Malka Marcovich...enjeux internationaux

Reflexions, analyses, suivi : politique internationale, Organisation des Nations Unies (ONU), droits fontamentaux, feminisme, laïcité ...

21 septembre 2009

La victoire de la démocratie, la honte de la France, et la farce onusienne

Vive la Bulgarie ! la diplomate bulgare Irina Bokova a été élue à la tête de l'Unesco, contre l'Egyptien Farouk Hosni, que la France a soutenu jusqu'au bout - RealPolitik oblige !
Déjà les rumeurs circulent et certains y voient la main d'un Lobby juif puissant mené par BHL, Claude Lanzmann et Elie Weizel qui s'étaient élevés dans une tribune du Monde en mai dernier contre les propos antisémites de Farouk Hosni, et s'étaient mobilisés sans relache depuis sur la question.
Comme à l'époque de Durban 2, la focalisation sur l'antisémitisme et Israël, empêche que l'on puisse avoir une vision globale de la situation internationale et de ce qui s'est joué ces dernières semaines.
La victoire d'Irina Bokova, on la doit surtout au fait que sur ce dossier l'UE a été divisée, et que de nombreux pays (sauf l'Espagne, l'Italie, la Grèce) ont refusé de suivre la politique française en la matière. De là, les USA qui s'étaient tenus à l'écard, ont décidé de rentrer dans la bataille (pour d'autres raisons de RealPolitik) et de mener également un lobbying de couloir, incontestablement plus efficace dans la dernière ligne droite que celui de la France toujours pro-egyptienne, et de celui du Sénégal qui préside par ailleurs l'Organisation de la Conférence islamique.

Aujourd'hui commencent les interventions de haut niveau dans le cadre de la 64ème Assemblée générale. Comme à l'époque de Durban 2, tous se focalisent sur le discours tant attendu et sans surprise du Président Ahmadinedjad.
Les occidentaux menacent encore de faire leur coup de théatre d'avril - les caméras de télévisions sont prévenues - et de se lever au moindre dérapage lors du discours du président iranien.

Mais qui s'inquiète du fait que l'Assemblée Générale est présidée depuis le 15 septembre par la Libye, élue par acclamation le 10 juin dernier ?

Qui souligne le fait qu'aucun pays (pas même les USA membres du CDH depuis juin 2009) n'a essayé de convoquer une session spéciale du Conseil des droits de l'Homme durant l'été, autour de la prise de pouvoir illégal d'Ahmadinedjad et des violences et atteintes aux droits humains qui se déroulent quotidiennement en République Islamique d'Iran ?

Il est possible de réécouter l'intervention de Malka Marcovich, dans l'émission du Grain à moudre du 17 septembre. autour de ces sujets

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06 juin 2009

Alors qu'Hillary Clinton rit au Caire, les droits des femmes pleurent à Genève

610x 4 juin 2009, Caire- Genève.
Hasard du calendrier. Tandis que le Président Obama était en visite religieuse au Caire et se prononçait en faveur du "droit des femmes à choisir le voile", et tandis que la Secrétaire d'Etat Hillary Clinton visitait  la Mosquée du Caire à ses côtés, voilée "ostentatoire" immortalisée par les caméras et photographes, au même moment au Conseil des droits de l'homme se déroulait une journée de discussion consacrée  aux droits desfemmes.   

Les pays européens, le Canada, l'Australie et le Chili notamment avaient défendu l'idée de créer un nouveau mécanisme visant à se pencher sur les lois discriminatoires à l'encontre des femmes.    

Mais l'opposition de la l'Organisation de la conférence islamique fut sans appel. Le Pakistan
au nom des 57 membres argua que cela créerait un mécanisme qui serait contre productif par rapport aux instruments déjà existants. (Cet argument est pour le moins sidérant lorsque l'on connaît la multitude de mécanismes qui ont été créés, redondant et s'annulant les uns les autres.)

Islamabad mit surtout en avant le fait qu'il fallait respecter les traditions et cultures, et que pareil mandat porterait atteinte à la vision universelle qui doit respecter la diversité culturelle et ses complexités religieuses et culturelles. 
A sa suite, plusieurs pays de l'OCI soutinrent le Pakistan, tel le Qatar, le Yemen etc...


Le Bahreïn se posa en modèle, démontrant combien le code de la famille basé sur la Charia était
à l'avantage des droits des femmes dans le pays.

