12 juin 2009
Le dalaï-lama à la sauvette
Par Claude Levenson*, Liberation 12 juin 2009
Ainsi donc, puisque le maire socialiste de Paris «fait ce qu’il
veut», à en croire un porte-parole de l’UMP, le dalaï-lama - qui n’a rien
demandé ! - a reçu le titre de citoyen d’honneur de la capitale à la sauvette,
en fin d’après-midi d’un dimanche d’élections européennes, sans conférence de
presse ni petits fours de rigueur, selon un service minimum prestement expédié.
Et surtout pas de drapeau tibétain au fronton de la mairie, cela pouvait fâcher
tout rouge dans la lointaine Cité interdite de Pékin qui, chacun le sait, ne
cherche ni n’a jamais cherché à se mêler des affaires d’autrui. Quelques
centaines de Tibétains et de sympathisants relégués à bonne distance derrière
des barrières arboraient néanmoins les couleurs interdites, coup de soleil sous
la pluie. Affronter crânement une dictature qui a fait ses preuves, c’est ce que
semblent craindre par-dessus tout les responsables politiques français,
pratiquement toutes tendances confondues, dans le sillage de la bouffée de
mauvaise humeur de l’an dernier, à la suite de la très brève rencontre, dans un
pays tiers, du président français et du leader tibétain.
Après les honneurs de Rome et les fastes de Venise qui ont remis le même titre en février passé au même citoyen du monde avant que Varsovie ne leur emboîte le pas, Paris, notre bonne ville, fait décidément bien piètre figure. A se faire retourner dans leurs tombes Gavroche, les communards et les résistants. Et à faire monter le rouge de la honte au visage de nombre de Parisiens de réputation persifleuse et de simples citoyens d’ailleurs, non moins outrés par ce manque élémentaire de courtoisie. Brader de la sorte quelques-unes des valeurs essentielles du pays qui se veut le berceau des droits de l’homme et d’une ville qui se plaît à porter haut le flambeau de la liberté des individus comme des peuples, au moment même où le toit du monde est transformé en une vaste prison à ciel ouvert pour ses habitants qui se battent avec l’énergie du désespoir pour survivre et sauvegarder leur altérité, c’est une insulte qui ne sera pas oubliée de si vite. L’infliger à l’une des personnalités les plus respectées du monde n’ajoute rien à l’autorité morale de ceux qui s’y abaissent.
A Bercy cependant, devant près de 10 000 personnes, Robert Badinter avait quant à lui tenu à saluer en le dalaï-lama «le chef d’une nation occupée, porteur d’un message d’humanité et de spiritualité, seules forces qui vaillent face à l’injustice et la violence». Et d’assurer que : «La résistance spirituelle finit toujours par l’emporter.»
Dernier ouvrage paru : Tibet la question qui dérange, Albin Michel, 2008.
14 mai 2009
Pékin en coulisses au Sri Lanka
Par JEAN-CLAUDE BUHRER
Publié dans Libération le 14- 5 - 2009
Il y a un an, c’était la Birmanie, frappée par le cyclone Nargis qui a laissé derrière lui 138 000 morts ou disparus ainsi que 2,4 millions de sinistrés. La junte militaire avait d’abord refusé l’entrée des secours aux victimes et ouvertement nargué l’ONU, n’hésitant pas à maintenir le 10 mai un référendum constitutionnel taillé sur mesure, en pleine catastrophe. Aujourd’hui, c’est le Sri Lanka, où 200 000 civils ont fui les combats ces derniers mois, tandis que 50 000 autres restent piégés entre deux feux et que 6 500 ont péri en trois mois. Pressé d’en finir avec les Tigres de libération de l’Eelam tamoul (LTTE), le gouvernement sri-lankais fait la sourde oreille aux appels bien tardifs au respect du droit humanitaire et poursuit son «offensive finale» à l’abri des regards indiscrets. L’ONU reste coite.
Comme les militaires birmans, le gouvernement nationaliste de Colombo ne pourrait défier impunément tout le monde sans soutiens extérieurs, à commencer par celui de la Chine. L’an dernier, la junte avait ignoré les appels de l’ONU et de la Ligue nationale pour la démocratie d’Aung San Suu Kyi de donner la priorité au sauvetage des victimes du cyclone.
L’impuissance de la communauté internationale est encore plus manifeste au Sri Lanka, qui n’a jamais été réprimandé et avait même réussi à se faire élire au Conseil des droits de l’homme. D’ailleurs, comme la Birmanie, Colombo peut compter au Conseil de sécurité sur le double veto de Pékin et de Moscou. En mai 2008 déjà, ces deux-là n’avaient rien voulu entendre du principe de «la responsabilité de protéger» reconnu lors du sommet de l’ONU en 2005 et qui aurait facilité l’acheminement des secours dans la Birmanie dévastée. La Chine et la Russie, appuyées par le Vietnam, la Turquie, la Libye et le Japon, se sont opposées, le 22 avril, à une «pause humanitaire» réclamée par les Occidentaux au Sri Lanka, estimant qu’il s’agissait d’une affaire interne et non d’une menace pour la sécurité internationale. Les mêmes raisons sont invoquées à propos du Tibet, de la Tchétchénie, du Zimbabwe, voire du Darfour. Il est vrai que les méthodes expéditives des Tigres tamouls, placés sur la liste des organisations terroristes par les Etats-Unis et l’Union européenne, expliquent aussi ces atermoiements, et que le gouvernement de Colombo a longtemps bénéficié de leur complaisance dans cette «sale guerre» qui a fait près de 70 000 morts en un quart de siècle. N’empêche que les civils paient un lourd tribut à l’indifférence de la communauté internationale.
