21 septembre 2009
La victoire de la démocratie, la honte de la France, et la farce onusienne
Vive la Bulgarie ! la diplomate bulgare Irina Bokova a été élue à la tête de l'Unesco, contre l'Egyptien Farouk Hosni, que la France a soutenu jusqu'au bout - RealPolitik oblige !
Déjà les rumeurs circulent et certains y voient la main d'un Lobby juif puissant mené par BHL, Claude Lanzmann et Elie Weizel qui s'étaient élevés dans une tribune du Monde en mai dernier contre les propos antisémites de Farouk Hosni, et s'étaient mobilisés sans relache depuis sur la question.
Comme à l'époque de Durban 2, la focalisation sur l'antisémitisme et Israël, empêche que l'on puisse avoir une vision globale de la situation internationale et de ce qui s'est joué ces dernières semaines.
La victoire d'Irina Bokova, on la doit surtout au fait que sur ce dossier l'UE a été divisée, et que de nombreux pays (sauf l'Espagne, l'Italie, la Grèce) ont refusé de suivre la politique française en la matière. De là, les USA qui s'étaient tenus à l'écard, ont décidé de rentrer dans la bataille (pour d'autres raisons de RealPolitik) et de mener également un lobbying de couloir, incontestablement plus efficace dans la dernière ligne droite que celui de la France toujours pro-egyptienne, et de celui du Sénégal qui préside par ailleurs l'Organisation de la Conférence islamique.
Aujourd'hui commencent les interventions de haut niveau dans le cadre de la 64ème Assemblée générale. Comme à l'époque de Durban 2, tous se focalisent sur le discours tant attendu et sans surprise du Président Ahmadinedjad.
Les occidentaux menacent encore de faire leur coup de théatre d'avril - les caméras de télévisions sont prévenues - et de se lever au moindre dérapage lors du discours du président iranien.
Mais qui s'inquiète du fait que l'Assemblée Générale est présidée depuis le 15 septembre par la Libye, élue par acclamation le 10 juin dernier ?
Qui souligne le fait qu'aucun pays (pas même les USA membres du CDH depuis juin 2009) n'a essayé de convoquer une session spéciale du Conseil des droits de l'Homme durant l'été, autour de la prise de pouvoir illégal d'Ahmadinedjad et des violences et atteintes aux droits humains qui se déroulent quotidiennement en République Islamique d'Iran ?
Il est possible de réécouter l'intervention de Malka Marcovich, dans l'émission du Grain à moudre du 17 septembre. autour de ces sujets
20 septembre 2009
Pouvons-nous faire libérer des citoyens, otages des dictatures fascistes, en oubliant les peuples dans leurs enfers ?
Par Ann Pak, réfugiée iranienne
Pouvons-nous
faire libérer des citoyens, otages des dictatures fascistes,
terroristes tout en négligeant, en oubliant les peuples dans leurs
enfers ?
Comment ne pas se réjouir d’une libération d’otages où qu’elle
intervienne dans le monde, et ne pas participer à ces moments
d’émotion collective, rares instants de concorde politique planétaire
largement relayée par les médias ?
On peut se demander cependant quel sera le prix à payer pour les
libertés fondamentales, là-bas et ici, lorsque ces dénouements heureux
s’accomplissent grâce à l’entremise des régimes les plus dictatoriaux.
Il en fut ainsi lors de la libération d’Ashraf El-Hojouj et Kristiyna
Valcheva et ses collègues, plus connus sous leur titre de "médecin
palestinien" et "infirmière bulgare" des geôles libyennes, qui permit
au Colonel Khadafi de prendre sa place dans le concert des Nations. Ce
fut le début de l’ascension politique de la Libye au niveau
international. Ainsi, un mois après ces libérations, la Libye
(Grande Jamahiriya arabe) était élue présidente du comité préparatoire à la conférence d’examen de la conférence mondiale contre le racisme
dite "Durban II". Dans la foulée, elle fut élue au Conseil de
Sécurité, à la tête de l’Union Africaine, et présidera à partir du 15
septembre pour un an l’Assemblée Générale des Nations Unies. On
peut aussi se demander quelles concessions auraient été faites à Hugo
Chavez s’il était parvenu à libérer Ingrid Betancourt de l’emprise des
Farc…
Depuis le printemps , nous assistons à une intense activité
diplomatique de l’administration Obama, qui a permis la libération des
journalistes Roxana Sabéri, otage du régime de Téhéran, Laura Ling et
Euna Lee, otages de République démocratique de Corée. Puis est
apparu au premier plan en France le visage de Clotilde Reiss dans le
procès "en sorcellerie" de Téhéran après la révolte du mois de juin,
suivi de celui du Président Syrien Bashar El Assad en potentiel
libérateur.
Et en ce début d’automne, on en vient presque à
oublier l’immense espoir qui a animé le peuple iranien et les
démocrates du monde entier, épris de liberté, durant les semaines de
révolte qui ont suivi les élections truquées et le sort de ceux qui
ont été arrêtés. Le régime islamiste d’Iran est un régime qui
recourt souvent à la prise d’otage et à la terreur aussi bien sur le
plan national qu’international. Par exemple, personne n’a oublié la
prise d’otage du personnel de l’ambassade des USA tout de suite après
la prise de pouvoir de Khomeiny. Sans oublier le recours de ce
régime à la terreur et à l’assassinat de ses opposants sur le sol des
pays libres. Par exemple, parmi tant d’autres, l’assassinat de Shapour
Bakhtyar à Paris (la France a depuis libéré son assassin libanais
embauché par le régime islamique).