La République islamique d'Iran
avança que le renforcement de la famille permettrait de lutter contre la violence domestique et l'exploitation sexuelle, la chasteté étant essentielle pour lutter contre la traite et la victimisation des femmes.      
image

L'Algérie
rappela qu'il fallait respecter les particularités nationales.   


La représentante "voilée" de l'Egypte affirma que les seules discriminations existantes étaient l'accès au marché du travail, et qu'un nouveau rapporteur sur les lois qui discriminent les femmes politiserait le débat et porterait atteinte aux travaux du CDH. 

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25 mai 2009

Le Sri Lanka : la défaite diplomatique annoncée des démocraties

Le mardi 26 mai se tiendra la 11ème session extraordinaire du Conseil des droits de l'homme autour de la situation au Sri Lanka.
La tenue d'une session spéciale peut se faire à la demande d'un tiers des membres du Conseil, soit 16 sur 47.
La manière dont une session extraordinaire se met en place illustre on ne peut mieux les lignes de forces politiques au sein du CDH, que ce soit sur la composition des pays qui convoquent ce type de session que sur les résolutions qui en découlent.
Ainsi sur 8 sessions extraordinaires impliquant des violations des droits humains par des pays, 5 sessions concernaient les violations commises par Israël, 1 le Soudan/Darfour, 1 la Birmanie et 1 la République démocratique du Congo. Tandis que les 5 sessions visant Israël purent être convoquées rapidement en raison de l'implication systématique des pays de l'Organisation de la Conférence Islamique qui composent au moins un tiers des membres du CDH, il en fut tout autrement pour les 3 dernières où aucun membre de l'OCI ne se s'est mobilisé.

Il fut impossible d'évoquer la question du Sri Lanka lors de la conférence d'examen de Durban.
Devant la très forte mobilisation d'organisations en Asie
, ainsi que l'inquiétude soulevée par le drame humanitaire et les exactions commises par le gouvernement du Sri Lanka, l'Allemagne, au nom de 17 membres du CDH (Allemagne, Argentine, Bosnie-Herzégovine, Canada, Chili, France, Italie, Maroc, Maurice, Mexique, Pays-Bas, République de Corée, Royaume-Uni, Slovaquie, Slovénie, Suisse, Ukraine et Uruguay), est parvenue le 19 mai à demander la convocation d'une session extraordinaire . 
En effet, rien n'était joué, car le 15 mai, Cuba envoyait un courrier au Président du CDH Martin Ihoeghian Uhomoibhi, lui indiquant que le Mouvement des non alignés s'était réuni afin "d'explorer les possibilités d'idées alternatives à la tentative de certains pays de convoquer une session extraordinaire sur le Sri Lanka." En conséquence, ils avaient créé un quartet composé de l'Egypte, de l'Inde, du Pakistan et de Cuba, sensé servir d'interlocuteur au Sri Lanka. 
Le 22 mai, la Suisse présentait une proposition de résolution lors d'une réunion informelle en préparation de la session spéciale, mais elle fut rejetée par une résolution émanant du Sri Lanka lui même, soutenue par l'Arabie Saoudite, le Bahreïn, la Bolivie, la Chine, Cuba, l'Egypte, l'Inde, l'Indonésie, la Malaisie, le Nicaragua, les Philippines, le Pakistan. (A 24 heures de la session spéciale, seule la résolution du Sri Lanka est disponible sur le site extranet de l'ONU)

Cette résolution intitulée assistance au Sri Lanka dans la protection et la promotion des droits humains, (sri_lanka_draft_res)  est tout simplement une ovation à Colombo. Par ailleurs, elle réaffirme le principe de non ingérence dans des sujets qui concernent essentiellement les juridictions internes des Etats.
Le gouvernement  Sri lankais est salué comme un libérateur qui amènera la paix permanente dans le pays, qui a fait le nécessaire pour apporter une aide aux personnes déplacées, et complimenté pour la manière constructive avec laquelle il coopère avec les instances humanitaires.

Durant la session informelle du 22 mai présidée par la Suisse,  le Sri Lanka dénonça la tenue d'une session extraordinaire.
L'Egypte continua dans le même sens, considérant que pareille session était partisane et qu'il aurait été plus pertinent de convoquer une session extraordinaire sur la situation en Palestine, en Afghanistan ou en Iraq.
La Syrie renchérit en indiquant que le pays concerné savait mieux que tout autre ce dont il avait besoin.
Le Chili fut particulièrement éloquent dans la défense de la session extraordinaire, rappelant que les pays à l'origine de cette convocation, avaient tenté de se rapprocher du Sri Lanka pour entamer un dialogue et que le Président du CDH avait même proposé un panel, toutes propositions systématiquement rejetées par Colombo.

