23 septembre 2009
Le programme politique de la Libye, présidente de l'Assemblée Générale.
On a fait grand bruit (avant et après) autour de l'intervention du président iranien Ahmadinedjad dont on peut trouver l'intégralité du texte sur le site de l'ONU http://www.un.org/ga/64/generaldebate/pdf/IR_en.pdf
La déclaration de Mouammar Kadhafi le 23 septembre 2009, dont il n'existe aucune version retranscrite, s'est déroulée durant 1heure40 et a donné lieu à des commentaires plutôt amusés de la part des commentateurs. Son programme politique pour l'année à venir, en tant que pays PRESIDENT POUR UN AN de l'Assemblée Générale mérite pourtant que l'on s'y attarde. Il peut être écouté dans son intégralité sur http://www.un.org/ga/64/generaldebate/LY.shtml. La traduction anglaise de son discours en arabe n'a pas été assurée par les traducteurs de l'ONU mais par un membre de la délégation libyenne.
En voici quelques extraits traduits en français. Après on ne pourra pas dire que l'on ne savait pas quel programme politique sera à l'ordre du jour de la 64ème Assemblée Générale :
"Au nom de l'Union africaine, je vous souhaite la bienvenue, dans cette réunion qui sera historique dans l'histoire du monde. Au nom
de la Libye qui préside l'Assemblée Générale, au nom de l'Union africaine, et au nom des 1000 rois traditionnels d'Afrique, je tiens à souhaiter la bienvenu à notre fils Obama, et je le fais car c'est la première fois qu'il s'adresse à l'Assemblée générale et qu'elle se déroule dans son pays hôte. (...)
Parmi les défis auxquels nous sommes confrontés, il y a aussi le virus H1N1 qui a été fabriqué dans des laboratoires à des fins militaires comme arme de destruction
Les Nations Unies ont été créés par les pays qui se sont mis ensemble contre l'Allemagne après la deuxième guerre mondiale (...) nous n'étions pas présents à cette époque. Cela a été créé en l'absence de 165 pays, c'est à dire 1 pays sur 8
Depuis la création de l'ONU, il y a 65 guerres, et ces guerres ont été plus destructrices que la deuxième guerre mondiale (...) était-ce dans l'intérêt de toutes les nations? Non, c'était dans l'intérêt de 2 ou 3 pays
Aucun pays n'a à s'ingérer dans les affaires internes des autres pays (...) A l'époque de Rome, le Sénat a décidé de mettre un dictateur en place car c'était bon pour Rome et personne n'a brandit le Véto à César
Et il y a un pays qui dicte sa conduite. Qui a donné à ce pays son statut de membre de l'ONU ? (allusion à Israël en 1948 ?)Ce sont ces 4 pays qui lui ont donné son statut. Le seul pays pour lequel nous avons tous voté pour son entrée en tant que membre à l'Assemblée Générale est la Chine (République populaire)
Concernant le Conseil de Sécurité, la solution n'est pas d'avoir plus de membres permanents (...) cela créera plus de conflits et plus de tensions et de compétition au niveau mondial (...) Une résolution à l'AG sera préparée en ce sens. Il n'y aura plus de représentants par pays (...) afin qu'il y ait la démocratie et l'égalité entre les pays membres. (...) Il faut que le pouvoir du Conseil de sécurité soit désormais renvoyé à l'Assemblée Générale. Le Conseil de sécurité sera uniquement un organe devant mettre en œuvre les décisions de l'Assemblée Générale. Ce sera le Parlement du monde, l'Assemblée du monde et ce sera la vraie démocratie (...) Nous sommes aujourd'hui 192 membres et nous sommes comme un décors pour le Conseil de sécurité (...) Au Conseil de sécurité, il faudrait un siège pour les 27 membres de l'UE, les 53 pays de l'Union Africaine devraient avoir un siège, un siège pour l'Amérique du Sud, l'Asie un siège, le Moyen orient un siège, La fédération de Russie, les Etats Unis ; la ligue arabe, 22 pays, un siège ; l'Organisation de la Conférence islamique, 57 pays, un siège ; le Mouvement des non alignés, 118 pays, un siège ; ainsi que le G100. Et s'il y a des pays hors de ces associations, nous pourrons leur donner un siège par rotation tous les 6 mois, comme le Japon ou l'Australie. Il faudra que l'Assemblé générale fasse un vote là dessus (...) Monsieur Treki et Ban Ki Moon devront rédiger le projet législatif et organiser des comités pour un vote.
On ne peut pas continuer à être avec un conseil de sécurité pareil, c'est du terrorisme. Un Conseil de sécurité composé de super puissances, c'est du terrorisme en soit. C'est la seule condition pour avoir un monde de paix. (...)"
Nous avons été colonisés et maintenant nous sommes ici pour créer le futur du monde de manière démocratique qui permettra de maintenir la paix et la sécurité. (...)Ce qui se passe aujourd'hui avec le Conseil de sécurité c'est du terrorisme, comme Al Qu'aida.(...). Il ne devrait pas s'appeler le Conseil de sécurité mais le Conseil de la terreur. (...) Le tiers monde est sous la terreur et terrorisé. Le Conseil de sécurité ne nous donne aucune sécurité. Au contraire, il fait régner sur nous la terreur et les sanctions. C'est utilisé uniquement contre nous. (...) Le Conseil de Sécurité n'a jamais pris aucune action pour stopper 64 guerres (...)
L'AIEA ne fonctionne que contre nous, alors que tous les pays devraient être sous son contrôle (...) le Conseil de Sécurité est contre nous, la Cour pénale internationale est contre nous.
L'Afrique a été persécutée, esclavagisée, colonisée, traitée comme des animaux, (...) personne ne peut nous refuser un siège permanent. (...) il faut aussi qu'il y ait des réparations pour que l'on ne puisse plus voler la terre des peuples. Pourquoi les africains devraient-ils partir en Europe ? Pourquoi les asiatiques vont en Europe ? Pourquoi les peuples d'Amérique latine vont en Europe ? Parce que l'Europe a volé les richesses, les fruits, le pétrole, les végétaux. (...) Et maintenant la nouvelle génération en Afrique recherche leurs biens qui leur a été volé. (...) et c'est ainsi que l'on pourra stopper l'immigration (...) Il faut récupérer nos biens équivalents à 77.7 millions. Ce sont les réparations que l'Afrique devrait recevoir des pays qui l'ont colonisé. Et si vous ne nous donnez pas cette somme, nous viendrons la chercher chez vous. (...)
