22 mai 2009
La lutte contre la traite : offensive contre les droits des femmes et l'autodétermination des femmes
Le 13 mai 2009, l'Assemblée Générale organisait un dialogue thématique interactif sous l'intitulé : " Agir ensemble pour mettre fin à la traite des êtres humains".
Cette journée était organisée avec le soutien du Bahreïn, de la Biélorussie, de l'Egypte, des Emirats arabes unis, de l'Equateur, du Nicaragua, des Philippines, de la Thaïlande et du Qatar.
Elle s'inscrivait dans les premières initiatives qui avaient vu le jour en février 2008, sous l'égide des Emirats arabes unis, la "Global initiative against trafficking" (UNGIFT).
et dans le prolongement d'autres actions ou débats thématiques organisés depuis par la Biélorussie à l'Assemblée Générale en 2008, ou encore en
mars 2009 à Manama dans le Royaume du Bahreïn, sous l'égide de sa majesté Sheikha Sabeeka Bint Ibrahim Al-Khalifa, femme du roi du Bahrein (pays qui l'on s'en souvient soutient le maintien de la polygamie) et avec la participation de réseaux de femmes tels que le Conseil des femmes d'affaires arabes, l'association des jeunes dames (young ladies) du Bahrein, UNGift women leaders, le réseau des first ladies, et surtout la Fondation Suzanne Mubarak,
devenue l'organisation incontournable depuis 2008 dans les nouvelles actions contre la traite des femmes. Cette dernière reçut du directeur du Bureau de l'ONU contre la drogue et le crime (UNODC), Antonio Mario Costea une distinction de reconnaissance pour sa "vision" dans la lutte contre la traite. (La Fondation Suzanne Mubarak avait une place centrale également lors du dialogue thématique du 13 mai à l'AG.)
Les recommandations des consultations précédentes, et le dialogue thématique du 13 mai ont pour ambition d'élaborer un nouveau texte normatif contre la traite des personnes, qui s'intitulera "Action globale pour mettre fin à la traite", et qui viendra compléter le protocole dit de "Palerme" adopté en 2000 contre la traite des personnes, en particulier des femmes et des enfants.
Ce projet est soutenu par la Mouvement des Non alignés (118 pays sur les 192 membres de l'ONU) et l'Union Africaine représentée par le Soudan lors du débat thématique.
L'Egypte apporta sa touche emphatique à la voix du Soudan, indiquant que ce plan d'action plongeait ses racines en Afrique en raison de l'esclavage qui avait affecté les africains dans l'histoire. (il faut rappeler ici que seule la traite transatlantique est reconnue à l'ONU).
Les pays qui se sont opposés à ce nouveau projet sont : La République Tchèque au nom de l'UE, les Pays Bas, l'Italie, le Portugal en leur nom propre (la France ne s'étant pas exprimée), le Canada, la Norvège et les USA.
Le plan d'action devra promouvoir un partenariat entres le secteur privé et les Etats, et coordonner les actions d'agences spécialisées telles que l'Organisation Internationale du travail, l'Organisation internationale des migrations, le Haut commissariat aux droits de l'homme, le CDH, l'UNODC etc...
Certains de ces organes ont été à la pointe des attaques contre les droits des femmes durant ces 15 dernières années, rendant leurs revendications opaques, mélangeant les concepts... (voir à ce sujet article la traite des femmes dans le monde).
Plus grave, ce sont sur les cendres du Groupe de travail sur les formes contemporaines d'esclavage, (voir, Les Nations désUnies) et la disparition de toute référence à la Convention du 2 décembre 1949 pour la répression de la traite des êtres humains et de l'exploitation de la prostitution d'autrui, que vont s'élaborer les nouvelles normes contre la traite, ces références étant absentes du document de base transmis aux délégations à l'occasion de cette journée de "dialogue". De plus, les derniers rapports présentés par le Haut Commissariat, l'OIM ou l'OIT comme documents de base pour le Plan d'action de demain s'inscrivent en parfaite opposition avec ces texte normatifs, et fournissent une nouvelle interprétations des termes et des concepts pourtant entérinés jadis et protégeant les femmes.
Le Président de l'Assemblée Générale Miguel d'Escoto Brockman s'est pour sa part notamment appuyé sur l'infâme document de Durban 2, dont les paragraphes concernant la traite constituent une véritable régression.
Il va sans dire que les travaux de la rapporteure spéciale sur la traite, Sigma Huda, (qui a été remplacée par la nigériane Joy Ngozi Ezeilo, au service du nouveau discours officiel) ne sont pas mentionnés parmi les documents de référence.
24 avril 2009
Le MAPP, la CATW et le LEF défendent les droits des femmes à Durban 2
Les pays, dont la France et la Suisse se sont réjouis de l'inclusion des femmes dans le texte de Durban 2, qui se limite pourtant à l'accès à l'emploi et les femmes migrantes.
Le Mouvement pour l'Abolition de la prostitution et de la pornographie et de toutes formes de violences sexuelles et discriminations sexistes (MAPP), la Coalition internationale contre la traite des femmes (CATW) et le Lobby européen des femmes (LEF) ont dénoncé vendredi 24 l'instrumentalisation des droits des femmes aujourd'hui, la disparition du Groupe de travail sur les formes contemporaines d'esclavages, les régressions auxquelles nous assistons, notamment en ce qui concerne la traite et la prostitution, les discriminations que subissent les femmes en raison des religions, la lesbophobie, la pénalisation d'une sexualité hors mariage, le non accès aux droits reproductifs, la limitation de la liberté d'expression envers celles qui critiqueraient l'oppression des femmes par les religions etc...
Intervention de Bernice Dubois au nom de ces trois organisations. [ French ] 3 minutes
03 avril 2009
Il y a un an Sigma Huda
Le 12 mars 2009, la nouvelle rapporteure sur la traite, la juriste nigériane Joy Ngozi Ezeilo présentait son premier rapport au Conseil des droits de l'homme, rapport qui entérine toutes les dérives sur ce thème depuis 2006, avec la disparition du Groupe de travail sur les formes contemporaines d'esclavage, la création de UNGift etc...
Un an plus tôt, le 13 mars 2008, quelques minutes avant 15 heures, la Rapporteure spéciale sur la traite, Madame Sigma Huda, était déstituée en direct de son mandat lors de la 8ème session du CDH dans l'indifférence générale. On lui reprochait de n'avoir pu présenter ses rapports depuis septembre 2006. Et pour cause ! Elle se trouvait alors détenue au Bangladesh,(membre du Conseil des droits de l'homme) dans des conditions infernales, à l'issu d'un procés sans observateurs internationaux.
La nouvelle rapporteure Joy Ngozi Ezeilo, n'a pas présenté, ni même fait référence aux travaux de l'ancienne rapporteure Sigma Huda comme c'est l'usage en d'ordinaire lors d'un changement de rapporteur.
Les derniers rapports de Sigma Huda qui n'ont jamais pu être présenté au CDH, se penchaient sur la traite aux fins de mariages forcés et faisaient état de ses voyages dans les pays du Golfe.