Il est à noter que Le Sri Lanka a été membre du CDH de 2006 à 2008.

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23 avril 2009

Le Novlangue de la Bureaucratie onusienne

Ce communiqué de Presse en date du 20 avril au matin, illustre on ne peut mieux le novlangue de la bureaucratie onusienne, et le hold up de l'institution et de la conférence.

Conférence d'examen de Durban RC/09/2
MATIN 20 avril 2009

Conformément à un amendement apporté la semaine dernière au Règlement intérieur de la Conférence d'examen par le Comité préparatoire, les vingt membres qui composaient l'ensemble du Bureau du Comité préparatoire ont été élus, ce matin Vice-Présidents de la Conférence d'examen.   

L'Ambassadeur Juan Antonio Fernández Palacios de Cuba a été élu Rapporteur général de la Conférence d'examen.La Conférence d'examen a ensuite établi un Comité de rédaction et un Comité plénier dont les membres ont été désignés parmi les 20 Vice-Présidents de la Conférence. Mme Najat Al-Hajjaji, de la Libye, a été élue Présidente du Comité plénier et M. Yury Boychenko, de la Fédération de Russie, a été élu Président du Comité de rédaction. Conformément au Règlement intérieur, le Président de la Conférence d'examen, les Vice-Présidents, le Rapporteur général et les Présidents du Comité plénier et du Comité de rédaction composent le Bureau de la Conférence.

Faisant observer que les négociations et la rédaction concernant le document final de la Conférence d'examen ont déjà été achevées au niveau du Comité préparatoire et de son Groupe de travail à composition non limitée, le Président de la Conférence a souligné que la Conférence a maintenant reçu du Comité préparatoire un texte, soigneusement négocié, acceptable pour toutes les parties; aussi, a-t-il été décidé de transmettre directement ce texte au Comité plénier qui, en retour, le recommanderait pour adoption à la plénière de la Conférence.

La Conférence d'examen a par ailleurs adopté son ordre du jour, tel qu'adopté par le Comité préparatoire le 22 avril dernier (document A/CONF.211/1). Elle a en outre adopté son programme de travail (document A/CONF.211/4/Rev.1), en vertu duquel la Conférence entamera cet après-midi un débat de haut niveau qui sera suivi, mercredi, d'un débat général, étant entendu que ces deux débats se poursuivront aussi longtemps que l'exigera l'épuisement de la liste des orateurs.

La Conférence d'examen entamera cet après-midi, à 15 heures, son débat de haut niveau.

Commentaires :
En effet, le mercredi 15 avril, le règlement de la conférence fut amendé lors du Comité préparatoire, de telle sorte que le bureau de la Conférence se compose des mêmes membres que le Comité préparatoire. La République islamique d'Iran demeurant notamment toujours membre du bureau aux côtés du Pakistan, de Cuba, de la Libye etc.
Le 17, il y a eu un véritable forcing pour que soit désigné comme président de la Conférence, le Ministre de la justice Kenyan Amos Waso, accusé de corruption, malgré l'opposition de l'Union européenne.
 

Il n'est donc guère étonnant que la République islamique d'Iran ait pu intervenir plus de 30 minutes et ait été choisie pour ouvrir le débat, puis que le texte ait été adopté le lendemain sans aucune discussion.
Durant ces longs mois, les méthodes des diplomaties russes, libyenne, cubaine, de l'OCI et de la République islamique d'Iran, ont pour le moins démontré leur extraordinaire efficacité, la Chine ayant durant tout le processus, su peser de tout son poids également puisqu'elle fut le premier pays à participer financièrement au fond volontaire pour la Conférence.

