Le 19 septembre, le CDH  a accomplis avec virtuosité un de ses exercices de style favoris, à savoir le triturage des concepts qui permettra d'aboutir à un consensus probable de toutes les parties pour de nouvelles normes visant à limiter la liberté d'expression et à redéfinir l'antisémitisme.

Du blasphème à la diffamation.... à l'incitation à la haine religieuse
RS_racismeDans sa première apparition au Conseil, le nouveau rapporteur spécial sur le racisme, le Kenyan Githu Muigai, a présenté et a fait sienne le dernier rapport de son prédécesseur Doudou Diène sur la diffamation des religions.
Pour parvenir à un consensus, il suggère que ne soient pas créées de nouvelle normes contre la diffamation des religions. Il propose cependant que la question de la diffamation des religions soit déplacée dans la Convention contre le racisme dans l'article consacré à l'incitation à la haine religieuse, qui devra de fait être reprécisée à l'aune des manifestations de haine religieuse contemporaine qui intègrent le blasphème.
La France, au nom de l'Union Européenne tout en ayant fait un discours fort sur la protection de la liberté d'expression, affirme son entier soutien à cette évolution du concept qu'elle ne définit pas . Par ailleurs elle n'a pas critiqué l'approche du rapporteur sur le sujet.  L'ambassadeur Matteï se contentant d'affirmer que la diffamation n'est pas une notion juridique internationale.

L'antisémitisme est considéré comme de la haine religieuse
Selon le rapporteur, l'antisémitisme doit être considéré comme une tradition discriminatoire envers une des trois religions (que par ailleurs il ne cite pas) aux côté de l'islamophobie et de la christianophobie.
La judéïté et la haine des juifs (qui sont des mots devenus tabous) restant uniquement inscrits dans le champ religieux !
Qu'en est-il donc de l'antisémitisme chrétien contre un "peuple" considéré comme "déïcide", de l'antisémitisme raciste de Gobineau à Hitler, et de l'antisémitisme contemporain qui n'est nullement illustré par une insulte à l'encontre  de la religion juive. Cette évolution est en tout point conforme à l'approche iranienne sur le sujet. (voir les Nations désUnies)

L'antisémitisme contemporain est islamophobe
Cette formulation de haine religieuse rencontre en écho les déclarations du Président du Comité adHoc sur les normes complémentaire Idriss Jazeiry, qui n'a de cesse de répéter au nom de son pays, que l'antisémitisme est une attaque raciste contre les arabes et par extension contre tous les musulmans. Cette fois encore, l'ambassadeur n'a pas mâché ses mots.
Alg_rie« Ce ne sont pas tant les religions qui sont diffamées mais surtout leurs fidèles. La religion est utilisée contre ceux-ci comme moyen de les déshumaniser et de justifier ainsi le racisme à leur encontre.
La diffamation des religions, en particulier l’islamophobie, est un phénomène qui prend le relais de l’antisémitisme traditionnel devenu « politiquement incorrect » dans de nombreuses sociétés de pays riches. Cette nouvelle forme d’hostilité raciste à une religion, l’Islam et à ses racines sémites, par contre se propage impunément.
(…) L’exercice [du droit à la liberté d’expression] ne doit pas avoir pour effet de légitimer une nouvelle forme d’antisémitisme « politiquement correct » ciblant désormais les Arabes et par extension tous les Musulmans. »

Ni le nouveau rapporteur spécial sur le racisme, ni la France au nom de l'Union Européenne n'ont condamné ces déviances de langage qui ont court depuis plus d'un an déjà au CDH.  Le journal suisse Le Temps a rapporté l'événement (qualification de la diffamation en incitation à la haine religieuse) en parlant de progrès dans les négociations. Le journaliste a même rapporté les propos de l'Algérie sans emmettre la moindre critique mais en expliquant  ce que l'ambassadeur entendait par antisémitisme contre les arabes.