La prise d’otage et
l’emprisonnement de Clotilde Reiss ont incité les médias français à
s’intéresser, un court instant, au sort des iraniennes et iraniens
arrêtés par le régime islamiste. Mais, dès lors que la machine de
négociations et de marchandages diplomatiques se mît en marche pour la
libération de Clotilde Reiss, très consciencieusement, ils ont laissé
aux oubliettes les barbaries infligées aux prisonniers politiques et
au peuple iranien. Selon la loi islamique constitutionnalisée en
Iran, toute remise en question du régime, toute requête en justice,
toute quête d’égalité entre homme et femme est considéré comme un
blasphème. Ainsi, le régime théocratique jette l’anathème sur les
citoyens qui réclament la justice, qui luttent pour la démocratie et
la liberté, qui réclament l’abolition de l’apatride sexiste.
Dès
lors, tout un appareil « impeccablement » infernal se met en action
pour éliminer la pensée, effacer l’individu, écraser la personne,
briser toute aspiration au changement, massacrer les opposants, et ce
depuis trente ans. Les premières éliminations commencèrent en 1981
puis en 1988 lorsque Khomeiny ordonna le massacre de milliers de
prisonniers politiques, de jeunes femmes et hommes. Le monde resta
aveugle et sourd aux cris de ces prisonniers, parfois seulement âgés
de quinze ans.
Et là, depuis la révolte du mois de juin, la
machine répressive du régime islamique, une fois de plus, terrorise de
façon impunie tout un peuple qui n’a que sa colère et sa révolte
contre les « agents de dieu » armés jusqu’au cou. La torture se
pratique au nom d’«allah», ce qui produit deux conséquences : les
tortionnaires détruisent sans aucune mauvaise conscience et les
prisonniers et prisonnières, démolis et abattus, sont culpabilisés
encore davantage face à ce dieu. Des tortionnaires accompagnent les
tortures de coups de fouets et des gestes répétitifs de supplice par
la répétition de «الله اکبر /Allaho Akba/ dieu est grand » et « لا
اله الا الله/la élaha ella lélla/ il n’y a pas d’autre dieux sauf
Allah! » Entre autres châtiments cruels et dégradants, le viol des
prisonnières et prisonniers fait partie d’un redoutable moyen pour
casser, briser, détruire, déshumaniser l’individu. Dans les années 80 et 90, après le viol et l’exécution des prisonnières non mariées, ils envoyaient une boite de gâteaux aux parents
de ces prisonnières parfois âgées de 15-16 ans, en guise de «cadeaux
du marié». Car « des fille vierges sont susceptibles d’entrer au
paradis, il faut donc les en empêcher » par le viol.
Depuis le mois de juin, ces pratiques barbares continuent de plus
belle. Au mois d’aoûte, nos écrans ont montré quelques uns de ces
procès dans des «tribunaux commandés», avec des dizaines de
prisonniers avouant les pires des crimes, «l’espionnage, le
renversement du régime islamiste», passibles de la peine de mort.
Comment pensez-vous que le régime islamiste contraint des prisonniers
politiques d’avouer des crimes non commis ? Par la torture, le viol et
les menaces pour leurs familles. Ces barbaries cruelles et
moyenâgeuses, dignes d’être décrites par l’historien Michelet,
anéantissent la personne, tuent la volonté, et font que l’individu
avoue tout ce que lui demandent ses tortionnaires.
Quel peut être le but des ces cruautés infligées aux êtres humains ?
Obtenir des aveux pour des crimes non commis ? Semer la terreur
jusqu’au for intérieur de l’individu, jusqu’au plus profond de la
société ? Par la peur et la terreur, faire tout accepter à l’individu
et à la société ? Préserver le pouvoir quelques jours de plus ? Ou
bien peut-être montrer qu’il n’y a plus de limites au mépris que les
ayatollahs vouent, au nom de dieu, aux êtres humains ? Mais les
clergés chrétiens qui jadis ont exercé tout ce que les imams
islamistes expérimentent aujourd’hui ne nous ont-ils pas démontré que
leur règne ne fut pas éternel ? Face à cette vérité, les Etats des
pays libres doivent sortir de leur silence et de leur inertie. Il
faut arrêter de négocier la liberté des femmes et des hommes avec des
dictatures pour des intérêts économico-pétroliers. Car à long terme,
ils ne sont pas gagnants. Il faut refuser toute reconnaissance,
négociation et relation diplomatique avec le régime islamiste de
Téhéran et son candidat imposé Ahamadi néjad.
25 juin 2009
Iran, la fin de l’idéologie du martyre
Par CHAHLA CHAFIQ-BESKI
essayiste et nouvelliste
Le 19 juin, dans un discours menaçant lors de la prière collective du
vendredi, l’ayatollah Khamenei, Guide suprême, ordonne au peuple contestataire
de ne plus descendre dans la rue et de ne plus se joindre aux manifestations
massives qui avaient lieu depuis cinq jours. Le même jour, une jeune bloggeuse
écrit : «Demain, j’irai à la manif. Ce sera peut-être violent. Je serai
peut-être parmi les prochaines personnes tuées.» Puis, elle ajoute ce
qu’elle veut faire avant d’aller à cette manifestation d’où elle ne reviendra
peut-être pas. Je l’imagine à travers ses mots : «en train de danser sur ses
musiques préférées et de lire des poèmes». Comme nous, les jeunes des
années 80, elle lit Forough et Shamlou (1). Je la vois feuilleter les photos de
famille, regarder quelques scènes des films qu’elle aime pour les garder en
elle, appeler ses amis pour leur dire adieu. Je me demande pourquoi elle ne leur
donne pas rendez-vous pour qu’ils y aillent ensemble et mon cœur s’emplit
d’angoisse. La même angoisse qui est en elle quand elle écrit : «Il ne me
reste que deux unités pour obtenir ma maîtrise. Mais quelle importance ! J’ai
une tempête dans la tête.» Pourtant, qu’est-ce qu’elle est calme quand elle
dit : «J’écris ces quelques lignes pour la génération future. Qu’elle sache
que nous n’avons pas fait cela pour des causes sentimentales ou sous la pression
des masses. Pour qu’elle sache que nous avons fait tout notre possible pour lui
léguer un monde meilleur.»