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20 avril 2009

La République Tchèque se retire de la conférence de Durban

Bien que présidant l'Union Européenne, la République Tchèque a annoncé ce soir qu'elle se retirait définitivement du processus de Durban, à la suite de l'allocution du Président de la République islamique d'Iran Ahmadinedjad, premier pays à parler dans le cadre de la conférence.
Ont été élus sans surprise pour former le bureau de la Conférence, Amos Waso, Ministre de la justice du Kenya comme président, ainsi que l'ambassadrice de Libye Najat All-Hajaji, le russe  Yuri Boychenko, President du comité de rédaction, et toujours Cuba comme rapporteur.
De son côté, la France persiste à croire dans le dialogue multilatéral et prétend montrer sa vision jusqu'au bout, même si l'OCI (qui représente 57 pays) ou l'Egypte ont recommencé leur mantra autour de la diffamation des religions, et que cette conférence a de moins en moins à voir avec la lutte contre le racisme et les discriminations.



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18 avril 2009

Chuchotements et manipulations dans la dernière ligne droite avant Durban 2

Par Greta Chevrier

La dernière ligne droite du Comité préparatoire (du 15 au 17 avril) s’est déroulée dans une atmosphère de tension extrême, avec la plupart des séances, ponctuée de réunions à huit clos, en l’absence donc de témoins.
Pendant ce temps, les représentants d’ONG faisaient les cents pas dans les couloirs du Palais, attendant que reprennent les négociations en plénière, sous la houlette du diplomate facilitateur russe Yuri Boychenko, qui a été formé au KGB, et dont la rumeur prétend qu’il souhaite obtenir un poste à Genève.

Lors des séances plénières, on a réentendu comme à l’ordinaire les mêmes et lancinantes envolées de la République islamique d’Iran, contre l’inclusion d’un paragraphe consacré à l’Holocauste, ou l’OCI autour de la diffamation des religions.
Lorsque l’Arménie a demandé que l’on intègre des mots plus fort concernant la question des “génocides”, la Turquie s’est opposée à l’inclusion même du terme de génocide.

Le dernier jour, quelques ONG ont été autorisées à prendre la parole. Au nom de UNwatch, Ashraf al-Hajouj - “l’illustre” médecin palestinien libéré en juillet 2007 des geôles libyennes, quelques semaines avant l’élection de la Libye à la présidence du Comité préparatoire – a commencé sa déclaration. Mais  la Présidente Najat al-Hajjaji a levé son marteau et l’a interrompu, affirmant que ses propos n’avaient pas leur place dans cette conférence.

Une des question qui a été tranchée a été l’élection qui aura lieu lundi du président de la conférence, Amos Waso, procureur général du Kenya. La République Tchèque, au nom de l'UE,  s’est dite préoccupée par le fait que ce dernier ait été accusé récemment de corruption. Le représentant du Nigeria a rétorqué que tant qu’une personne n’est pas condamnée, elle doit être considérée comme innocente. Il a dit que Waso serait un formidable président et en a profité pour remercier dans la foulée l’Union Européenne pour sa flexibilité. Cette dernière n’a rien pu rétorquer...

A 18h15, Yuri Boychenko a déclaré qu’un compromis avait été trouvé. Alors que personne n’avait encore eu connaissance du texte et du rapport, Najat al-Hajjaji a alors tapé du marteau sur la table et a signifié que le rapport était adopté et que la séance était levée.

Plusieurs pays européens dont la France et la Suisse, et quelques ONG dont la FIDH, HRW et Amnesty (que l’on a peu vu durant les 14 mois du processus préparatoire) se sont dit satisfaits du compromis trouvé et ont appelé à le soutenir. Mais les jeux ne sont pas faits, car les négociations reprendront lors de la Conférence à proprement dite le lundi 20 avril.
Quant aux Etas Unis, ils se sont donnés jusqu’à lundi pour décider de leur retour dans les négociations.

Durant le comité préparatoire, plus de 80 nouvelles ONG ont été accréditées, dont le Gaddafi International Charity and Development Foundation, dirigée par le fils de Khadafi, qui continue d’affirmer que les libyens ne sont nullement impliqués dans l’explosion du vol PanAm 103 au dessus de Lockerbie le 13 décembre 1988.
En revanche la Tibetan Centre for Human Rights and Democracy n'obtiendra pas d'accréditation. En effet, la Présidente a déclaré que la décision n’avait pu encore être prise, faute d'éléments complémentaires, et qu'elle serait donc reportée à un moment ultérieur. Cette procédure est  bien évidemment impossible étant donné le manque de temps et la dissolution de fait du Comité préparatoire dés le début de la conférence.