Cette indifférence étonne d’autant plus que le Sri Lanka et la Birmanie suscitent bien des convoitises, ne serait-ce qu’en raison de leur position géostratégique : la grande île au sud du sous-continent en tant que point névralgique pour le contrôle maritime du commerce international dans l’océan Indien ; la seconde, à la charnière des mondes indien et chinois sur le golfe du Bengale. Ce double intérêt n’a pas échappé à Pékin, devenu le principal allié politique et militaire du régime birman sans cesser d’étendre son emprise économique chez son voisin du sud. En plus de barrages hydrauliques en construction, un projet de pipeline de la baie du Bengale au Yunnan devrait permettre à la Chine d’acheminer le pétrole du Moyen-Orient en évitant le détroit de Malacca.
La Chine a également renforcé sa présence au Sri Lanka, dont elle est devenue le principal donateur, afin de diversifier ses routes d’approvisionnement en provenance du Moyen-Orient et d’Afrique. Entre les détroits d’Ormuz et de Malacca, elle se dote méthodiquement d’un véritable chapelet de ports en eaux profondes, de la base navale de Gwadar au Pakistan à Hambantota au Sri Lanka, et de Chittagong au Bangladesh à Sittwe en Birmanie. A Hambantota, Pékin a investi un milliard de dollars dans la construction d’un grand centre logistique de transbordement maritime. Outre l’aide financière et un appui politique «inconditionnel», la Chine a largement contribué à l’effort de guerre de Colombo et au basculement du rapport de forces sur le terrain… à peine les Etats-Unis avaient-ils suspendu leur coopération militaire en raison de la constante dégradation des droits de l’homme sur l’île. Illustrant ce rapprochement, le président Mahinda Rajapaksa était reçu par son homologue Hu Jintao en février à Pékin, puis en mars, ce fut au tour de son frère et ministre de la Défense Gotabhaya de remercier la Chine de son «soutien résolu dans le renforcement de la lutte contre le terrorisme».
Traditionnellement proche du Sri Lanka par la géographie et la culture, l’Inde se tient en retrait depuis le désastre de son opération de maintien de la paix (1987-1990) et surtout l’assassinat en 1991 du Premier ministre Rajiv Gandhi lors d’un attentat suicide des Tigres tamouls. Alors que Pékin en a profité pour avancer ses pions, Colombo a également trouvé des accommodements avec le groupe islamique et divers pays liberticides, chacun se renvoyant l’ascenseur. Autre souci pour New Delhi, des pays comme l’Iran, l’Arabie Saoudite ou la Malaisie sont entrés en compétition dans l’île avec la compagnie pétrolière indienne. Sans oublier le Pakistan, qui avec les encouragements de Pékin approvisionne largement le Sri Lanka en armes chinoises de petit calibre et fournit un entraînement militaire à ses forces aériennes. «Le problème des Tamouls, confiait à des journalistes l’ambassadeur du Pakistan auprès de l’ONU à Genève, c’est de ne pas être musulmans.»
Reste à savoir comment sortir de cette double impasse. En tout cas, ce n’est pas par les armes que le problème tamoul sera résolu au Sri Lanka, pas plus que l’implacable dictature militaire n’a réglé celui des minorités ethniques en Birmanie. A des degrés divers, ces crises récurrentes plongent leurs racines dans l’époque coloniale quand l’empire britannique avait favorisé des minorités comme les Tamouls à Ceylan et les Karens, ou d’autres encore, en Birmanie. Depuis, certaines ont pu se sentir victimes de discriminations à leur tour, jusqu’à prendre les armes - ce qui fut le cas des Tamouls sri-lankais et des Karens toujours en rébellion en Birmanie. Même si le LTTE était militairement défait, il faudra bien trouver une solution politique pour tenir compte des aspirations des Tamouls au Sri Lanka. Encore faudrait-il qu’il y ait volonté politique.
30 avril 2009
Un ancien prisonnier Ouïgour de Guantanamo, réfugié en Albanie, considéré comme terroriste en Chine
Par Briseida Memma, TIRANA, (AFP) -
Abu Bekker Qassim, l'un des cinq Ouïgours libérés de Guantanamo et ayant pu bénéficier de l'asile politique en Albanie en 2006, se réjouit d'apprendre la fermeture annoncée de la prison militaire américaine à Cuba mais rêve surtout de pouvoir revoir un jour les siens.
"Obama a compris que Guantanamo était une grave erreur qui devait être corrigée. Mais la Chine nous considère toujours comme des terroristes", résume Abu Bekker, 39 ans, devant l'AFP.
Dans son appartement de Tirana aux murs presque nus, où sont accrochées quelques photos de sa femme et de ses trois enfants, qu'il n'a pas revus depuis neuf ans, Abu retrace avec force gestes, dans un mélange d'albanais et de mots turcs anciens, l'étonnant parcours de sa vie.
La minorité ouïgoure, turcophone et de confession musulmane, vit au Xinjiang, dans le nord-ouest de la Chine.
Certains groupes ouïgours dénoncent la répression politique et religieuse menée par la Chine dans cette région, Pékin les accusant pour sa part de "terrorisme".
Fuyant avec quelques compagnons ouïgours les "persécutions" de Pékin, Abu a gagné l'Afghanistan au moment de l'offensive américaine contre le régime des talibans, après les attentats du 11 septembre 2001.
Arrêté, il était transféré peu après vers Guantanomo où il a passé quatre ans et demi.
"A Guantanamo, les lois n'existaient pas et les gens n'étaient que des numéros", explique Abu. Il portait lui-même le numéro 283.
"Je fais encore des cauchemards. Il me semble encore entendre les hurlements et les pleurs des prisonniers. Plusieurs d'entre eux devenaient fous après des tortures et des pressions psychologiques", raconte l'ex-détenu.
Au bout de plusieurs années d'épreuves, la Cour fédérale américaine a reconnu son innocence, ainsi que celle de ses quatre compagnons ouïgours qui ont bénéficié de l'asile politique en Albanie.