Pour mémoire voici des extraits de mon livre "Les Nations désUnies", qui relatent l'effroyable sort fait à la rapporteure spéciale sur la traite, Sigma Huda.
"Lorsque Sigma Huda devient rapporteure en 2005, elle n’a pas suivi tout ce parcours institutionnel. D’ailleurs, elle doit sa désignation au fait qu’Ellen Johnson Sirleaf, qui avait été tout d’abord choisie, se soit désistée après avoir remporté les élections présidentielles au Liberia. L’avocate bangladaise, la deuxième parmi les favorites, qui est appuyée à la fois par la France et les États-Unis, prend alors ses fonctions. Elle n’est pas une figure très connue de l’ensemble du milieu international, mais son parcours en faveur des droits des femmes et des droits humains en Asie du Sud-Est a fait sa réputation depuis les années soixante-dix dans tous les domaines. Elle a fondé une quantité d’organismes à la fois de terrain et pour la promotion des droits fondamentaux et le développement. Infatigable avocate à la langue bien pendue, elle a créé les premiers refuges pour les survivantes des agressions à l’acide, très courantes dans son pays, a organisé des séminaires, de village en village, pour enseigner aux femmes leurs droits et a fondé l’association des femmes avocates du Bangladesh pour développer cette mission d’aide. Elle a combattu la traite des femmes, tout d’abord celle du Bangladesh vers l’Inde, puis s’est engagée contre ce fléau avec d’autres personnalités de la région, et n’a pas hésité à se rendre elle-même dans d’infâmes maisons closes de Dhaka libérer des jeunes esclaves sexuelles. Elle a été à l’initiative de la rédaction d’une loi pour la protection des femmes enceintes « abandonnées » et a fondé un centre qui les accueille et leur assure une formation pour qu’elles recouvrent leur autonomie. Elle s’est engagée également en faveur des minorités et des femmes prostituées victimes des abus des autorités judiciaires, a entamé plusieurs actions publiques en leur faveur contre différents gouvernements. Si elle a participé à des réunions d’experts à l’Unicef ou dans d’autres instances et si elle a collaboré à certains travaux normatifs onusiens comme celui autour de la rédaction de la Convention contre l’élimination de toutes les discriminations à l’encontre des femmes, elle n’a jamais fait partie du sérail à proprement dit.
En mai 2006, le Bangladesh est élu au nouveau Conseil malgré les troubles incessants et les affrontements politiques qui s’amplifient sur fond de radicalisation islamiste. En septembre, lors de la deuxième session du Conseil, Sigma Huda présente son premier rapport qui s’intéresse à la « demande masculine dans le cadre de l’industrie de sexe », sujet révolutionnaire s’il en est !
En octobre 2006, suite aux troubles politiques grandissants, et en raison de la fin du mandat de la présidente Khaleda Zia, un gouvernement par intérim promet des élections dans les quatre vingt dix jours. Mais la loi martiale est déclarée le 11 janvier 2007, repoussant indéfiniment les élections. À partir de cette date, au nom de la lutte contre la corruption, plusieurs milliers de personnes sont arrêtées dont les représentantes des deux principaux partis, l’ancienne présidente et sa rivale Hasina Wajed, des anciens ministres, des parlementaires, mais aussi toutes sortes d’opposants et de représentants d’ONG. Les forces militaires contrôlent petit à petit tout le pays, cherchent à changer la constitution, imposent la censure des médias et empêchent le fonctionnement des télévisions privées.
Le 4 février, le mari de Sigma Huda, Nazmul Huda, ancien ministre et avocat, est arrêté à trois heures du matin. La rapporteure alors à l’étranger retourne à Dhaka. Elle se démène comme elle peut pour trouver un avocat à son mari. Sa famille est sous surveillance constante.
Le 7 mars, elle a la surprise de voir son portrait diffusé à la télévision comme personne à rechercher parmi une longue liste publiée dans la presse le lendemain. Elle fait savoir alors que cette manière de procéder est contraire à la justice. Ses biens sont saisis. Pourtant, il n’y a toujours pas de poursuites officielles contre elle.
Le 8 mars, la Haute Cour du Bangladesh, qui conserve à cette époque encore un peu d’autonomie, déclare que la détention de Nazmul Huda est illégale. Il est cependant maintenu en prison. Les premières charges rédigées contre lui le 11 mars indiquent qu’il aurait volé le téléphone portable d’une personne de 19 ans. Des associations en Asie avancent le chiffre de plus de quatre-vingt-quinze mille arrestations entre janvier et mars 2007. (En juin 2008, le bilan annoncé par une ONG asiatique à la 8e session du CDH est de trois cent mille arrestations.)
En avril, aucune charge ne pèse encore contre Sigma Huda, mais on lui demande de se présenter à la police. Elle parvient à obtenir sa liberté sous caution pour six mois. On l’oblige à démissionner des associations et refuges de femmes qu’elle a créés sous peine de les fermer, et les autorités demandent aux donateurs de ne plus financer ces organisations. Commence alors pour elle une vie d’errance. De peur d’être arrêtée, elle dort chaque jour dans un autre lieu. L’ensemble de sa famille est sous pression, son beau-frère est torturé, ses filles accusées de conspiration. Le ministère de la Justice exige des plus grands avocats du pays qu’ils s’abstiennent de plaider pour ceux dont les noms figurent sur la fameuse liste qui ne cesse de grandir.
Le 15 mai, Sigma Huda, qui n’a toujours aucune poursuite officielle contre elle, s’apprête à quitter le pays pour participer à une réunion au siège de l’ONU à New York et se rendre à Genève au Conseil des droits de l’homme. Elle doit y présenter son rapport qui est consacré à la traite aux fins de mariages forcés et relate également ses visites au Bahreïn, au Qatar et aux Émirats arabes unis. On l’empêche de prendre son avion.
Le 16 mai, refusant de se laisser intimider et munie de son passeport diplomatique, elle se rend à nouveau à l’aéroport de Dhaka où elle apprend qu’un ordre vient d’être émis lui interdisant de quitter le pays.
Le 7 juin, un communiqué de presse de l’ONU annonce sa présence lors de la septième session. L’organisation UNwatch diffuse l’information selon laquelle la rapporteure spéciale sur la traite a été empêchée de quitter son pays.
Le 8 juin, le Haut-Commissariat répond dans une conférence de presse qu’il a demandé des clarifications au gouvernement du Bangladesh mais n’a toujours pas reçu de réponse. Le 11 juin, le président du Conseil annonce que le rapport de Madame Huda sera présenté lors d’une prochaine session.
Le 15 juin, le Haut-Commissariat dit ne toujours pas avoir reçud’informations du Bangladesh sur la situation de la rapporteure spéciale. Ce même jour, Associated Press publie un article qui va être repris dans différents médias anglophones dont le Herald Tribune, qui rend compte de l’interview qu’un journaliste de l’agence a pu avoir de Sigma Huda. À ce moment-là, aucune action n’a encore été déclenchée contre elle. Elle dit qu’elle sait que des poursuites imminentes se préparent et qu’elle craint un procès inéquitable. « J’appréhende ce qui va se passer » dit-elle, « car j’ai été très agressive avec le gouvernement. J’ai dénoncé la manière dont on a traité des groupes ou des personnes désavantagées, les morts et les tortures lors des détentions provisoires. Je suis très visible. » Selon le journaliste, en tant qu’experte, elle aurait dû être protégée par son immunité diplomatique, sauf si les Nations Unies la lui avaient enlevée avant les poursuites.