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17 avril 2009

Durban II, à l'ombre d'Orwell

Par Jean-Claude Buhrer *
En Egypte, un des donneurs de leçons patentés au Conseil des droits de l’homme de l’ONU, le syndicat des médecins, s’oppose au don d’organes entre personnes de religions ou de nationalités différentes au prétexte d’un hypothétique trafic d’organes. Le quotidien panarabe Al-Hayat qui s’en est indigné estime que cette prise de position «vise en réalité les Egyptiens coptes et musulmans et que son langage confine au racisme». En Arabie Saoudite, qui siège aussi parmi les 47 membres de l’organe onusien des droits de l’homme, le fonctionnaire chargé des châtiments corporels à la prison des femmes à Riyad refuse d’être appelé «bourreau», se voulant plus prosaïquement «exécuteur des peines religieuses», puisqu’il ne fait«qu’appliquer la volonté d’Allah» conformément à la stricte observance de la charia islamique dans le royaume wahhabite.
Au Venezuela, on ne plaisante guère davantage avec l’ordre établi par le président Chávez : les émissaires de l’ONG Human Rights Watch l’ont appris à leurs dépens quand en septembre, le chef d’une escouade d’agents de sécurité venus les chercher à l’hôtel pour les expulser manu militari, s’est présenté à eux comme «fonctionnaire des droits de l’homme»…
Dans ce même ordre d’idées, l’Organisation de la conférence islamique (OCI), qui dispose d’un tiers des sièges au Conseil des droits de l’homme, n’a-t-elle pas fait adopter une modification du mandat du rapporteur spécial sur la promotion et la protection du droit à la liberté d’opinion et d’expression, l’enjoignant désormais de faire la chasse aux individus qui abuseraient de ce droit ?
Autant d’exemples aux réminiscences orwelliennes. Dans la novlangue, le langage perverti imaginé par l’écrivain britannique George Orwell dans son roman 1984, Big Brother proclamait : «La guerre, c’est la paix. La liberté, c’est l’esclavage, et l’ignorance, c’est la force.» Manipuler les mots est le propre de toutes les propagandes ou de toutes les dictatures. Ainsi, la junte militaire birmane a-t-elle remplacé le nom du pays par «Myanmar», comme si cela suffisait à changer la réalité. Les Khmers rouges avaient fait de même avec le Kampuchea démocratique, redevenu le Cambodge à la chute de leur régime meurtrier. Les mêmes causes produisant les mêmes effets, l’on en viendrait pour peu à s’interroger sur la transformation en 2006 de la Commission en Conseil des droits de l’homme aux Nations unies…
Alors que le nouvel organe a été investi par une majorité d’Etats eux-mêmes en délicatesse avec les principes qu’ils sont censés promouvoir et défendre, à l’usage le remède s’avère pire que le mal.«C’est comme si l’on faisait appel à des criminels notoires pour faire la police dans le monde», avait déploré Mohammed Zitout, de l’ONG panarabe Al-Karama, lors de la constitution du Conseil. Autre ombre au tableau, près de 80 % des exécutions capitales officiellement enregistrées en 2008 à travers le monde l’ont été dans des pays siégeant au Conseil, la Chine largement en tête de ce sinistre décompte. Le Conseil n’en a cure, pas plus qu’il ne se préoccupe des violations commises en Russie, au Pakistan, à Cuba, en Algérie, au Zimbabwe ou dans d’autres pays liberticides, sans parler du sort des Tibétains ou des Papous d’Indonésie.
Au nom du relativisme culturel à la mode, le révisionnisme est à l’œuvre avec des droits de l’homme à géométrie variable. Emmenés par la Chine et l’OCI, nombre de pays s’accrochent à la sacro-sainte souveraineté des Etats pour contester le concept même d’universalité. Or, ce sont ceux-là précisément qui violent les droits de l’homme, alors que leurs victimes, elles, s’en réclament. Le clivage se situe entre démocraties et dictatures, quelles que soient les latitudes : de fait, on assiste au démantèlement subreptice du système des droits de l’homme patiemment mis en place depuis l’adoption en 1948 de la déclaration universelle. Déjà les mandats de rapporteurs ont été supprimés pour le Bélarus, Cuba, la république démocratique du Congo, le Liberia et le Soudan. Il est maintenant question d’éliminer les dernières procédures spéciales par pays et de renoncer à mentionner des noms précis. A une exception près, Israël, redevenu le bouc émissaire par excellence. Cinq sessions spéciales sur neuf lui ont été consacrées et, en trois ans, il a fait l’objet de 26 résolutions sur 33 concernant les pays. Pour les membres de l’OCI qui en ont fait leur principal cheval de bataille avec la «diffamation des religions», cette fixation sur le Proche-Orient fait écran à tout vrai débat sur le racisme et les moyens de s’en débarrasser.
C’est dire que les dérives verbales et la confusion qui s’ensuit à la veille de l’ouverture de la conférence, dite de suivi contre le racisme, laissent entrevoir encore de belles heures à un antiracisme dévoyé. Le spectre de Durban semble s’être invité au palais des Nations à Genève, comme pour remettre en mémoire le sévère rappel d’Irwin Cotler, ancien ministre de la Justice du Canada, qui constatait :«L’Holocauste n’a pas commencé dans les chambres à gaz, mais avec des mots», renvoyant en écho ce propos de Karl Jaspers qui prévenait naguère : «Quand le désordre atteint le langage, tout tourne au désastre.»

