ou réseaux d'association de femmes dans l'UE , refusait la motion d'urgence que je présentais au nom de la branche française condamnant les événements qui venaient de se produire à la Conférence de Durban, (qui portait sur le putsch du caucus des ONG européenne, la mise à silence des femmes et le "langage de haine") mais votait la motion portée par mes amies suédoises pour une position politique du LEF pour la pénalisation de l'achat de services sexuels.
Je me suis battue durant quinze ans aux côtés de ces femmes, beaucoup d'amies parmis elles, qui chantaient la victoire dans la nuit presque polaire du 20 au 21 septembre. J'aurais aimé être avec elles et m'ennivrer de ces rêves de jadis enfin aboutis.
Mais aujourd'hui, la victoire est amère et je ne peux me résoudre à faire sauter le bouchon de champagne ici à Paris.
08 octobre 2008
La contribution écrite de l'UE à la réunion préparatoire Durban 2 : les plus et les moins
L'OCI avait transmis, bien avant la conférence préparatoire, une contribution écrite qui annonçait clairement la couleur.
Le 7 octobre, l'Union Européenne a distribué une contribution écrite qui comporte des positions de principes très claires sur un certain nombre de sujets, notamment sur la défense de la liberté d'expression et des libertés individuelles, mais aussi d'autres points très en retrait par rapport à ce que l'on aurait pu espérer et ce que l'UE affirmait vouloir défendre et protéger.
Ce document de 15 pages comporte 159 points.
Quelques points positifs:
- L'UE se réjouit des actions entreprises pour la commémoration des victimes de l'esclavage et de la traite d'esclave, en particulier la traite de l'esclavage transatlantique, et l'abolition de ces tragédies. Elle souligne la nécessité d'aborder la traite de l'esclavage transsaharienne et de la traite dans l'océan indien de façon similaire. (point 25)
- Elle met en avant la lutte contre les discriminations en raison de l'orientation sexuelle ou un statut lié à une identité sexuelle (points 46, 52)
- Elle regrette que la lutte contre le racisme et la haine religieuse soit de plus en plus utilisée comme prétexte pour limiter la liberté d'expression. Elle affirme que la liberté d'expression est au fondement de toute société démocratique (point 49 et 48)
- Elle rappelle que la situation des défenseurs des droits humains n'a pas progressé (depuis 2001) dans de nombreuses parties du monde. (105)
- Elle s'inquiète de la prolifération des mécanismes institutionnels (108) et demande la suppression du Comité had Hoc sur les normes complémentaires (110)
Quelques points négatifs :
- La traite des personnes, et les formes contemporaines d'esclavage sont mis en exergue (points 4 à 10) mais la définition de la traite (qui reprend des extraits des textes internationaux les plus récents comme le protocole de Palerme ou de la récente convention du Conseil de l'Europe) constitue une véritable régression par rapport aux normes internationales depuis 60 ans. Le fait que "le consentement à l'exploitation" doivent être considéré comme hors de propos en est absente.
La demande, notion révolutionnaire, reconnue dans les traités internationaux comme facteur encourageant la traite, n'est pas d'avantage évoqué. Pourtant il avait fait l'objet de rapports novateurs par Sigma Huda, la rapporteure spéciale sur la traite.
- Les points relatifs à la protection des droits humains des migrants est extrêmement faible (point 18). Les questions relatives aux stéréotypes sur les migrants, où la lutte contre la migration illégale comporte de nombreuses contradictions. (points 10 à 18)
- La notion d'Islamophobie est entérinée.
- L'antisémitisme est inséré dans l'intolérance ou la violence à l'encontre d'une religion, aux côtés de l'Islamophobie et de la Christianophobie, alors que l'antisémitisme à connotation religieuse n'est certainement pas le moteur de l'antisémitisme contemporain, ni de celui depuis la fin du XIXème siècle. Les juifs ne sont pas mentionnés comme étant la cible de l'antisémitisme. Cela pose problème car dans le même temps, l'UE ne condamne pas la définition de l'antisémitisme élaborée par le Ad Hoc comité sur les normes complémentaires (dont elle demande par ailleurs la suppression) qui considère que l'antisémitisme contemporain s'attaque aux arabes sémites et par extension à tous les musulmans.
-Alors que dans sa déclaration orale le 6 octobre, l'UE demandait à ce qu'aucune région en particulier ne soit mise en avant (faisant allusion à la question d'Israël et de la Palestine qui a d'ores et déjà été la seule question mise en exergue dans les premiers travaux préparatoires ), cette position de principe est absente de la déclaration écrite qui servira de base aux premiers travaux rédactionnel qui doivent déboucher en avril sur le texte de la conférence d'examen de Durban.
- Elle met en valeur l'Alliance des civilisations, et la met au même niveau que l'Unesco, le Conseil de l'Europe et l'OSCE (point 94)
Tout ce qui est dit concernant l'égalité femme/homme et la lutte contre les violences ne pose aucun problème et reste formidablement consensuel.
08 juin 2008
2 ans aprés la coupe du monde, la Suisse légitime la prostitution - Acheter du sexe est toujours un sport !
A l'occasion de la coupe du monde de football en Allemagne en 2006, la Coalition contre la traite des femmes (CATW) lançait une campagne de signature intitulée "ACHETER DU SEXE N'EST PAS UN SPORT", que j'avais l'honneur de coordonner au niveau international. Par ailleurs, je publiais un article pour l'ouvrage collectif "Football sociologie de la haine", sous la direction de Camille Dal et Ronan David.
Cette campagne a eu un tel succés que les médias du monde entier, des dizaines d'associations et tous les partis politiques démocrates français se joignirent pour dénoncer l'organisation de la prostitution à l'occasion de la coupe du monde de football. En France, l'Association Femmes Solidaires interpela directement la star du foot français
Zinedine Zidane.
Le Ministre des sport Jean-François Lamour s'engagea même avec un clip "Ne soyons pas complices"....
Annie Fortems, pionnière du Football féminin en France, s'engagea à nos côtés avec détermination.
Depuis, on a largement continué de gloser sur le lien entre foot et racisme, et tous s'emballent contre la bannière "ch'tiophobe".
De la campagne de 2006, la Suisse n'a rien retenue, ou plutôt, fidèle à son esprit de recyclage du féminisme , la voilà qui légitime la mise sur le marché du corps des femmes par le biais de campagnes de prévention tout à fait nauséabondes. Quant à l'atmosphère dans les villes autrichiennes et suisses, le mauvais goût est toujours à l'honneur. Un ballon rond monumental surplombe le jet d'eau du lac Léman. Et en Autriche et en Suisse, la bière coule à flot.
La journaliste Claudine Legardinier, qui publia en 2006 un excellent ouvrage "les clients de la prostitution l'enquête" (Presses de la Renaissance) se penche sur ces nouveaux détournements qui au nom de la responsabilisation des clients, entérine le principe d'achat du corps et du sexe des femmes.
* Images tirées du dossier du magazine Norvegien féminin KK, juin 2006