Cette note a pour moi le ton d’un testament déjà lu. Je reconnais ce ton.
Quand je lis les testaments des prisonniers politiques des années 80, ils
s’adressent aussi à la génération à venir. Certains se disent fiers de donner
leur vie pour un idéal, incarné par leur parti politique. D’autres parlent
seulement de leur intégrité, de leur dignité et de leur liberté : la liberté de
dire non aux geôliers islamistes qui veulent leur repentance. Aujourd’hui
encore, à chaque fois que je les lis, je suis saisie de douleur et de joie. Mon
cœur est plein de contradictions. Quelqu’un demande en moi : «N’y avait-il pas
une autre voie, une voie de compromis qui aurait fait reculer la sentence de
mort ?» Tandis qu’une autre voix s’élève et me dit : «Regarde la capacité
merveilleuse de l’être humain ! Regarde comment, privé de toute liberté, on peut
être si libre !»
Les prisonniers de ces premières années post-révolutionnaires étaient pour la
plupart des lycéens et des étudiants, sympathisants des nombreux groupes
politiques qui s’étaient activés librement dans le contexte de la révolution
antidictatoriale. Ils étaient pour la plupart révolutionnaires et idéalistes.
Beaucoup d’entre eux ont perdu leur vie pour avoir seulement exprimé leur
opposition à la République islamiste. Ils n’ont pas eu le temps de mettre leurs
idéaux en réflexion ni à l’examen de l’expérience. Les générations qui les
suivirent, celles que l’échec de la révolution poussa au pragmatisme et au
réformisme, ont aussi été privées d’une telle possibilité. L’expression libre et
la pratique de la pensée critique ne peuvent exister dans la République
islamique qui a mis en place le Velayat-e-Faghih (règne du Guide
suprême). Dans ce système totalitaire fondé sur l’idéologisation de l’islam, le
vote du peuple ne doit servir qu’à consolider l’Etat qui se déclare délégué de
Dieu sur terre.
Ce sont les conséquences de cette logique qui amènent à l’actuelle explosion
populaire. Dans les années 80, le slogan «Guerre jusqu’à la victoire» avait
permis au gouvernement islamique de tuer et d’emprisonner des milliers
d’opposants. Aujourd’hui, les actes liberticides et antisémites, les paysages
guerriers dessinés par la politique d’Ahmadinejad provoquent le rejet d’un grand
nombre d’Iraniens. L’échec du rêve islamiste fait d’Ahmadinejad un vrai
cauchemar pour des millions d’Iraniens qui veulent l’ouverture.
Hanté par le danger des révolutions de velours et de couleurs, le pouvoir ne
supporte pas les résultats de l’élection qui signent l’échec flagrant des
slogans du retour aux idéaux islamistes. Pour afficher la légitimité du régime
et mener à bien sa politique atomique, le Guide suprême avait appelé le peuple à
se mobiliser massivement dans les urnes. Les deux candidats réputés réformistes
sont connus pour leur fidélité au système : Moussavi, Premier ministre de 1981 à
1989, promet l’application exacte de la loi constitutionnelle islamique ;
Karoubi, membre du clergé et une des hautes figures du régime islamique, prône
le respect des droits des citoyens dans le cadre du régime. Les débats télévisés
entre les candidats mettent en scène l’ampleur du conflit interne au pouvoir et
embrassent le bilan catastrophique du régime : corruption, absence totale de
droits citoyens, blocage économique, social et culturel. On y parle de la
nécessité de négocier avec les Etats-Unis qui, avec Obama, ne se prêtent plus à
la diabolisation. Le changement promis par Moussavi et Karoubi rime avec
ouverture. Ouverture et changement que cherchent aussi les jeunes qui
investissent par millions la scène électorale dont ils font le lieu d’expression
de leur désir de vie, incarné par la couleur et la musique. La couleur verte
lancée par Moussavi pour préserver le caractère islamique du changement annoncé
devient la couleur de la fin de l’idéologie du martyre. Or, l’immense fraude qui
marque la fin du jeu électoral, démontre la volonté des tenants du pouvoir
d’arrêter ce processus. A son apogée, le conflit au sein du pouvoir révèle
l’impasse du système et la répression menace.
Dans les années 80, la vaste répression des opposants a eu lieu dans
l’indifférence de la société internationale. A cause de la révolution
antidictatoriale, le régime semblait légitime, et l’ensemble du peuple iranien
était réduit au peuple Hezbollah. En l’absence d’Internet et des autres modes de
communication actuels, la censure était plus efficace. Aujourd’hui, les choses
sont différentes. Pourvu que cela aide les jeunes iraniens qui luttent pour la
liberté. Que le monde entier entende la voix de cet autre Iran avec un tel
retentissement qu’aucun jeu diplomatique ne puisse servir le pouvoir
islamiste.
(1) Forough Farrokhza, grande poétesse iranienne des années 40 dont l’œuvre continue à marquer les jeunes générations. Ahmad Shamlou, grand poète iranien, connu pour ses idéaux humanistes et séculiers.
Auteure notamment de :le Nouvel Homme islamiste. La prison politique en Iran. Ed. Le Félin, 2002.
24 juin 2009
Les forces démocratiques et progressistes, soutenons le peuple iranien !