Co-auteur avec Claude B. Levenson de "L'ONU contre les droits de l'homme", éditions les Mille et une nuits, 2003

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31 mars 2009

Le projet de l'Organisation de la conférence islamique autour du concept de diffamation des religions

Le 26 mars, j'étais invitée sur Radio France Internationale dans l'émission le débat du jour du journaliste Jean-François Cadet, autour du thème de la diffamation des religions, avec l'Ambassadeur de l'OCI à Genève, Monsieur Babacar Ba. L'intégralité de l'émission est consultable sur http://marcovichnews.canalblog.com/archives/2009/03/27/13156258.html ainsi que son décryptage intégral http://marcovichnews.canalblog.com/archives/2009/03/27/13208012.html dont je ne présenterai ici que quelques extraits significatifs des interventions de l'ambassadeur Ba.

Le concept de diffamation des religion (...) est le fait de stigmatiser, de mettre sous forme de stéréotypes les valeurs et principes de l'Islam et mettre les musulmans en situation de défensive, en critiquant leur comportements, leur nature, leurs valeurs.
(...)
Il nous faut combattre ce genre de phénomène car comme vous le savez le rôle principal des Nations Unies, c'est d'assurer une cohésion, une certaine entente entre les populations, entre les peuples, entre les communautés. Et tout ce qui doit concourir, agir dans le sens de la désunion, d'une passion ou l'incitation à la haine entre les communautés doit être combattu.
(...) L
orsque vous parlez d'un musulman, c'est une identité, c'est la personne qui s'identifie à une religion. Donc vous ne pouvez pas faire la distinction entre la religion et la personne qui s'identifie à cette religion d'autre part. Lorsque vous parlez de l'homme musulman, il faut intégrer ses deux concepts. Vous ne pouvez pas faire d'un côté son expérience et ses valeurs et dire que nous pouvons les piétiner et mettre de l'autre côté l'homme et dire qu'il peut être protéger.
(...)
l'Islam en tant que religion et en tant que croyance doit être protégée (...) notamment le patrimoine [dans le cadre de l'Unesco], c'est comme le patrimoine culturel. Les patrimoines culturels sont protégés ainsi que les valeurs religieuses par des conventions au niveau du système des Nations Unies.
(...)
Les discriminations raciales, ou l'incitation à la haine raciale ou religieuse constituent des phénomènes graves qui sont en train de menacer l'équilibre international et l'entente entre les communautés et notre seul objectif est de préserver la paix et l'entente entre les communautés. Si cela est une vision politique, alors c'est cela notre objectif. Et je crois que c'est quelque chose d'important dans la mesure où les Nations Unies elles mêmes au niveau de Genève comme de New York se sont rendus compte de la nécessité de mettre en œuvre une stratégie pour combattre ces phénomènes là. Le rapporteur spécial des Nations Unies depuis huit ans, reconnaît la nécessité de se mobiliser pour combattre ce phénomène de stigmatisation et de discrimination qui frappe les musulmans.
(...)
Nous
vivons dans un monde globalisé. Il faut penser à l'équilibre mondial, éviter qu'il y ait des tensions entre les communautés, c'est déjà balayer devant sa porte. Il faut préserver le monde d'une certaine tension. Le lien entre diffamation et discrimination. C'est partir d'une certaine pratique de diffamation soutenue qu'il y a discrimination. A force de diffamer une religion, de stigmatiser, de diaboliser un groupe, on entraîne les autres qui n'en savent pas plus de faire des discriminations à l'encontre des personnes qui se réclament de cette religion là. Donc il y a bien un lien entre la diffamation et la discrimination. C'est cela que nous voulons démontrer à travers les Nations Unies, pour montrer que si nous voulons combattre les discriminations, nous devons d'abord combattre ceux qui utilisent un langage extrémiste pour diffamer ou discriminer des personnes en raison de leur appartenance à une religion.