Les Etats-Unis avaient demandé à plusieurs pays de les accueillir mais seul Tirana a accepté, malgré les protestations de la Chine.
Abu essaye maintenant de refaire sa vie en Albanie. Son espoir le plus cher est de revoir les siens et il fonde tous ses espoirs dans l'aide des Etats-Unis.
"Même l'ONU n'a pu nous aider. L'Albanie non plus. Nous ne pouvons pas retourner en Chine, car on nous accuse d'être liés au Mouvement islamique du Turkestan Oriental" (le Xinjiang, ndlr), explique-t-il.
Deux de ses amis ouïghours, qui ont partagé son destin, ont accepté que leurs femmes puissent se remarier. Mais pas Abu, qui espère toujours reconstituer un jour sa famille.
Ajup Muhamet, 25 ans, le plus jeune du groupe, suit des études à l'Université de New York à Tirana et veut se marier avec une Albanaise.
Deux autres suivent des cours de cuisine et d'albanais. Un quatrième enfin a demandé l'asile politique en Suède.
"A Guantanamo, nous gardions notre barbe, car cela fait partie de nos moeurs et coutumes. Mais à Tirana, je l'ai enlevée, car il y a encore des gens, comme partout ailleurs, qui pensent que derrière tout barbu se cache un terroriste", explique Abu, élégant dans son costume bien taillé.
A leur arrivée en Albanie, ils étaient perdus. Personne ne connaissait leur langue. Les avocats ont même essayé de leur trouver un autre pays d'accueil.
Aujourd'hui, Abu a appris à faire des pizzas, se rend régulièrement à la mosquée et prépare des plats ouïgours dans le restaurant d'un ami turc à Tirana. Avec l'argent gagné, il a participé à un projet de plantations d'arbres devant une école.
Et il veut voir ces arbres grandir. Car Abu s'inquiète maintenant de son avenir en Albanie.
A la fin de l'année, l'Etat albanais ne s'occupera plus d'eux et ne paiera plus le loyer de leurs appartements à Tirana. Ni lui ni ses compagnons ne disposent d'un véritable travail leur permettant de gagner leur vie.
Abu s'inquiète aussi du sort des 17 autres Ouïghours qui "sont toujours à Guantanamo et que personne ne veut accueillir".
29 avril 2009
A l'ONU, la "République islamique de Chine"
Dans le Canard Enchaîné du 29 avril
A la conférence dite d'examen de l'ONU contre le racisme, qui s'est achevée dans l'indifférence la semaine dernière à Genève, les victimes avaient surtout le droit de la boucler. Alors que le président iranien avait eu tout loisir de déverser son fiel en guise d'ouverture, plusieurs représentants des ONG, réduites à la portion congrue en fin de semaine, l'ont appris à leurs dépens. Ainsi, avec le concours actif du délégué de l'Iran, l'un des vice-présidents de la rencontre, la Chine a empêché vendredi deux ONG pro-tibétaines de terminer leurs interventions déjà limitées à trois minutes.
A peine Tenzin Kayta, qui s'exprimait au nom de la Société des peuples menacés, avait-il évoqué la situation au Tibet comme exemple d'incitation à la haine raciale, que le délégué chinois avait agité sa pancarte et exigé du président kenyan de la conférence, Amos Wako, de l'interrompre. Déjà le représentant de Téhéran avait demandé la parole et s'était indigné quand le président l'avait désigné comme "le distingué délégué de l'Iran", l'enjoignant de citer correctement "la République islamique d'Iran". Encore sous l'émotion de ce rappel aux bonnes manières, le même président kenyan devait s'emmêler les pinceaux après une nouvelle protestation du représentant de Pékin en lui donnant du "distingué délégué de la République islamique de Chine", avant de se raviser et de se confondre en excuses devant les réactions hilares des uns et indignées des autres, pas d'humeur à plaisanter. Toujours est-il que l'orateur tibétain n'a pas pu conclure son discours et la Chine a obtenu qu'on passe à l'orateur suivant.
Un scénario identique s'est répété lorsqu'une Tibétaine, Tsering Jampa, a pris la parole au nom de la Campagne internationale pour le Tibet, et a été empêchée de continuer après les gesticulations chinoises habituelles. Une semaine auparavant, le médecin palestinien embastillé et torturé en Libye avec les infirmières bulgares avait subi un sort analogue sous le marteau de l'ambassadrice libyenne, présidente du comité préparatoire de Durban II. Parlant au nom d'une ONG, il s'était adressé en ces termes à Mme Najat al-Hajjaji: "Je ne sais pas si vous me reconnaissez, je suis le médecin palestinien qui a été retenu en otage par votre pays... ", avant que la représentante du colonel Kadhafi lui coupe la parole, affirmant que ces propos n'avaient rien à voir avec ladite conférence. En revanche, parmi plus de 80 nouvelles ONG accréditées pour la circonstance, la présidente libyenne a admis le Gaddafi International Charity & Development Center, dirigé par le fils du colonel, tandis qu'elle refusait l'agrément au Centre tibétain des droits de l'homme et pour la démocratie. Ainsi vont les droits de l'homme au royaume onusien...
25 avril 2009
Les motions d'ordre contre la liberté d'expression des ONG
Les 23 et 24 avril, les ONG qui avaient suivi toute la procédure d'enregistrement pour une prise de parole de 3 minutes purent intervenir. Les motions d'ordre rythmèrent néanmoins les prises de parole, motions d'ordre émanant principalement de la République Islamique d'Iran, vice-présidente de la Conférence, de la Chine et de la Libye, présidente du comité plénier.
Le 23, la RI. d'Iran demanda, conformément à la règle énoncée par le Président, qu'aucun pays ne soit nommé durant l'intervention du représentant de UNWatch.