Le 19 juin, le Haut-Commissariat dit qu’apparemment Madame Huda serait poursuivie pour corruption, et que les autorités duBangladesh n’ont toujours pas répondu aux demandes de précisions mais que rien ne les y oblige.
Le 6 juillet, le représentant du Haut-Commissariat annonce qu’une rencontre a eu lieu avec la mission permanente du Bangladesh, et que les positions divergent au sujet de la protection et de l’immunité des rapporteurs spéciaux. Sigma Huda n’a toujours pas été arrêtée. Elle souffre de graves problèmes cardiaques et rénaux et doit être hospitalisée.
Le 13 juillet, le Haut-Commissariat déclare avoir été informé de la santé précaire de la rapporteure.
Le 17 juillet, le Secrétaire général sort de son silence et déclare que Madame Huda risque un procès pour corruption qui n’a rien à voir avec sa mission et que l’immunité ne s’applique donc pas. Ban Ki-moon demande néanmoins que les procédures respectent ses droits fondamentaux, le droit à un procès équitable et des conditions de détention dignes. Louise Arbour formule la même requête le 20 juillet. Les autorités militaires viennent arrêter la rapporteure manu militari devant les malades en menaçant les médecins dans le même temps. Après plusieurs semaines, elle comparaît lors d’un procès en absence d’observateur international.
Elle est condamnée à trois ans de prison le 27 août. Le rapporteur spécial sur l’indépendance des juges, Leandro Despouy, émet un communiqué de presse qui souligne les pressions qu’auraient subies les avocats, les mesures d’intimidation, les militaires et la police empêchant les médias et le public d’accéder à la salle d’audience.
En février 2008, deux membres du bureau de la Coalition contre la traite des femmes, Dorchen Leidholdt et Janice Raymond, se rendent au Bangladesh pour tenter d’assister à un deuxième procès qui lui est intenté (elle est désormais poursuivie pour six délits). Vêtues de shalmar kameez (le costume traditionnel) et grâce à l’aide de Bangladais, elles parviennent à se glisser dans la salle du tribunal et à parler rapidement avec Sigma Huda lors d’une pause avant d’être expulsées en tant qu’étrangères. Elles resteront quelques jours à Dhaka, rencontreront différents militants de défense des droits humains, des médecins, sa famille…
D’après leur rapport qui date de février 2008, Sigma Huda subissait une discrimination particulière et était même traitée de façon différente que son mari, alors qu’elle avait été condamnée pour complicité et que sa sentence était moins longue. Nazmul Huda se trouvait « dans une cellule où il pouvait marcher et faire de l’exercice, avec de meilleurs équipements sanitaires. Il était en compagnie d’autres hommes avec lesquels il pouvait parler. Sigma Huda, quant à elle, était incarcérée dans un endroit répugnant avec d’autres femmes avec qui elle partageait un seul toilette qui débordait sans cesse. Elle n’avait pas le droit de s’entretenir avec les autres femmes, et ne disposait pas d’espace pour marcher. »
Lors de la septième session de mars 2008, la rapporteure spéciale est inscrite à l’ordre du jour. Le 13 mars, entre deux séances, quelques minutes avant 15 heures, alors que la salle du Conseil est pratiquement vide, le président Costea déclare : « Laissez-moi faire une annonce. Il est devenu clair que la rapporteure spéciale sur la Traite, en particulier des femmes et des enfants, Madame Sigma Huda, n’est pas dans une position pour venir à Genève. Elle ne peut donc pas présenter son rapport sous la référence A/HRC/7/13. Comme Madame Huda n’a pas été capable de venir participer à quelque session que ce soit depuis la deuxième session du Conseil en septembre 2006, et comme il semble hautement improbable qu’elle sera en mesure de participer à de futures sessions, je proposerai au Conseil d’inclure son mandat sur la liste des mandats des rapporteurs vacants à désigner en juin prochain. »
Après une seconde de silence, il poursuit : « Je pense que nous sommes tous d’accord. » Et frappant du marteau de séance sur la table, il déclare : « Il en est ainsi décidé. »
19 mars 2009
PROSTITUTION : LA GRANDE PROMO
Par Claudine Legardinier, journaliste
Réaction à la diffusion du documentaire :
LES TRAVAILLEU(R)SES DU SEXE, de Jean-Michel Carré
On peut compter sur nos hommes de gauche, nos intellectuels les plus « progressistes », en mal de cause à défendre, pour faire la promo de cette ringardise : la prostitution. Jean-Michel Carré, documentariste connu pour son regard sans concession sur « le système Poutine » ou son analyse de l’oppression des salariés (« J’ai mal au travail »), a enfourché un nouveau cheval de bataille : la LSI sur la sécurité intérieure, dite Loi Sarkozy, qui réprime le racolage et donc les personnes prostituées. On ne peut que l’approuver. La répression qui s’abat sur elles est injuste et ne fait qu’aggraver les violences auxquels elles sont quotidiennement exposées.
Mais fallait-il pour autant se faire le porte-parole zélé des militant-e-s pro prostitution ? Pas un ne manquait à l’appel. Le discours ne nous a pas épargné un seul des grands crédos réactionnaires : la prostitution, c’est branché, c’est subversif, c’est le haut lieu de la liberté humaine. Les prostituées « aiment ça ». Elles sont l’espoir et l’horizon vital des hommes handicapés et esseulés.
On reste sans voix devant pareille ignorance des faits et du dossier. Les clients sont majoritairement des hommes lambda, le plus souvent en couple. Et loin d’être les partenaires édulcorés montrés dans le film, ils sont les premiers agresseurs des personnes prostituées. Insultes, violences, humiliations, agressions, leurs prouesses sont désormais dénoncées dans toutes les enquêtes. Ici, pas un mot. Rien non plus sur les réalités quotidiennes de la prostitution : alcool, drogue ou valium pour tenir face à leurs exigences. Rien sur les dimensions sans précédent de la traite des femmes, les trafiquants travaillant avec acharnement à offrir audit client l’approvisionnement varié, exotique et de préférence très jeune auquel il pense avoir droit. Rien sur les profits faramineux et le pouvoir croissant des patrons de bordels. Rien sur la révolte des personnes prostituées qui tiennent un autre discours, tellement plus nombreuses mais qui n’osent pas se montrer devant une caméra, séquestrées qu’elles sont sous le poids d’un regard social impitoyable. Leur parole restera bâillonnée. Tant pis pour elles.
