UN_Photo_Jean_Marc_FerreLa septième session du Conseil des Droits de l’Homme s’est ouverte le 3 mars par « le segment de dialogue de haut niveau » (déclarations officielles) dans une atmosphère de ferveur religieuse, jamais vu auparavant dans pareille enceinte. Cette première session durant l’année 2008 a permis à l’ensemble des pays de vibrer à l'unisson sur l’importance du 60ème anniversaire de la Déclaration Universelle, même si la notion d'universalité a bien pris du plomb dans l'aile.

Pour la première fois, l’Alliance des Civilisations[1] prenait officiellement la parole. Cette structure, a été créée en 2005 dans la filiation du Dialogue des civilisations, initié par le Président iranien Khatami en 1998. Depuis elle s’est renforcée, transformée en instance pérenne au sein de l’ONU, tout en ayant un fonctionnement autonome, avec des nominations par cooptation, et opaque quant au processus décisionnaire. Par ailleurs, elle bénéficie de fonds privés ou étatiques considérables pour rapprocher « Islam et occident » [2] et lutter contre la diffamation des religions (en particulier de l’Islam) dans les médias afin de prévenir les conflits et œuvrer pour la paix mondiale. (Il y a aussi l'éducation et les migrations qui font partie de ses priorités)

Il va sans dire qu’on a entendu une suite de lamentos autour des caricatures de Mahomet.
Bien entendu la première question à porter sur l’autel des droits humains en ouverture de la septième session était la situation à Gaza.
Après être monté à la tribune, le Ministre des Affaires Etrangères iranien a dit la phrase consacrée « au nom du miséricordieux… », et a demandé qu’une minute de silence soit observée à la mémoire des martyres palestiniens. Il a engagé les musulmans rassemblés dans la salle à prier en leur mémoire. Dans la très belle salle du Conseil, où siégeaient dans les années 1930 les cœurs de la SDN - si merveilleusement décrite par Albert Cohen - on n'entendit plus que le souffle du fredonnement de la prière. Frémissement ou non frémissement des lèvres lors de la minute de silence ! Voilà  un bon moyen de rende visible et de séparer « les musulmans » des non musulmans. Curieux pour les chantres du dialogue civilisationnel.


Du côté des « non musulmans », donc « des occidentaux » - selon la classification établie par la nouvelle Alliance, (ha bon, je ne savais pas que les japonais, les brésiliens ou les camerounais...étaient considérés comme des occidentaux !) – nombreux sont ceux qui cherchèrent à montrer leur adhésion et leur amour des saintes paroles.
La Slovénie qui préside jusqu’à juin l’Union Européenne a dit que l’UE s’était engagée à promouvoir l’Alliance, dans le cadre notamment  de l’année sur la diversité culturelle.
Les Pays Bas ont troqué l’universalité des droits pour l’oecuménisme de « l’universalité des règles » incarnées dans « la parole de la Bible (…), de Confucius, du Bhagavad-Gita, du Talmud, et des mots du prophète Mohammed (…) ne fait de mal à personne, afin que personne ne te fasse du mal. » Voilà une parole forte pour un ministre des Affaires Etrangères Européen, dont le pays est un des membres du CDH.


Quand à la Ministre Rama Yade
, elle a rappelé les principes essentiels de la République, sans utiliser une seule fois le mot laïcité. Elle a indiqué que « la France ne transigerait pas » « sur la liberté de conscience, de croire ou ne pas croire». Quel chemin les Lumières ont-elles parcouru depuis le 18ème siècle pour parvenir à ce dernier faisceau tremblotant en ce début de 21ème siècle ? Pour le pays qui prétend incarner l’universalisme, qui va accueillir les célébrations autour du 60ème anniversaire entre septembre et décembre, nous avons de quoi nous inquiéter. « Croire et ne pas croire », voilà un sacré slogan pour défendre la laïcité ! Laïcité positive ?

[1] Voir article des Temps Modernes : "Onu 2001-2007 : Durban ou l'éternel retour"
[2] Quelles sont les définitions des entités "Islam et Occident" qui n’ont aucun statut juridique politique, à moins qu'il s'agisse d'un côté de l'Organisation de la Conférence Islamique qui a un statut juridique, qui représenterait dont l'Islam, l'Islam politique !

(photo ONU- Jean Marc Ferre)