Webcast
[ English ] 3 minutes
Puis la RI d'Iran demanda en outre que l'on ne nomme pas non plus des chefs d'Etat. L'Afrique du Sud coupa également la représentante de la Hudson Institute car cette dernière avait utilisé la terminologie de Durban 2.
Webcast
[ English ] 8 minutes
Ce fut ensuite au tour de la Chine de couper à trois reprises, l'association Asian Indigenous and Tribal Peoples Network, affirmant que leur déclaration était hors de propos, puis finalement prétendant que l'association faisait perdre du temps aux autres ONG.
Webcast
[ English ] [ Original language ] 3 minutes
La Chine fit à nouveau une motion d'ordre, lorsque l'association International Campaign for Tibet eut la Parole. La Chine rappela combien elle était attachée à la participation des ONG dans la lutte contre le racisme. Mais qu'elles ne devaient pas pour autant utiliser cette tribune pour fabriquer des mensonges. L'association fut à nouveau coupée, et cette fois la Chine demanda que cette dernière se focalise sur le point de l'ordre du jour, elle rajouta que cette dernière contredisait la Charte des Nations Unies.
Webcast
[ English ] [ Original language ]6 minutes
Pour la Society for Threatened Peoples, la République islamique d'Iran, se portant au secours de la République démocratique de Chine, tança le Président Amos Waso, de ne pas faire respecter les règles de procédure. La langue du président fourcha et il parla de la République islamique de Chine ! Il rappela ensuite que les ONG devaient se conformer strictement au langage onusien, puis il donna la parole à la Chine.
Webcast
[ English ] [ Original language ] 7 minutes
Le Président coupa ensuite le représentant du Bné Brith International lorsque ce dernier critiqua la négation ou la minimisation de l'Holocauste par le Président iranien. La RI d'Iran fit une motion d'ordre et dit que le représentant du Bné Brith utilisait un langage de haine, ce qui était contraire aux règles de procédure. Il demanda également que le représentant du Bné Brith présente des excuses.
Webcast
[ English ] 7 minutes
Lorsque le Congres Mondial Amazigh commença son intervention
Webcast
[ French ] 2 minutes,
ce dernier fut coupé par la Libye qui dit que le sujet ne concernait pas la Conférence d'examen de Durban puisque ce sujet ne figurait pas dans la conférence de Durban.
[ English ] [ Arabic / French ] 2 minutes
Finalement, la Libye aura eu encore le mot de la fin. Une semaine avant, le 17 avril, la Présidente libyenne Najat al Hajajji, avait elle aussi interrompu l'organisation UNwatch qui avait fait venir Ashrah al Hajouj, le médecin palestinien détenu dans les geôles libyennes durant dix ans, torturé, bouc émissaire victime de racisme et de xénophobie. (Voir document sur TSR :
http://www.tsr.ch/tsr/index.html?siteSect=500000&bcid=663165#vid=10586392
23 avril 2009
Le Novlangue de la Bureaucratie onusienne
Ce communiqué de Presse en date du 20 avril au matin, illustre on ne peut mieux le novlangue de la bureaucratie onusienne, et le hold up de l'institution et de la conférence.
Conférence d'examen de Durban RC/09/2
MATIN 20 avril 2009
Conformément à un amendement apporté la semaine dernière au Règlement intérieur de la Conférence d'examen par le Comité préparatoire, les vingt membres qui composaient l'ensemble du Bureau du Comité préparatoire ont été élus, ce matin Vice-Présidents de la Conférence d'examen.
L'Ambassadeur Juan Antonio Fernández Palacios de Cuba a été élu Rapporteur général de la Conférence d'examen.La Conférence d'examen a ensuite établi un Comité de rédaction et un Comité plénier dont les membres ont été désignés parmi les 20 Vice-Présidents de la Conférence. Mme Najat Al-Hajjaji, de la Libye, a été élue Présidente du Comité plénier et M. Yury Boychenko, de la Fédération de Russie, a été élu Président du Comité de rédaction. Conformément au Règlement intérieur, le Président de la Conférence d'examen, les Vice-Présidents, le Rapporteur général et les Présidents du Comité plénier et du Comité de rédaction composent le Bureau de la Conférence.
Faisant observer que les négociations et la rédaction concernant le document final de la Conférence d'examen ont déjà été achevées au niveau du Comité préparatoire et de son Groupe de travail à composition non limitée, le Président de la Conférence a souligné que la Conférence a maintenant reçu du Comité préparatoire un texte, soigneusement négocié, acceptable pour toutes les parties; aussi, a-t-il été décidé de transmettre directement ce texte au Comité plénier qui, en retour, le recommanderait pour adoption à la plénière de la Conférence.
La Conférence d'examen a par ailleurs adopté son ordre du jour, tel qu'adopté par le Comité préparatoire le 22 avril dernier (document A/CONF.211/1). Elle a en outre adopté son programme de travail (document A/CONF.211/4/Rev.1), en vertu duquel la Conférence entamera cet après-midi un débat de haut niveau qui sera suivi, mercredi, d'un débat général, étant entendu que ces deux débats se poursuivront aussi longtemps que l'exigera l'épuisement de la liste des orateurs.
La Conférence d'examen entamera cet après-midi, à 15 heures, son débat de haut niveau.
Commentaires :
En effet, le mercredi 15 avril, le règlement de la conférence fut amendé lors du Comité préparatoire, de telle sorte que le bureau de la Conférence se compose des mêmes membres que le Comité préparatoire. La République islamique d'Iran demeurant notamment toujours membre du bureau aux côtés du Pakistan, de Cuba, de la Libye etc.
Le 17, il y a eu un véritable forcing pour que soit désigné comme président de la Conférence, le Ministre de la justice Kenyan Amos Waso, accusé de corruption, malgré l'opposition de l'Union européenne.