Il n'y a pas d'émigration illégale de Libye vers l'Italie, parce que l'Italie a payé ses compensations à la Libye. (...) Et l'Italie devrait être glorifiée pour ce qu'elle a fait. (...) Et il faut que les pays colonisateurs payent des compensations, afin qu'il n'y ait plus jamais de colonisation, et que tout pays qui colonise sache qu'il devra payer des compensations après. La colonisation doit être incriminée.
Nous africains, sommes fier qu'un fils d'Afrique gouverne les Etats Unis. (...) Mais je suis inquiet. Obama sera là pour les 4 prochaines années ou les 8 prochaines années, mais j'ai peur de l'après. Personne ne peut garantir l'après Obama. Je serais heureux si Obama pouvait rester pour toujours Président des Etats Unis.
Nous avons tous traversé l'océan atlantique pour venir ici (...) Pourquoi ? Est-ce Jérusalem? le Vatican ? La Mecque ? Vous souffrez tous ici du décalage horaire. Nous sommes fatigués et endormis. Votre horloge biologique est perturbée(...)
Ce sont les Etats Unis qui s'occupent de toutes les choses matérielles,qui assure la sécurité très stricte et ils dépensent beaucoup d'argent. Et l'Amérique est très fatiguée. Et je voudrais soulager l'Amérique de cette charge. Nous remercions l'Amérique pour ce qu'elle fait et pour tous les problèmes que cela lui cause. Nous voulons aider l'Amérique. Nous voulons que l'Amérique soit en sûreté, que l'Europe soit en sûreté. (...) Peut-être qu'un terroriste fera une attaque sur l'avion d'un président. Ce bâtiment est une cible pour les terroristes. Cela aurait pu être en leur pouvoir le 11 septembre. Nous avons nous même 10 membres d'Al Qu'aida détenus en Libye. Et ce que nous savons de leurs déclaration est très effrayant. Et l'Amérique vit sous tension. Nous ne savons pas ce qui peut se passer, et l'Amérique peut encore être visée et des dizaines de chefs d'Etats attaqués en même temps. Nous voulons soulager l'Amérique de cette inquiétude. Nous devons déplacer le siège de l'ONU dans un lieu qui n'est pas visé. Après cinquante ans, le siège devrait déménager dans un autre endroit de l'hémisphère. Pour les 50 prochaines années, le siège devrait être dans l'hémisphère de l'est ou dans l'hémisphère du milieu. Par rotation. (...) C'est un service que nous rendons à l'Amérique. (...) Et cela sera mis au vote à l'Assemblée Générale. (...) Nous ne blâmons pas l'Amérique de prendre toutes les mesures de sécurité. Car elle est la cible d'Al Qu'aida. Mais nous ne tolérons pas ces mesures. Nous n'avons pas à venir à New York et nous ne devons pas subir toutes ces mesures. Un président m'a raconté que son co-pilote ne pouvait venir en Amérique parce qu'il y avait des restrictions. Un autre m'a dit que son garde d'honneur n'a pas pu venir car il y avait un quiproquo avec son nom pour avoir un visa. Un autre m'a dit que son médecin personnel n'avait pu obtenir de visa et n'avait pu entrer en Amérique. (...) C'est comme Guantanamo, nous n'avons pas de liberté de mouvement pour nos délégations. (...) Pourquoi ne pas mettre le siège en Libye ? La Libye n'a d'hostilité envers aucun pays. (...) Cela pourrait aussi être Pékin, la capitale de la Chine ou Dehli, la capitale de l'Inde. (...) Et vous me remercierez d'avoir supprimé la souffrance et le fait de voler durant 24 heures. Et je suis sûre que l'Amérique ne réduira pas sa contribution et continuera d'être engagée par ses obligations internationales. Et l'Amérique vous remerciera de lui avoir enlevé ce poids. Et l'Amérique devrait nous remercier pour cela car ce lieu est la cible des terroristes. (...)
Ce n'est pas une réunion ordinaire, même mon fils Obama a dit que c'était une réunion historique.
Il faut aussi établir des cours de justice, et des investigations sur la manière dont les guerres ont commencé. (...) Ceux qui font les guerres doivent être traduits en justice et payer les conséquences. Concernant la Guerre de Suez de 1956, le dossier devrait être rouvert. Pourquoi 3 pays qui ont un siège permanent au Conseil de Sécurité ont attaqué un Etat membre de l'Assemblée Générale, l'Egypte (...) des milliers d'égyptiens sont morts et des villes d'Egypte détruites. Comment cela a pu se passer sous l'ère des Nations Unies ? Comment pouvons nous être sûrs que cela ne se reproduira pas ? (...) Puis il y a eu la guerre du Viet Nam, 3 millions de victimes, (...) il y a eu plus de bombes que durant la seconde guerre mondiale. (...) Nous ne pouvons rester silencieux. Comment l'humanité peut-elle être en sécurité ? (...) C'est le futur du monde et nous devons nous assurer que pareille chose ne se répétera pas à l'avenir. Puis il y a eu Panama (...) Grenade (...) Il faut enquêter sur les bombardements en Somalie, (...) qui a laissé faire ? Puis il y a eu la Yougoslavie. Un pays paisible, et qui a été détruit comme l'a fait Hitler jadis. Tito avait construit son pays étape par étape, brique après brique. Et nous le démembrons pour des intérêts impérialistes internationaux. (...) Nous devons faire une enquête là dessus. Puis il y a la guerre en Iraq. (...) L'Assemblée générale doit mener une enquête sur l'invasion de
l'Iraq (...) Nous risquons tous la même destinée. Puis le génocide, le massacre du peuple iraquien. Ceux qui ont pratiqué les assassinats collectifs du peuple iraquien doivent être jugés. (...) C'est facile de demander que Taylor soit jugé, ou El Bachir ou Noriega. Quelle blague ! Et qu'en est-il de ceux qui ont fait des meurtres de masse en Iraq ! (...) Nous ne sommes pas des animaux et nous avons le droit de vivre et de nous défendre. (...) Vous savez ce que l'on dit ? Que c'est le président des Etats Unis qui se cachait derrière le masque du bourreau du président iraquien. Pourquoi n'avons nous pas vu leur visage ? (...) Qui sont ceux qui ont exécuté la sentence de mort ? (...)
Abougraïb, c'est une insulte à l'espèce humaine. Je sais que les américains ont fait une enquête là dessus. Mais les Nations Unies ne doivent pas oublier et l'AG doit enquêter. Les prisonniers de guerre qui ont été persécutés, mal traités, les médecins qui ont fait des expériences sur eux, et la sodomie? C'est un pêché sans précédent. Ce sont des soldats, des prisonniers de guerre et ils sont violés en prison par un état membre du Conseil de Sécurité ? C'est contre la civilisation. Nous devons savoir les faits. Et il y a encore 1 demi million de prisonniers à Abou Graib.