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10 décembre 2008

L'Alliance des civilisations: succédané des droits de l'homme

Le Temps, 9 décembre 2008
Par Jean-Claude
Buhrer
, ancien correspondant du «Monde» à l'ONU, voit dans l'Alliance des civilisations une remise en cause des acquis de la Déclaration universelle.

L'Espagne vient d'offrir au Palais des Nations à Genève une salle luxueusement rénovée, avec en prime au plafond une surprenante fresque du peintre majorquin Miquel Barcelo. Inaugurée en grande pompe, cette œuvre monumentale n'a pas fini de défrayer la chronique tant par la polémique que son coût de 20 millions d'euros a déclenchée en Espagne que par la portée politique inavouée de cette initiative.

Signe des temps, les allocutions de circonstance prononcées ce jour-là baignaient dans les congratulations et des considérations vaguement artistiques, le secrétaire général de l'ONU louant un «chef-d'œuvre innovant et rayonnant», se gardant d'évoquer des sujets qui fâchent. Au-delà de la rhétorique habituelle, on était loin de la réalité et des victimes que l'ONU est censée protéger. Le contraste était d'autant plus frappant qu'à quelques heures d'intervalle, une chaîne de télévision française diffusait un reportage sur un massacre commis à Kiwanja, dans le Kivu septentrional, à proximité d'une base de l'ONU. Et un rescapé de constater: «On ne nous considère pas comme des hommes», tandis que des femmes criaient leur colère contre les Casques bleus incapables de les bleus incapables de les secourir.

Pour tenter d'enrayer cette spirale de la violence, qui a fait plus de cinq millions de morts au cours des dix dernières années en République démocratique du Congo (RDC), l'Union européenne avait péniblement réussi à convoquer fin novembre une session spéciale du Conseil des droits de l'homme (CDH). Mais sa résolution plus énergique a dû être retirée au profit d'un consensus mou, imposé par l'Egypte au nom du groupe africain qui s'est porté au secours de Kinshasa avec le soutien de pays comme le Pakistan, Cuba, la Chine ou la Russie. En mars déjà, les mêmes avaient obtenu l'élimination du mandat de rapporteur spécial sur la RDC qui avait attiré l'attention sur des viols systématiques de femmes et d'autres atrocités. En vain, la majorité automatique du Conseil n'en a pas tenu compte. Comme si les précédents du génocide en 1994 au Rwanda et du Darfour, où l'ONU a dénombré 300000 morts depuis 2003, devaient se répéter dans l'indifférence, sinon la complicité, de la communauté internationale. Après le fiasco de la Commission qui a sombré dans le discrédit depuis un peu plus de deux ans, il y a de quoi s'interroger sur la crédibilité du nouveau Conseil et sur l'avenir même du système onusien des droits de l'homme patiemment mis en place depuis l'adoption en 1946 de la Déclaration universelle.

Subrepticement, on assiste à une offensive contre l'universalité des droits de l'homme, conjuguée avec une entreprise de démantèlement des acquis. Dans ce contexte, la transformation de la «Salle suisse» en «Salle du Conseil des droits de l'homme et de l'Alliance des civilisations» ne saurait se réduire à un simple changement de dénomination. Autre indice révélateur, le communiqué de l'ONU titrait: «Ban inaugure la Salle de l'Alliance des civilisations», comme si cette dernière devait prendre le pas sur les droits de l'homme. Et ce n'est sans doute pas un hasard si de tous les discours, le plus engagé politiquement était celui du premier ministre turc, Recep Erdogan, parfois présenté comme un «musulman modéré», ce que lui-même récuse. Il s'est largement appesanti sur l'importance de «l'alliance des civilisations», une initiative lancée conjointement avec son collègue espagnol, José Luis Zapatero, reprenant ainsi une idée de l'ancien président iranien Khatami d'un dialogue entre l'islam et l'Occident, et placée sous l'égide de l'ONU en 2005. A croire que le monde se limite à ces deux entités...