Par Ann Pak
Avant le 12
juin personne n’était prêt à parier sur la révolte du peuple iranien
ou même à prévoir sa probabilité. Le 12 juin, un chroniqueur de
France culture qualifie l’ambiance électorale comme étant « démocratique ».Et
lorsque, le soir des élections, les faux résultats sont tombés aucun
journaliste ne put prédire un soulèvement populaire surtout d’une
telle ampleur.
C’est que
les médias occidentaux ne se sont pas réellement penchés sur notre
peuple, sur ses luttes et sur ses revendications, alors que depuis 30
ans, des femmes et des hommes n’ont jamais cessé de lutter contre
la dictature des ayatollahs.
Mois de juin
est devenue une date presque symbolique : c’est le 18 juin 1999 qu’a
eu lieu le célèbre massacre des étudiants qui avaient osé réclamer
plus de liberté, c’est le 12 juin 2006 que des femmes sont descendues
dans la rue pour réclamer leurs droits humain et que, suite à la répression,
elles ont décidé d’agir différemment et de lancer d’autres moyen
de lutte, comme par exemple « la campagne d’un million de signatures ».
Je ne veux
même pas rappeler ici les combats des iraniennes et des iraniens et
les sanctions subies depuis la révolution islamique et surtout pendant
la guerre Iran-Irak. Je ne veux même pas invoquer les assassinats des
journalistes, intellectuel-les, écrivain-es…..pour illustrer le fait
que les iraniennes et iraniens ne se sont jamais montrés soumis au
régime islamiste durant ces 30 années.
Or, les médias
français qui reflètent des informations sur toutes ces luttes sont
rares, voire inexistants. Ils ont été plutôt fascinés par la supercherie
du « dialogue des civilisations » très à la mode chez les bien-pensants,
plutôt occupés par le nucléaire iranien gonflé à dessein par le
régime pour augmenter la répression contre le peuple.
Rien sur la
lutte des femmes, des hommes et des étudiants de ce pays.
Aujourd’hui,
travailler pour un journaliste en Iran est extrêmement difficile. Mais
les iraniennes et iraniens, malgré le censure, envoient des images
et fournissent les infos aux journalistes étrangers pour pouvoir enfin
faire entendre leur voix à la communauté internationale, pour enfin
monter le vrai visage de ce régime et son rejet de la part du peuple.
Et cependant,
certains restent sourds aux cris des manifestants. Ainsi, un journaliste
de la BBC, (chassé à son tour par les autorités) relayé par
des chaînes de télé françaises, déclare : « ces manifestations
sont juste des rassemblements d’unité, les manifestants n’expriment
aucune revendication », alors que lui-même était emporté par
la foule des manifestants qui entonnaient « Marg bar dictature, Marg
bar dicteurs » « mort à la dictature, mort aux dictateurs ». Et même
s’il ne comprend pas la langue persane, même s’il ne sait pas la
traduire, il peut au moins s’abstenir de tout commentaire, car le
sien signifiait plutôt « comment-taire » les cris du peuple iranien.
Depuis le jour
même des élections, les iraniennes et les iraniens en exil ont manifesté,
dans tous les pays du monde, pour exprimer leur solidarité avec leurs
concitoyens. Ils ont réclamé plus de liberté, plus de démocratie
et une constitution laïque, comme ce fut le cas à Bruxelles à Washington
ou dans des villes des Pays-Bas, ou bien à Paris.
Pourtant les
médias français ont préféré couvrir un autre rassemblement, et
braquer leur caméra sur celui des Mojahédine du peuple. Pourquoi ?
Ceux-ci forment
un mouvement islamique et sectaire, longtemps reconnu comme terroriste.
Il est vrai
que nous vivons dans un air de mise en scène. Le goût de l’exotisme,
du spectacle règne avec force. Et il est vrai que les mojahédine sont
parfaitement organisés et dotés d’énormes moyens financiers qui
leur permettent de répondre à ce goût.
Ainsi, une
des chaînes de télévision françaises les présente comme « la
seule force opposante au régime islamiste. » Pendant deux jours,
à l’heure des informations, ces chaînes repassent en boucle les
photos et les interviews de Maryam Rajavie, leur « icône sacrée »-
élue par les mojahédine, comme future présidente iranienne. Citons
au passage qu’elle est bien voilée et couverte de la tête aux pieds
d’un habit vert (couleur du chiisme politique).
Tout ceci occulte
les véritables aspirations du peuple iranien. Si aujourd’hui les
iraniennes et les iraniens sont dans la rue, s’ils affrontent la mort,
s’ils se moquent des répressions et des menaces, ce n’est en aucun
cas pour remplacer l’islamisme des ayatollahs, par n’importe quel
autre islamisme fusse-t-il bien déguisé !
Toutes les
nuits, depuis le 12 juin, la population crie sur les toits « marg bar
dictature », « we want democratie », « peace in the middle east » ; tous
les jours, ils sont des milliers à être battus, arrêtés, violentés ;
des centaines sont tués … Les femmes, les hommes et les jeunes d’Iran
ont ras le bol du dictat islamiste. C’est cela la réalité de l’Iran.
Et nous, iraniens démocratiques
et laïques en exil, devons regrouper toutes nos forces et toutes nos
énergies pour être à la hauteur de toutes les attentes de nos concitoyens,
pour montrer à la communauté internationale le vrai visage de notre
pays, pour tenir en échec toutes les tentatives d’intimidation par
la religion.
Le directeur de conscience
d’Ahmadinajad, un « guide suprême », vient de donner une « fatwa »
en faveur des fraudes électorales et pour la liquidation « physique »
de Moussavi et Karoubi ! Il est temps de relier et faire retentir le
cri et le refus du peuple iranien du régime islamiste.
18 juin 2009
Ahamadinéjad ou Moussavi? Les élections iraniennes et la colère du peuple!