Et il faut aussi ouvrir une enquête sur l'Afghanistan. Pourquoi sommes nous contre les Talibans ? Qui sont les Talibans ? Qu'est ce que l'Afghanistan ? Si les Talibans veulent créer un état religieux comme le Vatican ! Le Vatican constitue-t-il un danger contre nous ? Non. C'est un pays religieux très pacifique. Si les Talibans veulent créer un émirat islamiste, qui peut dire que ce sont des ennemis ? Ben Laden est-il afghan ? Les Afghans sont ils Ben Laden ? Y-a-t-il un Ben Laden Taliban ? Non ! Ben Laden n'est pas un Taliban est n'est pas Afghan. Ceux qui ont attaqué NY, sont ils des Taliban ? Sont ils Afghans ? Ils ne sont ni Afghans ni Talibans. (...)
Il y a eu la guerre civile en Amérique. Personne n'a interféré dans la guerre civile en Amérique. Il y a eu la guerre civile en Espagne, en Chine, partout. Si les iraquiens veulent une guerre civile, laissons les se battre entre eux, c'est plus juste. Qui a dit que si les Talibans viennent au pouvoir ils auront l'arme nucléaire, ou des missiles transatlantiques ?( ...) est-ce que leurs avions ont décollés d'Afghanistan ou d'Iraq ? Non. Ces avions étaient dans l'aéroport JF Kennedy. (...)
Monsieur Terki, en tant que Président de l'Assemblée Générale doit aussi ouvrir les dossiers des assassinats. Nous voulons savoir, comment un leader africain de la libération de l'Angola a été assassiné. Qui l'a tué ? Nous devons le savoir pour nos fils. Pour l'histoire, le héros de la lutte en Angola (...) Nous devons savoir également sur l'assassinat de Kennedy. Lee Harvey. Qui a tué Lee Harvey ? Jack Ruby. Un israélien a tué Lee Harvey qui a tué Kennedy. Pourquoi ? (...) Nous savons que Kennedy voulait enquêter sur le dossier nucléaire du démon israélien. (...) cela a à voir avec la paix du monde. Et Martin Luther King (...) Et Khalil Al Wazir le palestinien à Tunis. Il vivait
paisiblement là bas. L'indépendance de son pays n'a pas été respectée. Nous ne pouvons rester silencieux. (...) (liste de palestiniens tués) Ces violations des droits de l'homme ne peuvent se répéter et les auteurs doivent être jugés. (...) Nous ne sommes pas des animaux. Nous nous défendons, nous défendons nos enfants. Nous n'avons pas peur. Nous avons le droit de vivre. Et l'air que l'on respire n'est pas juste pour les superpuissances mais pour chacun de nous. Nous ne devons pas vivre humiliés sur cette terre.
Et il y a le massacre de Sabra et Chatila. (...) Et le massacre de 2008 de Gaza (...) (longue liste des tués et des organisations détruites à Gaza) Tous devraient être traduits devant la Cour Pénale internationale. (...)
Les somaliens deviennent pirates car ils défendent la nourriture pour leurs enfants, la pêche pour leurs enfants. (...) j'ai rencontré les pirates et je leur ai dit qu'il faut faire une convention internationale pour protéger leurs eaux territoriales et économiques. Cette mer appartient au peuple somalien. Et les autres pays cesseront d'empoisonner leurs eaux et leurs côtes. (...)
Un jour nous aurons aussi la grippe des poissons. Ils fabriquent les virus pour que les industries pharmaceutiques fabriquent les vaccins. (...) Les industries capitalistes fabriquent les virus pour ensuite fabriquer les vaccins et faire des profits. (...)
Le traité sur les mines antipersonnel devrait être modifié. Je dois pouvoir avoir le droit de mettre des mines à mes frontières pour empêcher que l'on m'envahisse. Je ne fais de mal à personne. Il faut transformer le traité sur les mines. (...)
Les Palestiniens. La solution est un pays démocratique pour les palestiniens et les juifs. Une solution de deux états n'est pas pratique. (...) La solution est un état démocratique arabe sans fanatisme religieux. Les Sharon et Arafat sont terminés. Nous avons besoin d'une nouvelle génération où tous vivront en paix. La jeunesse palestinienne et israélienne veut la paix sous un seul Etat. Ce sera Isratin. Isratin sera la solution. Les arabes n'ont aucune hostilité ni animosité vis à vis d'Israël. Nous sommes de la même race. Les réfugiés doivent revenir.
Vous (s'adressant aux européens) êtes ceux qui avez fait l'holocauste, vous êtes ceux qui les avez brûlé. Pas nous. Nous leur avons donné un refuge, la sécurité durant l'époque romaine, durant le règne arabe en Andalousie. Vous êtes ceux qui les avez empoisonnés et les avez annihilés. Nous les avons toujours protégé. Vous les avez expulsé. Regardons la vérité. Nous ne sommes pas hostiles ou les ennemis des juifs. Et les juifs auront un jour besoin des arabes et nous seront ceux qui leur offriront la protection. Regardez donc ce que les autres ont fait aux juifs. Hitler est un exemple. Vous êtes ceux qui avez fait du mal aux juifs. Pas nous. (...)
21 septembre 2009
La victoire de la démocratie, la honte de la France, et la farce onusienne
Vive la Bulgarie ! la diplomate bulgare Irina Bokova a été élue à la tête de l'Unesco, contre l'Egyptien Farouk Hosni, que la France a soutenu jusqu'au bout - RealPolitik oblige !
Déjà les rumeurs circulent et certains y voient la main d'un Lobby juif puissant mené par BHL, Claude Lanzmann et Elie Weizel qui s'étaient élevés dans une tribune du Monde en mai dernier contre les propos antisémites de Farouk Hosni, et s'étaient mobilisés sans relache depuis sur la question.
Comme à l'époque de Durban 2, la focalisation sur l'antisémitisme et Israël, empêche que l'on puisse avoir une vision globale de la situation internationale et de ce qui s'est joué ces dernières semaines.
La victoire d'Irina Bokova, on la doit surtout au fait que sur ce dossier l'UE a été divisée, et que de nombreux pays (sauf l'Espagne, l'Italie, la Grèce) ont refusé de suivre la politique française en la matière. De là, les USA qui s'étaient tenus à l'écard, ont décidé de rentrer dans la bataille (pour d'autres raisons de RealPolitik) et de mener également un lobbying de couloir, incontestablement plus efficace dans la dernière ligne droite que celui de la France toujours pro-egyptienne, et de celui du Sénégal qui préside par ailleurs l'Organisation de la Conférence islamique.