Il n'est donc guère étonnant que la République islamique d'Iran ait pu intervenir plus de 30 minutes et ait été choisie pour ouvrir le débat, puis que le texte ait été adopté le lendemain sans aucune discussion.
Durant ces longs mois, les méthodes des diplomaties russes, libyenne, cubaine, de l'OCI et de la République islamique d'Iran, ont pour le moins démontré leur extraordinaire efficacité, la Chine ayant durant tout le processus, su peser de tout son poids également puisqu'elle fut le premier pays à participer financièrement au fond volontaire pour la Conférence.
16 avril 2009
Le Tibet, métaphore de notre liberté
Par Claude B. Levenson *- article paru dans Libération du 15 avril 2009
Incongruité des images se télescopant au kaléidoscope de l’actualité : deux Présidents euphoriques, tout sourire et un verre à la main, lors de la visite de Nicolas Sarkozy, en novembre 2007, à Pékin, chez Hu Jintao ; les deux mêmes, crispés, le bras raide lors d’une poignée de main, à Londres, en marge du G20, début avril. Une mine d’enterrement qui sied d’ailleurs aux circonstances, puisque les deux hommes venaient officiellement d’enterrer la brouille opportunément montée en épingle par l’un reprochant à l’autre d’avoir osé rencontrer le dalaï-lama, cet empêcheur de mentir en rond. Il aura fallu bien des salamalecs et nombre de missions de contrition pour apaiser le courroux des dignes héritiers de l’arrogance impériale de la Cité interdite - en somme, un acte d’allégeance à la dictature, guère conforme à l’idéal républicain ni à la réitération inlassable de la défense des droits de l’homme. Passez muscade, l’heure est au compromis et à la nécessité de s’en tenir à la realpolitik. Autonomie ou indépendance, l’intégrité territoriale de l’empire est sacro-sainte, le Tibet n’est pas à l’ordre du jour - ni des relations franco-chinoises, ni des instances onusiennes et gare à vous qui osez vous ingérez dans les affaires intérieures de Pékin.
Et pendant ce temps, là-bas au loin sur le toit du monde, dans ce pays qui existe pourtant sans existence dûment reconnue, les forces de l’ordre chinois arrêtent, harcèlent, torturent, violent, battent à mort les récalcitrants - moines, nonnes, nomades, fermiers, étudiants, vieux ou jeunes - ces insensés réfractaires au bonheur colonial imposé sous prétexte de modernisation, de libération de l’impérialisme et, tout récemment, d’émancipation des serfs, sans oublier la réforme démocratique. A se demander ce que veulent ces Tibétains qui s’obstinent à prétendre vouloir se gouverner eux-mêmes et bâtir à leur guise leur avenir en sauvegardant leur culture, leurs traditions, leur altérité. Rien de plus ni de moins que ce qui est inscrit dans la charte des Nations unies…
Littéralement coupé du reste du monde, transformé en prison à ciel ouvert, sous loi martiale inavouée, interdit à tout regard extérieur, le Tibet a vécu bâillonné les semaines marquant le 50e anniversaire de la révolte de Lhassa, le coup de force chinois contre son gouvernement légitime et le début de l’exil. Cinquante ans - combien de jours, combien de nuit pour les uns à compter les longues heures de l’exil, pour les autres à subir une occupation militaire considérée comme étrangère ? A l’intérieur, quelques téméraires se sont risqués à manifester en solitaire ou en mini-groupes, aussitôt embastillés sans autre forme de procès. Aucun étranger, ou si peu, pour témoigner, hurler à la mort face à l’épouvantable indifférence. Des monastères, inutile d’en parler : ils sont si bien gardés que personne n’y entre ni n’en sort. A l’extérieur, la communauté exilée s’efforce de garder la tête haute, sa mobilisation permettant d’allumer des flammèches d’espoir à travers le monde. Quant aux responsables des affaires du monde, ils ont bien trop à faire ailleurs pour demander des comptes aux tortionnaires, aveugles une fois encore aux conséquences prévisibles de leur inconséquence : despotes et tyranneaux liberticides de toute obédience ont vite fait d’en tirer avantage.
Quoi qu’il en soit, une chose est certaine - lors de la réunion dite de suivi de la conférence contre le racisme de Durban qui doit s’ouvrir à la fin du mois au siège européen des Nations unies à Genève, le Tibet n’est pas au programme. Dame, quiconque s’aventure dans cette auguste enceinte à prononcer son nom s’attire aussitôt les foudres des honorables délégués arrivés en force afin qu’il ne soit pas porté atteinte à l’image de la Chine. Autrement dit, Union européenne, Amnesty International ou autre ONG, voire pays, qui s’y frotte se voit sur-le-champ remis vertement en place, au prétexte que «ces allégations sont basées sur l’ignorance et les préjugés» et ceux qui en font mention sont fermement invités à «revenir dans le droit chemin et procéder à davantage d’autocritique». Un langage aux singuliers accents de révolution culturelle à curieuse résonance au palais des Nations de l’ONU…
Faut-il que les actuels dirigeants chinois soient si peu sûrs de leur fait pour en arriver à croire, selon le mot de Mao, qu’un «mensonge répété cent fois devient une vérité» ? Une vérité, peut-être, mais toute relative, et vouée comme toute chose à changer, car inexorablement la roue tourne. Une offensive de propagande sans précédent contre le dalaï-lama et les siens a dernièrement été lancée, qui ne s’embarrasse ni de scrupule ni de diplomatie, ni même de la réalité de faits historiques reconnus. Ajoutant l’insulte à la blessure, les pontes du PCC feignent de croire qu’il suffit de donner du bâton pour bâillonner l’opinion. Encore une fois, peut-être - mais simplement pour un temps : impossible de berner tout le temps tout le monde. Des Chinois ne s’y trompent plus, qui remettent en cause le système instauré avec le fusil, des liens se tissent entre démocrates persécutés et peuples opprimés, à l’intérieur comme à l’extérieur. Une longue, très longue patience exprime à sa manière une forme de résistance : la liberté trouve refuge au cœur de ceux qui résistent tandis que passent les dictatures. Et la liberté du Tibet est aussi une métaphore de la nôtre.