Ann Pak,
Le peuple iranien, qui en avait assez de l’oppression et de la dictature du régime islamique, allait boycotter les élections présidentielles de 2009.
Le
régime, dans une manœuvre et un calcul tout à fait machiavéliques pour
faire miroiter un semblant de démocratie, organisa des faces à faces
télévisés, et permit aux jeunes et aux femmes de descendre dans la rue,
chose impossible jusqu’à présent dans la république islamique qui
interdit tout rassemblement, voire toute rencontre, à partir de 22
heures.
Ainsi le régime laissa un espace. Les femmes et les jeunes en ont profité pour occuper les rues et commencer à s’investir dans les élections avec un fil conducteur « tout sauf Ahmadi néjad ».
Les
correspondants et les journalistes étrangers furent même autorisés à
filmer ou à photographier. Les partisans de Moussavi, en plein dans
leur campagne électorale, descendirent massivement dans les rues en
arborant les différents signes de couleur verte, couleur de la République Islamique, qui devint ainsi dominante même si elle ne reflète pas l’adhésion unanime.
Quels que soient les résultats des élections, ceux-ci ne sont qu’une mascarade. Pour deux raisons. D’un côté , ne peut être candidat que celui choisi par le « conseil-gardien constitutionnel » ; de l’autre, Khameny, « guide suprême », « représentant de la volonté divine sur terre », désigné par ce même conseil, peut annuler ou décider ce qu’il veut, faisant abstraction de la volonté du peuple.
Dans ce jeu, les iraniens, voulant
faire barrage à Ahmadi néjad, ont voté massivement. Le jour des
élections, Moussavi, le candidat adversaire d’Ahmadi néjad, a gagné
avec presque 20 millions de votes. Mais la volonté du guide penche vers
Ahamadi néjad.
« Ce trucage, trop gros », fit déborder le vase !!
Ce à quoi le régime ne s’attendait pas, c’était l’immense colère, trop longtemps contenue, du peuple. C’est ainsi que le régime de Téhéran tomba dans son propre piège.
Il avait permis aux jeunes de sortir de l’ombre pour se donner une légitimité internationale. Seulement
les manifestants, malgré les répressions, les menaces téléphoniques,
arrestations, massacres…continuent à exprimer leur révolte contre cette
violence acharnée.
Actuellement, tous les dirigeants du régime, et Moussavi avec, appellent à l’arrêt des manifestations et décrètent des journées de « deuil » et de « prière » !
Il faut sauver le régime islamique.
A
cela s’ajoutent les intimidations, les appels téléphonique : un message
préenregistré qui dit que l’on « vous a vu dans les manifestations. Si
vous y participez encore vous allez être arrêté. »
En ce moment les moyens d’informations sont coupés : pas de SMS, pas d’internet….
Et les manifestations continuent, et elles gagnent, en plus de la capitale, les autres grandes villes. Les femmes, les jeunes, les étudiants clament : « A mort la dictature, Ahamadi néjad, l’ennemi de l’Iran ».
Ils revendiquent un espace de vie, un espace de liberté.
En France, comme partout en Europe, les iraniennes et les iraniens manifestent. Dans ces manifestations, sont mélangés deux courants : ceux qui soutiennent Moussavi et ceux qui revendiquent un changement, une république démocratique et laïque et soutiennent les mêmes slogans que les dissidents de l’intérieur.
Les jeux électoraux, la querelle entre Ahmad inéda et Moussavi ne sont que des prétextes de lutte pour les iraniens. Le peuple iranien ne supporte plus le despotisme religieux.
10 juin 2009
Le féminisme ennemi des mollahs
<p><p><p><p>La République islamique d’Iran plaide coupable</p></p></p></p>
Rebonds, Libération
Par Annie
Sugier,
Présidente de la Ligue
du Droit International des Femmes
« Nous n’avons
pas répondu comme nous aurions dû le faire à des propagandes adverses telles que
la propagande féministe. Nos efforts dans ce domaine n’ont pas eu d’influence
suffisante, qu’elle soit quantitative ou qualitative ». Cet aveu du Leader de la Révolution Islamique, Ayatollah Sayed Ali
Khamenei, est contenu dans un court message annonçant la deuxième conférence
internationale sur les femmes qui doit se tenir à Téhéran au cours de la
deuxième quinzaine de juin.
Ces quelques lignes
m’ont remplie d’aise. Dans le programme diffusé tous azimuts
par les ambassades d’Iran, les rédacteurs affirment sans vergogne que «
tandis que l’Occident a dépeint une vision indécente et instrumentalisée
des femmes et a formé et soutenu des mouvements supposés défendre les droits des
femmes, les pays Islamiques ont fait des efforts pour restaurer les droits
inhérents et la véritable dignité des femmes ».
Nul doute que
l’attribution en 2009 de la deuxième édition du prix Simone-de-Beauvoir au
mouvement de femmes iraniennes « One Million Signatures » a joué un rôle de
déclencheur dans ces prises de position. Il faut savoir que "One Millions
Signatures" s'est constitué afin de faire pression sur les dirigeants iraniens
pour qu'ils mettent en cohérence les lois internes - discriminatoires à l’égard
des femmes - avec les conventions internationales. Cela explique sans doute que
les organisateurs de la conférence veuillent examiner « la façon dont le
féminisme s’est propagé en Iran ».
Preuve du sérieux avec
lequel Téhéran prend en considération la question, toute une partie de la
conférence portera sur l’analyse du Féminisme, avec notamment « l’évaluation de
son influence sur les enfants et particulièrement les garçons » ; « les
tactiques utilisées par le mouvement féministe pour influencer les médias » ;
« le rôle de Hollywood dans l’expansion du féminisme » « l’influence de la
globalisation sur le féminisme » , et – il fallait s’y attendre « le rôle du
Sionisme dans la création, le développement et la propagation du
féminisme » !