Aujourd'hui commencent les interventions de haut niveau dans le cadre de la 64ème Assemblée générale. Comme à l'époque de Durban 2, tous se focalisent sur le discours tant attendu et sans surprise du Président Ahmadinedjad.
Les occidentaux menacent encore de faire leur coup de théatre d'avril - les caméras de télévisions sont prévenues - et de se lever au moindre dérapage lors du discours du président iranien.
Mais qui s'inquiète du fait que l'Assemblée Générale est présidée depuis le 15 septembre par la Libye, élue par acclamation le 10 juin dernier ?
Qui souligne le fait qu'aucun pays (pas même les USA membres du CDH depuis juin 2009) n'a essayé de convoquer une session spéciale du Conseil des droits de l'Homme durant l'été, autour de la prise de pouvoir illégal d'Ahmadinedjad et des violences et atteintes aux droits humains qui se déroulent quotidiennement en République Islamique d'Iran ?
Il est possible de réécouter l'intervention de Malka Marcovich, dans l'émission du Grain à moudre du 17 septembre. autour de ces sujets
11 juin 2009
La Libye élue par acclamation Présidente de l'Assemblée Générale
La Jamahiriya arabe libyenne poursuit son ascension diplomatique.
Après avoir été élue à la présidence du Comité préparatoire de la Conférence d'examen de Durban en août 2007, être devenue membre du Conseil de sécurité en janvier 2008 et avoir accédé à la Présidence de l'Union Africaine pour l'année
2009, l'ambassadeur de Libye, Ali Abdessalam Trek a été élu par acclamation le 10 juin 2009 et présidera la 64ème session de l'AG à partir du 15 septembre 2009.
Le secrétaire général Ban Ki-Moon a salué l'expérience diplomatique inestimable du futur Président, face aux nouveaux problèmes et menaces auxquels notre monde est confronté.
Ce dernier a cité parmi ses priorités la réforme du système des Nations Unies, en particulier le Conseil de sécurité et l’Assemblée générale, soulignant que le partage du pouvoir ("la place de lion") accordé aux pays victorieux de la seconde guerre mondiale s'était transformée en anomalie.
Parmi les vices présidents de l'Assemblée générale élus à sa suite, on trouve le Soudan et le Venezuela.
Pour le bureau des six commissions de l'AG, on peut encore citer l'élection du Qatar à la Présidence de la Commission portant sur les questions politiques spéciales et la décolonisation (Quatrième Commission) avec comme rapporteur le Soudan.
La Commission des questions juridiques (Sixième Commission) sera présidée par l’Algérie avec comme vice présidente la République islamique d'Iran.
29 avril 2009
A l'ONU, la "République islamique de Chine"
Dans le Canard Enchaîné du 29 avril
A la conférence dite d'examen de l'ONU contre le racisme, qui s'est achevée dans l'indifférence la semaine dernière à Genève, les victimes avaient surtout le droit de la boucler. Alors que le président iranien avait eu tout loisir de déverser son fiel en guise d'ouverture, plusieurs représentants des ONG, réduites à la portion congrue en fin de semaine, l'ont appris à leurs dépens. Ainsi, avec le concours actif du délégué de l'Iran, l'un des vice-présidents de la rencontre, la Chine a empêché vendredi deux ONG pro-tibétaines de terminer leurs interventions déjà limitées à trois minutes.
A peine Tenzin Kayta, qui s'exprimait au nom de la Société des peuples menacés, avait-il évoqué la situation au Tibet comme exemple d'incitation à la haine raciale, que le délégué chinois avait agité sa pancarte et exigé du président kenyan de la conférence, Amos Wako, de l'interrompre. Déjà le représentant de Téhéran avait demandé la parole et s'était indigné quand le président l'avait désigné comme "le distingué délégué de l'Iran", l'enjoignant de citer correctement "la République islamique d'Iran". Encore sous l'émotion de ce rappel aux bonnes manières, le même président kenyan devait s'emmêler les pinceaux après une nouvelle protestation du représentant de Pékin en lui donnant du "distingué délégué de la République islamique de Chine", avant de se raviser et de se confondre en excuses devant les réactions hilares des uns et indignées des autres, pas d'humeur à plaisanter. Toujours est-il que l'orateur tibétain n'a pas pu conclure son discours et la Chine a obtenu qu'on passe à l'orateur suivant.
Un scénario identique s'est répété lorsqu'une Tibétaine, Tsering Jampa, a pris la parole au nom de la Campagne internationale pour le Tibet, et a été empêchée de continuer après les gesticulations chinoises habituelles. Une semaine auparavant, le médecin palestinien embastillé et torturé en Libye avec les infirmières bulgares avait subi un sort analogue sous le marteau de l'ambassadrice libyenne, présidente du comité préparatoire de Durban II. Parlant au nom d'une ONG, il s'était adressé en ces termes à Mme Najat al-Hajjaji: "Je ne sais pas si vous me reconnaissez, je suis le médecin palestinien qui a été retenu en otage par votre pays... ", avant que la représentante du colonel Kadhafi lui coupe la parole, affirmant que ces propos n'avaient rien à voir avec ladite conférence. En revanche, parmi plus de 80 nouvelles ONG accréditées pour la circonstance, la présidente libyenne a admis le Gaddafi International Charity & Development Center, dirigé par le fils du colonel, tandis qu'elle refusait l'agrément au Centre tibétain des droits de l'homme et pour la démocratie. Ainsi vont les droits de l'homme au royaume onusien...
25 avril 2009
Les motions d'ordre contre la liberté d'expression des ONG
Les 23 et 24 avril, les ONG qui avaient suivi toute la procédure d'enregistrement pour une prise de parole de 3 minutes purent intervenir. Les motions d'ordre rythmèrent néanmoins les prises de parole, motions d'ordre émanant principalement de la République Islamique d'Iran, vice-présidente de la Conférence, de la Chine et de la Libye, présidente du comité plénier.
Le 23, la RI. d'Iran demanda, conformément à la règle énoncée par le Président, qu'aucun pays ne soit nommé durant l'intervention du représentant de UNWatch.
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[ English ] 3 minutes
Puis la RI d'Iran demanda en outre que l'on ne nomme pas non plus des chefs d'Etat. L'Afrique du Sud coupa également la représentante de la Hudson Institute car cette dernière avait utilisé la terminologie de Durban 2.
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[ English ] 8 minutes
Ce fut ensuite au tour de la Chine de couper à trois reprises, l'association Asian Indigenous and Tribal Peoples Network, affirmant que leur déclaration était hors de propos, puis finalement prétendant que l'association faisait perdre du temps aux autres ONG.