Derniers ouvrages parus : Tibet, la question qui dérange, Albin Michel, 2008 ; le Tibet, Que sais-je ? - PUF, 2008.
21 mars 2009
« Les Ouïgours vivent comme des animaux »
20 mars 09 - Persécutés comme les Tibétains, les Ouïgours n’avaient pas de dalaï-lama. Mais aujourd’hui, ils ont Rebiya Kadeer.
Frédéric Koller/Le Temps - C’était le 25 février dernier, aux abords de la place Tiananmen, au centre de Pékin. Un couple et leur fils tentaient de s’immoler en mettant le feu à leur véhicule. Des membres du Falungong (mouvement bouddhiste sectaire interdit par Pékin) ? Des Tibétains ? Des ouvriers chinois victimes d’injustice ? Rien de tout cela. Les protestataires venaient de la lointaine province du Xinjiang. Ces Ouïgours, de religion musulmane, entendaient, selon la version officielle, dénoncer la démolition de leur maison à Urumqi pour faire place à une école.
Pour Rebiya Kadeer, ce geste, « mal vu des musulmans », s’explique par des causes plus profondes : « Aujourd’hui les Ouïgours vivent dans la peur du lendemain. Ils ne savent pas s’ils seront arrêtés ni où disparaissent les prisonniers. Les Ouïgours n’ont aucun droit, aucune liberté, aucune paix. Ils ne savent plus comment protéger leur langue, leur culture, leurs filles, leur emploi, leur terre. Les Chinois s’enrichissent, eux s’appauvrissent. Les Ouïgours, dans leur propre patrie, vivent comme des animaux. Voilà ce qui a poussé cette famille à s’immoler. Parce que nous n’avons pas d’autre possibilité pour nous exprimer. »
A 61 ans, Rebiya Kadeer est le visage de la résistance d’un peuple dont le combat est jusqu’ici resté ignoré du monde extérieur. Le sort des 8 millions d’Ouïgours n’est pourtant pas plus enviable que celui des Tibétains. A entendre leurs représentants en exil, il serait même pire. Depuis le 11 septembre 2001, Pékin s’est opportunément rallié à la « lutte contre le terrorisme international » auquel les rebelles ouïgours sont depuis associés. Est-ce parce qu’ils sont musulmans que leur cause est moins populaire en Occident ? Sans doute. Mais il leur manquait aussi l’équivalent d’un dalaï-lama pour faire connaître leur combat.
« Avec Rebiya Kadeer, les Ouïgours ont enfin leur figure emblématique et unificatrice, en tout cas dans la diaspora », remarque Thierry Kellner, spécialiste de la région qui enseigne à l’Université libre de Bruxelles. L’an dernier, elle a été élue à la présidence du Congrès ouïgour mondial, dont le siège est à Munich et qui regroupe une vingtaine d’organisations. Dans son entourage, on l’appelle désormais la Mère des Ouïgours, et son nom a circulé ces dernières années pour le Prix Nobel de la paix.
« Tous les leaders ouïgours ont été tués dans un accident d’avion en 1949 alors qu’ils se rendaient à Moscou à l’invitation de Staline pour rencontrer Mao, précise Rebiya Kadeer. Du coup, ils n’ont pu fuir en exil comme le dalaï-lama. Voilà pourquoi nous sommes moins connus. Notre travail d’information en Occident n’a commencé qu’il y a une dizaine d’années. » C’est ainsi qu’elle était récemment de passage en Suisse, où elle a rencontré des parlementaires, afin d’expliquer la situation du « Turkestan oriental » et plaider la cause des 17 Ouïgours enfermés à Guantanamo sans qu’aucune charge ne soit retenue contre eux.
Mère de 11 enfants, Rebiya Kadeer fut une femme d’affaires milliardaire, membre du parlement national et célébrée pour ses actions sociales avant de prendre, en 1999, le chemin des geôles chinoises pour « divulgation de secrets d’Etat ». Son tort fut de critiquer la politique des autorités centrales au Xinjiang. Libérée en 2005 grâce à la pression des Etats-Unis, elle vit depuis en exil à Washington avec son mari et cinq de ses enfants. Deux autres sont toujours en prison en Chine.
Fini les affaires, aujourd’hui tout son temps est consacré à la dénonciation de la « politique d’assimilation » menée par Pékin. A l’entendre, le Xinjiang serait le dernier endroit où l’on exécute encore des prisonniers pour raison politique. « Ces cinq dernières années, sur 15 000 prisonniers politiques, ils en ont tué un millier, c’est-à-dire plus qu’en soixante ans d’occupation. Aucun autre peuple n’est persécuté comme les Ouïgours. »
Il n’existe aucun chiffre officiel, aucune possibilité de vérification. Les Jeux olympiques de Pékin, en 2008, ont marqué une nouvelle escalade dans la répression. Durant les joutes sportives, 200 000 soldats supplémentaires étaient envoyés dans la région et, à titre préventif, 1300 personnes ont été arrêtées. « Elles n’ont toujours pas été relâchées. »
Rebiya Kadeer fournit d’autres chiffres : avant l’occupation de 1949, les Chinois han représentaient moins de 2,5% de la population du « Turkestan oriental ». Aujourd’hui, ils sont 45%. « Si on comptabilise les soldats, ils sont en fait plus de 50%. Nous sommes devenus une minorité dans notre pays. » Entre autres vexations nouvelles (interdiction de la langue ouïgoure dans l’enseignement, confiscation des passeports, contrôle des naissances), la Mère des Ouïgours évoque ce programme, lancé en 2006, de transfert de jeunes filles du Xinjiang vers les usines de la côte est du pays. Officiellement, il s’agit de lutter contre la pauvreté et d’offrir une nouvelle chance aux Ouïgours.