On notera que, lors de
cette conférence, il sera procédé à l’ « analyse des mérites de la Charte
des droits et responsabilités des femmes dans la République Islamique d’Iran
comparée à la Convention sur l’Elimination de toutes les formes de
discrimination contre les femmes ( CEDAW) » !
La stratégie de l’Iran
est transparente. Les Nations-Unies s’apprêtent à fêter en décembre 2009 le
trentième anniversaire du vote du CEDAW, texte dont le contenu constitue l’outil
le mieux adapté à l’action internationale contre les discrimination et violences
faites aux femmes. Grâce aux résolutions de la prochaine conférence de Téhéran,
l’Iran, sur sa lancée de Durban II, proposera aux Nations-Unies un nouveau texte
sur le droit des femmes répondant aux exigences de la loi religieuse. Comme un
seul homme, les pays de droit musulman, mêmes les plus modérés, qui ont tous
déjà émis des réserves sur le CEDAW, vont se ranger sous la bannière de l’Iran.
Pour ceux qui
n’auraient pas entendu parler des plus récente exécutions de femmes en Iran, ou
encore des multiples arrestations ou bastonnades de femmes mal voilées ou de
féministes, tout ceux qui voudraient savoir quelles sont les résolutions que les
mollahs se proposent de souffler aux participants à la conférence de Téhéran, la
réponse est déjà affichée dans le programme. Il s’agit de rédiger un : «
document sur la promotion de la modestie et du hijab à une échelle
mondiale »,dès la plus tendre enfance,(« droit pour les femmes
dans le monde de porter un costume islamique »). Qui a dit que le voile
n’était qu’un morceau de tissu ?
La lettre annonçant la
conférence de Téhéran démontre au moins que nous sommes identifiées comme
l'ennemi principal par le régime des mollahs. Ils ne se trompent pas. Et c’est
pour nous féministes d’ici et d’ailleurs, surtout d’Iran, une source de fierté.
25 avril 2009
Les motions d'ordre contre la liberté d'expression des ONG
Les 23 et 24 avril, les ONG qui avaient suivi toute la procédure d'enregistrement pour une prise de parole de 3 minutes purent intervenir. Les motions d'ordre rythmèrent néanmoins les prises de parole, motions d'ordre émanant principalement de la République Islamique d'Iran, vice-présidente de la Conférence, de la Chine et de la Libye, présidente du comité plénier.
Le 23, la RI. d'Iran demanda, conformément à la règle énoncée par le Président, qu'aucun pays ne soit nommé durant l'intervention du représentant de UNWatch.
Webcast
[ English ] 3 minutes
Puis la RI d'Iran demanda en outre que l'on ne nomme pas non plus des chefs d'Etat. L'Afrique du Sud coupa également la représentante de la Hudson Institute car cette dernière avait utilisé la terminologie de Durban 2.
Webcast
[ English ] 8 minutes
Ce fut ensuite au tour de la Chine de couper à trois reprises, l'association Asian Indigenous and Tribal Peoples Network, affirmant que leur déclaration était hors de propos, puis finalement prétendant que l'association faisait perdre du temps aux autres ONG.
Webcast
[ English ] [ Original language ] 3 minutes
La Chine fit à nouveau une motion d'ordre, lorsque l'association International Campaign for Tibet eut la Parole. La Chine rappela combien elle était attachée à la participation des ONG dans la lutte contre le racisme. Mais qu'elles ne devaient pas pour autant utiliser cette tribune pour fabriquer des mensonges. L'association fut à nouveau coupée, et cette fois la Chine demanda que cette dernière se focalise sur le point de l'ordre du jour, elle rajouta que cette dernière contredisait la Charte des Nations Unies.
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[ English ] [ Original language ]6 minutes
Pour la Society for Threatened Peoples, la République islamique d'Iran, se portant au secours de la République démocratique de Chine, tança le Président Amos Waso, de ne pas faire respecter les règles de procédure. La langue du président fourcha et il parla de la République islamique de Chine ! Il rappela ensuite que les ONG devaient se conformer strictement au langage onusien, puis il donna la parole à la Chine.
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[ English ] [ Original language ] 7 minutes
Le Président coupa ensuite le représentant du Bné Brith International lorsque ce dernier critiqua la négation ou la minimisation de l'Holocauste par le Président iranien. La RI d'Iran fit une motion d'ordre et dit que le représentant du Bné Brith utilisait un langage de haine, ce qui était contraire aux règles de procédure. Il demanda également que le représentant du Bné Brith présente des excuses.
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[ English ] 7 minutes
Lorsque le Congres Mondial Amazigh commença son intervention
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[ French ] 2 minutes,
ce dernier fut coupé par la Libye qui dit que le sujet ne concernait pas la Conférence d'examen de Durban puisque ce sujet ne figurait pas dans la conférence de Durban.
[ English ] [ Arabic / French ] 2 minutes
Finalement, la Libye aura eu encore le mot de la fin. Une semaine avant, le 17 avril, la Présidente libyenne Najat al Hajajji, avait elle aussi interrompu l'organisation UNwatch qui avait fait venir Ashrah al Hajouj, le médecin palestinien détenu dans les geôles libyennes durant dix ans, torturé, bouc émissaire victime de racisme et de xénophobie. (Voir document sur TSR :
http://www.tsr.ch/tsr/index.html?siteSect=500000&bcid=663165#vid=10586392
23 avril 2009
Le Novlangue de la Bureaucratie onusienne
Ce communiqué de Presse en date du 20 avril au matin, illustre on ne peut mieux le novlangue de la bureaucratie onusienne, et le hold up de l'institution et de la conférence.