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[ English ] [ Original language ] 3 minutes
La Chine fit à nouveau une motion d'ordre, lorsque l'association International Campaign for Tibet eut la Parole. La Chine rappela combien elle était attachée à la participation des ONG dans la lutte contre le racisme. Mais qu'elles ne devaient pas pour autant utiliser cette tribune pour fabriquer des mensonges. L'association fut à nouveau coupée, et cette fois la Chine demanda que cette dernière se focalise sur le point de l'ordre du jour, elle rajouta que cette dernière contredisait la Charte des Nations Unies.
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[ English ] [ Original language ]6 minutes
Pour la Society for Threatened Peoples, la République islamique d'Iran, se portant au secours de la République démocratique de Chine, tança le Président Amos Waso, de ne pas faire respecter les règles de procédure. La langue du président fourcha et il parla de la République islamique de Chine ! Il rappela ensuite que les ONG devaient se conformer strictement au langage onusien, puis il donna la parole à la Chine.
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[ English ] [ Original language ] 7 minutes
Le Président coupa ensuite le représentant du Bné Brith International lorsque ce dernier critiqua la négation ou la minimisation de l'Holocauste par le Président iranien. La RI d'Iran fit une motion d'ordre et dit que le représentant du Bné Brith utilisait un langage de haine, ce qui était contraire aux règles de procédure. Il demanda également que le représentant du Bné Brith présente des excuses.
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[ English ] 7 minutes
Lorsque le Congres Mondial Amazigh commença son intervention
Webcast
[ French ] 2 minutes,
ce dernier fut coupé par la Libye qui dit que le sujet ne concernait pas la Conférence d'examen de Durban puisque ce sujet ne figurait pas dans la conférence de Durban.
[ English ] [ Arabic / French ] 2 minutes
Finalement, la Libye aura eu encore le mot de la fin. Une semaine avant, le 17 avril, la Présidente libyenne Najat al Hajajji, avait elle aussi interrompu l'organisation UNwatch qui avait fait venir Ashrah al Hajouj, le médecin palestinien détenu dans les geôles libyennes durant dix ans, torturé, bouc émissaire victime de racisme et de xénophobie. (Voir document sur TSR :
http://www.tsr.ch/tsr/index.html?siteSect=500000&bcid=663165#vid=10586392
18 avril 2009
Chuchotements et manipulations dans la dernière ligne droite avant Durban 2
Par Greta Chevrier
La dernière ligne droite du Comité préparatoire (du 15 au 17 avril) s’est déroulée dans une atmosphère de tension extrême, avec la plupart des séances, ponctuée de réunions à huit clos, en l’absence donc de témoins.
Pendant ce temps, les représentants d’ONG faisaient les cents pas dans les couloirs du Palais, attendant que reprennent les négociations en plénière, sous la houlette du diplomate facilitateur russe Yuri Boychenko, qui a été formé au KGB, et dont la rumeur prétend qu’il souhaite obtenir un poste à Genève.
Lors des séances plénières, on a réentendu comme à l’ordinaire les mêmes et lancinantes envolées de la République islamique d’Iran, contre l’inclusion d’un paragraphe consacré à l’Holocauste, ou l’OCI autour de la diffamation des religions.
Lorsque l’Arménie a demandé que l’on intègre des mots plus fort concernant la question des “génocides”, la Turquie s’est opposée à l’inclusion même du terme de génocide.
Le dernier jour, quelques ONG ont été autorisées à prendre la parole. Au nom de UNwatch, Ashraf al-Hajouj - “l’illustre” médecin palestinien libéré en juillet 2007 des geôles libyennes, quelques semaines avant l’élection de la Libye à la présidence du Comité préparatoire – a commencé sa déclaration. Mais la Présidente Najat al-Hajjaji a levé son marteau et l’a interrompu, affirmant que ses propos n’avaient pas leur place dans cette conférence.
Une des question qui a été tranchée a été l’élection qui aura lieu lundi du président de la conférence, Amos Waso, procureur général du Kenya. La République Tchèque, au nom de l'UE, s’est dite préoccupée par le fait que ce dernier ait été accusé récemment de corruption. Le représentant du Nigeria a rétorqué que tant qu’une personne n’est pas condamnée, elle doit être considérée comme innocente. Il a dit que Waso serait un formidable président et en a profité pour remercier dans la foulée l’Union Européenne pour sa flexibilité. Cette dernière n’a rien pu rétorquer...
A 18h15, Yuri Boychenko a déclaré qu’un compromis avait été trouvé. Alors que personne n’avait encore eu connaissance du texte et du rapport, Najat al-Hajjaji a alors tapé du marteau sur la table et a signifié que le rapport était adopté et que la séance était levée.
Plusieurs pays européens dont la France et la Suisse, et quelques ONG dont la FIDH, HRW et Amnesty (que l’on a peu vu durant les 14 mois du processus préparatoire) se sont dit satisfaits du compromis trouvé et ont appelé à le soutenir. Mais les jeux ne sont pas faits, car les négociations reprendront lors de la Conférence à proprement dite le lundi 20 avril.
Quant aux Etas Unis, ils se sont donnés jusqu’à lundi pour décider de leur retour dans les négociations.
Durant le comité préparatoire, plus de 80 nouvelles ONG ont été accréditées, dont le Gaddafi International Charity and Development Foundation, dirigée par le fils de Khadafi, qui continue d’affirmer que les libyens ne sont nullement impliqués dans l’explosion du vol PanAm 103 au dessus de Lockerbie le 13 décembre 1988.
En revanche la Tibetan Centre for Human Rights and Democracy n'obtiendra pas d'accréditation. En effet, la Présidente a déclaré que la décision n’avait pu encore être prise, faute d'éléments complémentaires, et qu'elle serait donc reportée à un moment ultérieur. Cette procédure est bien évidemment impossible étant donné le manque de temps et la dissolution de fait du Comité préparatoire dés le début de la conférence.
15 mars 2009
KADHAFI DONNE LE TON DE DURBAN II
« L’islam règnera sur la planète, comme Allah l’a promis »
Par Jean-Claude Buhrer, ancien correspondant du Monde à l'ONU et co-auteur de "L'Onu contre les droits de l'homme", éditions les Mille et une nuits, 2003
A l’approche de la Conférence dite d’examen de la mal nommée Conférence mondiale contre le racisme de Durban, qui doit se tenir du 20 au 24 avril à Genève, le colonel Kadhafi a donné un avant-goût de ce que promet cette réunion controversée, dont le comité préparatoire est précisément présidé par la Libye, avec l’Iran parmi les vice-présidents. Dans un discours prononcé le 12 mars à Nouakchott en Mauritanie, à l’occasion de la commémoration de la naissance du prophète Mahomet, le guide libyen a pris des accents prophétiques non pas pour évoquer les droits de l’homme, mais « l’universalité de la religion musulmane ». Et de prédire que « l’islam règnera sur la planète, comme Allah l’a promis, les religions qui l’on précédé, ayant expiré, selon la version du prophète Mahomet, dernier messager de Dieu ».