Aveuglé par le petit vernis émancipé, libertaire, qui lui a été généreusement servi, l’auteur n’a pas vu qu’il ouvrait des avenues aux proxos qui, même dans leurs rêves les plus fous, n’auraient pas osé imaginer pareil coup de main. Dans une Europe déjà largement pourvue en bordels « new look », les marchands de femmes comptent sur la bénédiction des médias. L’affaire est en bonne voie. Leur meilleur sésame, c’est le « consentement » des personnes à être exploitées. Quant aux clients, à qui les sociétés ont toujours garanti ce droit séculaire à disposer du corps des femmes, ils se frisent les moustaches. Totalement légitimés dans leur bon droit (le film a pris soin de nous dire que tout ça, c’était la faute de… leur mère !), ils vont pouvoir continuer à s’acheter tranquillement une femme, ou un garçon, comme une pizza. Sans se poser de question. On nous l’a dit, le client est roi. Ce que l’on a omis de préciser, c’est qu’il est le moteur de la traite des femmes. A tel point que tous les textes internationaux sur la traite engagent désormais les Etats à tout faire pour « décourager la demande » ! Mais qu’importent les textes politiques, qu’importent les ravages de la traite et le tribut payé par les femmes pauvres chargées de « servir » le client. L’essentiel n’est-il pas de préserver ce sacro-saint « droit de l’homme » à aller au bordel ?
De même, le film nous a vanté le modèle suisse. Un pays où les autorités elles-mêmes s’alarment face au nombre croissant de gamines de 16 ans qui grossissent les rangs de la prostitution. En parler jetterait une ombre à si idyllique tableau. On préfère écouter benoîtement la tenancière aux seins siliconés nous faire l’article : le bordel comme haut lieu de la « transparence », de la philanthropie et du respect des droits humains, avec son ultime et imparable argument : le fric.
Non, quelques paroles de justification personnelles agrémentées de sourires commerciaux ne sauraient tenir lieu d’argumentaire. On aurait attendu d’un documentariste reconnu un vrai dossier politique. Pas ce parti pris simpliste, pathétique dans sa certitude de « pourfendre l’ordre moral » quand il ne fait que le conforter. Une nouvelle fois, a été confondue la revendication de dignité, bien compréhensible, des personnes prostituées et la promotion du système indigne qui leur a interdit l’avenir auquel elles avaient droit. Au nom d’une prétendue subversion, on entérine l’expression la plus cynique du capitalisme libéral, prêt à tout pour transformer les femmes, produit hautement rentable, en marchandises prêtes à consommer. On redore le blason de la pire idéologie machiste, celle qui assigne les femmes à la fonction éternelle de « putain » et dote les seuls hommes d’une sexualité, du moins d’une pulsion qui fonctionne à l’urgence et nécessite un exutoire. On condamne les plus vulnérables à cet avenir irrespirable, en réalité tissé de dégoût et de violences de tous ordres, et que toutes espèrent transitoire. Les plus précaires continueront de payer la note. Tant pis pour elles, puisqu’on vous dit qu’elles aiment ça ! Parions même que les rangs de la prostitution vont se trouver gonflés de nouvelles « volontaires » après la diffusion d’un tel outil de promotion.
Il est temps, nous sommes d’accord, d’en finir avec une vision moralisante de la prostitution. La prostitution ‘est pas contraire à la morale. Elle est contraire aux plus élémentaires droits humains. Elle est la survivance d’un ordre ancien où l’homme dispose et la femme s’exécute, d’un lieu où il est en droit d’exercer des violences et de la traiter de pute. Sans compte à rendre. On comprend que certains y soient si attachés….
22 novembre 2008
Une victoire amère pour les femmes
Les emails, sms sont tombés durant la nuit du 20 au 21 novembre.
Dans Rekjavik, Oslo, Stokholm, Helsinki... les féministes ouvraient les bouteilles de champagne.
Les norvégiennes avaient elles aussi gagné le combat de 30 ans de lutte.
Tous les partis politiques norvégiens s'accordaient et votaient une loi pour la pénalisation de l'achat de services sexuels, à l'instar du parlement suédois qui vota en 1998 une loi intitulée "Paix des femmes", et dont un article porte sur la pénalisation de l'achat de services sexuels.
La Norvège est le troisième pays après la Suède, la Corée du Sud et les Philippines à avoir posé cette norme, grâce au combat porté par les féministes qui refusent cette vision archaïque de la sexualité humaine (ou masculine), qui considère comme allant de soi qu'une catégorie de femmes (ou d'hommes ou d'enfants) soit mise à disposition des prétendus besoins irrépressibles des hommes.
Grâce à ce type de loi, la norme de transgression est posée et les projecteurs ne se posent plus sur les personnes en situation de prostitution, mais sur les clients (la demande) qui participent en toute impunité au développement de l'industrie du sexe et de la traite des personnes.
(voir la traite des femmes dans le monde )
Il y a quelques années j'aurais également crié victoire. Mais aujourd'hui, la victoire est amère.
La plus ancienne convention du corpus des traités des droits humains, la Convention du 2 décembre 1949 pour la répression de la traite des être humains - dont la Fondation Scelles en France veut célebrer dans un an le 60ème anniversaire avec autant de grandiloquence que la Déclaration universelle - a été balayée d'un revers de résolution en septembre 2007 au CDH. (Voir les Nations désUnies)
En France, le Collectif National Droit des femmes pousse pour une loi cadre contre les violences faites aux femmes, en prenant l'exemple de la loi espagnole qui ne s'intéresse qu'aux violences conjugales, et considère José Luis Zapatero comme un héros de l'égalité, alors même qu'il promeut le différencialisme culturel et que son gouvernement soutient la légalisation de la prostitution. (Sans compter les dernières dépenses invraisemblables prises sur les fonds de développement pour l'Alliance des civilisations) Plus que la loi cadre espagnole, c'est la loi Suédoise "Paix des femmes" qui devait servir de modèle puisqu'elle faisait un lien politique entre toutes les discriminations et violences.
La rapporteure spéciale sur la traite (originaire du Bangladesh) Sigma Huda, dont le premier rapport révolutionnaire portait spécifiquement sur la demande - a été arrêtée, jugée sans observateur international, mise en prison dans des conditions infernales, destituée sans aucune protestation des gouvernements qui l'avaient soutenus naguère pour ce poste (dont la France).
Oui, la victoire norvégienne est amère... Que vaut cette victoire au pays du soleil de minuit qui semble vivre de plus en plus en autarcie ? (mais dont les fonds pour le développement sont formidablement investis pour promouvoir les droits des femmes dans les pays les plus pauvres en Afrique, Asie, Amérique du Sud, Europe Centrale.... )
La victoire est amère. Le 14 septembre 2001, à l'Assemblée Générale du Lobby européen des femmes (LEF) qui représente plus de 4000 associations ou réseaux d'association de femmes dans l'UE , refusait la motion d'urgence que je présentais au nom de la branche française condamnant les événements qui venaient de se produire à la Conférence de Durban, (qui portait sur le putsch du caucus des ONG européenne, la mise à silence des femmes et le "langage de haine") mais votait la motion portée par mes amies suédoises pour une position politique du LEF pour la pénalisation de l'achat de services sexuels.
Je me suis battue durant quinze ans aux côtés de ces femmes, beaucoup d'amies parmis elles, qui chantaient la victoire dans la nuit presque polaire du 20 au 21 septembre. J'aurais aimé être avec elles et m'ennivrer de ces rêves de jadis enfin aboutis.