Conférence d'examen de Durban RC/09/2
MATIN 20 avril 2009
Conformément à un amendement apporté la semaine dernière au Règlement intérieur de la Conférence d'examen par le Comité préparatoire, les vingt membres qui composaient l'ensemble du Bureau du Comité préparatoire ont été élus, ce matin Vice-Présidents de la Conférence d'examen.
L'Ambassadeur Juan Antonio Fernández Palacios de Cuba a été élu Rapporteur général de la Conférence d'examen.La Conférence d'examen a ensuite établi un Comité de rédaction et un Comité plénier dont les membres ont été désignés parmi les 20 Vice-Présidents de la Conférence. Mme Najat Al-Hajjaji, de la Libye, a été élue Présidente du Comité plénier et M. Yury Boychenko, de la Fédération de Russie, a été élu Président du Comité de rédaction. Conformément au Règlement intérieur, le Président de la Conférence d'examen, les Vice-Présidents, le Rapporteur général et les Présidents du Comité plénier et du Comité de rédaction composent le Bureau de la Conférence.
Faisant observer que les négociations et la rédaction concernant le document final de la Conférence d'examen ont déjà été achevées au niveau du Comité préparatoire et de son Groupe de travail à composition non limitée, le Président de la Conférence a souligné que la Conférence a maintenant reçu du Comité préparatoire un texte, soigneusement négocié, acceptable pour toutes les parties; aussi, a-t-il été décidé de transmettre directement ce texte au Comité plénier qui, en retour, le recommanderait pour adoption à la plénière de la Conférence.
La Conférence d'examen a par ailleurs adopté son ordre du jour, tel qu'adopté par le Comité préparatoire le 22 avril dernier (document A/CONF.211/1). Elle a en outre adopté son programme de travail (document A/CONF.211/4/Rev.1), en vertu duquel la Conférence entamera cet après-midi un débat de haut niveau qui sera suivi, mercredi, d'un débat général, étant entendu que ces deux débats se poursuivront aussi longtemps que l'exigera l'épuisement de la liste des orateurs.
La Conférence d'examen entamera cet après-midi, à 15 heures, son débat de haut niveau.
Commentaires :
En effet, le mercredi 15 avril, le règlement de la conférence fut amendé lors du Comité préparatoire, de telle sorte que le bureau de la Conférence se compose des mêmes membres que le Comité préparatoire. La République islamique d'Iran demeurant notamment toujours membre du bureau aux côtés du Pakistan, de Cuba, de la Libye etc.
Le 17, il y a eu un véritable forcing pour que soit désigné comme président de la Conférence, le Ministre de la justice Kenyan Amos Waso, accusé de corruption, malgré l'opposition de l'Union européenne.
Il n'est donc guère étonnant que la République islamique d'Iran ait pu intervenir plus de 30 minutes et ait été choisie pour ouvrir le débat, puis que le texte ait été adopté le lendemain sans aucune discussion.
Durant ces longs mois, les méthodes des diplomaties russes, libyenne, cubaine, de l'OCI et de la République islamique d'Iran, ont pour le moins démontré leur extraordinaire efficacité, la Chine ayant durant tout le processus, su peser de tout son poids également puisqu'elle fut le premier pays à participer financièrement au fond volontaire pour la Conférence.
22 avril 2009
Le coq français gonfle son jabot devant l’épouvantail Ahmadinedjad
tandis que Micheline Calmy Rey se fait discrète
Le 10 décembre 2008, alors que la France célébrait le 60ème anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’homme, le Ministre des affaires étrangères Bernard Kouchner déclarait qu’ “On ne peut pas diriger la politique extérieure d’un pays uniquement en fonction des droits de l’homme. Diriger un pays éloigne évidemment d’un certain angélisme”.
Dans la pièce qui s’est déroulée en début de semaine à Genève, notre pays a su jouer la carte de la Realpolitik avec brio , puisque c’est au nom des“droits de l’homme et de la lutte contre le racisme”, que fut mise en scène la fameuse “diplomatie de façade” devant les caméras du monde entier.
La République islamique d’Iran a été le premier pays à s’adresser à la Conférence et a même eu l’insigne privilège de parler plus de 30 minutes, alors que la règle était de 7 minutes par pays.
Les européens (enfin ceux qui ne s’étaient pas encore retirés du processus de Durban 2 soit 23 membres sur 27) avaient prévenu qu’ils partiraient aux premiers mots proférés stigmatisant Israël comme un pays raciste.
La pièce de théâtre fut parfaitement jouée. Bien que la France n’assuma plus la Présidence européenne, c’est l’Ambassadeur
français Mattei qui mena la marche de la résistance, un dossier jaune sous le bras, sans doute pour que les caméras de télévision le repèrent bien dans le défilé de costumes gris.
Aussitôt le discours terminé, les européens retournèrent dans la salle pour acclamer la Norvège. Mais ils n’étaient plus que 22 désormais puisque la République Tchèque qui préside l’UE décidait de ne plus revenir.
En revanche, personne ne se leva plus tard lorsque l’Egypte se focalisa sur le sort des Palestiniens. L’UE ne broncha pas d’avantage lorsque le Ministre syrien des affaires étrangères Faysal Mekdad dit que “l’autodétermination des juifs” était une forme de “discrimination raciale”, parla de la “judaïsation d’Israël” et de “l’épuration ethnique de 1948,” ou lorsque le délégué Palestinien affirma que durant les “60 dernières années, le peuple palestinien avait souffert d’un des aspect les plus laid du racisme et de la discrimination”…
Et puis il y eut ce nouveau coup de théâtre, l’adoption du texte négocié par le Comité préparatoire, sans aucune discussion en plénière le 21 avril, sous l’égide de l’ambassadeur russe Boychenko, ancien membre du KGB, passé de facilitateur lors des réunions informelles de ces derniers mois, à Président du comité de rédaction de la Conférence .