Fort de cette certitude, Mouammar Kadhafi a lancé un appel à l’humanité tout entière à rendre justice au prophète Mahomet en reconnaissant sa religion comme la finalité de celles révélées par ses prédécesseurs que sont Moïse et Jésus. Selon le président libyen, « le Coran démontre qu’il n’existe pas de divergences entre l’islam et Moïse ainsi que ses proches fidèles, parce qu’ils étaient des musulmans. S’ils avaient vécu du temps de Mahomet, ils auraient cru en lui, tout comme il n’existe pas de problème avec Jésus et les autres prophètes, étant tous des musulmans et Mahomet le sceau des prophètes. » Si discorde il y a, a –t-il ajouté, elle se situe « entre nous et ceux qui ont refusé de suivre Mahomet, qui est un messager des juifs, des chrétiens et de toute l’humanité ». Dans la foulée, le dictateur libyen a encore invité ses coreligionnaires à instituer un « calendrier musulman à l’image des chrétiens », reprenant une revendication de « scientifiques » et autres dignitaires de l’islam réunis l’an dernier au Qatar lors d’une conférence intitulée : « La Mecque, Centre du Monde, Théorie et pratique ». A cette occasion, ils ont appelé à remplacer l’heure GMT du méridien de Greenwich par celle de la Mecque, alléguant que cette ville saoudienne est le vrai centre du monde par « la volonté d’Allah » et comme la « science moderne en a enfin fourni la preuve ».1,
S’érigeant en défenseur de l’islam, le nouveau président de l’Union africaine a fait valoir qu’il est du devoir de chaque musulman de fortifier la religion et de la propager partout dans le monde. D’ailleurs, il n’a pas manqué de citer la grande contribution de la Mauritanie à la diffusion de l’islam en Afrique de l’Ouest et du Centre, se gardant bien de parler du sort des Noirs maintenus en esclavage par les Maures et toujours victimes de discrimination raciale dans son propre pays. Abordant l’avenir de l’islam en Europe, le colonel Kadhafi s’est félicité de sa progression croissante avec la présence de millions de musulmans, alors que le nombre de non-mahométans est en régression et que « la dynamique des conversions à l’islam se poursuivra avec l’entrée de la Turquie, de l’Albanie et de la Bosnie-Herzégovine dans l’Union européenne ». Quant à l’Afrique et à l’Asie, estime le dirigeant libyen, « elles s’orientent peu à peu vers l’islam, sonnant ainsi la fin de certaines religions appelées à être remplacées par l’islam, quoi que disent les polythéistes et les incrédules ».
A entendre le colonel Kadhafi, on est bien loin des illusions entretenues par les promoteurs de l’Alliance des civilisations, cette initiative lancée conjointement par le premier ministre turc Recep Erdogan et son collègue espagnol José Luis Zapatero suivant une idée de l’ancien président et hodjatoleslam iranien Khatami d’un dialogue entre l’islam et l’Occident. Placé sous l’égide de l’ONU en 2005, ce regroupement a connu une nouvelle consécration avec l’inauguration en grande pompe à la veille du 60e anniversaire le 10 décembre dernier de la Déclaration universelle des droits de l’homme au Palais des Nations à Genève, d’une nouvelle salle entièrement rénovée aux frais de l’Espagne et baptisée « Conseil des droits de l’homme et de l’Alliance des civilisations ». Comme si cette dernière devait prendre le pas sur un système des droits de l’homme de plus en plus mis à mal et vidé de sa substance…
C’est dans ce contexte de remise en cause de l’universalité des droits de l’homme et de démantèlement des acquis que l’Organisation de la conférence islamique(OCI), forte de 57 membres sur 192 à l’ONU, s’active à faire entrer la religion dans les instances internationales et à imposer des normes anti-blasphème restreignant la liberté d’expression sous couvert de lutte contre « l’islamophobie » et la diffamation des religions, à commencer par l’islam. La même présidente libyenne du comité préparatoire de Durban II s’était déjà distinguée alors qu’elle dirigeait en 2003 la Commission des droits de l’homme qui a sombré dans le discrédit, en s’adressant à l’assemblée par ces pieuses paroles : « Au nom de Dieu, le Clément, le Miséricordieux, je vous salue avec les salutations de l’islam, que la piété de Dieu vous entoure. » Comme si elle se prenait pour une envoyée du ciel. A la fin de la session, Mme Najat Al-Hajjaji, avait manœuvré avec ses compères de l’OCI pour empêcher tout débat sur une résolution réclamant la fin des discriminations contre les homosexuels. D’abord en reléguant la question au dernier point de l’ordre du jour, puis en acceptant une suspension de séance pour permettre aux délégués musulmans d’aller faire leur prière, avant de clore la session et d’enterrer ce sujet litigieux.
Oubliant leurs propres principes de séparation du religieux et du temporel, les démocraties et autres pays laïcs s’étaient résignés et ont laissé faire. Comme ils n’ont guère été en mesure jusqu’à présent de résister à la majorité automatique de l’OCI et de ses affidés qui impose sa loi au nouveau Conseil et aux travaux préparatoires de Durban II. Ainsi, la dernière mouture du projet de déclaration se présente comme une tentative de légitimer des violations flagrantes des droits de l’homme, tout en ignorant les nombreuses victimes du racisme à travers le monde. Qu’il s’agisse des Noirs exterminés au Darfour, des droits des femmes bafoués en Arabie Saoudite, des homosexuels exécutés en Iran, des Tibétains sous la botte de Pékin, aucune de ces victimes n’est mentionnée dans ce texte.
Avec la bénédiction de la Jamahiriya arabe libyenne du colonel Kadhafi et de l’Iran des ayatollahs, Durban II est décidément bien mal parti. Les démocraties sauront-elles se ressaisir avant qu’il ne soit trop tard, ou accepteront-elles sans broncher de servir de caution aux desseins des dictatures, quitte à se renier et à boire le calice jusqu’à la lie ?
05 mars 2009
Le terrorisme diplomatique du colonel Kadhafi, où la main mise de la Libye sur les instances internationales.
Comme il semble lointain le temps où tous semblaient s'indigner du fait que la Libye fut Présidente de la Commission des droits de l'homme de l'ONU en 2003 !