Mais aujourd'hui, la victoire est amère et je ne peux me résoudre à faire sauter le bouchon de champagne ici à Paris.
30 octobre 2008
Durban 2 : Etat des lieux d’un désastre annoncé
Alors que la France, Présidente de l’Union européenne, continue d’affirmer qu’elle ne laissera pas franchir les lignes rouges dans le processus de Durban 2, la situation aujourd’hui laisse présager du pire et montre sans ambiguïté que les lignes rouges ont nettement été franchies. Le Danemark vient d’ailleurs d’annoncer qu’il envisagerait de ne pas participer à Durban 2
Etat des lieux
Etat d’avancement des négociations sur le document
La dernière réunion du comité préparatoire tenue du 5 au 17 octobre 2008, a consisté notamment à organiser le document et l’ordre des paragraphes (environ 500). Le langage de ces paragraphes devra être négocié lors de futures réunions intergouvernementales et de la dernière réunion préparatoire qui aura lieu à la veille de la conférence d’examen en avril 2009.
Le document actuel est fait à partir d’une compilation de contributions issues de la Conférence régionale d'examen pour l’Amérique du Sud à Brasilia au Brésil, la Conférence régionale pour la région Afrique à Abuja au Nigeria, celles du groupe Asie, de l’Union Européenne, de l’Organisation de la conférence islamique, et du groupe de travail gouvernemental intersessionel. A noter qu’en dehors de la contribution de l’UE, toutes les autres sont influencées par la terminologie et l’idéologie politique du Mouvement des Non Alignés et de l’Organisation de la Conférence Islamique, qui forment la majorité des pays membres des différents groupes onusiens, en dehors du groupe Europe de l'Ouest et autre. (voir notamment dans « Les Nations désUnies)
Points qui posent problèmes
L’instrumentalisation de l’histoire, concurrence mémorielle, création de normes historiques et réparations
L’ONU devient le lieu de revendication de la réparation des « injustices historiques » qui sont la cause de la pauvreté, de la marginalisation, de l’exclusion sociale, des disparités économiques, de l’instabilité et de l’insécurité de nombreux peuples ». Ainsi, le racisme trouve en « premier lieu » ses sources « dans le colonialisme et l’esclavage » et la traite transatlantique, qui est toujours, (sauf dans un paragraphe proposé par l’UE qui parle de la traite intra africaine ou trans océan indien) le fait des occidentaux. D’un côté, on « apprécie » les « quelques expressions de regrets, ou les remords, les excuses, le paiement de réparations ou la restitution d’objets d’arts ou culturels depuis huit ans », et de l’autre on « demande urgemment » à ceux qui ne l’on pas encore fait « de présenter des excuses aux victimes du colonialisme et des injustices historiques et de prendre toute les mesures appropriées afin de panser les blessures et parvenir à la réconciliation ».
Les formes contemporaines d’esclavage
Les formes contemporaines d’esclavage sont décrites uniquement dans cette filiation précise de l’esclavage historique, ou encore le travail forcé, la servitude ou la traite des personnes. En aucun cas elles ne s’inscrivent dans les travaux du Groupe de travail sur les formes contemporaines d’esclavage, créé dans les années 1970, qui était sensé observer l’application des conventions relatives à l’esclavage ou pratiques analogues dont la Convention du 2 décembre 1949 pour la répression de la traite des être humains et de l’exploitation de la prostitution d’autrui. Cette convention citée dans le Programme d’Action de 2001 à Durban, ne fait plus partie des textes de références dans le projet de texte de la conférence d’examen de 2009.
La traite des personnes
En revanche on évoque largement la traite des personnes, en mélangeant tous les concepts, y compris la question des migrants. Alors même que les normes internationales les plus récentes en la matière font une claire distinction entre la traite et le trafic de migrants. Ce savant fourre tout linguistique, qui s’avèrera - à n’en pas douter- consensuel, n’a plus rien à voir avec la définition officielle de la traite. Ainsi des points essentiels tels que la non pertinence du consentement des victimes, ou la demande comme facteur favorisant la traite en sont tout bonnement absents. Les rapports de Sigma Huda, ancienne rapporteure spéciale sur la traite, qui portaient sur la demande masculine dans l’industrie du sexe, ou sur la traite aux fins de mariages forcés - sujets révolutionnaires s’il en est - ne sont bien évidemment nullement cités en référence, alors que les attendus des travaux d’autres rapporteurs spéciaux sont largement cités en exemple.
Les migrants
Outre l’amalgame entre traite de personnes et trafic de migrants, on identifie la plupart du temps les migrants à ceux en Europe, issus essentiellement de la culture ou religion musulmane qui seraient victimes « d’Islamophobie »
Le terrorisme
On souligne les dérives de certaines actions dans la lutte anti-terroriste qui peut renforcer des préjugés racistes ou xénophobes. Parmi elles sont dénoncées les mesures de profilage « religieux » dans les sociétés multiculturelles (à comprendre occidentales). Que signifie le profilage religieux ? A moins qu’il ne s’agisse du profilage de ceux qui portent des signes distinctifs religieux ?
L’antisémitisme
L’antisémitisme est intégré comme une atteinte contre une religion, aux côtés de « l’islamophobie et de la christianophobie ». Or l’antisémitisme n’a jamais constitué une atteinte contre la religion juive (même si à certaines époques, cela s’appuyait sur des préjugés religieux) mais une attaque contre le peuple juif.
L’islamophobie
La Conférence de Durban en 2001 a entériné pour la première fois dans un document international le concept d’islamophobie. Certains pourraient arguer que l’on ne peut plus revenir sur un terme entériné. Dans le contexte actuel cela semble en effet difficile. Cependant il y eut des précédents dans des conférences d’examen d’autres conférences mondiales comme lors de Pékin + 5 en 2000.
La légitimation intellectuelle et démocratique du racisme, contre le multiculturalisme
Cette formule inventée par le rapporteur spécial contre le racisme Doudou Diène, est intégrée à de nombreux passages du document. En réalité, cette dénonciation de la résistance au multiculturalisme est développée pour s’inquiéter aussitôt de « l’islamophobie » où de l’atteinte à la pratique de l’Islam. Des exemples sont cités tels que « des restrictions pour la construction de Mosquées et de minarets », le « contrôle de l’enseignement et de la culture de l’Islam ». Il n’est jamais question de la résistance au multiculturalisme dans des sociétés où les populations musulmanes sont majoritaires, lorsque des minorités sont discriminées, qu’elles soient ethniques ou/et religieuses.