« C’est du travail forcé, tranche Rebiya Kadeer. Elles sont envoyées dans des usines textiles, exploitées, coupées de leur famille, les plus belles filles sont offertes aux réseaux de prostitution. » Quelque 240 000 filles de 12 à 20 ans auraient déjà été déplacées. « Pourquoi les Chinois envoient-ils leurs colons pour prendre notre travail et dans le même temps déportent nos filles en Chine ? Pourquoi veulent-ils marier nos filles à des Han ? C’est une politique d’assimilation. » Rebiya Kadeer donne des noms de villages où ce programme est en cours, cite une étude de la Uyghur Human Rights Project. Mais là encore, ces accusations sont difficiles à vérifier. « Notre seul espoir pour que cela change, pour en savoir plus, est que les pays occidentaux interrogent la Chine. Comme ils le font pour le Tibet. »
10 février 2009
Droits de l’homme : la Chine refuse le dialogue
|
10 février 09 - Au Conseil des droits de l’homme à Genève, Pékin a réussi à obtenir le soutien de nombreux pays africains et asiatiques. Les ONG parlent d’occasion ratée. |
Stéphane Bussard / Le Temps - La Chine passée au crible du Conseil des droits de l’homme de l’ONU ? Quelques mois après les Jeux olympiques de Pékin, le thème au programme de l’institution onusienne à Genève n’a pas laissé indifférent. Tôt vendredi matin, une soixantaine d’Etats se précipitaient pour inscrire leur nom sur la liste des orateurs.
Lundi, dans le cadre de l’Examen périodique universel (EPU, évaluation par les pairs), la tension était palpable. Pékin n’a pas lésiné sur les moyens pour présenter son bilan : il a dépêché des experts des Ministères de la sécurité publique et des affaires étrangères. Comme le souligne Ngawang Choephel, de l’ONG Tibetan UN Advocacy, « c’est la première fois depuis 1995 que la Chine est au cœur d’un débat de trois heures sur les droits de l’homme auquel elle participe. »
L’ambassadeur chinois auprès des Nations unies, Li Baodong, a, durant l’heure qui était impartie à sa délégation, souligné les efforts entrepris pour améliorer la situation des droits humains. Il a montré qu’à partir de la « modernisation historique » du pays lancée sous Deng Xiaoping, en 1978, un « nouveau chapitre dans la protection des droits de l’homme s’est ouvert ». Et l’ambassadeur d’avancer quelques chiffres pour étayer ses propos : depuis cette date clé, le nombre de pauvres en région rurale a chuté de 250 millions à 14 millions. Un chiffre que de nombreux experts, y compris en Chine, contestent sans toutefois nier la baisse réelle de la pauvreté.
La Chine a réussi à convaincre un nombre impressionnant de pays d’Afrique – une zone où Pékin est très présent – de lui tresser des lauriers. Parmi les plus en pointe, le Soudan d’Omar al-Bachir, le Zimbabwe de Robert Mugabe et l’Afrique du Sud de Kgalema Montlanthe. Mais aussi des pays généralement très discrets : le Mozambique ou le Bénin. Parmi les Etats asiatiques, le Laos, le Vietnam ou la Birmanie ont aussi soutenu Pékin face aux déclarations plus critiques des Occidentaux, Australie et Canada en tête.
Les défenseurs des droits de l’homme sont beaucoup moins enthousiastes. Directrice du bureau genevois de Human Rights Watch, Julie Rivero déplore que Pékin n’ait pas saisi l’occasion de l’EPU pour s’engager dans un dialogue constructif. Ngawang Choephel s’inquiète du fonctionnement du Conseil : « Le Sri Lanka et le Pakistan ont demandé au Conseil de ne pas poser de questions sur le Tibet pour ne pas politiser le débat. C’est préoccupant. »
Pour Sharon Hom, directrice de l’ONG Human Rights in China, le refus catégorique de la Chine de reconnaître des violations des droits humains, torture, censure, usage excessif de la force au Tibet et dans les prisons, est inacceptable. A ses yeux, même si Pékin a ratifié la plupart des traités internationaux en la matière, le pays est toujours gangrené par une corruption massive alimentée par l’élite politique, par l’absence d’une justice et d’ONG indépendantes. L’avocate, qui a longtemps enseigné le droit en Chine, voit néanmoins quelques lueurs d’espoir en citant la Charte 08. Le document, élaboré à l’occasion du 60e anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’homme, « est un événement majeur prenant place à un moment clé de la transformation sociale de la Chine », insiste Sharon Hom, qui ajoute : « Ce n’est pas un phénomène soudain. Cela s’inscrit dans un mouvement long et complexe vers la modernité. »
Fait exceptionnel, le document a été signé par plus de 8000 personnes, chercheurs, écrivains, professeurs, travailleurs, paysans. Preuve que le mouvement inquiète : les forces de l’ordre sillonnent le pays pour intimider d’éventuels signataires. L’intellectuel Liu Xiaobo, qui a paraphé le document, croupit toujours en prison. Sharon Hom mentionne aussi le cas de Liu Yao, un avocat de la province du Guangdong. Emprisonné pour avoir défendu des paysans dont la terre a été expropriée pour faire place à une usine électrique, Liu Yao n’est plus seul. 511 avocats de Shenzhen ont signé une pétition pour qu’il bénéficie d’un procès équitable. « Beaucoup de gens sans terre, sans travail, sans libre accès à l’information n’ont rien à perdre, souligne la directrice de Human Rights in China. Imaginez : une population rurale de 700 millions d’habitants est larguée, et 400 millions de Chinois vivent dans un environnement très pollué. » Sharon Hom ne cache pas que les Jeux olympiques n’ont pas aidé son combat : « Ces Jeux, qui ont coûté ce que coûtera la reconstruction du Sichuan dévasté par le tremblement de terre, ont accru le nationalisme. Ils ont véhiculé une image de modernité et de fierté. Allez expliquer à une audience internationale que les droits de l’homme sont une vraie préoccupation. »
15 décembre 2008
TUVALU DEFIE LA CHINE ET EN REMONTRE AUX EMIRATS ARABES UNIS
Le 11 décembre, Tuvalu se présentait devant l'Examen Périodique Universel du CDH. La liberté de ton de son Secrétaire permanent aux affaires étrangères, Monsieur Sopoaga, contrastait formidablement avec la langue de bois habituelle... et notamment avec l'autocensure de certains pays vis à vis de la Chine. Engagement sans conteste en faveur des droits humains qui contrastait avec le refus des Emirats Arabes Unis de respecter les droits des travailleurs migrants, l'égalité entre les femmes et les hommes etc... (A noter que les Emirats arabes unis sont les principaux financiers du nouvel organe de l'ONU, UNGift, qui a vocation à lutter contre la traite et l'esclavage dans le monde).