En cinq ans de temps la Colonel Khadafi a su se hisser à des rangs de plus en plus élevés dans la communauté internationale.
Il aura suffit du feuilleton de l'été 2007 et de la libération médiatisée des "infirmières bulgares et du médecin palestinien" pour que le Président Nicolas Sarkozy l'intronise comme interlocuteur légitime et reconnu. Vive le dialogue !
Quelques semaines plus tard, la Libye était élue Présidente du Comité préparatoire de la conférence d'examen de Durban dite de "Durban 2", avec l'Iran comme vice-présidente et Cuba Rapporteur, sans que cela semble poser le moins du monde de soucis à la France.
En décembre 2007, le Colonel était reçu en grandes pompes à Paris avec ses tentes et ses femmes, "prince du désert" oblige ! Et les rues de la capitale furent bloquées pour la plus grande humiliation des parisiens.
La visite de Khadafi avait ému la Secrétaire d'Etat aux droits de l'homme Rama Yade qui déclara que la "France n'est pas un paillasson sur lequel un dirigeant, terroriste ou non, peut venir s'essuyer les pieds du sang de ses forfaits".
Propos qu'elle relativisa quelques jours plus tard.
Au même moment, la Libye était élue au Conseil de sécurité pour deux ans et présidait en janvier 2009, la haute instance de l'ONU en charge de la sécurité du monde.
En février 2009, le "guide de la révolution libyenne", élu président de l''Union africaine, était intronisé "roi de rois traditionnels d'Afrique".
Et aujourd'hui il semble qu'il y ait consensus dans le groupe Africain pour que la Libye assume la Présidence de la 64ème Assemblée Générale de l'ONU à partir de septembre 2009.
Comme le soulignait l'ancien député européen Fodé Sylla, ancien président d'SOS racisme, membre du Conseil économique et social, dans son allocution le 1er mars à la rencontre organisée par Africa International et l'IFIE sur les dangers de Durban 2:
"Il y a non assistance à continent en danger. Il faut refuser le califat libyen sur l'ensemble de l'Afrique. Le racisme vis à vis des populations noires et les émigrants noirs en Libye est sans commune mesure, insultés, tués, déportés dans des bus au milieu du désert où on les abandonne et on les laisse mourir de faim."
Et de rajouter au sujet de l'annonce de retrait des USA le 28 février 2009:
"Le président noir de la plus grande démocratie du monde est arrivé à la conclusion que cette conférence ne servirait pas la cause antiraciste et qu'il fallait s'en retirer. Nous savons d'ores et déjà qu'il sera impossible comme en 2001 de parler du racisme en Afrique, de l'esclavage, des violences et discriminations contre les homosexuels, des discriminations vis à vis des femmes, de la traite transsaharienne, des Pygmés que l'on pourchasse avec des fusils comme les animaux, des conditions des émigrés noirs dans les pays arabes etc... L'Europe et la France s'honoreraient de ne pas rentrer dans le chantage à l'antiracisme et de se retirer de Durban 2 !"
29 novembre 2008
La Sainte Alliance des Dictatures à l’œuvre à l’ONU
Par Jean-Claude Buhrer
Les pays liberticides se sont une fois de plus signalés fin novembre à New York lors du vote par la Troisième commission de l’Assemblée générale de l’ONU de trois résolutions sur les violations des droits de l’homme en Birmanie, en République démocratique de Corée et en Iran. Alors que ces résolutions, non contraignantes, présentées par la France au nom de l’Union européenne ont finalement toutes trois passé la rampe, un groupe d’irréductibles emmené par Cuba et l’Organisation de la conférence islamique(OCI), avec le soutien actif de la Chine et de la Russie, a multiplié les manœuvres dilatoires pour se porter au secours des dictatures incriminées.
Après avoir vainement présenté des motions de non-action pour s’opposer à toute entrée en matière, ces pays ont réaffirmé leur hostilité aux résolutions ciblant un Etat en particulier, oubliant qu’eux-mêmes le font systématiquement quand il s’agit d’Israël, exception par excellence à leur règle. Le ridicule ne tuant pas, encore moins aux Nations unies qu’ailleurs, le représentant de Cuba, porte-parole du Mouvement des non-alignés, a réclamé l’interdiction de « l’exploitation des droits de l’homme à des fins politiques, car cela est contraire aux principes fondateurs des Nations unies ». Les représentants de l’Algérie, du Venezuela, du Soudan, de la Libye, de l’Egypte, de la Malaisie et bien entendu de la Chine ont fait chorus, invoquant le respect de l’intégrité territoriale et de la non-ingérence. Et pour traiter de ces questions, toutes ces bonnes âmes de s’en référer au nouveau mécanisme dit d’examen périodique universel du Conseil des droits de l’homme où les dictatures n’en font qu’à leur guise et se ménagent les unes les autres.
En fait, les trois pays sur la sellette figurent parmi les pires violateurs des droits de l’homme et les pires prédateurs de la liberté de la presse. Ainsi, selon le récent classement de la liberté de la presse établi par Reporters sans frontières, l’Iran, la Birmanie et la Corée du Nord se retrouvent en queue de liste, respectivement au 166e, 170e et 172e rang, juste avant l’Erythrée, lanterne rouge de ce palmarès. Un noyau dur de vingt pays, également parmi les moins respectueux de la liberté d’expression et des droits fondamentaux, s’est distingué en rejetant les trois résolutions en question : Algérie, Belarus, Chine, Cuba, Corée du Nord, Egypte, Iran, Libye, Malaisie, Myanmar, Nicaragua, Oman, Russie, Somalie, Soudan, Syrie, Ouzbékistan, Venezuela, Vietnam et Zimbabwe – autant de parangons de vertu démocratique.
Lors de l’approbation par 95 voix contre 24 et 62 abstentions de la résolution sur la Corée du Nord, ils ont été rejoints par la Guinée, l’Indonésie, le Laos et la Namibie. La résolution sur le Myanmar, qui a recueilli 89 voix contre 29, avec 63 abstentions, a bénéficié de l’apport supplémentaire de l’Azerbaïdjan, du Bangladesh, de Brunei, de la Côte d’Ivoire, de l’Inde, du Laos, de la Namibie, du Niger et du Sri Lanka. Alors que l’OCI avait déjà fourni le gros des troupes de soutien à ces deux dictatures non musulmanes que sont la Corée du Nord et la Birmanie, la solidarité islamique a joué à fond lors de l’acceptation de la résolution stigmatisant l’Iran par 70 voix contre 51 avec 60 abstentions pour « la violation systématique des droits de l’homme et la répression violente des femmes ».