Blasphème, diffamation et incitation à la haine religieuse
« La tendance la plus inquiétante du racisme depuis 2001 » serait la « diffamation des Musulmans, de leur croyance et l’incitation à la haine religieuse » qui « affecte la paix et la stabilité internationale et nationale ». Les musulmans seraient empêchés de « s’intégrer » dans les pays où ils sont minoritaires, par le fait qu’on leur interdise « la pratique de leur religion. » « La publication de caricatures offensantes » au nom de la « liberté d’expression » constitue un frein « à la volonté commune de combattre le terrorisme et l’occupation étrangère »
L'occupation étrangère
« L’occupation étrangère trouve ses fondements dans des lois discriminatoires racistes ». « C’est une nouvelle forme d’apartheid, de crime contre l’humanité, de génocide et un sérieux danger pour la paix internationale et la sécurité. » « Il faut engager une campagne mondiale de prise de conscience sur les répercussions, les manifestations et conséquences de toutes les pratiques racistes des pouvoirs occupants qui prend racine dans une idéologie raciste. »
Sous la rubrique occupation étrangère, on ne fait mention que « des Palestiniens et des autres habitants des territoires arabes occupés » qui subissent une discrimination raciale par Israël.
Le peuple Palestinien
C’est le seul peuple mis en exergue et à faire l’objet de plusieurs paragraphes spécifiques. Le droit au retour du peuple palestinien est affirmé. La communauté internationale est interpelée pour fournir protection contre les actes racistes et d’agression. Jérusalem, « lieux saint des trois religions » est mise en danger "du fait de son occupation "et « des pratiques racistes ».
Prévention, dialogue interreligieux et inter civilisationnel
Pour prévenir le racisme, voir appaiser le conflit au moyen orient, il faut axer les actions autour du « dialogue entre les cultures, les religions et les civilisations » afin de « promouvoir une culture de tolérance et de respect pour la diversité. Ainsi, il sera possible de « mettre fin aux incitations à la haine religieuse, en particulier à l’Islamophobie ». Il est demandé au « Conseil des droits de l’homme d’inviter des représentants de communautés religieuses et culturelles » afin « d’approfondir le dialogue » et « qu’ils mènent des actions communes s’inscrivant au cœur de leur foi par rapport à la paix, aux droits humains et au développement ».
L’action en la matière de l’UNESCO, du Conseil de l’Europe, de l’OSCE et de l’Alliance des civilisations est mise en exergue, cette dernière étant évoquée à plusieurs reprises.
Liberté d’expression
Dans plusieurs endroits les "obstacles" identifiés "dans le combat collectif contre le racisme » sont « le manque de stratégies morales et éducatives », « l’impunité sous divers prétexte comme la liberté d’expression, la lutte contre le terrorisme »
Normes complémentaires et nouvelles structures
« Il faut identifier les manques dans les instruments internationaux des droits humains » afin « d’élaborer des normes complémentaires ». « Le Comité Ad Hoc doit continuer urgemment à identifier ces manques afin d’élaborer des recommandations pour l’élaboration de normes complémentaires »
09 octobre 2008
Les chantres de la lutte contre l'esclavage cherchent des esclaves pour leurs futures mégapoles de luxe
Les Emirats arabes unis ont fait de la lutte contre la traite leur priorité. Ils financent largement le nouveau gadget onusien UNGIFT dont les actions permettent d'avantage de mettre en avant les financeurs (voir les Nations désUnies) et les nouvelles dames charitables des Emirats, sac Gucci et chaussures Dior dans des conférences fastueuses et compassionnelles.
La lutte contre la traite a pris également la tendance bling bling... Et il n'y a pas de contradiction à ce que les financeurs principaux de UNGift demandent toujours plus d'esclaves pour construire leur citées mégalomaniaques dans le désert, détruisant l'environnement marin et les côtes.
Ghaith Abdul-Ahad raconte dans le Guardian la poursuite de ces constructions pharaoniques qui nécessitent toujours plus d'esclaves.
'We need slaves to build monuments'
It is already home to the world's glitziest buildings, man-made islands and mega-malls - now Dubai plans to build the tallest tower. But behind the dizzying construction boom is an army of migrant labourers lured into a life of squalor and exploitation. Ghaith Abdul-Ahad reports
The sun is setting and its dying rays cast triangles of light on to the bodies of the Indian workers. Two are washing themselves, scooping water from tubs in a small yard next to the labour camp's toilets. Others queue for their turn. One man stands stamping his feet in a bucket, turned into a human washing machine. The heat is suffocating and the sandy wind whips our faces. The sprinkles of water from men drying their clothes fall like welcome summer rain.
All around, a city of labour camps stretches out in the middle of the Arabian desert, a jumble of low, concrete barracks, corrugated iron, chicken-mesh walls, barbed wire, scrap metal, empty paint cans, rusted machinery and thousands of men with tired and gloomy faces.
I have left Dubai's spiralling towers, man-made islands and mega-malls behind and driven through the desert to the outskirts of the neighbouring city of Abu Dhabi. Turn right before the Zaha Hadid bridge, and a few hundred metres takes you to the heart of Mousafah, a ghetto-like neighbourhood of camps hidden away from the eyes of tourists. It is just one of many areas around the Gulf set aside for an army of labourers building the icons of architecture that are mushrooming all over the region.
Behind the showers, in a yard paved with metal sheets, a line of men stands silently in front of grease-blackened pans, preparing their dinner. Sweat rolls down their heads and necks, their soaked shirts stuck to their backs. A heavy smell of spices and body odour fills the air.
Next to a heap of rubbish, a man holds a plate containing his meal: a few chillies, an onion and three tomatoes, to be fried with spices and eaten with a piece of bread.
In a neighbouring camp, a group of Pakistani workers from north and south Waziristan sit exhaustedly sipping tea while one of them cooks outside. In the middle of the cramped room in which 10 men sleep, one worker in a filthy robe sits on the floor grinding garlic and onions with a mortar and pestle while staring into the void.
Hamidullah, a thin Afghan from Maydan, a village on the outskirts of Kabul, tells me: "I spent five years in Iran and one year here, and one year here feels like 10 years. When I left Afghanistan I thought I would be back in a few months, but now I don't know when I will be back." Another worker on a bunk bed next to him adds: "He called his home yesterday and they told him that three people from his village were killed in fighting. This is why we are here."
Hamidullah earns around 450 dirhams (£70) a month as a construction worker.
How is life, I ask.
"What life? We have no life here. We are prisoners. We wake up at five, arrive to work at seven and are back at the camp at nine in the evening, day in and day out."
Outside in the yard, another man sits on a chair made of salvaged wood, in front of a broken mirror, a plastic sheet wrapped around his neck, while the camp barber trims his thick beard. Despite the air of misery, tonight is a night of celebration. One of the men is back from a two-week break in his home village in Pakistan, bringing with him a big sack of rice, and is cooking pilau rice with meat. Rice is affordable at weekends only: already wretched incomes have been eroded by the weak dollar and rising food prices. "Life is worse now," one worker told me. "Before, we could get by on 140 dirhams [£22] a month; now we need 320 to 350."
The dozen or so men sit on newspapers advertising luxury watches, mobile phones and high-rise towers. When three plastic trays arrive, filled with yellowish rice and tiny cubes of meat, each offers the rare shreds of meat to his neighbours.
All of these men are part of a huge scam that is helping the construction boom in the Gulf. Like hundreds of thousands of migrant workers, they each paid more than £1,000 to employment agents in India and Pakistan. They were promised double the wages they are actually getting, plus plane tickets to visit their families once a year, but none of the men in the room had actually read their contract. Only two of them knew how to read.