Ces formidables rebondissements qui défrayèrent la chronique pouvaient dés lors être transformés et, comme l’on dit désormais en politique, permettre aux uns et aux autre d’en sortir “gagnant gagnant” !
La France qui ne préside plus l’Union européenne a su encore se singulariser auprès de l’opinion (française plus que mondiale), afin de montrer son courage et sa détermination contre le diable venu en personne Ahmadinedjad.
Ainsi, le texte adopté fut proclamé par Bernard Kouchner comme trophée de la victoire du dialogue et de la bataille des droits de l’homme. Cette fanfaronnade servit alors à camoufler les véritables raisons pour lesquelles les autres pays avaient refusé de participer à la mascarade de Genève.
De nombreux commentateurs prétendirent en effet que l’annonce de la venue d’Ahmadinedjad avait pesé dans le retrait des USA et des autres pays qui s’étaient retirés le dimanche 19.
En réalité, si l’administration Obama a décidé de ne pas se rendre à Genève, c’est en raison du texte proposé vendredi 17 avril au soir. Celui ci maintenait d’une part le premier paragraphe que les USA avaient déjà refusé le 17 mars, qui entérine dans sa totalité la Déclaration et le programme d’action de 2001 qui comporte des paragraphes se focalisant sur un seul pays, Israël. D'autre part, il comportait des formulations portant atteinte à la liberté d’expression. (voir communiqué de presse sur lien )
En effet, les lignes rouges de Washington, de Paris ou d’Amsterdam n’ont jamais été les mêmes. On peut d’ailleurs regretter que ces pays n’aient pas mis la barre plus haute.
Bien qu’étant à l’origine du slogan des lignes rouges, la France attendit relativement longtemps pour les définir précisément..
C’est seulement le 2 mars, lors du dîner annuel du Crif que ces dernières furent présentées . Le texte de 2009 ne devait pas se focaliser sur les Palestiniens et ne pas intégrer la “diffamation des religions”.
Bien évidemment, cela n’empêcha pas que des paragraphes renvoient à des plateformes autres qui se focalisent sur les palestiniens, voir utilisent le fameux “langage de haine” . De même la diffamation a été paraphrasée en “haine des religions” et certains paragraphes se réfèrent à d’autres mécanismes, renforcent certaines structures qui ont déjà, de facto, entériné le concept de diffamation des religions.
Une fois le tour de passe passe accomplis, la diplomatie française a répété à l’usure combien elle avait protégé les droits humains, montrant par la même le bien fondé de sa présence. Dans la foulée, elle adressa par la voix de ses diplomates une leçon de multilatéralisme et de dialogue, stigmatisant dans le même temps les irresponsables déserteurs qui n’avaient pas fait œuvre de pareil courage.
Durant ces événements, Micheline Calmy Rey, la Conseillère fédérale en charge des affaires étrangères, qui s’était rendue voilée à Téhéran pour négocier un contrat gazier en mars 2008, figure emblématique, prophétesse des droits universels et du féminisme, se fit plus que discrète.
C’est le Président de la Conférence helvétique, Hans-Rudolf Merz qui reçut le président iranien.
Quel dommage ! Quel merveilleux coup médiatique cela aurait été si elle avait osé le rencontrer. Elle aurait pu ainsi lui faire l’accolade en cheffe de la diplomatie, lui serrer la main la tête découverte !
De surcroit, elle aurait pu faire taire les méchantes langues qui lui ont tant reproché jadis de s’être rendue voilée rencontrer le Président de la République islamique d’Iran.
On a aussi entendu, à juste titre, que le Président iranien faisait campagne, à dix semaines des élections en Iran. Dans le jeu des Mollahs, et des diplomaties du monde qui lorgnent sur les réserves minérales perses, le repoussoir Ahmadinedjad rendra d’autant plus fréquentable un futur président, prétendument modéré, faisant preuve de mesure, bien qu'appliquant la Charia et poursuivant son programme nucléaire qui, il faut le rappeler, fut engagé par le “fréquentable” Khatami.
Depuis l’annonce de l’adoption du fameux texte… les journalistes semblent avoir déserté Genève. La conférence contre le racisme continue cependant. Les diatribes à la tribune n'ont pas cessé.
Et les ONG qui n’ont pas eu de forum, celles qui se sont déplacées parfois de loin pour faire entendre les voix des victimes n’auront aucune caisse de résonnance.
Les gesticulations des Etats leur auront volé leur conférence pour des enjeux géo-politico-économico-stratégiques, ayant peu à voir avec le racisme et les discriminations.
20 avril 2009
La République Tchèque se retire de la conférence de Durban
Bien que présidant l'Union Européenne, la République Tchèque a annoncé ce soir qu'elle se retirait définitivement du processus de Durban, à la suite de l'allocution du Président de la République islamique d'Iran Ahmadinedjad, premier pays à parler dans le cadre de la conférence.
Ont été élus sans surprise pour former le bureau de la Conférence, Amos Waso, Ministre de la justice du Kenya comme président, ainsi que l'ambassadrice de Libye Najat All-Hajaji, le russe Yuri Boychenko,
President du comité de rédaction, et toujours Cuba comme rapporteur.
De son côté, la France persiste à croire dans le dialogue multilatéral et prétend montrer sa vision jusqu'au bout, même si l'OCI (qui représente 57 pays) ou l'Egypte ont recommencé leur mantra autour de la diffamation des religions, et que cette conférence a de moins en moins à voir avec la lutte contre le racisme et les discriminations.