Par Jean-Claude Buhrer
On a souvent besoin de plus petit que soi. Alors que l’ONU et la plupart des Etats font généralement profil bas devant Pékin, il aura fallu le petit Tuvalu – pays le moins peuplé du monde avec à peine 12.000 habitants répartis sur neuf atolls d’une superficie totale de 26 km2 au fond du Pacifique – pour oser tenir tête à la grande Chine. Et cela, quelques jours à peine après les remous suscités par la rencontre à Gdansk en Pologne du Dalaï-lama et du président Sarkozy, ce qui n’a pas fini de valoir à la France l’ire des maîtres de la Cité interdite.
Sans faire la ‘une’ de l’actualité et pourtant révélateur, l’incident diplomatique s’est produit à la mi-décembre à Genève lors du passage réussi du mini-Etat devant un groupe de travail du Conseil des droits de l’homme chargé d’évaluer ses prestations en matière de respect des normes dans le cadre de la nouvelle procédure dite d’examen périodique universel. Le sang du représentant chinois n’a fait qu’un tour quand le ministre des affaires étrangères de ce minuscule royaume insulaire, voisin de la France par le territoire de Wallis et Futuna, a remercié de leur aide les pays de la zone, et en particulier la « République de Chine, Taiwan ».
Se référant à une résolution du Conseil de sécurité qui lui réserve l’exclusivité de la dénomination « Chine », Pékin a vivement protesté contre cette « usurpation ». Vaillant, le ministre de Tuvalu a refusé de rectifier ses propos et a tenu bon, au nom du « droit à l’autodétermination et à la liberté d’expression ». Autant de principes dont se moque impunément Pékin, que ce soit au Tibet occupé, au Turkestan oriental ou en Mongolie intérieure, sans parler des libertés fondamentales déniées à sa propre population. Par ailleurs, il ne faut pas oublier que, comme d’autres petits Etats du Pacifique, Tuvalu se trouve dans le tourbillon de la compétition entre Pékin et Taipeh dans la région. En échange d’une aide économique, Tuvalu apporte à Taiwan son soutien diplomatique et Taipeh dispose de la seule ambassade dans l’archipel.
Ancienne colonie britannique devenue indépendante en 1978, Tuvalu pourrait servir d’exemple à bien des « grands » de l’ONU. Son entrée en souveraineté avait été sanctionnée par l’adhésion aux Nations unies et l’abolition de la peine de mort. Depuis, cette monarchie parlementaire polynésienne n’a cessé de renforcer ses institutions démocratiques et surtout d’attirer l’attention de la communauté internationale sur les conséquences désastreuses du changement climatique qui menace l’existence même de l’archipel. Si rien n’est entrepris pour réduire les émissions à effets de serre, Tuvalu, dont le plus haut ‘sommet’ se situe à quatre mètres au-dessus du niveau de la mer, pourrait être submergé d’ici à 2040 ou 2050. Aussi la défense des droits de l’homme s’inscrit-elle également dans la lutte pour sa survie. Déjà, son gouvernement a ratifié la Convention sur l’élimination de toute discrimination envers les femmes ; maintenant, il s’est engagé à adhérer aux deux principaux pactes de l’ONU, l’un sur les droits civils et politiques, et l’autre sur les droits économiques et sociaux, ainsi qu’à ratifier les Conventions sur la torture et contre la discrimination raciale. De plus, il s’active en vue d’éradiquer la violence familiale et celle faite aux femmes, de même qu’il respecte l’orientation sexuelle de chacun.
En tout cas, l’engagement de Tuvalu en faveur des droits de l’homme contraste singulièrement avec les réticences émises en la matière par les Emirats arabes unis, autre pays soumis au cours de la session de décembre à l’examen périodique universel. Ainsi, se retranchant derrière la charia islamique, les Emirats ont refusé plusieurs recommandations de l’ONU, notamment au sujet de l’abolition des châtiments corporels et du moratoire sur l’application de la peine de mort. Ils ont aussi rejeté celles concernant l’égalité pour les femmes, le droit à l’orientation sexuelle et à la liberté religieuse. Ils n’ont rien voulu entendre non plus du droit d’association des travailleurs, en particulier des employés domestiques, ni des réformes de la loi sur la presse, pas plus que de la ratification de la Convention sur les travailleurs migrants et leurs familles. Il en va de même de l’Arabie saoudite et d’autres pays du Golfe, ce qui les qualifie parfaitement pour siéger au Conseil des droits de l’homme et s’ériger en donneurs de leçons tout en ignorant superbement pour eux-mêmes les principes de la Déclaration universelle que l’ONU est censée promouvoir et défendre.