"They lied to us," a worker with a long beard says. "They told us lies to bring us here. Some of us sold their land; others took big loans to come and work here."
Once they arrive in the United Arab Emirates, migrant workers are treated little better than cattle, with no access to healthcare and many other basic rights. The company that sponsors them holds on to their passports - and often a month or two of their wages to make sure that they keep working. And for this some will earn just 400 dirhams (£62) a month.
A group of construction engineers told me, with no apparent shame, that if a worker becomes too ill to work he will be sent home after a few days. "They are the cheapest commodity here. Steel, concrete, everything is up, but workers are the same."
As they eat, the men talk more about their lives. "My shift is eight hours and two overtime, but in reality we work 18 hours," one says. "The supervisors treat us like animals. I don't know if the owners [of the company] know."
"There is no war, and the police treat us well," another chips in, "but the salary is not good."
"That man hasn't been home for four years," says Ahmad, the chef for the night, pointing at a well-built young man. "He has no money to pay for the flight."
A steel worker says he doesn't know who is supposed to pay for his ticket back home. At the recruiting agency they told him it would be the construction company - but he didn't get anything in writing.
One experienced worker with spectacles and a prayer cap on his head tells me that things are much better than they used to be. Five years ago, when he first came, the company gave him nothing. There was no air conditioning in the room and sometimes no electricity. "Now, they give AC to each room and a mattress for each worker."
Immigrant workers have no right to form unions, but that didn't stop strikes and riots spreading across the region recently - something unheard of few years ago. Elsewhere in Mousafah, I encounter one of the very few illegal unions, where workers have established a form of underground insurance scheme, based on the tribal structure back home. "When we come here," one member of the scheme tells me, "we register with our tribal elders, and when one of us is injured and is sent home, or dies, the elders collect 30 dirhams from each of us and send the money home to his family."
In a way, the men at Mousafah are the lucky ones. Down in the Diera quarter of old Dubai, where many of the city's illegal workers live, 20 men are often crammed into one small room.
UN agencies estimate that there are up to 300,000 illegal workers in the emirates.
On another hot evening, hundreds of men congregate in filthy alleyways at the end of a day's work, sipping tea and sitting on broken chairs. One man rests his back on the handles of his pushcart, silently eating his dinner next to a huge pile of garbage.
In one of the houses, a man is hanging his laundry over the kitchen sink, a reeking smell coming from a nearby toilet. Next door, men lie on the floor. They tell me they are all illegal and they are scared and that I have to leave.
Outside, a fistfight breaks out between Pakistani workers and Sri Lankans.
The alleyways are dotted with sweatshops, where Indian men stay until late at night, bending over small tables sewing on beads.
A couple of miles away, the slave market becomes more ugly. Outside a glitzy hotel, with a marble and glass facade, dozens of prostitutes congregate according to their ethnic groups: Asians to the right, next to them Africans, and, on the left, blondes from the former Soviet Union. There are some Arab women. Iranians, I am told, are in great demand. They charge much higher prices and are found only in luxury hotels.
Like the rest of the Gulf region, Dubai and Abu Dhabi are being built by expat workers. They are strictly segregated, and a hierarchy worthy of previous centuries prevails.
At the top, floating around in their black or white robes, are the locals with their oil money. Immaculate and pampered, they own everything. Outside the "free zones", where the rules are looser, no one can start a business in the UAE without a partner from the emirates, who often does nothing apart from lending his name. No one can get a work permit without a local sponsor.
Under the locals come the western foreigners, the experts and advisers, making double the salaries they make back home, all tax free. Beneath them are the Arabs - Lebanese and Palestinians, Egyptians and Syrians. What unites these groups is a mixture of pretension and racism.
"Unrealistic things happen to your mind when you come here," a Lebanese woman who frequently visits Dubai tells me as she drives her new black SUV. "Suddenly, you can make $5,000 [£2,800] a month. You can get credit so easy, you buy the car of your dreams, you shop and you think it's a great bargain; when you go to dinner, you go to a hotel ... nowhere else can you live like this."
Down at the base of the pyramid are the labourers, waiters, hotel employees and unskilled workers from India, Pakistan, Sri Lanka, Ethiopia, the Philippines and beyond. They move deferentially around the huge malls, cafes, bars and restaurants, bowing down and calling people sir and madam. In the middle of the day, during the hottest hours, you can see them sleeping in public gardens under trees, or on the marble floors of the Dubai Mosque, on benches or pieces of cardboard on side streets. These are the victims of the racism that is not only flourishing in the UAE but is increasingly being exported to the rest of the Middle East. Sometimes it reminds you of the American south in the 1930s.
One evening in Abu Dhabi, I have dinner with my friend Ali, a charming Iraqi engineer whom I have known for two decades. After the meal, as his wife serves saffron-flavoured tea, he pushes back his chair and lights a cigar. We talk about stock markets, investment and the Middle East, and then the issue of race comes up.
"We will never use the new metro if it's not segregated," he tells me, referring to the state-of-the-art underground system being built in neighbouring Dubai. "We will never sit next to Indians and Pakistanis with their smell," his wife explains.
Not for the first time, I am told that while the immigrant workers are living in appalling conditions, they would be even worse off back home - as if poverty in one place can justify exploitation in the other.
"We need slaves," my friend says. "We need slaves to build monuments. Look who built the pyramids - they were slaves."
Sharla Musabih, a human rights campaigner who runs the City of Hope shelter for abused women, is familiar with such sentiments. "Once you get rich on the back of the poor," she says, "it's not easy to let go of that lifestyle. They are devaluing human beings," she says. "The workers might eat once a day back home, but they have their family around them, they have respect. They are not asking for a room in a hotel - all they are asking for is respect for their humanity."
Towards the end of another day, on a fabulous sandy beach near the Dubai marina, the waves wash calmly over the beautiful sand. A couple are paragliding over the blue sea; on the new islands, gigantic concrete structures stand like spaceships. As tourists laze on the beach, Filipino, Indian and Pakistani workers, stand silently watching from a dune, cut off from the holidaymakers by an invisible wall.
Behind them rise more brand-new towers.
"It's a Green Zone mentality," a young Arab working in IT tells me. "People come to make money. They live in bubbles. They all want to make as much money as possible and leave."
Back at the Mousafah camps, a Pakistani worker walks me through his neighbourhood. On both sides of the dusty lane stand concrete barracks and the familiar detritus: raw sewage, garbage, scrap metal. A man washes his car, and in a cage chickens flutter up and down.
We enter one of the rooms, flip-flops piled by the door.
Inside, a steelworker gets a pile of papers from a plastic envelope and shoves them into my lap. He is suing the company that employed him for unpaid wages. "I've been going to court for three months, and every time I go they tell me to come in two weeks." His friends nod their heads. "Last time the [company] lawyer told me, 'I am in the law here - you will not get anything."
Economically, Dubai has progressed a lot in the past 10 years, but socially it has stayed behind," says Musabih. "Labour conditions are like America in the 19th century - but that's not acceptable in the 21st century."
08 octobre 2008
La contribution écrite de l'UE à la réunion préparatoire Durban 2 : les plus et les moins
L'OCI avait transmis, bien avant la conférence préparatoire, une contribution écrite qui annonçait clairement la couleur.