En fait, si personne n'ose la contester ouvertement, les régimes liberticides ne se sont jamais accommodés de la Déclaration universelle et surtout rechignent à respecter l'impressionnant cadre normatif mis en place et les mécanismes de protection développés depuis soixante ans. Leur travail de sape est facilité d'autant par les entorses et les manquements à leurs propres principes de certains pays se réclamant de la démocratie, malvenus pour jouer les donneurs de leçons.

Plus encore que la Commission qui l'a précédé, le Conseil est dominé par des Etats davantage préoccupés de s'épargner toute critique que de défendre des valeurs qu'ils s'emploient à vider de leur substance. Au nom du relativisme culturel, le révisionnisme est à l'œuvre, avec des droits de l'homme à géométrie variable. En délicatesse avec la laïcité, l'Organisation de la conférence islamique s'obstine à faire entrer la religion à l'ONU et à imposer des normes anti-blasphème. Le ver est déjà dans le fruit.

Emmenés par la Chine, nombre de pays pas forcément démocratiques s'accrochent à la notion de souveraineté des Etats pour s'opposer au concept d'universalité. Or, ce sont ceux-là précisément qui violent les droits de l'homme alors que leurs victimes, elles, s'en réclament. Le clivage se situe entre démocratie et dictature, quelles que soient les latitudes.

* Coauteur avec Claude B. Levenson de L'ONU contre les droits de l'homme?, Mille et une Nuits 2003


01 décembre 2008

Nouvel échec diplomatique de l’UE face aux exactions en République Démocratique du Congo

La diplomatie Européenne, présidée par la France, s’est démenée sans relâche ces deux dernières semaines pour obtenir les signatures requises d’un tiers des membres du CDH, pour convoquer une session spéciale (le 27 novembre), sur les violations des droits humains et les massacres au nord Kivu en République Démocratique du Congo.
Cela a été d’autant plus dur qu’aucun pays africain membre du CDH n’a accepté de signer la convocation, et qu’ils avaient même boycotté la réunion préparatoire.


D’autres discussions eurent lieu concernant le report de la session, la délégation congolaise prétextant  que les ministres n’avaient pas obtenu leurs visas à temps. Ce qui offusqua on ne peut plus les autorités Suisses qui affirmèrent avoir fait le nécessaire.
Enfin la session spéciale démarra grâce à la détermination française le 27 l’après midi. Mais très vite les débats tournèrent au vinaigre.
L’Egypte, au nom du groupe africain attaqua avec violence ceux qui avaient refusé le report de la session, car ils portaient ainsi atteinte à l’esprit de consensus qui a toujours animé le Conseil.
Le Pakistan au nom de l’OCI, tout en condamnant la mort des populations civiles, a assuré de sa solidarité le gouvernement de RDC.
Pour Cuba, ce sont notamment le passé colonial et des siècles d'esclavage qui sont la cause du drame humain.
La Chine a dit vouloir jouer un rôle constructif futur sur place dans l’apaisement du conflit.
L’Algérie, tout en demandant à ce que la RDC ne soit pas singularisée, s’est révoltée du fait que cette Session spéciale fut convoquée par seize pays NON Africains ! 

Le 1er décembre, la France, au nom de l’UE a accepté de retirer sa résolution refusée par le groupe africain, au profit de la nouvelle résolution africaine qui fut adoptée par Consensus.
A l’encontre de la résolution de l’UE plus incisive, cette résolution ne condamne aucune des parties et appelle à la paix et au dialogue. Elle convoque l’envoie sur le terrain de sept rapporteurs thématiques (violence contre les femmes, déplacement de population, indépendance des juges et des avocats, défenseurs des droits de l’homme, rôle des multinationales, mineurs dans les conflits armés et droit a la santé). En revanche, la demande de l’UE d’inclure les rapporteurs spéciaux sur la torture et sur les exécutions extrajudiciaires a été refusée.
La France a par ailleurs dit « regretter » que la RDC refuse de coopérer avec la Cour Pénale Internationale.

En mars dernier, l’UE avait déjà accepté la suppression du rapporteur spécial sur la République Démocratique du Congo, afin de sauver le consensus et… la diplomatie de façade.
Depuis deux ans au CDH, l'esprit de Consensus est sauf.....

Posté par Malka Marcovich à 20:06 - Conseil des Droits de l'Homme - Commentaires [1] - Permalien [#]
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