Si la tâche leur est moins aisée à l’Assemblée générale qu’au nouveau Conseil des droits de l’homme où le rapport de forces leur est plus favorable, les pays les moins respectueux des libertés fondamentales continuent de se serrer les coudes et de remettre insidieusement en cause les principes mêmes de la Déclaration universelle dont on s’apprête à célébrer le 60e anniversaire. Ainsi, après avoir préparé le terrain au Conseil des droits de l’homme, l’OCI vient de faire adopter le 25 novembre par 85 voix contre 50 avec 42 abstentions par la Troisième commission une résolution co-parrainée par le Bélarus et le Venezuela, appelant les Etats à combattre la « diffamation des religions, en particulier de l’islam ». Par un curieux hasard, le jour même où des extrémistes islamistes semaient la terreur à Bombay, l’Assemblée générale se déclarait « profondément préoccupée par le fait que l’islam est souvent faussement associé aux violations des droits de l’homme et au terrorisme. » Et « d’exhorter les Etats à appliquer, et au besoin, à renforcer les lois existantes (…) afin de mettre fin à l’impunité dont jouissent les auteurs de tels actes [d’intolérance]. » En plus des pays musulmans, ce texte a également été approuvé par la Chine, Cuba, la Russie ou encore le Bélarus, la Bolivie, la Corée du Nord, le Myanmar, le Nicaragua, le Sri Lanka, le Venezuela, le Vietnam et le Zimbabwe. En revanche, tous les pays occidentaux ont voté contre, y voyant une tentative de limiter la liberté d’ expression.
Comme le craignent plusieurs ONG, l’adoption de cette résolution s’inscrit dans une offensive de l’OCI contre la laïcité et l’universalité des droits de l’homme. L’objectif poursuivi est d’introduire dans le droit international de nouvelles normes sur le racisme, au nom des interdits islamiques contre le blasphème avec pour corollaire la restriction des libertés individuelles. Or, les droits de l’homme visent à protéger les individus et non à promouvoir une religion ou une quelconque croyance. Au-delà de ces manœuvres, ce sont la Déclaration universelle et ses acquis patiemment mis en place depuis soixante ans qui se trouvent dans le collimateur des régimes liberticides qui ne s’en sont jamais accommodés.
19 octobre 2008
L'Europe deviendra-t-elle la nouvelle prophétesse du dialogue contre le terrorisme ?
La cheffe de la diplomatie Suisse, Micheline Calmy Rey avait soulevé l'indignation de nombreux commentateurs, lorsqu'elle se rendit à Téhéran voilée pour signer un contrat gazier en mars 2008, aprés qu'elle eut cédé aux pressions de la Libye lors de l'arrestation d'Hannibal Khadafi suite à la plainte de ses domestiques pour maltraitance. Dans la foulée, elle avait envisagé ensuite la possibilité de dialoguer avec Ben Laden.
Dans son édition du 9 octobre, Le Monde rapportait que le Ministre des affaires étrangères, Bernard Kouchner se disait lui aussi prêt à dialoguer avec les Talibans.
Le Dialogue est décidemment de plus en plus à la mode et quand on y rajoute les termes "interculturel" ou "civilisationnel", il semble soudain se transformer en talisman capable de prévenir l'apocalypse nucléaire et le terrorisme.
Lors de la conférence initiée par l'ancien président iranien Khatami sur "la religion dans le monde moderne" , où se pressaient de nombreux anciens dirigeants politiques occidentaux (dont l'ancien Premier Ministre Lionel Jospin), il n'a pas été une seule fois question du programme nucléaire iranien, mais on a pu entendre à nouveau la rengaine sur les stéréotypes et la stigmatisation des religions (en particulier de l'Islam) comme cause de la montée de la violence mondiale.
En marge des gesticulations diplomatiques extérieures à l’enceinte des Nations Unies, se tenait les 8 et 9 octobre 2008, dans le cadre de la sixième commission de l’Assemblée Générale, une réunion chargée d’étudier les stratégies de luttes contre le terrorisme, et notamment l’aboutissement d’une Convention internationale contre le terrorisme qui n’avait pu être achevée en 2005, faute de Consensus.
Les termes du débat depuis 2005 n’ont guère changé.
En revanche le rapport de force semble définitivement renversé. Plus offensifs que jamais, le Mouvement des Non Alignés [(NAM) qui compte 118 pays sur les 192 de l’ONU], l’Organisation de la Conférence Islamique [(OCI) 57 pays], le groupe africain [53 pays], et de nombreux pays individuellement dont l’Algérie, l’Iran, la Libye, la Malaisie, le Qatar, le l’Egypte, le Yemen …. ont demandé que la Convention fournisse une définition qui établisse une distinction claire entre les actes de terrorisme régis par la convention et les moyens utilisés (quel qu’ils soient) dans la lutte légitime des peuples exerçant leur droit à l’autodétermination ou s’élevant contre une occupation étrangère.
L’Inde, se référant sans doute au conflit au Kashmir - a demandé des précisions sur ce que l’on entendait par « droit des peuples à l’autodétermination ».
Quant à la France, (au nom de la Croatie, de l’ancienne République yougoslave de Macédoine, de l’Albanie, de la Bosnie Herzégovine, de l’Islande, du Monténégro et Serbie, de l’Ukraine, de la Moldavie et de l’Arménie et de la Turquie) n’a pas évoqué la distinction proposée dans la définition.
Il faut dire que l’Albanie et la Turquie sont membres de l’OCI et que cela aurait pu les placer en porte à faux vis à vis de leur organisation de tutelle. A moins qu’il ne s’agisse d’un retrait au regard de négociations qui se déroulent dans d’autres contextes.
Aussi la France a mis principalement en avant la nécessité du renforcement « du dialogue et de la compréhension mutuelle entre les cultures », s’est félicitée de la « fondation de l’Union pour la Méditerranée » et a salué les initiatives telles que l’Alliance des civilisations, le Dialogue interconfessionnel et les travaux de l’UNESCO en la matière.
Dans ce contexte, il y a fort à craindre que la définition du terrorisme et que les droits des femmes soient sacrifiés sur l’autel du dialogue dans la prévention des conflits.
D’ailleurs, l’Arabie Saoudite, pays d’apartheid sexuel, se propose de créer à Riyad un centre international de lutte contre le terrorisme sous l’égide des Nations Unies. Et l’Egypte a proposé la convocation d’urgence d’une conférence de haut niveau liée au projet de Convention générale contre le terrorisme.
Ces deux pays qui semblent à présent prendre le rôle de tête de file dans la lutte antiterroriste ne sont pas, loin s'en faut, les champions des droits humains et des droits des femmes en particulier.