Le 7 octobre, l'Union Européenne a distribué une contribution écrite qui comporte des positions de principes très claires sur un certain nombre de sujets, notamment sur la défense de la liberté d'expression et des libertés individuelles, mais aussi d'autres points très en retrait par rapport à ce que l'on aurait pu espérer et ce que l'UE affirmait vouloir défendre et protéger.
Ce document de 15 pages comporte 159 points.
Quelques points positifs:
- L'UE se réjouit des actions entreprises pour la commémoration des victimes de l'esclavage et de la traite d'esclave, en particulier la traite de l'esclavage transatlantique, et l'abolition de ces tragédies. Elle souligne la nécessité d'aborder la traite de l'esclavage transsaharienne et de la traite dans l'océan indien de façon similaire. (point 25)
- Elle met en avant la lutte contre les discriminations en raison de l'orientation sexuelle ou un statut lié à une identité sexuelle (points 46, 52)
- Elle regrette que la lutte contre le racisme et la haine religieuse soit de plus en plus utilisée comme prétexte pour limiter la liberté d'expression. Elle affirme que la liberté d'expression est au fondement de toute société démocratique (point 49 et 48)
- Elle rappelle que la situation des défenseurs des droits humains n'a pas progressé (depuis 2001) dans de nombreuses parties du monde. (105)
- Elle s'inquiète de la prolifération des mécanismes institutionnels (108) et demande la suppression du Comité had Hoc sur les normes complémentaires (110)
Quelques points négatifs :
- La traite des personnes, et les formes contemporaines d'esclavage sont mis en exergue (points 4 à 10) mais la définition de la traite (qui reprend des extraits des textes internationaux les plus récents comme le protocole de Palerme ou de la récente convention du Conseil de l'Europe) constitue une véritable régression par rapport aux normes internationales depuis 60 ans. Le fait que "le consentement à l'exploitation" doivent être considéré comme hors de propos en est absente.
La demande, notion révolutionnaire, reconnue dans les traités internationaux comme facteur encourageant la traite, n'est pas d'avantage évoqué. Pourtant il avait fait l'objet de rapports novateurs par Sigma Huda, la rapporteure spéciale sur la traite.
- Les points relatifs à la protection des droits humains des migrants est extrêmement faible (point 18). Les questions relatives aux stéréotypes sur les migrants, où la lutte contre la migration illégale comporte de nombreuses contradictions. (points 10 à 18)
- La notion d'Islamophobie est entérinée.
- L'antisémitisme est inséré dans l'intolérance ou la violence à l'encontre d'une religion, aux côtés de l'Islamophobie et de la Christianophobie, alors que l'antisémitisme à connotation religieuse n'est certainement pas le moteur de l'antisémitisme contemporain, ni de celui depuis la fin du XIXème siècle. Les juifs ne sont pas mentionnés comme étant la cible de l'antisémitisme. Cela pose problème car dans le même temps, l'UE ne condamne pas la définition de l'antisémitisme élaborée par le Ad Hoc comité sur les normes complémentaires (dont elle demande par ailleurs la suppression) qui considère que l'antisémitisme contemporain s'attaque aux arabes sémites et par extension à tous les musulmans.
-Alors que dans sa déclaration orale le 6 octobre, l'UE demandait à ce qu'aucune région en particulier ne soit mise en avant (faisant allusion à la question d'Israël et de la Palestine qui a d'ores et déjà été la seule question mise en exergue dans les premiers travaux préparatoires ), cette position de principe est absente de la déclaration écrite qui servira de base aux premiers travaux rédactionnel qui doivent déboucher en avril sur le texte de la conférence d'examen de Durban.
- Elle met en valeur l'Alliance des civilisations, et la met au même niveau que l'Unesco, le Conseil de l'Europe et l'OSCE (point 94)
Tout ce qui est dit concernant l'égalité femme/homme et la lutte contre les violences ne pose aucun problème et reste formidablement consensuel.
15 avril 2008
Mais quels droits la France défend elle ?
Alors là vraiment, on n'y comprend plus rien. Que défend donc la France ? Que, quoi, qui cherche-t-elle à protéger ?
Ce matin, c'était aux Pays Bas de passer le grand oral de l'Examen périodique universel.
On aurait pu imaginer qu'étant donné la manière dont se déroule l'examen, et n'osant se montrer offensive envers un pays "ami" du groupe Europe, elle préfère faire profil bas et donc se taire...
Et bien non. La France a parlé, Alleluhia ! Et elle a même su se montrer "trés courtoisement et diplomatiquement" offensive, suivant le Pakistan, l'Iran, l'Egypte, l'Algérie, sur le thème des discriminations que subissent les émigrants aux Pays-Bas.
On croit rêver lorsque l'on sait les politiques françaises en la matière.
En revanche, pas un traître mot sur les politiques néerlandaises sur la prostitution, la légalisation de certaines formes de proxénétisme, le développement de l'industrie du sexe et ses conséquences sur la violence et la traite des femmes !!!
Il est vrai que la France ne défend plus les principes qu'elle affirmait il y a encore quelques années. Elle ne cite même plus les conventions universelles du corpus des droits humains, telle que la Convention pour la répression de la traite des êtres humains et de l'exploitation de la prostitution d'autrui, dite du 2 décembre 1949, adoptée dans la filiation du projet humaniste de la Déclaration Universelle.
Plus personne pour nommer cette convention, aboutissement de 80 ans de combat des femmes, portée notamment par Madame Ghénia Avril de Sainte-Croix (photo ci-contre), qui commença sa lutte au début du XXème siècle et s'impliqua dés 1919 dans les travaux de la Société des Nations, et Marcelle Legrand Falco qui commença son combat au tournant des années 1920, toutes deux grandes figures du mouvement des Femmes .
Non plus personne pour défendre l'histoire et cette filiation à l'ONU.
La France, qui se prétend pays d'histoire a décidément la mémoire qui flanche.
En septembre, elle a laissé faire la surpression du Groupe de Travail sur les Formes Contemporaines d'Esclavage, seul mécanisme des Nations Unis en charge de la Convention de 1949. Pauvre convention orpheline, qui n'est même pas citée par le Haut Commissariat, lorsqu'il fait la liste des instruments internationaux pour l'examen périodique universel.
Quelle tristesse d'entendre l'Egypte, l'Iran, l'Algérie et le Pakistan critiquer les néerlandais sur leurs politiques en matière de prostitution, tous pays qui revendiquent le respect des femmes au nom des valeurs familiales.
En 1999, l'Iran et les Pays Bas attaquaient la convention de 1949, l'un pour tuer et emprisonner les femmes prostituées, l'autre pour tirer profit de l'industrie du sexe. La France s'opposait à l'un comme à l'autre. Aujourd'hui, quels droits la France défend elle ?
16 février 2008
Abou Dhabi sur Danube (UNGIFT- forum contre la traite)
Dans le Hall d'entrée
Les sacs donnés aux congressistes
Stand du Qatar Exposition au restaurant Stand OSCE
Dans la salle plénière














